Chapitre 440
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 440 : Le déserteur Jack est déjà mort
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Les yeux de la femme aux cheveux bruns s’aiguisèrent.
« D’accord. »
Ruagarne prit la parole derrière lui. Après s’être donné tant de mal pour l’amener ici, qu’est-ce que c’était que ces absurdités ?
Enkrid ne s’interposa pas tout de suite.
L’expérience lui avait appris au moins cela : ajouter quelques mots dans ce genre de situation ne faisait généralement qu’empirer les choses.
« Tu as une copine ? Peut-être Aisia ? »
« Il peut être mon époux spirituel. J’ai déjà une fiancée et un chat de compagnie dans mon unité principale. »
La femme aux cheveux bruns et Ruagarne poursuivirent leur conversation sans s’interrompre, Enkrid coincé entre eux.
« C’est un peu fort, ma dame. Et juste devant moi, en plus. »
Un homme à côté d’eux prit soudain la parole.
Il geignit d’une voix grave qui ne lui allait pas du tout. Si geindre d’un ton aussi direct pouvait passer pour un talent, alors oui, il en avait un.
La femme éclata de rire et lui donna plusieurs tapes dans le dos.
Aux yeux d’Enkrid, la scène avait quelque chose de très gênant.
L’homme était plus petit qu’Audin, mais restait immense, tandis que la femme n’atteignait même pas la moitié de sa taille.
La main qui lui tapotait le dos paraissait minuscule.
Mais ce n’était pas tout.
Le regard d’Enkrid glissa vers la paume de la femme.
Il se contenta d’observer en silence.
Sa main était couverte de callosités, celles qu’on ne gagnait qu’après des années à tenir une épée et à la manier.
Il observa aussi l’homme qui recevait les tapes.
Une carrure colossale, un visage rude, une voix plaintive et un corps travaillé jusqu’à ses limites, avec des muscles aussi nets que taillés dans la pierre.
Enfin, il se tourna vers la femme aux cheveux blonds courts et au regard acéré.
Leurs regards se croisèrent.
La femme aux cheveux bruns remarqua où il regardait et lança : « C’est ton genre ? Tu aimes les femmes dangereuses, hein ? Mais waouh, il est vraiment beau. Rien que le regarder, c’est un plaisir. Hé, les gars de la Garde-frontière ont de la chance ! »
C’était le genre de femme qui disait uniquement ce qui lui passait par la tête et se fichait des autres. Elle parlait en cognant sa tasse contre la table — bam — et, d’une façon ou d’une autre, ça n’avait rien d’agaçant. Le son tombait dans un rythme parfait.
« Enkrid, de la Garde-frontière. »
Il se présenta simplement.
Il avait depuis longtemps renoncé à dissiper tous les malentendus provoqués par les paroles de Ruagarne. De toute façon, il avait l’impression que personne n’écouterait ce qu’il dirait ici.
Et ce n’était pas grave.
S’il avait croisé cette femme aux cheveux bruns dans la rue, Enkrid l’aurait prise pour une personne ordinaire au visage quelconque.
La chevalière Oara bascula sa chaise en arrière, jusqu’à ce que seuls deux pieds touchent le sol, posa son bras droit sur le dossier et répondit :
« Oara, des Chevaliers à la Cape Rouge. »
Elle était bel et bien chevalière.
Elle ne ressemblait pas à l’image qu’Enkrid s’en était faite, mais depuis son arrivée, il n’avait pas aperçu la moindre ouverture chez elle. C’était une vraie chevalière.
« Tu es provocateur. »
La blonde aux cheveux courts, à ses côtés, prononça ces mots en faisant tourner une tasse en métal dans sa main.
Pendant un instant, Enkrid imagina plusieurs façons de réagir au cas où elle la lui lancerait à la figure.
Il ne l’avait pas fait exprès. Cette pensée lui était venue par instinct.
Il avait déjà vécu cette situation plus d’une fois, et comprit aussitôt ce qui se passait.
Pourquoi cette tasse lui semblait-elle dangereuse ?
Parce que la blonde aux cheveux courts manifestait une intention d’attaquer tout en dissimulant son intention meurtrière.
C’était une feinte dont Jaxon se servait souvent.
S’il ne s’était pas entraîné contre lui d’innombrables fois, il n’aurait jamais décelé cette menace sournoise.
La tasse n’était pas la seule menace.
Il y avait aussi la main droite de l’homme geignard, maintenant dissimulée sous la table.
Il tient une arme.
Pourtant, Enkrid ne regarda pas dans cette direction. Son regard resta droit devant lui, fixé sur la chevalière Oara.
Il mêla intention et instinct, puis laissa délibérément sa pression se répandre.
Il le faisait depuis un moment déjà. Voilà pourquoi ces deux-là avaient réagi.
La chevalière Oara balaya toute cette pression. Plus exactement, elle l’ignora.
« Laisse tomber, à moins qu’un esprit maléfique mort faute d’avoir pu se battre ne te possède. Tu es doué, ça se voit, mais eux aussi. »
Oara parla d’un ton égal.
« Si c’est pour un duel, je suis toujours partant. »
Enkrid répondit calmement.
« Tu me rappelles Millio. »
L’homme croisa son regard et répondit.
La femme qui faisait tourner la tasse relâcha discrètement sa pression.
La chevalière Oara sourit et ajouta : « En tout cas, tu es vraiment beau. »
La conversation partait dans des directions impossibles, mais Enkrid connaissait déjà beaucoup de gens comme ça.
Rem, Ragna, Jaxon, Audin, et bien d’autres.
Il en avait donc l’habitude.
« On me le dit souvent. Est-ce que je pourrais vous demander un duel ? »
« Oh ? Un homme obstiné et obsessionnel. J’en vois tout le temps, des comme ça, dans les romans que je lis. »
« Je suis obstiné, oui. Je veux apprendre une technique auprès d’une chevalière. »
« Tu as un côté féroce. Ça me plaît aussi. »
Oara parlait à sa manière, et Enkrid faisait de même.
Aisia, qui les observait non loin, avait l’impression de regarder deux lignes qui ne se croiseraient jamais.
« Ça suffit. Parlons d’abord du travail, Maîtresse. »
La chevalière était aussi la maîtresse de tous les chevaliers, d’où ce titre.
« Ah, le travail ? »
Ce ne fut qu’alors qu’Enkrid s’assit pour écouter quelque chose qui ressemblait enfin à des explications.
L’imprévisible chevalière Oara aborda brusquement l’interdiction de boire.
« Alors, quoi ? On a tant de travail à faire et les gens veulent quand même rester assis à picoler ? On n’a même pas assez de bras pour réparer les dégâts de cet incident. »
« Alors, pourquoi buvez-vous ? »
Ruagarne, toujours à chercher à comprendre ce qui lui échappait, posa la question avec une curiosité manifeste. Maintenant qu’il y pensait, personne ici n’avait non plus paru surpris de voir la Grenouille derrière Enkrid.
« Parce que je suis aussi responsable de cette ville et que j’en suis la dame. »
Oara avait l’air fière de sa réponse.
Ruagarne y réfléchit un instant, puis l’accepta. C’était possible.
Quand les gens montaient en grade, certains faisaient tout ce qui leur plaisait. Elle connaissait bien les humains.
Enkrid avait l’impression d’avoir devant lui un esprit libre, affranchi de toute idée préconçue de ce que devait être une chevalière.
Pourtant, il ne fut pas décontenancé.
Comment tout le monde pouvait-il être pareil ?
Et surtout…
Est-ce que ça a de l’importance ?
Cette pensée lui traversa aussi l’esprit. L’essentiel, c’était qu’elle fût chevalière et que son talent fût indéniable.
Et même si elle ne le disait jamais tout haut, elle œuvrait pour cette ville.
On ne pouvait pas le voir en observant seulement la chevalière Oara, mais Aisia et les autres le montraient bien.
Aisia était manifestement épuisée, pourtant elle respectait Oara et l’admirait.
Comme chevalière, mais aussi comme personne.
C’était un respect profond, sincère, qu’elle n’éprouvait même pas pour Crang.
Les deux autres ressentaient la même chose.
Cela ressemblait à plus que du respect, plutôt à de la confiance.
Oara buvait, parlait à tort et à travers, le traitait de beau gosse, faisait l’idiote, et pourtant leur regard et leur attitude ne changeaient jamais.
On pouvait souvent juger une personne à son entourage.
Il l’avait appris en parcourant le continent. Ces leçons étaient gravées en lui, aussi Enkrid ne méprisait-il jamais les autres par habitude.
Il ne se concentrait que sur une chose : elle était chevalière.
Et il n’avait pas oublié pourquoi il était venu.
« La situation est-elle pire que je ne le pensais ? »
Enkrid comprenait vite les situations. Sans cela, il n’aurait jamais survécu aussi longtemps.
Depuis qu’il avait pris l’épée et s’était lancé à la poursuite de son rêve, il avait accompli maintes actions qui tenaient du suicide.
Pour rester en vie, il avait dû tirer parti de tout ce qui l’entourait.
C’était ainsi qu’il avait survécu et qu’il avait réussi, tant bien que mal, à surmonter des situations dangereuses et difficiles.
Ces expériences lui étaient encore utiles aujourd’hui. Elles lui avaient appris à lire les situations.
« C’est grave. »
Aisia acquiesça et exposa la situation.
« Ces saletés de déserteurs nous posent problème, mais pendant qu’on s’occupait d’endiguer les vagues de Créatures démoniaques, trois nouvelles colonies se sont installées. »
La rencontre avec les harpies lanceuses de sorts n’était donc pas due au hasard, et il n’y avait rien d’étonnant à avoir vu des Bêtes magiques intelligentes non plus.
Les colonies faisaient toujours monter le niveau des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques.
Oara mâchait du brocoli rôti doré.
Elle avait l’air de ne pas prendre tout cela au sérieux.
La bouche encore pleine de brocoli, elle reprit la parole.
« Il y a beaucoup de déserteurs cette année. »
« Beaucoup, c’est peu dire. On est sur le point de ne plus avoir assez de bras. »
Aisia répondit, puis Enkrid souleva le point le plus crucial de toute cette affaire.
Les déserteurs et les colonies étaient des problèmes, certes, mais tout cela venait après la nécessité de survivre aux vagues de Créatures démoniaques déferlant du Royaume démoniaque.
D’après ce qu’il avait vu, c’était le danger le plus pressant et le problème le plus important. La frontière du Royaume démoniaque se trouvait à l’ouest, et cette ville était là pour tenir cette ligne.
« Comment arrêtez-vous les Créatures démoniaques qui passent par la porte ouest ? »
Il posa la question, et reçut une réponse sans détour.
« Je les arrête. »
Enkrid avait vraiment envie de la voir combattre.
Une chevalière qui affirmait pouvoir, à elle seule, contenir la vague du Royaume démoniaque se tenait devant lui.
Un chevalier d’Azpen en serait-il capable ? Le Roi des mercenaires de l’Est ? Ragna ? Sinar ?
Pour l’instant, il ne le pensait pas.
Cela ressemblait à quelque chose que seule cette chevalière à l’apparence ordinaire pouvait accomplir.
« Est-ce que je peux vous regarder combattre ? »
« Termine ton travail et reviens, et je te réserverai une place tout devant. Mais prends soin de toi. Si tu meurs, j’ai l’impression que la moitié des femmes du monde entier vont m’en vouloir. »
Au bout du compte, Oara plaisantait encore. Enkrid s’y était désormais habitué et lui répondit du tac au tac.
« Si ça devient dangereux, vous ne me protégerez pas ? »
Oara ne s’y attendait pas et éclata de nouveau d’un rire sonore.
En riant, l’homme à côté d’elle pinça les lèvres et demanda : « T’as du répondant ? »
On aurait dit que, de leur côté, les plaisanteries servaient aussi à mesurer le talent.
À ce compte-là, Enkrid pourrait bien devenir le plus grand chevalier du continent.
« Pas mal. »
La chevalière junior blonde, plus petite qu’Oara, hocha la tête.
« Aisia, organise le travail et répartis-le entre eux. Aujourd’hui, je vais me saouler. »
Oara termina sur ces mots, et Aisia inclina la tête. Oara reposa sa chaise dans un petit claquement et vida la tasse qu’elle tenait.
La réunion prit fin. Une fois dehors, Ruagarne demanda :
« Alors ? »
La question était sans contexte, mais Enkrid comprit aussitôt. Il lui demandait ce qu’il pensait de cette chevalière.
« Je ne sais pas. »
« Tu ne sais pas ? »
« Il faut que je la voie combattre. »
Il était curieux de la voir se battre. Plus encore de voir son épée. À quoi ressemblerait sa stratégie ? Quel était son niveau de chevalière ? Les chevaliers n’étaient pas tous pareils. Chacun suivait une voie différente. Il le savait désormais.
Alors…
Impossible de deviner sans l’avoir vue.
Il brûlait d’envie de voir l’épée de cette chevalière qui ne laissait paraître la moindre pression.
Le désir bouillonnait en lui.
Il avait déjà affronté quatre épées de classe chevaleresque, et cette soif n’était toujours pas étanchée.
Pourtant, au lieu de s’impatienter, il laissa cette sensation s’épanouir en un enthousiasme pur.
Si ça aussi, c’est du talent…
En l’observant, Ruagarne se demanda avec une grande curiosité ce qui se passerait si cet homme devenait vraiment chevalier, s’il se mettait à manier la Volonté comme eux.
Elle n’arrivait pas du tout à le prédire.
Même à présent, il donnait l’impression d’avoir déjà atteint une limite.
C’était justement ce qui rendrait la suite plus amusante. Rendre possible ce qui ne l’était pas, puis atteindre un terme qu’il ne pouvait même pas imaginer.
Ruagarne frissonna, ce qui lui aurait donné la chair de poule si elle avait été humaine.
À la place, sa peau vira au rouge. Une particularité des Grenouilles. Elle était toute seule à en être bouleversée.
Pour cette raison, décida-t-elle, elle ferait de son mieux.
Aisia avait toujours l’air fatiguée, mais elle ne prit pas la peine de chercher des excuses à dame Oara.
Elle connaissait Enkrid.
Il n’était pas du genre à voir ce comportement et à rejeter ou rabaisser quelqu’un.
Au contraire, une fois sa curiosité éveillée, il voudrait rester près de cette personne et apprendre d’elle.
Et, comme prévu, il le montrait déjà.
Dunbakel, qui avait écouté non loin, demanda :
« Tu vas entrer dans le Royaume démoniaque ? »
Dunbakel n’avait pas l’air effrayée, mais sa voix trahissait une inquiétude discrète. En même temps, elle s’efforçait de paraître encore plus calme, comme si elle voulait cacher sa peur.
« Si j’en ai l’occasion. »
Enkrid répondit sans détour. S’il ne s’y était pas attendu, il ne serait pas allé aussi loin.
Dunbakel déglutit sans bruit. Rien n’avait encore commencé, mais une partie d’elle voulait déjà s’enfuir.
« Bon, voici la liste des problèmes qu’il faut régler. Il y en a plus d’un ou deux. Si on en résout ne serait-ce que la moitié, on pourra souffler. »
« Dis-moi. »
Aisia fit exactement ce qu’Enkrid lui avait demandé.
Les requêtes se divisaient en deux grandes catégories.
La première concernait les déserteurs.
Elle expliqua que cette année était particulièrement mauvaise.
Pour Enkrid, le grand nombre de déserteurs était compréhensible. Les combats s’éternisaient, la mort guettait à la moindre erreur, les provisions étaient insuffisantes et la solde n’était pas élevée non plus.
Elle représentait moins de la moitié de celle des soldats de campagne de la Garde-frontière.
Cela dit, on disait que c’était malgré tout mieux payé que dans bien d’autres régions.
À ce rythme, ils devraient enfermer les soldats pour les empêcher de s’enfuir.
« Si tu les enfermes, tu crois qu’ils se battront correctement ? C’est ce que dit dame Oara. »
Enkrid comprenait dans les grandes lignes la méthode d’Oara.
Ne garder que ceux qui se battraient. Les passer au crible, pour ne conserver que ceux qui savaient vraiment combattre et avaient le cœur solide.
Les autres finiraient par craquer et ne pourraient de toute façon pas se battre.
L’esprit humain n’était pas si robuste.
À force de rester trop longtemps au bord de la mort, il se fissurait.
La peur que le lendemain soit son dernier jour, et une vie où le camarade à ses côtés était sans cesse remplacé.
Pour éviter cela, les gens avaient besoin de vrais moments de repos.
Ce n’était pas pour rien que la Garde-frontière avait autrefois fait alterner deux bataillons pendant la guerre contre Azpen.
C’était pour éviter les combats ininterrompus. La fatigue du combat épuisait l’esprit avant le corps.
Avant même d’aborder le second problème, les colonies de Créatures démoniaques, Aisia commença par vider son sac.
« Deux groupes de déserteurs posent de sérieux problèmes, et le pire, c’est un salaud nommé Jack l’Épéiste. Il a attaqué notre convoi de ravitaillement à l’arrière. »
Mille Briques était une terre où pas même un grain de blé ne poussait. Il était difficile d’y chasser ou d’y trouver de quoi se nourrir, et ils dépendaient entièrement des ravitaillements. Pourtant, des déserteurs avaient attaqué le convoi envoyé depuis la capitale.
Certains déserteurs partaient discrètement après avoir déserté, bien sûr, mais elle disait que des types pareils apparaissaient de temps en temps.
Ils voulaient dérober quelque chose avant de s’enfuir.
Pourquoi ? Parce que plus de la moitié des soldats enrôlés de force, plutôt que volontaires, étaient des criminels.
Les plus capables d’entre eux formaient vite des groupes, pillaient autant qu’ils le pouvaient, puis détalaient.
« Le mieux serait de s’occuper de ce salaud en premier. »
Aisia expliqua qui était Jack l’Épéiste, et Enkrid répondit :
« Je crois que je l’ai tué en venant ici. »
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