Chapitre 437
TRADUCTIONS NOUS AVONS ESSAYÉ
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 437 : Ceux qui manquent de jugeote
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La requête était simple.
Naurillia avait un système de soldats-mercenaires, et cette requête en relevait.
[Rendez-vous dans les régions frontalières du Royaume démoniaque et prêtez main-forte à l’ordre des chevaliers.]
Elle précisait même qu’elle venait directement du chevalier Oara.
Marcus avait écrit la lettre, mais Enkrid croyait presque entendre la voix de Crang derrière ses mots.
« Un chevalier. Ça ne te dirait pas d’en rencontrer un ? »
Si. Et la récompense proposée pour cette requête était conséquente.
« Qu’est-ce que c’est ? Des plans ? Oh ho, avec les mesures en plus ? On pourra peut-être enfin installer de vrais égouts à la Garde-frontière, comme dans la capitale. »
À cause des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques, les gens s’étaient habitués à vivre derrière les murs des villes. On avait mis au point toutes sortes de commodités, mais la plupart n’existaient que dans la capitale.
À présent, on leur proposait de leur transmettre une partie de ces technologies.
Un chevalier, de la technologie, tout ça.
On lui avait déjà donné Aker, en plus. Était-ce vraiment raisonnable ?
Enkrid posa la main sur la garde de l’épée à sa ceinture.
Il ne connaissait rien à la politique et se demanda un instant si les nobles des environs ne risquaient pas de protester, mais il chassa cette idée.
Ceux qui leur remettaient ces techniques étaient eux-mêmes des nobles.
On dirait que Crang a su les convaincre.
Là où Enkrid convainquait avec ses mains, ses pieds et sa lame, Crang, lui, le faisait avec des mots et de l’aplomb.
Son inquiétude se dissipa vite. Ce genre de choses comptait, certes, mais pour l’instant, elles lui importaient peu. Une seule expression lui restait en tête.
Le chevalier Oara.
Un chevalier.
Sa main se crispa d’elle-même. La corde qui lui comprimait le bras droit pour l’entraînement commença à se fendre en claquant sèchement. Un peu plus de force, et elle céderait.
Les chevaliers d’Azpen, le Roi des mercenaires, Ragna, Sinar.
Enkrid avait croisé le fer avec eux tous et avait vu ce qu’était un chevalier.
Même aujourd’hui, il continuait à affronter les épées de Ragna et de Sinar sans relâche.
Et ce n’était pas tout.
Il avait nagé dans le Lac de l’Expérience que Ruagarne lui avait montré et s’était libéré de la stagnation.
Malgré tout, il se sentait encore insuffisant. La soif lui brûlait toujours la gorge.
Peut-être que ça l’apaiserait.
Le chevalier Oara.
Il voulait rencontrer cette personne par pure curiosité. L’idée de refuser ne lui avait même pas traversé l’esprit.
Pour autant, toute l’unité ne pouvait pas partir. Ce n’était pas nécessaire.
Au bas de la lettre, une dernière ligne précisait qu’il fallait encore maintenir la force de dissuasion d’Azpen.
Il n’y avait aucune raison d’envoyer toute la Compagnie des Fous pour une affaire mineure.
Kraiss plia soigneusement la lettre et prit la parole le premier.
« Laissons Audin ici. Il nous faut quelqu’un pour superviser l’ensemble de l’entraînement. »
L’entraînement de l’armée permanente de la Garde-frontière était dur et impitoyable. Il leur fallait quelqu’un capable de mener tout le processus sans se plaindre une seule fois.
À vrai dire, n’importe lequel d’entre eux, Enkrid compris, aurait pu s’en charger, mais pour l’instant, c’était Audin qui occupait ce rôle.
Quiconque avait vu de près le poing d’Audin aurait déserté avant même de songer à se rebeller.
Bien sûr, Audin croyait que tout cela venait de la compassion divine.
Après l’avoir entendu, les soldats en concluaient que la compassion de Dieu habitait ses poings.
« Ça me va de rester, mon frère. »
L’ordre des chevaliers avait demandé de l’aide, mais la lettre précisait que la situation n’était pas si grave.
Elle indiquait aussi qu’ils avaient surtout besoin de renforts pour repousser les attaques-surprises des Créatures démoniaques, difficiles à contrer avec leurs effectifs réduits.
« J’ai encore beaucoup à transmettre. Je devrais partir avec vous. »
Ruagarne, qui écoutait non loin de là, prit la parole. Enkrid hocha la tête.
« J’ai beaucoup à faire. »
Esther déclara cela. Aux yeux bleus et aux longs cheveux, c’était une beauté impossible à ignorer, et elle avait pris forme humaine ce jour-là.
Lorsqu’elle repoussa ses cheveux, plusieurs soldats en faction près des baraquements, à côté du terrain d’entraînement, la dévisagèrent ouvertement.
Enkrid se déplaça légèrement pour leur barrer la vue.
S’ils continuaient à la fixer, Esther risquait encore de dire qu’elle allait leur arracher les yeux.
« Je suis occupé. »
Ragna lança ces mots d’un ton nonchalant.
Il ne manquait pas de culot, lui, le plus grand tire-au-flanc de l’unité.
Enkrid devinait pourtant ce qui se cachait derrière ses paroles.
La mission n’était pas dangereuse, alors Ragna n’avait sans doute pas envie de se donner la peine d’y aller. Il voulait manifestement continuer à affûter ses propres compétences.
S’il avait besoin de se défouler, il pouvait aller rôder dans la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil, où les troubles récents s’étaient multipliés, ou près des cinq villes fortifiées dont Kraiss lui avait parlé. L’activité des monstres avait augmenté ces derniers temps.
« Très bien. »
Enkrid acquiesça de nouveau. Mais sans lui, qui savait avec quelle assiduité Ragna se mettrait réellement au travail.
Ropord resta. Pel aussi.
Le teint de Pel avait sérieusement pâli en quelques jours à peine.
Il avait perdu confiance en lui, ce qui avait sapé son moral, mais personne ne le consola.
N’était-ce pas comme ça qu’on s’en sortait d’ordinaire, en faisant face tout seul ?
Pour Enkrid et ses compagnons, c’était évident.
Et s’il ne tenait pas le coup ? Ils diraient simplement que l’épéiste élevé par les Bergers de la Nature sauvage n’était pas à la hauteur.
Enkrid ne s’inquiétait pas non plus. Pel devait se débrouiller seul.
Teresa resta également, disant qu’elle aiderait Audin.
« Je veux me battre. »
Dunbakel déclara cela en dissimulant ses véritables sentiments.
À vrai dire, pas une seule personne ici n’était plus faible qu’elle. Teresa, ce nouveau venu, Ropord… tous.
Dunbakel elle-même s’était améliorée après que Rem l’eut fait passer par l’enfer.
C’est peut-être ma limite.
Ces derniers temps, cette pensée lui revenait souvent. Chaque fois qu’elle songeait à ses limites, elle faisait des cauchemars. Il lui arrivait même de se transformer dans son sommeil.
En contemplant sa propre apparence, qu’on pouvait aisément qualifier de malédiction, Dunbakel revécut son cauchemar.
Le jour où on l’avait chassée du village où elle était née et avait grandi.
« Tu ne peux pas vivre ici. »
« Va-t’en et meurs en silence. »
« Tu ferais mieux de trouver une falaise et de te jeter dans le vide. »
Qu’avait-il donc fait de si terrible ?
À l’époque, un feu de ressentiment s’était embrasé dans sa poitrine et elle avait voulu tuer toutes les bêtes-humanoïdes du village, mais elle ne voulait pas que la possibilité de mourir sans appel devienne sa raison de vivre.
Dunbakel avait ressenti la même chose à l’époque, aujourd’hui, et même lorsqu’elle avait perdu contre Enkrid.
Elle voulait vivre.
Si elle avait supplié et refusé de partir ce jour-là, peut-être aurait-elle pu rester au village. Mais elle ne l’avait pas fait.
Je veux fuir.
C’était l’instinct de survie qui faisait surgir en elle cette impulsion dangereuse, ce besoin d’échapper au danger.
Est-ce que je ne ferais pas mieux de m’installer quelque part, de travailler comme garde et de vivre de mon salaire ?
Elle ne désirait pas vraiment cette vie non plus. Dunbakel ne savait même pas ce qu’elle voulait.
Alors, chaque fois qu’elle avait envie de fuir, elle regardait Enkrid et reprenait contenance.
Si tu continues à fuir jusqu’à arriver quelque part, est-ce que ce sera le paradis ?
C’étaient les paroles de Kentaro, le conteur, peintre et vieux sage respecté, aujourd’hui défunt.
Il n’existe pas de paradis où l’on arrive en fuyant.
Alors, quand Dunbakel avait dit qu’elle voulait se battre, elle avait dissimulé son envie de fuir.
« Très bien. »
Bien sûr, Enkrid prêta à ce revirement de Dunbakel à peu près autant d’attention qu’une goule n’en accordait aux bonnes manières.
Rem revint alors, couvert de sang noir de Créature démoniaque, et annonça qu’il voulait partir avec eux.
Enkrid accepta de nouveau.
Ce n’était pas une affaire sérieuse. Cela ressemblerait plutôt à une petite excursion.
Même si les régions frontalières du Royaume démoniaque étaient dangereuses, elles n’avaient rien à voir avec le véritable Royaume démoniaque du sud ou un labyrinthe.
Le Royaume démoniaque qui bordait Naurillia était lui aussi dangereux, mais moins que le vrai Royaume démoniaque. C’était l’opinion générale.
« Nous partons dans trois jours. »
Enkrid annonça cela en détachant la corde qui lui avait étroitement enserré le bras droit.
Elle était absurdement solide, mais il l’avait brisée à la seule force de ses muscles.
« Voilà la technique secrète que j’ai créée : la méthode d’évasion par la corde. »
Audin observait la scène.
« Celle où tu gonfles les muscles et la déchires à la force brute ? »
Rem, qui était resté tranquille ces derniers jours, fit l’éloge de cette technique admirable.
« Tu t’es fait tabasser et tu as perdu tout courage. Comment se fait-il que tu sois de nouveau en pleine forme ? »
En voyant cela, Ragna lança une pique à Rem, puis ajouta qu’il était content de le retrouver comme avant.
Cela faisait un moment. Même Enkrid n’avait pas assisté à une scène aussi familière ces derniers temps.
Rem esquissa un sourire et laissa son intention meurtrière déborder.
« Hé hé, c’est vrai. Il est temps d’arrêter de porter une tête sur mes épaules et d’y planter une lame de hache. Faire d’une lame de hache une tête. Remplacer ma tête par une lame de hache. »
Rem entonna sa chanson absurde.
Audin sourit et dit : « Vous aimez vraiment chercher les ennuis, mes frères. »
Ragna laissa pendre son épée dans une posture décontractée.
Rem posa sa hache sur son épaule et la fit tressaillir. On aurait dit qu’une bagarre allait éclater d’un instant à l’autre.
Laissés à eux-mêmes, ils semblaient prêts à se battre à mort.
À cet instant où tout tenait à un fil, la foudre jaillit entre eux.
Jijijik.
Ce n’était pas de la vraie foudre, mais une rémanence de l’épée. Elle zigzagua, et l’éclair blanc émit un son semblable au cri d’un oiseau.
À cette entaille dans le vide, ils reculèrent tous deux leur centre de gravité en un instant.
Enkrid, qui venait d’abaisser sa lame, prit la parole.
« La mienne s’appelle Foudre blanche. »
Ce qui avait jailli entre eux, c’était l’entaille d’Enkrid. Il avait mêlé à l’épée de foudre de Ragna tout ce qu’il avait appris et maîtrisé.
Naturellement, la technique était imprégnée de Volonté.
Si la Frappe du Géant consistait à concentrer une force explosive et à la déchaîner,
celle-ci consistait à ponctuer cette frappe et à répartir la force d’un instant à l’autre.
Il l’avait élaborée dans le sang, au sens propre, à force de tousser du sang. C’était ainsi qu’Enkrid le ressentait.
Et la technique née de ce labeur produisait exactement l’effet qu’il recherchait.
Avant, il devait s’interposer entre eux. À présent, une seule entaille suffisait.
Cette entaille grava dans l’esprit de tous les présents un fait incontestable : il avait accompli d’immenses progrès.
« Tu m’empruntes encore ma technique ? »
demanda Ragna, intrigué.
« Non, je l’ai transformée pour en faire ma propre variante. »
À première vue, elle ressemblait à l’autre, mais ses composantes étaient différentes.
La Foudre noire de Ragna naissait d’une Épée lourde rapide.
Et la Foudre blanche, alors ?
Ragna avait aussitôt compris la nature de cette épée.
Elle privilégie la vitesse et répartit la force.
Une lame vive comme l’éclair traçait des zigzags pour laisser des rémanences, et, en suivant ces traînées, rendait le point d’impact impossible à prévoir pour l’adversaire.
Puis elle infléchissait encore ces lignes par la force brute et faisait s’abattre toute sa puissance.
Le génie de Ragna en saisit le principe en un regard.
Ce n’était pas une nouvelle Volonté.
C’était une variation de la Fulgurance, mêlée à la Frappe du Géant.
« Oui, c’est ça. »
Ragna approuva. Enkrid hocha la tête, puis tapota l’épaule de Rem.
« Nous partons dans trois jours. »
Rem se frotta une fois le nez et acquiesça.
« Compris. »
Il aurait pu ajouter quelque chose, mais Rem ne poursuivit pas ses bavardages.
Trois jours plus tard, ils partirent.
Les régions frontalières du Royaume démoniaque se trouvaient au nord-ouest de Naurillia.
En chemin, ils rejoignirent la grande route qui menait à l’ouest. Là, Rem tourna un instant la tête vers l’ouest.
Une odeur nostalgique sembla lui chatouiller les narines.
« Pourquoi ? » demanda Enkrid.
« Je regarde, c’est tout. »
« C’est par là, l’ouest. »
Enkrid le précisa sans raison particulière.
« Tu me prends pour un imbécile incapable de m’orienter ? »
Rem s’emporta. Ce n’était pas faux : on aurait dit qu’Enkrid le comparait à Ragna.
« Non, je disais ça comme ça. »
répondit Enkrid avant de s’avancer d’un pas léger.
Ils croisèrent plusieurs bandes de brigands en chemin, mais une seule osa les attaquer.
Enkrid trouva cela vraiment étrange.
Grenouille était avec eux, et ils étaient tous armés.
Si quelqu’un chargeait quand même après avoir vu ça, il fallait se poser des questions sur l’intelligence de ces brigands.
À moins qu’ils n’aient quelque chose sur quoi compter.
Enkrid en équipement complet, Rem avec son air féroce, la Grenouille Ruagarne et Dunbakel la bête-humanoïde.
Ils avaient voyagé à cheval jusque-là, puis avaient continué à pied. À cause des bagages, ils avaient vendu tous leurs chevaux dans le dernier village, à l’exception d’un cheval de bât.
Le chemin s’écartait légèrement de la route officielle, avec un monticule sur la gauche et des broussailles ainsi que quelques arbres sur la droite.
C’était un bon terrain pour marcher ou courir, mais pas pour y monter à cheval.
« Près du Royaume démoniaque, les Créatures démoniaques pullulent. Les chevaux, c’est de la nourriture, ni plus ni moins. »
Ils l’avaient appris en chemin.
Le palais leur avait proposé de leur envoyer une unité de Rangers pour les guider, mais ils avaient refusé.
C’était inutile. Enkrid n’était pas Ragna, et trouver son chemin n’avait rien de difficile.
Quoi qu’il en soit, alors qu’il leur restait environ cinq jours de marche avant les régions frontalières du Royaume démoniaque, une bande de brigands leur barra la route.
Leur regard meurtrier aurait paru assez menaçant pour une caravane ou un groupe ordinaire.
« Ils n’ont peur de rien ? »
marmonna Dunbakel. Une main posée sur sa lame courbe, elle se tenait prête à bondir à tout instant.
Ou à fuir à tout instant.
Enkrid laissa passer la remarque de Dunbakel et observa les brigands.
Celui qui se tenait au centre avait une barbe mal taillée, et les autres lui ressemblaient.
On aurait dit des parents de Rem.
À leur façon de tenir leurs lances et leurs épées, ce n’était pas leur première fois.
Quelques-uns s’étaient déployés pour les encercler, en gardant soigneusement leurs distances.
Rien d’extraordinaire, mais leur positionnement suffisait à écraser des cibles ordinaires avant qu’elles aient le temps de réagir.
Quelques archers se mêlaient aussi au groupe.
Ils savaient donc s’y prendre.
On ne pouvait pas vivre en brigand simplement parce qu’on savait manier une épée.
Il fallait aussi survivre aux Créatures démoniaques et trouver un endroit sûr.
À mesure qu’ils approchaient des régions frontalières du Royaume démoniaque, Enkrid avait déjà aperçu des hommes à l’allure rude dans les grands villages. Ce genre de choses n’avait donc rien d’impossible.
Des gens qui attaquaient même après avoir vu leurs armes et leurs origines, ça existait.
L’un des brigands, qui avait peut-être entendu Dunbakel, prit la parole. Il avait l’oreille fine.
« Nous aussi, on risque notre vie. Vous croyez que c’est facile de dépouiller des caravanes dans ce coin ? »
Enkrid se demanda combien de gens comme eux vivaient dans le royaume.
Trop pour les compter, sans doute.
Impossible de les éliminer tous. Il n’avait cependant pas l’intention de laisser tranquillement repartir ceux qui venaient de l’attaquer.
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