Chapitre 436
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 436 : Je ne peux pas laisser passer ça
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Rem regarda Enkrid lutter de toutes ses forces, mais n’intervint pas.
Il prenait rarement part aux débats sur l’escrime qui s’engageaient entre deux séances d’entraînement.
« Si ça te fait mal, repose-toi. »
Il ne se poussait jamais assez loin pour entendre Enkrid lui dire ça.
« Occupe-toi de tes affaires. »
Même après avoir entendu ça, Rem se contentait de mettre les choses au clair, juste assez pour ne pas avoir l’air susceptible.
Après avoir vu Ruagarne s’en mêler, il avait aussi cessé de s’investir sérieusement dans les combats d’entraînement contre Enkrid, comme auparavant.
À présent, il ne croisait le fer avec lui que de temps à autre.
« Tu veux te battre ? Alors viens. »
C’était seulement dans ces moments-là qu’il lui enseignait quelque chose.
Comme toujours, ses leçons commençaient par la pratique et finissaient par les explications.
Aux yeux de Rem, Enkrid n’avait pas beaucoup changé. Il progressait si lentement que c’en était frustrant. Mais il ne régressait pas.
Il avançait.
Rem s’en tenait là. Il se contentait de regarder.
Même sans lui, Enkrid avait bien assez de partenaires d’entraînement.
Il n’avait pas besoin de s’imposer juste pour s’entraîner avec lui.
Il l’avait seulement aidé à faire pénétrer la Poignée de souffle dans son corps.
Une fois qu’elle s’y fut installée dans une certaine mesure, il avait même cessé de s’en occuper.
Ces derniers temps, il se contentait donc de manier sa hache tout seul et d’embêter Dunbakel de temps en temps.
Ou bien il allait dans la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil, pour une simple promenade qu’il faisait de temps à autre quand son corps se raidissait.
Même si, lors d’une telle promenade, le sang des créatures démoniaques qui vivaient là suffisait à imbiber la terre.
Il était justement parti se promener.
« Puisque vous sortez, vous pourriez éliminer la meute de chiens à visage humain. »
Kraiss s’approcha et lança cela à Rem, qui flânait. Il avait on ne savait comment déniché un chapeau à plumes. Sur n’importe qui d’autre, il aurait eu l’air ridicule ; sur la tête de Kraiss, il lui allait à merveille.
« D’accord. »
Rem hocha la tête sans cérémonie.
En le regardant s’éloigner, Kraiss se tourna vers Nurat, sa lieutenante et amante, qui venait d’arriver à ses côtés.
« Il s’est passé quelque chose, dernièrement ? Pourquoi est-il si silencieux ? Ça m’inquiète. Vraiment. »
« C’est plutôt une bonne chose, non ? »
Son amante à la peau sombre pencha la tête.
Quand Rem faisait du bruit, ce n’était pas ça, le problème ?
« Hé, je m’ennuie. Bats-toi contre moi. »
Il avait l’habitude de provoquer les soldats et les commandants des unités voisines dès qu’il en avait l’occasion.
« C’est ça, ton escrime ? Approche. Je vais tout t’apprendre depuis le début, étape par étape. Tu devrais t’estimer honoré. Je suis Rem l’Immortel en personne. Allez, répète après moi : un coup, l’Immortel ; deux coups, seigneur Rem. Hahahaha ! »
Il avait aussi l’habitude de pousser les entraînements à des niveaux insensés.
« C’est ça, ta cuisine ? Ce poulet est tellement cru qu’il va bientôt pondre un œuf. Pousse-toi. Je vais te montrer ce que c’est, cuisiner. »
Ensuite, il faisait bouillir un ragoût occidental et torturait les papilles des soldats.
Enkrid disait que Rem savait préparer des plats plutôt bons, en réalité ; il ne faisait ça que par méchanceté.
Bien sûr, Enkrid en mangeait quand même avec appétit.
« C’est très nourrissant. C’est bon pour la santé. »
Voilà ce qu’il disait.
Ragna n’avait qu’à en sentir l’odeur pour renverser aussitôt la marmite.
Audin disait : « Est-ce aussi une épreuve ? », puis priait, avalait quelques cuillerées et se taisait.
Quand Rem se lançait dans ce genre de sottises, Jaxon s’éclipsait discrètement. Kraiss faisait de même.
Nurat avait assisté à tout cela de loin ; elle ne pouvait donc que se dire ceci :
Au moins, c’était mieux qu’avant, non ?
C’était pour cela qu’elle avait dit que le silence était une bonne chose. Elle parlait en se souvenant de ce que Rem faisait autrefois.
Kraiss émit un bref grognement, puis prit la parole.
« C’est vrai, mais le voir comme ça me fait penser que le prochain incident risque d’être sérieux. »
Les meutes de chiens à visage humain s’étaient multipliées ces derniers temps, mais elles ne représentaient aucun défi pour Rem. Ni aucune menace.
Sans se soucier des inquiétudes de Kraiss, Rem se contentait de faire ce qu’il avait à faire.
Même en faisant tenir le manche de sa hache en équilibre sur son front comme un tour, plongé dans ses pensées.
Même lorsque les chiens à visage humain de la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil fondaient sur lui en masse.
« Krrraaah. »
Dans un crissement métallique strident, le chien à visage humain devenu le chef de la colonie cracha du feu.
On aurait dit qu’il avait avalé de travers un silex.
Rem devina la trajectoire des flammes et esquiva. Rien de difficile.
Cette créature démoniaque n’avait tout simplement aucun instinct pour jauger la force de son adversaire.
L’Ouest me manque.
Là-bas, bien des monstres et des bêtes faisaient de la ruse leur arme.
Des créatures comme celle-ci ne suffisaient qu’à s’échauffer.
Cette pensée lui traversa l’esprit. Rem se glissa sur le flanc de la créature et abattit sa hache.
La lame plongeante trancha le cou de la créature démoniaque.
La tête de hache, forgée dans l’Acier de Lewes, fendit la peau, les muscles et les os.
Pwahk !
Du sang noir gicla partout et la tête tranchée dévala la pente.
Krrraah !
Quant aux autres chiens à visage humain, Rem se contenta de balancer quelques fois sa hache et d’abattre ceux qui lui fonçaient dessus.
Ce fut facile.
Rem retourna aux baraquements en faisant distraitement tournoyer sa hache dans sa main.
À ce moment-là, Enkrid venait de recevoir une requête sous forme de lettre et choisissait ceux qui l’accompagneraient.
« Viens avec moi. »
La requête concernait justement un endroit proche de l’Ouest.
Il avait déjà décidé d’y aller, mais son cœur n’était pas encore assez tranquille pour partir sur-le-champ. À présent, tout était clair.
À ce rythme, ce salaud de Ragna allait continuer à lui passer devant.
Je ne peux pas laisser passer ça.
* * *
Crang était assis dans la grande salle. Il écoutait les dignitaires débattre de la protection de Krona, perdu dans ses pensées.
Ils ont dit que ça se produisait tous les quelques années ?
Il en avait entendu parler en partie par Marcus et avait constaté le reste de ses propres yeux.
La frontière du Royaume démoniaque était dangereuse à bien des égards et manquait souvent d’effectifs.
Elle manquait toujours de talents, de gens tout court, et le danger s’y ajoutait.
Qui voudrait y aller ?
En un sens, c’est comme un pot fêlé qui ne fait que siphonner le budget.
S’il s’était agi d’un pot ordinaire, cela n’aurait pas posé de problème. Mais c’était un pot magique qui crachait du poison dès qu’on cessait d’y verser de l’eau.
S’ils ne parvenaient pas à tenir la frontière, ils devraient céder une partie de leur territoire aux créatures démoniaques et aux bêtes magiques qui déferleraient.
C’était aussi pour cela qu’il ne pouvait pas jouer la carte des chevaliers dans la guerre civile.
Rihinshtetten, au sud, pose un autre problème.
Autrement dit, la frontière du Royaume démoniaque n’était pas le seul endroit à manquer d’hommes. Partout ailleurs, c’était à peu près pareil.
La situation de Naurillia était pire que Crang ne l’avait imaginé.
Si les choses tournaient mal, le sud pourrait les engloutir ou ils seraient contraints de craindre les incursions venues du Royaume démoniaque. Et Azpen n’avait pas non plus complètement rentré ses griffes : le duché restait une nuisance.
« Et alors ? »
Pour une raison ou une autre, il croyait presque entendre Enkrid lui poser la question.
Oui. Et alors ?
Il était déjà assis sur le trône. Crang devait faire ce qu’il avait à faire.
Oara, la chevalière qui gardait la frontière du Royaume démoniaque, avait envoyé la requête habituelle.
Ils manquaient d’hommes ; qu’on leur envoie des combattants.
« Si possible, plus de cinq cents soldats. Sinon, au moins trois ou quatre combattants du niveau de chevalier junior, accompagnés d’une unité de Rangers entraînés. C’est difficile à accepter. Veuillez prendre en compte les opérations en cours dans la capitale. Les deux options sont impossibles. Il convient de mettre fin à cette affaire en envoyant Dame Aisia avec dix soldats. »
Inspirés par la politique de sécurité publique de la Garde-frontière, ils avaient commencé à aménager les routes des environs et à les border de postes avancés.
Un travail simple, mais qui exigeait beaucoup de main-d’œuvre.
En même temps, ils devaient éliminer les créatures démoniaques et les bêtes magiques des environs, tout en tenant en respect les salauds de bandits qui surgissaient de nulle part comme du pain frais.
Ils n’avaient pas assez de marge pour faire tourner les troupes.
Et ce n’était pas tout.
Ils avaient gagné la reconnaissance du peuple, mais des idiots qui commençaient à nourrir d’autres idées faisaient leur apparition.
Était-il vraiment normal qu’un bâtard occupe cette place ? Voilà ce qu’ils racontaient.
Bien sûr, plus de la moitié de ces gens avaient été manipulés par des manœuvres étrangères.
En vérité, tous les nobles et dignitaires honnêtes soutenaient Crang.
Crang chassa ces pensées embrouillées.
Il se concentra sur ce qui pressait et sur ce qu’il devait faire sans attendre.
S’il ne faisait pas de grandes enjambées, il n’aurait parcouru que quelques pas avant de mourir.
Qui a le plus grand rêve, toi ou moi ?
C’était ce qu’il voulait demander à ce salaud d’Enkrid.
Crang tourna les yeux vers le vitrail. Des nuages sombres s’étaient amassés et le ciel avait l’air terne.
« Il y a une autre solution. »
C’était le marquis Baisar.
« Laquelle ? »
Crang détourna le regard de la fenêtre pour le poser sur le marquis.
« La Garde-frontière ne dispose-t-elle pas d’une force supérieure à celle des chevaliers juniors ? »
« Si je lui ordonne d’y aller, est-ce qu’il obéira ? »
« Si le roi l’ordonne, ne devrait-il pas naturellement obéir ? »
« Mais c’est le Tueur de créatures démoniaques, non ? »
« Vous insinuez donc qu’il désobéirait à un ordre royal ? »
Après l’intervention du marquis, les nobles enchaînèrent les remarques.
« Naurillia a un système appelé le système des soldats-mercenaires, Votre Majesté. »
Marcus appuya ses propos.
« Présentons une requête et offrons une compensation. »
Le marquis enchaîna.
« Le trésor royal est vide. »
Crang répondit dès que le marquis eut fini.
Leurs trois voix s’enchaînèrent, parfaitement réglées, comme les répliques d’une pièce.
« Nous sécurisons les routes commerciales et gagnons des Krona, certes, mais il sera difficile de produire nous-mêmes assez de nourriture en semant des cultures et en faisant se reproduire des étalons de race, qui sont précieux. En apparence, tout va bien, mais en vérité, il nous manque encore beaucoup de choses. »
Le marquis reprit la parole.
« Il se trouve que certaines personnes ici présentes connaissent justement très bien ces domaines… »
Marcus saisit la perche, et le marquis poursuivit.
En les regardant, Crang trouva que les deux hommes se ressemblaient beaucoup.
Ils évoluaient en parfaite harmonie.
Bien sûr, il suivait lui aussi le même rythme.
Une famille noble du sud, réputée depuis des générations pour élever d’excellents étalons, les écouta et voulut acquiescer, mais quelque chose la chiffonnait.
Nous allons donc payer toutes les compensations ?
En tant que nobles, il était juste de servir le pays. Mais la reconnaissance des biens privés des nobles était également inscrite dans la loi depuis longtemps.
Le premier accepta de fournir des semences d’étalon, et un autre noble consentit à transmettre des techniques d’irrigation pour la gestion des terres agricoles.
Personne ne les y avait forcés.
C’était simplement arrivé ainsi au fil de la conversation.
« Alors, envoyons la requête, marquis Baisar ? »
« Oui, je vais m’en charger. »
La réunion prit fin sur ces mots.
Quant à la demande de renforts à la frontière du Royaume démoniaque, elle tenait davantage au manque d’effectifs qu’au danger. Crang estima donc que ce ne serait pas une mauvaise mission pour Enkrid non plus.
Ne voudrait-il pas rencontrer une chevalière ?
Crang savait qu’Enkrid avait déjà rencontré le Roi des mercenaires, mais un chevalier appartenant à un ordre de chevalerie, ce serait différent.
Crang ignorait qu’Enkrid fréquentait déjà Ragna et Sinar.
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