Chapitre 433
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 433 : Il n’y a jamais eu de permission
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Le fou, voyageur et zélote errant à la poursuite de son rêve, avait rencontré trois chevaliers.
Le premier était un chevalier d’Azpen.
Chacune de ses techniques était rapide et puissante.
Même en sachant ce qui allait arriver, impossible de l’arrêter.
Non, à présent, Enkrid pourrait sans doute parer une attaque molle s’il la voyait venir, mais à l’époque, c’était ce qu’il avait ressenti.
Sur le plan de la force physique pure, cet homme lui avait paru appartenir à une autre espèce. Son épée en était la preuve.
Le combattant de niveau chevaleresque suivant qu’il avait rencontré était le Roi des mercenaires, Anu.
Il n’avait pas dévoilé toute sa puissance. Ce qu’il avait montré n’en représentait qu’une infime partie.
Et le Roi des mercenaires était un homme-bête. Voilà tout ce qu’il avait révélé sans même se transformer.
Malgré cela, Enkrid avait vu, senti et appris beaucoup de choses. Anu se battait comme s’il les lui présentait une par une.
Ce qu’Anu lui avait montré, c’était la technique.
Des mouvements qu’il ne comprenait pas faisaient surgir des fers de lance sous des angles impossibles.
Le dernier se tenait juste devant lui.
Un adversaire qui ramenait sa lame noire après l’avoir abattue.
L’épée de Ragna tuait d’un seul coup.
Une épée qui ne manquait jamais sa cible.
Elle incarnait à la perfection l’essence du Style de l’épée lourde.
Les chevaliers n’étaient pas tous pareils.
Qu’avait voulu dire le Roi des mercenaires en parlant d’expérience ?
D’où venait cette différence ?
En aiguisant ce qu’on possède.
Si l’on croyait que la voie suivie était la bonne, alors au lieu de regarder derrière soi et de s’inquiéter, il fallait faire un pas de plus.
Les paroles du roi résonnaient encore clairement dans son esprit. La leçon était limpide.
À l’instant où il l’avait comprise, Enkrid en avait eu la certitude.
Ni le talent ni les cieux ne lui accorderaient ce qu’il désirait.
Un génie parmi les génies.
Un sur dix mille.
Et parmi ceux-là, après une nouvelle sélection, il n’en restait qu’un. Voilà ce qu’était un chevalier.
Et alors ?
Est-ce que ça changerait quelque chose ? Non. C’était comme toujours. Ça avait toujours été ainsi.
Il n’y avait jamais eu de permission.
Si les cieux ne le permettaient pas, si le talent ne le permettait pas, si personne ne le permettait, et s’il trouvait malgré tout un moyen ?
C’était l’un de ces moyens. Enkrid le sentit. Un fil venait d’apparaître. Le sourire lui vint d’abord, et sa bouche s’ouvrit avant que ses pensées ne le rattrapent.
« Encore. »
Ses bras tremblaient. S’il ne contractait pas son tronc, il avait l’impression qu’on allait le repousser. C’était comme tenir tête à une tempête capable d’arracher les racines des arbres, sans même avoir un bâton pour s’appuyer.
C’était comme gravir une chaîne de montagnes glaciales, où la pisse gelait au contact, vêtu d’un simple chiffon.
Non, ce n’est pas ça.
Il avait un bâton. Il avait des vêtements, même s’ils n’étaient que des guenilles.
Enkrid reprit son équilibre.
Tout ce qu’il avait bâti jusqu’ici était son vêtement et son bâton.
Celui qui reniait ce qu’il avait construit et refusait de se faire confiance n’avait pas d’avenir.
Alors il commença par là : se faire confiance.
C’était aussi ce que signifiaient les paroles du Roi des mercenaires.
Suivre la voie qu’on croit juste et ne pas tourner le dos à ce qu’on a bâti.
Souriant, Enkrid regarda Ragna et l’interrogea du regard.
Tu comptes en finir d’un seul coup ?
Ragna prit sa posture, comme si la réponse allait de soi. La lame noire fendit la lumière du soleil et se dressa, perpendiculaire au sol.
Il comptait répéter le même mouvement.
Une frappe impossible à arrêter, même quand on la voyait venir ; un coup d’épée qui reproduisait parfaitement ce qu’Enkrid avait ressenti la première fois qu’il avait vu ce chevalier d’Azpen.
* * *
Même en retenant ses coups, voilà à quoi ressemblait une attaque de Ragna.
La foudre noire s’abattit trois fois, et Enkrid para les trois coups. Non, « encaissa » était plus juste.
Les muscles de son bras droit étaient sur le point de se déchirer, et son bras gauche, de se briser.
Quel abruti bourrin.
Rem faillit le lâcher après avoir regardé jusqu’au bout, puis se ravisa. Sa gorge le démangea soudain et il se gratta. L’insulte resta dans sa bouche.
Enfin, je ne vaux pas mieux.
Il était d’accord. Regarder Enkrid rendait difficile de faire les choses à moitié.
Malgré ses deux bras tremblants, Enkrid tenta de saisir de nouveau son épée. Son corps vacillait comme s’il pouvait s’effondrer d’un instant à l’autre, mais son regard restait vif.
Comment rester tranquille devant un homme qui fonçait, l’âme en feu ?
Ce spenadul, ce bon à rien qui fumait du tabac avec son cul, s’était pourtant retenu.
S’il avait employé ne serait-ce qu’un peu plus de force, les deux bras d’Enkrid auraient volé en éclats.
Difficile, donc, de lui reprocher d’être une brute.
« Ho ho, notre frère paresseux vient d’atteindre une remarquable compréhension », dit Audin, plein d’admiration. Il était rare d’assister à une épée de niveau chevaleresque.
Même s’il levait son Sceau d’interdiction à l’instant, Audin ne pourrait pas y parvenir immédiatement.
Il lui faudrait du temps pour s’adapter.
Ou peut-être commencer par un entraînement intensif.
Cela dit, ce n’était pas hors de sa portée.
Rem et Audin gardèrent leur calme.
Les autres, non.
Enkrid était entouré de nombreuses personnes talentueuses.
Rem, Jaxon et Audin étaient exceptionnels, mais les autres n’étaient pas des incapables pour autant.
Teresa plissa les yeux et se plongea dans ses pensées. Elle repassa encore et encore la scène qu’elle venait de voir.
C’était la foudre. Une catastrophe noire qui s’abattait comme un bloc de métal que personne n’oserait parer.
Est-ce que je pourrais arrêter ça avec un bouclier ?
Même avec un bouclier indestructible, son bras pourrait-il résister ?
Voilà le genre de coup d’épée qui faisait se poser la question même à quelqu’un doté d’un corps de Demi-Géant.
Teresa serra les molaires. Les muscles de sa mâchoire se tendirent, dessinant un long trait sur son visage.
Le désespoir était sur le point de relever la tête.
Puis elle vit Enkrid, qui avait tenu bon jusqu’à perdre connaissance et s’effondrer.
En le regardant, quelque chose surgit avant la frustration ou le désespoir.
Moi aussi, je peux le faire.
C’était la volonté de ne pas perdre et la détermination à ne pas abandonner.
Dunbakel et Ropord ressentirent la même chose. Tous sombrèrent dans une profonde réflexion.
Les yeux de Ruagarne brillèrent, puis des larmes coulèrent.
« Pourquoi cette Grenouille pleure-t-elle ? » demanda Rem en la voyant.
« Ses émotions semblent l’avoir submergée, frère barbare », répondit Audin.
Audin avait raison. Ruagarne sentait quelque chose enfler dans sa poitrine.
Elle était si bouleversée qu’elle ne pouvait parler. Les doigts lisses de la Grenouille tremblaient.
Comment peut-il être comme ça ?
Elle avait vu Enkrid progresser et savait aussi combien son talent était médiocre.
Son talent de Grenouille et sa propre expérience permettaient à Ruagarne de discerner les limites d’Enkrid à chaque instant.
Et pourtant, il continuait d’avancer.
Ruagarne voyait là bien plus que la simple absence d’envie envers autrui.
La volonté de continuer même si les cieux ne l’autorisaient pas, même sans talent.
Elle brillait plus fort qu’une étoile filante et brûlait plus ardemment qu’un brasier.
C’était la volonté à l’état pur.
Il n’y a jamais eu de permission.
Enkrid avait prononcé ces mots de tout son être, puis les avait prouvés par ses actes.
Ruagarne ouvrit la bouche.
« Il deviendra chevalier. »
C’était soudain, mais personne ne protesta.
Le Roi des mercenaires n’avait pas confié quelque chose à Enkrid parce qu’il en était certain.
Ce qu’il lui avait laissé ressemblait davantage à un cadeau jeté à un homme qui portait son rêve sur son épée.
Et à présent…
La Grenouille, qui observait toujours la réalité et la saisissait avant d’explorer l’inconnu, ressentit une certitude féroce, dépourvue de toute raison.
Cet homme deviendrait chevalier.
Ruagarne était bouleversée, et tous les autres étaient perdus dans leurs pensées.
Parmi eux, celui qui était le plus choqué était Pel.
Qu’est-ce que c’est que ça ?
Il n’avait jamais cru pouvoir être surpassé par qui que ce soit en matière de talent. Pourquoi l’aurait-il cru ?
Il venait des Bergers de la Nature sauvage. Tous étaient des monstres.
Combien d’anciens pouvait-il encore affronter sans pouvoir les vaincre, même en dégainant le Tueur d’idoles et en fonçant sur eux ?
Et pourtant, cela ne l’avait pas inquiété. Il était en retard, mais il rattraperait vite son retard.
Mais après avoir vu ce qui venait de se passer sous ses yeux, cette confiance s’était effritée. La montagne qu’il croyait solide lui parut faite de terre meuble, dispersée par le vent.
Mon talent n’a donc rien d’exceptionnel ?
Pel resta sous le choc, incapable de bouger.
* * *
Si ses deux bras étaient fichus, il entraînerait le bas de son corps.
« Tu ne sais vraiment pas te reposer. Bonne posture. Si le sang circule vite, la guérison s’accélère aussi. »
Un médecin dûment formé aurait qualifié cela de folie.
Quand le corps réagissait par une inflammation, le repos devait précéder l’effort.
Mais il n’y avait aucun guérisseur de ce genre ici, et Audin n’avait pas tout à fait tort non plus.
Le corps d’Enkrid n’était pas si faible que cet effort puisse le briser.
Grâce à la Technique d’isolement et à son corps spécialisé dans la récupération par le Renouveau du corps, il était devenu robuste face à ce genre d’épreuve.
Il fallut sept jours pour que ses deux bras guérissent complètement.
Exactement une semaine plus tard, Enkrid empoigna son épée et héla Ragna.
« Arrête de paresser et ramène-toi. Aujourd’hui, je vais corriger toutes tes mauvaises habitudes. »
Le vagabond égaré, qui faisait tournoyer son épée plus vigoureusement que jamais au centre du terrain d’entraînement, tourna la tête et répondit calmement :
« Je serais venu même si tu m’avais simplement proposé un duel normal. »
Enkrid se sentit un peu gêné et se gratta la joue.
« C’est devenu une habitude. »
Il avait pris cette habitude en apostrophant Rem et les autres. Ce genre de réflexe ne disparaissait pas du jour au lendemain.
Lancer à Rem : « Espèce de barbare cinglé, ramène-toi, je vais te casser le nez ! », ce n’était plus une véritable provocation. C’était pratiquement une invitation à s’entraîner.
« Cette fois, je viens de ce côté. »
Ragna parla et tint son épée à l’horizontale, parallèle au sol.
Avant, il l’avait abattue à la verticale. Cette fois, il frapperait à l’horizontale.
Si le coup précédent évoquait une foudre qui s’abattait, celui-ci ressemblait à un mur de forteresse qui s’effondrait d’un seul coup.
Il n’était pas plus rapide que le précédent, mais il n’y avait nulle part où fuir. On aurait dit un rocher gigantesque roulant droit vers lui.
Comme si l’épée disait : voilà ce qu’est le coup d’un chevalier.
Cette fois, Enkrid se fêla deux côtes.
Il ne mourut pas pour autant.
Quelques jours plus tard, une fois la douleur au flanc dissipée et son état rétabli, Sinar revint et trouva Enkrid en train de transpirer sur le terrain d’entraînement. Une expression rare passa sur son visage.
Elle avait à peine haussé le sourcil gauche, mais Enkrid comprit que cela signifiait qu’elle était surprise.
« On dirait que tu es allé loin. »
« Tu m’as regretté, fiancée cabossée ? »
« C’est Audin qui t’a appris à ajouter des qualificatifs comme ça ? »
« Je ne suis plus en âge d’apprendre quoi que ce soit de quelqu’un. »
Enkrid hocha la tête et leva son épée.
Il n’avait pas oublié ce que Sinar lui avait montré lorsqu’il s’était effondré.
Si Ragna n’avait pas été là, il aurait attendu son retour, se demandant jour et nuit quand elle reviendrait.
Sinar leva Naidhl et sourit.
Elle ne réservait ce sourire d’elfe qu’à Enkrid.
Enkrid ne se laissa pas berner par le charme envoûtant d’une beauté inhumaine.
Sinar cessa de sourire et réduisit la distance.
Boum !
Était-ce grâce à Ragna ?
C’était plus lent que la foudre noire et plus facile à parer que ce coup horizontal qui s’était rué sur lui comme un mur de forteresse, sans lui laisser la moindre échappatoire.
En revanche, la lame de Sinar bougeait comme un papillon.
Il la para, mais elle se courba et retomba d’en haut. Il la bloqua de justesse et, avant même de s’en rendre compte, elle décrivit une boucle et fondit vers son ventre.
Il parvint tant bien que mal à parer et à esquiver.
Il ne baissa pas sa garde, et pourtant une lame invisible fondit sur l’arrière de sa tête.
Une épée arrivait de face tandis qu’une lame apparaissait derrière lui au même instant ?
Elle lui avait déjà montré cette technique.
C’était un art secret de l’épée propre aux elfes, fondé sur l’esprit de la forêt.
« Tu n’as nulle part où esquiver », dit Sinar.
Enkrid sourit de nouveau.
Il n’avait pas l’intention d’esquiver.
En un instant, il pivota sur le côté, para Naidhl dans la main de l’elfe avec Aker, dans sa main droite, puis dégaina Gladius de la main gauche et repoussa la lame informe.
Tic. La lame informe disparut sans force, mais il ne put pas parer Naidhl parfaitement.
Quelques attaques similaires lui laissèrent plusieurs entailles.
Bien sûr, il perdit et, cette fois, sa cuisse faillit être transpercée de part en part.
« Si elle avait frappé un peu plus haut, tu serais devenu pour le restant de tes jours une nouvelle forme de vie, ni homme ni femme. »
En voyant ça, Rem lança une plaisanterie.
« J’ai failli commettre une grave erreur », dit Sinar.
À la fin du duel, elle eut un bref moment de réflexion.
« Ce n’est rien. »
Enkrid ne s’en souciait pas.
Par la suite, ses journées demeurèrent à la fois ordinaires et extraordinaires.
Un jour, il s’entraînait contre Ragna.
Le lendemain, contre Sinar.
Pendant ses moments libres, il apprenait diverses techniques auprès de Rem.
Il passait du temps avec Audin, puis, quand Jaxon ne semblait pas plus occupé que d’habitude, il l’attrapait lui aussi pour le harceler de questions.
« La Frappe perçante sans tuer ne consiste pas à les laisser comprendre ce que tu fais tout en les empêchant de parer. Il faut frapper avant même qu’ils s’en rendent compte. »
Il n’avait pas besoin de tout apprendre, mais connaître beaucoup de techniques pourrait lui être utile.
Voilà pourquoi il continuait d’apprendre et de pratiquer toutes sortes de choses.
La lame de l’elfe était invisible, mais elle se prenait dans son réseau sensoriel.
Au bout du compte, la forme ultime, ce serait une estocade qu’on ne peut ni voir ni sentir ?
C’était ce qu’il avait compris d’instinct de l’art secret de l’elfe.
Il parvint à cette intuition avant que Sinar ne le lui montre de nouveau.
Répéter ainsi les journées, répéter ainsi l’entraînement : voilà ce qui faisait la force d’Enkrid.
Il s’exerçait aussi à écrire des lettres de la main gauche et aiguisait ses sens en esquivant les dagues que Jaxon lui lançait.
Aujourd’hui encore, la journée était comme toujours, assez ennuyeuse pour donner envie de bâiller, mais Enkrid faisait simplement ce qu’il avait à faire.
Pour lui, ce n’était pas difficile.
Alors que le temps s’écoulait ainsi, le Batelier apparut dans le rêve d’Enkrid.
Il ne semblait pas être venu avec quelque chose de précis à dire. On aurait plutôt dit qu’il voulait le réprimander, lui demander si cette journée morne lui plaisait vraiment et lui dire que si c’était tout ce qu’il souhaitait, il aurait mieux fait de rester dans un présent confortable.
Mais Enkrid posa sa question en premier.
« Quand est-ce que le sinistre arrivera ? »
Il avait vu ces yeux flamboyants à maintes reprises. Le monde où se trouvait le Batelier était au cœur de son paysage mental.
Des yeux qui brûlaient ainsi signifiaient que l’âme elle-même s’exprimait.
Il lui posa la question de toutes ses forces. Son désespoir était évident.
Le Batelier ne pouvait pas lui dire que le sinistre, le lanceur de malédictions, avait déjà trouvé la mort.
Ne l’avait-il pas déjà mis en garde, en insistant lourdement sur la prudence ?
Enkrid l’ignorait et posa de nouveau la question.
« Il est juste devant moi, maintenant ? »
Cette question semblait davantage exprimer une lutte qu’un espoir. Le Batelier ne pouvait pas répondre.
« Alors, demain ? »
Enkrid insista.
Le Batelier ne fit que jurer en silence, dans son for intérieur.
Quel emmerdeur.
Incapable de se résoudre à prononcer quoi que ce soit qui aurait entamé sa dignité, le Batelier referma le monde sans dire un mot, le jour même où ils avaient commencé à pouvoir parler.
Enkrid ne rencontra qu’un Batelier soudain devenu muet, puis se réveilla de son rêve.
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