Chapitre 426
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 426 : Anu, roi de l’Est
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La raison officielle de la venue du roi Anu de l’Est à la Garde-frontière était Martai, mais, bien sûr, il avait d’autres motifs.
« Naurillia est-elle devenue folle, ou est-ce le nouveau roi ? Il faut que je le découvre. Mais avant ça, je veux voir de mes propres yeux ce fameux Tueur de démons. »
Anu s’était fait un nom à dix-huit ans en chassant des lions dans les plaines de l’Est. Avant ses cinquante ans, il avait rassemblé son propre peuple dans les terres orientales et fondé une nation. C’était un héros.
Mais même un homme comme lui avait un défaut.
Dès qu’il rencontrait quelqu’un de talentueux, il voulait l’emmener à l’Est. Il était avide de talents.
Pour ces personnes, ce n’était pas toujours une mauvaise chose.
« Tu regrettes d’être devenu mon frère ? Alors retourne d’où tu viens ! »
N’était-il pas, à lui seul, l’homme qu’on pouvait qualifier de plus ouvert d’esprit du continent ?
Une fois qu’il avait convaincu quelqu’un de le suivre et qu’ils avaient traversé assez d’épreuves ensemble, cette personne finissait généralement par devenir un Oriental.
Elle succombait à son charme, enivrée par son énergie et son rêve.
Ce rêve semblait immense, grandiose, voire insensé, mais il était en train de le réaliser.
On pouvait dire qu’à présent, chaque colonie de la frontière orientale avait subi l’influence d’Anu.
Depuis ses dix-huit ans, il avait consacré toute sa vie au développement de l’Est.
Quiconque connaissait son parcours avant de le rencontrer ne pouvait que reconnaître son charisme.
Un peu borné et bourru, quand même.
Le lieutenant Asaluhi, à la peau brune, rajusta son turban tout en se faisant cette réflexion.
Quoi qu’on en dise, il respectait son roi, un homme aussi franc qu’incapable de garder rancune.
Asaluhi estimait que son devoir était de compenser les angles morts du roi.
« Allons-y. Rencontrons cet homme qui rêve d’exterminer les démons. »
Les rumeurs au sujet d’Enkrid s’étaient quelque peu déformées, mais le roi de l’Est n’avait aucun préjugé.
Un homme assez fou pour vouloir tuer des démons ?
Très bien. Pourquoi pas ?
Martai n’était qu’un prétexte. Son appétit pour les talents s’était manifestement réveillé.
Quelques incidents survenus récemment dans l’Est avaient énormément occupé le roi, mais il connaissait maintenant une accalmie. Le moment était bien choisi.
Une fois arrivé à la Garde-frontière et entré en ville sous un prétexte plausible, il n’eut aucun mal à retrouver ce fameux Enkrid.
Même pénétrer jusque dans la cour d’entraînement intérieure de la caserne ne fut pas bien difficile.
« S’il demande un duel, il accepte ? Avec n’importe qui ? »
À la question du lieutenant Asaluhi, le soldat dévisagea les deux hommes, sans toutefois paraître décidé à les arrêter de force.
De toute façon, un soldat ordinaire ne pouvait arrêter quelqu’un qui était arrivé jusque-là. Le général avait donc donné un ordre direct :
Ne les arrêtez pas. Laissez-les passer.
Assassin ou adversaire venu demander un duel, cela ne changeait rien. Si un soldat ne pouvait les arrêter dans un cas comme dans l’autre, inutile de chercher les ennuis.
Bien sûr, une note précisait aussi que personne ne serait empêché de se battre s’il insistait, mais les soldats qui mouraient d’envie d’en découdre étaient extrêmement, extrêmement, extrêmement rares.
Le soldat s’apprêta donc à leur répondre et à les laisser passer.
« C’est exact, mais… »
Anu rit et entra le premier. Le soldat ne l’arrêta pas. Une jeune recrue aurait peut-être essayé. Lui était un vétéran.
Après tout, ces deux-là avaient déjà franchi les portes gardées par Grenouille et Maelrun.
Le général avait aussi précisé : si vous n’êtes pas sûr de pouvoir mettre Maelrun au tapis, ne songez même pas à provoquer qui que ce soit.
« Ouais, gamin, tu as une flamme bien particulière en toi. »
Le roi marmonna ces mots en passant devant le soldat, puis poursuivit son chemin sans être inquiété.
En le regardant, le soldat eut l’impression, sans trop savoir pourquoi, que son visage respirait l’excitation.
Le roi entra dans la cour d’entraînement.
Intéressant.
Il éprouvait un plaisir sincère.
Il avait brièvement révélé sa présence en observant le Tueur de démons, et l’autre avait aussitôt manifesté son esprit de compétition.
Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas ressenti cette envie de s’affronter.
Et quel esprit combatif droit et franc !
D’ordinaire, il n’en serait pas venu aux mains si vite, mais l’aura de l’autre homme l’avait échauffé.
« Je sais pas. Moi non plus. »
À vrai dire, il avait tellement apprécié l’entêtement brut de l’autre qu’il avait fini par se battre à mains nues.
* * *
Après cela, le roi des mercenaires de l’Est resta avec l’unité.
Voyons voir.
En observant les membres de l’unité, le roi sentit sa convoitise pour les talents croître encore et encore.
Commençons par Rem.
Il a d’excellents instincts.
Il maniait deux haches, et son talent était indéniable.
Le roi appelait « frères » ceux qu’il estimait. Cette habitude remontait à ses débuts dans l’Est, lorsque son groupe agissait sous le nom de Fraternité des Turbans ocre.
Le nom lui était resté depuis.
Même parmi ses frères, rares étaient ceux qui avaient un tel talent.
Ce n’était pas inconnu, mais ça restait rare.
L’Est était une contrée sauvage, aussi dangereuse qu’un royaume démoniaque. C’était le lot des terres frontalières indomptées.
Les Créatures démoniaques géantes y apparaissaient souvent, et les bêtes encore plus dangereuses ne manquaient pas.
S’il n’y avait eu que ça, ils auraient eu de la chance. Il y avait aussi des Bêtes magiques volantes, et des salauds de démons qui s’amusaient avec les humains.
Bref, l’Est était l’Est, et même là-bas, Rem sortait du lot. Des combattants comme lui, on n’en croisait pas souvent. Et ce n’était pas tout.
Et cet homme qu’on appelait Audin, alors ?
« Mesurons notre force ! »
Au beau milieu d’un duel, ils joignirent soudain les mains pour mesurer leur force brute.
Il est plus fort qu’un ours à peau de sang ?
Anu fut impressionné. Plus important encore, cet ours à forme humaine nommé Audin ne se reposait pas uniquement sur sa force.
J’ai vu un tas d’hommes forts.
Anu essaya de lui tordre légèrement le poignet, mais Audin lui répondit avec une technique raffinée.
La force, c’était une chose, mais qui d’autre possédait à la fois une telle force et un tel savoir-faire ?
Même parmi les frères d’Anu, il comptait parmi les meilleurs combattants.
Il y avait aussi l’épéiste appelé Ragna.
On appelait génie une personne dotée d’un talent exceptionnel.
Ce salaud était sans conteste un génie.
Un talent pur, accordé par le ciel.
Il discernait le cœur de n’importe quelle technique exécutée devant lui et la copiait aussitôt.
Ses bases étaient solides, elles aussi.
Avec son unique grande épée noire, son escrime était rapide et puissante. Un homme devenu chevalier à la force du poignet n’aurait pas fait le poids.
Tout cela attisait la convoitise d’Anu, mais ne le surprenait pas.
Des instincts exceptionnels.
Un corps entraîné.
Un talent terrifiant.
C’était rare, très rare, mais il en avait déjà vu.
Il n’avait donc aucune raison d’être surpris.
Et ne pas être surpris ne signifiait pas qu’il les désirait moins.
Il y avait aussi un Homme-bête au potentiel remarquable.
La Demi-Géante Teresa était tout aussi désirable.
Et les autres aussi : l’homme nommé Ropord, et même le berger appelé Pel.
Chacun d’eux avait un talent qui faisait resurgir sa convoitise.
Intéressant.
Anu ressentit à nouveau cette même joie.
Et il y avait une personne qui sortait du lot.
« Il y a donc aussi une mage. »
Après qu’Esther eut repris forme humaine et jeté un regard au roi, elle le raya complètement de son esprit. Elle ne fit même plus semblant de le regarder. Elle semblait ne pas s’intéresser à lui le moins du monde.
Tout cela était déjà assez fascinant, mais Anu trouva quelque chose de plus passionnant encore.
Un homme les dirigeait tous.
La défaite.
Qu’est-ce que cela signifiait, perdre ?
Les hommes réellement doués avaient tous une grande fierté.
Ils étaient tous pareils.
Rem, Ragna, Audin. Aucun d’eux ne devait faire exception.
Alors, qu’était-ce donc ?
Qu’est-ce qu’il a, ce type ?
Un seul homme renversait toute cette énergie négative.
« Je peux vous demander un duel ? »
Perdre revenait à voir son propre talent remis en question.
Avant l’esprit de compétition venait l’amertume de la défaite. Elle s’attardait dans le cœur, le rongeant comme un murmure démoniaque.
C’était ainsi que fonctionnaient les émotions négatives.
Surtout chez ceux qu’il avait écrasés sans ménagement, sous leurs yeux.
Anu avait accepté l’entêtement de l’autre, mais pas avec douceur.
Il avait balayé chacune des techniques de l’homme.
Et pourtant.
« Vous êtes occupé ? »
Il le défiait encore et encore.
La défaite vous rongeait jusqu’au plus profond de votre être. Et plus vous étiez doué, plus c’était vrai.
Mais pas cet homme.
Anu n’accordait aucune importance au titre de chevalier junior, mais même à cette échelle, cet homme était d’un niveau élevé.
Comparé aux frères d’Anu, ne se serait-il pas classé parmi les dix meilleurs ?
Un combattant de ce niveau ne se souciait pas de perdre.
Est-ce qu’il n’a aucune fierté ?
Ou bien avait-il quelque chose de plus grand que sa fierté ?
Anu se souvint de ses propres défaites, autrefois.
Non, elles ne lui avaient pas fait plaisir. Mais il n’avait jamais eu le temps de s’y attarder.
Il devait continuer d’avancer.
Cet homme était pareil.
Anu reconnut en lui la même essence.
« Faisons un duel. »
Le roi Anu hocha la tête.
Son adversaire, qui ne se préoccupait pas de perdre, leva son épée.
Enkrid perdit, et Anu l’emporta.
Même si le résultat ne changeait jamais.
« Merci. »
Voilà ce que dit le perdant. À voir le désir et la ferveur dans ses yeux, perdre n’était pas sans importance pour lui.
Il rêvait simplement de quelque chose de plus grand.
« Je vais développer l’Est. »
Anu prononça ces mots.
Enkrid le fixa, attendant la suite.
« Nous en reparlerons la prochaine fois. »
Anu éclata de rire.
L’idée d’emmener tous ces salauds à l’Est lui semblait exaltante.
* * *
Quelques jours plus tard, nul besoin de demander pourquoi le roi de l’Est était venu.
« Vous êtes impressionnant. Que diriez-vous de parcourir avec moi les routes de l’exploration ? »
Il voulait des talents, et ne le cachait pas.
Rem cligna des yeux à ces mots.
Il s’habituait à sa nouvelle hache et avait abattu un arbre épais pour en faire un fauteuil en rondins.
Chaque coup de hache taillait et fendait du bois frais.
La sciure et les copeaux s’entassaient tout autour de lui.
Anu pouvait le deviner rien qu’en le regardant fabriquer une chaise en bois.
La façon dont ce salaud manie sa hache…
Au début, il avait cru reconnaître un style déjà vu quelque part, mais plus il l’observait, plus il comprenait que cet homme avait des instincts hors du commun.
« Si je suis impressionnant, qu’est-ce que ça fait de toi ? »
Rem posa la question d’un ton désinvolte et insolent. S’il se souciait de savoir si l’autre était roi ou chevalier, il ne serait pas Rem.
« Tu devrais te comparer à moi ? »
Anu secoua la tête.
Que pouvait-on bien faire d’une telle comparaison ?
« Tu es encore plus pénible que notre capitaine. »
« …Asaluhi, c’est une insulte à la famille royale ? Il existe un crime d’insulte royale ? »
Il plaisantait.
Même s’il avait fait un scandale en prétendant qu’il s’agissait d’une véritable insulte, Rem n’en aurait eu cure.
Je devrais aller à l’Ouest.
Rem prit à nouveau sa décision. Sans sorcellerie, il se sentait étrangement gêné à l’idée de frapper le premier, quoi que le roi de l’Est fasse sous ses yeux. Il détestait ça.
S’il se battait sérieusement, il n’était pas certain de perdre, et il avait aussi appris des choses en s’entraînant avec lui.
Mais ça lui laissait un goût amer.
Allons à l’Ouest.
Rem se répéta sa décision.
Le roi n’était pas un imbécile. Il savait trouver le point faible de son adversaire.
Il plaisantait avec Rem, mais proposa à Ragna exactement ce qu’il désirait le plus.
« Justement, on a besoin de beaucoup de gens pour explorer l’Est. Pourquoi ne viendrais-tu pas nous aider ? »
« Vous avez besoin d’un guide ? »
« Bien sûr. »
« Je suis doué pour trouver des raccourcis et tracer de nouvelles routes, mais je suis occupé en ce moment. »
Quand Ragna était de mauvaise humeur, il pouvait être pire que Rem.
Une fois qu’il avait décidé de ne pas écouter, sa détermination était comme le poing d’Audin. Du fer.
Le roi ne se lassait pas. Il proposait la même chose à tout le monde.
Quand il vit Dunbakel, en particulier, il lui lança une proposition si audacieuse qu’elle en paraissait absurde.
« Tu veux être ma fille ? »
« Pourquoi je le voudrais ? »
Dunbakel lui répliqua du tac au tac, à la manière de Rem.
« Tu préfères être ma femme ? Désolé, mais je n’ai pas besoin d’une compagne. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Je n’aime pas les vieux. »
Le roi de l’Est ne se vexait pas pour si peu. Il se contenta de rire.
Tout le monde pensait plus ou moins la même chose : quel genre de salaud pouvait bien être ce roi de l’Est ?
Celui qui se laissa le plus emporter fut Kraiss.
« Votre Majesté, roi de l’Est ! C’est vrai ? Il y a vraiment des montagnes d’or dans l’Est ? »
Le roi rit de nouveau et répondit :
« Je n’ai pas besoin de toi. »
Il était évident qu’il recherchait des gens capables de se battre.
Le lieutenant Asaluhi gardait son calme, comme si ce genre de scène était monnaie courante.
* * *
Ragna observa les deux hommes qui venaient de terminer leur duel devant lui.
En modifiant le rythme, une simple estocade peut sembler être une technique incroyable.
Qu’était-ce, une technique ?
Au bout du compte, elle ne servait qu’à transpercer ou trancher ce qui se trouvait devant soi.
Ragna s’enfonça en lui-même.
Son talent avait dépassé l’excellence pour atteindre quelque chose d’exceptionnel, de supérieur. Il était presque difficile d’imaginer quelqu’un de plus doué dans ce domaine.
Les combats qu’il avait menés jusque-là avaient stimulé ce talent.
Il était capable de progresser même sans élément déclencheur. Qu’arriverait-il donc si l’un d’eux se dressait sous ses yeux ?
Il repassa en revue tout ce qu’il avait appris, le rejeta, puis s’en souvint à nouveau.
Ragna était allongé sur son lit, le regard tourné vers l’extérieur.
La cour d’entraînement de la Compagnie des Fous jouxtait directement les quartiers, ce qui le lui permettait.
Un peu de poussière volait parfois, mais Enkrid appréciait que les lieux soient proches, et Kraiss l’avait compris d’avance en les faisant construire ainsi.
Grâce à ça, Ragna pouvait observer la cour d’entraînement, s’oublier et s’abîmer dans l’escrime.
Et à cause de cette disposition, un observateur extérieur aurait cru que Ragna ne faisait que traîner au lit.
« Ce salaud tire encore au flanc. Je me demandais combien de temps ça allait durer. »
C’était Rem qui parlait. Il avait fini le fauteuil en rondins et fabriquait maintenant une table.
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