Chapitre 425
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 425 : Où suis-je, maintenant ?
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Tous les poils du corps d’Enkrid se hérissèrent.
Il avait l’impression que la lame de l’autre homme pouvait lui trancher la gorge d’un instant à l’autre.
Pourrait-il la parer ?
Ses mains et ses pieds bougèrent avant même que la pensée se forme.
Il réajusta son appui et posa la main sur son ceinturon. C’était la posture la plus confortable pour dégainer à tout moment.
Tandis qu’il rectifiait sa position, des dizaines de façons d’attaquer lui traversèrent l’esprit, avant de s’évanouir aussitôt.
Et s’il lançait une dague sifflante pour détourner l’attention de l’homme ?
Ou s’il fonçait sur lui pour abattre l’Épée écrasante ?
Devait-il tenter la Frappe du Géant ?
Le Point de concentration s’activa de lui-même, et il ne s’autorisa même pas à cligner des yeux.
Il vit les yeux de son adversaire.
Une lueur enjouée brillait dans ces yeux jaunes. Cette seule espièglerie pouvait tuer.
Oui, elle le pouvait.
Et alors ? Qu’est-ce que ça changerait ?
Sa concentration s’embrasa, et l’Œil qui voit un pouce en avant s’activa de lui-même.
Toutes ses attaques seraient bloquées. Voilà comment ça se passerait.
Et alors ? Qu’est-ce que ça pouvait bien faire ?
Les poils hérissés, le cœur battant à tout rompre, la sueur ruisselant sur sa peau, un frisson qui n’avait rien à voir avec le temps.
Enkrid décida de tout oublier.
La dernière fois qu’il avait tenu tête à ce chevalier, sa méthode avait été simple : bouger le premier et frapper le premier.
Sans ça, il n’était pas certain de pouvoir parer une seule attaque.
À l’époque, c’était la meilleure option.
Et maintenant ?
Enkrid avait été battu et brisé d’innombrables fois, mais il avait continué à avancer, à la poursuite d’un rêve qui s’était estompé.
Il avait manié son épée toute la journée, sans repos, jusqu’à s’ouvrir les paumes.
Pas un seul jour ne s’était écoulé sans qu’il vive ainsi.
Chaque jour, le soleil se levait à nouveau, mais Enkrid n’en avait pas perdu un seul.
Est-ce que ça marcherait ?
Une envie soudaine le submergea. Il voulait tout tenter.
En était-il capable, maintenant ?
Il le voulait. Une chaleur bouillonnait en lui, tout autour s’effaçait, et seul son adversaire demeurait.
Était-ce de l’arrogance ou de l’excès de confiance ?
Avant qu’il ne devienne ce chef d’escouade qui n’en faisait qu’à sa tête, ces journées qui se répétaient sans cesse lui avaient déjà paru appartenir à un passé lointain.
Même alors, Enkrid avait parfois éprouvé une forme d’assurance.
Comment aurait-il pu en être autrement ?
Il avait manié son épée comme un forcené, encore et encore.
Il ignorait que l’effort n’était pas récompensé de la même manière pour tout le monde.
Non, il le savait, mais avait choisi de détourner le regard.
Cette confiance née parmi les médiocres avait éveillé en lui l’envie de défier plus fort que lui.
J’en suis où, maintenant ?
En se posant la question, il était parti chercher quelqu’un qui en valait la peine.
Il s’était avancé avec pour seule certitude, aussi infondée fût-elle, qu’il avait changé.
Et quel en avait été le résultat ?
Au printemps, à vingt-sept ans.
Enkrid avait compris que son talent était dérisoire.
Une dispute survenue dans la rue le lui avait clairement démontré.
Au bout de cinq échanges, l’épée lui avait été arrachée des mains et son ventre transpercé. La paume plaquée sur sa blessure, Enkrid avait demandé :
« Quel âge as-tu ? »
« Douze ans. »
Douze ans. C’était absurde.
Voilà à quoi ressemblait un véritable génie.
« Désolé, c’était mon premier vrai combat. »
C’était ce que le gamin lui avait dit.
Le souvenir était toujours aussi vif. Il n’avait pas oublié le visage de cet enfant prodige.
Et pourtant.
Une épée qui avait perdu confiance en elle pouvait blesser un adversaire, mais pas le vaincre.
« Si t’as le temps d’hésiter, frappe, c’est tout. »
C’était ce que Rem lui avait dit.
« Frappe jusqu’à ce que ça cède. »
C’était le conseil de Ragna pour fendre une pierre qui refusait de se briser.
« Si l’esprit est faible, entraîne le corps. Si le corps est faible, entraîne l’esprit, frère. »
Audin lui avait dit que la solution était de s’entraîner jusqu’à ne plus avoir le loisir de penser.
« Poignarde-les dans le dos, tout simplement. »
C’était la réponse de Jaxon à la question : que faire contre un ennemi plus fort ?
Peut-être voulait-il encore, même à présent, mettre ses aptitudes à l’épreuve avec une confiance sans fondement.
Et alors ?
Il avait empilé ses efforts comme les pierres d’une tour, avant de constater que cela ne suffisait toujours pas. Puis il avait grimpé un mur en s’y agrippant de toutes ses forces, jusqu’à parvenir là où il en était.
Enkrid voulait se mettre à l’épreuve. Il voulait étancher sa soif. Il voulait pointer son épée vers cet homme.
J’en suis où, moi, maintenant ?
Par rapport à l’époque où il avait rencontré le chevalier d’Azpen ?
Par rapport à celle où un enfant prodige lui avait enfoncé une lame dans le ventre ?
C’était de la force et de l’obstination, de l’orgueil et de l’obsession.
L’autre homme l’avait remarqué, lui aussi.
Il s’était détendu, mais celui-ci cherchait toujours à se jeter sur lui.
L’homme au gilet fixa Enkrid et sourit.
Il y avait de quoi rire.
Pas seulement de l’obstination de cet abruti, mais aussi de la façon dont les autres se laissaient naturellement entraîner dans son mouvement.
« Je ne sais pas. Moi non plus. »
L’homme bougea. Un coup sec retentit sur le sol quand il prit appui, et son corps sembla s’étirer vers l’avant.
Une accélération qui dépassait les limites humaines.
Dès qu’Enkrid la reconnut, son épée se mit en mouvement à son tour.
Ce n’était ni la Frappe du Géant ni l’Épée écrasante.
Son corps avait réagi avant même que la moindre pensée ne lui vienne.
Boum !
Une détonation retentit. Enkrid sentit qu’on le repoussait, mais il plia les genoux, abaissa son centre de gravité et tint bon.
Grrr.
La terre racla sous ses bottes. Sans quitter sa posture, Enkrid ramena sa lame déviée et porta une estocade. Réduire chaque geste au minimum pour viser une ouverture était devenu un réflexe.
Cette riposte, née de l’instinct pur, s’était forgée au fil des innombrables passes d’armes avec Rem.
« Hiyah ! »
L’homme poussa un cri et dévia lui aussi cette attaque. Son arme était une dague à la lame épaisse et courbe, longue comme une main, appelée jambiya.
Elle avait heurté Aker sans s’ébrécher ni se briser.
À l’évidence, elle comptait parmi les lames de renom.
Rem, Ragna ou Audin auraient pu intervenir, mais aucun ne bougea.
Clang ! Tac-tac-tac !
Leurs armes s’entrechoquèrent à maintes reprises.
Au lieu de reculer, Enkrid garda les yeux fixés sur la trajectoire de la dague.
Incroyablement, la dague semblait disparaître par instants, mais chaque fois, il en prédit la course grâce à l’Œil qui voit un pouce en avant, activé par sa volonté.
C’était comme voir le point de départ et prédire la destination.
Il devait tout de même deviner une partie de la trajectoire de la lame, ce qu’il ne pouvait faire qu’avec l’aide de l’Œil qui voit un pouce en avant.
À cause de cela, il ne pouvait pas s’engager dans de grandes techniques, mais il parvenait tout juste à tenir bon.
Après avoir esquivé et dévié douze fois, Enkrid baissa soudain la main gauche jusqu’à sa taille, puis la projeta en avant. Il avait dégainé Spark et porta une estocade.
Il n’avait jamais été aussi rapide ; le mot « fulgurant » était le seul qui convenait, tandis que l’épée jaillissait en une ligne unique.
Alors, l’homme attrapa la lame de Spark à main nue.
Un claquement sec retentit, et la lame s’immobilisa net, comme coincée entre des rochers.
Avant même qu’il s’en rende compte, la jambiya de l’autre main de l’homme se trouvait contre le cou d’Enkrid.
D’une main, il tenait le tranchant de Spark. Il passa sous le bras qui brandissait Aker, se glissa tout près de lui et plaça sa dague contre sa gorge.
« Ça suffit. Tu es un gamin intéressant. »
L’homme prononça ces mots.
Alors seulement, le champ de vision d’Enkrid s’élargit. Jusque-là, il n’avait vu que l’homme devant lui.
À présent, il voyait tout le reste.
Le terrain d’entraînement familier, les trois arbres, tout.
Au même instant, tous les muscles de son corps picotèrent légèrement. Il ressentait une fatigue semblable à celle qui suivait des jours d’entraînement forcé à la limite de ses capacités.
« De quel ordre de chevalerie faites-vous partie ? »
demanda Enkrid.
« Un chevalier ? Je n’en suis pas un. »
répondit l’homme en haussant les épaules. Le geste avait quelque chose d’étrangement innocent, qui contrastait avec son corps balafré et sa barbe taillée court.
« Vous ne devriez pas d’abord nous le présenter ? »
Un homme à la peau brune, coiffé d’un large chapeau de tissu et d’un turban, s’approcha avec retard. Il regarda tout le monde et prit la parole.
Son ton était calme, comme si l’agitation qui venait d’avoir lieu n’avait été qu’un détail.
« Permettez-moi de vous le présenter. Voici lord Anu, que l’on surnomme le Roi de l’Est. »
Même Enkrid resta un instant interdit devant cette présentation soudaine.
« Surpris ? »
Le Roi éclata de rire en parlant.
Le Roi des mercenaires de l’Est, le plus grand explorateur du continent, propriétaire d’un griffon, l’homme qui avait tué un lion d’un seul coup d’épée à dix-huit ans.
« À présent, voyons voir. J’ai entendu dire que tu aimais te battre. Et que tu avais mis ta vie en jeu pour tuer des démons. Rejoins-moi. Je t’offrirai une puissance martiale digne d’un chevalier, capable de tuer des démons. »
Ces paroles venaient d’un homme aux nombreux titres, qui avait déjà fait ses preuves.
La raison pour laquelle personne, Rem compris, n’était intervenu était évidente.
Ce salaud qu’on appelait le Roi de l’Est n’avait manifesté pas la moindre intention meurtrière.
Il avait accepté l’obstination d’Enkrid. C’était une sorte de leçon, et personne ne pouvait facilement s’en mêler.
Mais le poids de ses paroles, à présent, était différent.
Même Ragna, qui était resté là, plongé dans ses pensées, changea de regard en les entendant.
« Vous avez l’air bien sûr de vous. »
lâcha Rem, qui ne pouvait plus rester silencieux. Audin eut un rire sec.
Il ne s’était pas proclamé chevalier, mais la force dont il avait fait preuve suffisait à ce que n’importe qui le prenne pour tel.
Puis il se redressa et parla avec une assurance éclatante. Il dégageait quelque chose de semblable à Crang.
Ruagarne observait attentivement cet homme qui prétendait accomplir ce que même Grenouille, assez audacieux pour explorer l’inconnu, n’avait pu faire.
Il devait entendre exactement comment l’homme comptait s’y prendre.
Un soleil brûlant. Un coin du terrain d’entraînement sans le moindre bout d’ombre. À chaque mouvement, la poussière se soulevait sur les pierres bleues, puis retombait.
La lumière du soleil, plus brûlante que chaude, balayait la poussière et les gens rassemblés là.
Un bref silence s’installa, juste avant qu’Enkrid puisse prendre la parole.
« Mon seigneur, vous ne devriez pas faire de promesses que vous ne pourrez pas tenir. »
L’homme au turban, qui l’accompagnait, reprit enfin la parole.
Hein ?
À ces mots, le sourcil d’Enkrid tressaillit légèrement.
« J’ai l’air d’en être incapable ? »
demanda sévèrement le Roi.
« Et comment comptez-vous vous y prendre, exactement ? »
répliqua l’homme au turban.
« Eh bien… »
« Savoir bien faire quelque chose ne rend pas tout possible. »
« Alors, avec de l’effort ? »
« Toujours pas. »
« Si je m’y tiens, ça pourrait marcher. »
Le regard du Roi brûlait de zèle quand il prononça ces derniers mots. N’importe qui aurait pu avoir envie de le croire. Mais le lieutenant ne céda pas.
« Si c’est impossible, alors c’est impossible. »
« Tu abandonnes trop vite ! »
« Je ne renonce pas. Je dis que vous ne devriez pas faire de promesses en l’air. »
Le Roi renifla avec mépris.
En le voyant, Enkrid reconnut chez Rem une odeur familière.
Un autre genre, mais clairement un autre foutu cinglé.
« Nous avons demandé à vous rendre visite, car les rumeurs allaient bon train, mais nous voilà qui débarquons sans prévenir. Veuillez accepter nos humbles excuses. Nous ne vous voulons toutefois aucun mal. »
Le lieutenant prit la parole dans un fort accent de l’Est.
Tout le monde le comprit. En tout cas, la partie où il disait ne leur vouloir aucun mal.
Même Enkrid pouvait voir que l’homme avait accepté son obstination.
« Soyez les bienvenus. »
Il se contenta donc de les saluer ainsi.
« Cela vous dérangerait si je restais quelques jours de plus ? »
demanda le Roi de l’Est.
« On dirait le genre d’homme qui fait ce qu’il veut, même si on l’en empêche. »
intervint Rem.
Le Roi éclata de rire.
« Tu as du flair ! »
Ce n’était pas le genre d’homme à écouter un refus. Enkrid, lui non plus, n’y voyait pas d’inconvénient particulier.
Il bavardait déjà avec Rem, Ragna et Audin ; il semblait donc très sociable.
Cela ne signifiait pas pour autant que ces trois-là acceptaient n’importe qui à leurs côtés.
« Vu ta carrure, tu dois avoir de la force. »
« Un petit peu seulement, frère de l’Est. »
« Un de mes frères, un certain Gestarian, est plutôt costaud lui aussi. Vous vous entendriez bien. Vous avez tous l’air capables. Comment avez-vous fini par vous retrouver ici ? »
Sa façon de parler était singulière. Il s’exprimait à la légère tout en traitant tout le monde comme des enfants.
« Tout cela a vraiment semé le trouble chez nous. »
dit maladroitement l’homme qui semblait être le lieutenant. Enkrid se plongea un instant dans ses pensées.
Cette passe d’armes lui avait laissé quelque chose.
Pas la fatigue de son corps.
Les techniques de ce domaine instinctif que Rem avait tenté de lui enseigner un nombre incalculable de fois.
On pouvait bien les perfectionner : si elles ne servaient pas en véritable combat, ce n’étaient pas de vraies techniques.
Pourrait-il les essayer contre cet homme ?
À l’entendre parler, il semblait prêt à accepter une demande de passe d’armes à tout moment.
Surtout, contrairement à Rem, Ragna et Audin, cet homme pourrait encaisser même si Enkrid donnait tout ce qu’il avait.
Autrement dit, il pourrait se battre de toutes ses forces, prêt à tuer.
Enkrid avait déjà pensé jusque-là avant de prononcer ces cinq syllabes : soyez les bienvenus.
« Si c’est pour cinq passes d’armes par jour… »
murmura Enkrid. Le lieutenant cligna des yeux.
« Pardon ? Qu’avez-vous dit ? »
« On pourrait en faire dix ? »
demanda Enkrid en se disant que ce ne serait pas plus mal, si son corps pouvait tenir le coup, puis il regarda le lieutenant.
« On dirait que vous m’avez entendu. »
« Oui, je vous ai entendu. »
Le lieutenant se dit qu’il avait toujours cru que le roi qu’il servait était l’homme le plus fou au monde, mais qu’il venait d’en rencontrer un autre du même genre.
C’est ainsi que fut décidé le séjour du Roi de l’Est.
« Prenez bien soin de moi, les jeunes morveux. »
dit le Roi.
« Quel âge avez-vous ? »
demanda Rem.
« Plus de cent ans. »
Tous firent claquer leur langue en découvrant un âge qui ne correspondait pas à son apparence. Il ne mentait pas.
C’était l’homme qui avait mené les mercenaires et les nombreux autres talents ralliés à lui, puis fondé un royaume à l’Est.
On racontait déjà cette fondation depuis plus de cinquante ans.
Il avait vécu depuis lors jusqu’à aujourd’hui, toujours plein de vigueur : un monstre. Voilà qui était Anu, le Roi des mercenaires de l’Est.
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