Chapitre 423
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 423 : La résolution de Rem.
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« Pourquoi ? »
Le mot jaillit sous la capuche, tandis que ses yeux s’agitaient frénétiquement. Il était si stupéfait que même sa respiration s’était faite saccadée.
La main agrippée à Enkrid tremblait sans discontinuer.
Il devait souffrir atrocement.
« La clinique est par là. »
À première vue, l’homme semblait âgé ; Enkrid s’adressa donc à lui avec politesse.
Il lui donnait l’impression d’avoir perdu la raison sous l’effet de la douleur.
Le cordonnier à côté d’eux lui lança un regard noir, mais l’Apôtre des malédictions ne s’en aperçut même pas.
Il venait de se produire quelque chose qu’il n’aurait jamais imaginé, au point qu’il en avait oublié de respirer.
« Pourquoi ? »
Il répéta la question sans même s’en rendre compte. Pour Enkrid, c’était une question parfaitement incompréhensible.
Il avait bien senti quelque chose d’étrange chez l’homme, comme une aura singulière, mais rien qui lui parût particulièrement menaçant.
Pour l’Apôtre des malédictions, c’était comme saisir une poignée de sel et la jeter dans la mer.
La malédiction se dispersa dans les airs et disparut.
Qu’est-ce que c’est ? Un rêve ? C’est impossible.
« Vous êtes sûr que ça va ? »
Enkrid lui posa de nouveau la question avec bienveillance. L’homme avait vraiment l’air d’avoir perdu la tête.
Face au calme d’Enkrid, Redit sentit son souffle se bloquer.
La malédiction avait échoué, et le châtiment divin qui s’abattait sur son corps le secoua de spasmes. Le choc lui avait fait perdre sa concentration. La panique s’empara de lui.
« Agh, argh ! »
De l’écume lui monta aux lèvres avant qu’il ne s’effondre.
« Un guérisseur ! »
Enkrid cria. Avant même que sa voix ne s’éteigne, une silhouette massive accourut derrière lui comme si elle volait.
C’était Audin. À chacun de ses lourds pas, sa carrure semblait gagner en ampleur. S’il avait été un ennemi, sa seule vitesse aurait fait plier les genoux de n’importe qui.
« Frère général. »
Il arriva, vit Redit à terre et fronça les sourcils. Une expression qu’il affichait rarement.
« Ah, il est mort. »
Enkrid cessa d’appeler un guérisseur et constata que l’homme ne respirait plus.
C’est ainsi que Redit mourut. Cet homme avait passé plus de vingt ans comme apôtre de la Sainte Secte de la Terre Maudite, tuant de ses malédictions tous ceux qui se dressaient sur sa route. Il était le meilleur assassin de la secte.
Et pourtant, seules deux personnes ici présentes pouvaient même le soupçonner.
L’une d’elles était évidemment Audin.
Mon Seigneur ?
Audin était lui aussi stupéfait. L’homme avait clairement lancé une malédiction terrifiante, et pourtant sa cible semblait parfaitement indemne.
À première vue, le frère général n’avait rien subi du tout.
L’autre était la Panthère Noire, qui observait la scène à quelques pas de là.
Dès qu’Esther sentit cette malveillance immonde, elle la suivit jusqu’à sa source.
Un sorcier des malédictions né avec ce don.
Esther le reconnut, mais elle savait que sa magie ne fonctionnerait jamais sur Enkrid.
Elle était la Sorcière de feu, une mage au talent exceptionnel.
Elle ignorait ce qui enveloppait le corps d’Enkrid, mais cette chose faisait trembler jusqu’à la malédiction qui pesait sur elle.
Il était donc évident qu’il n’y succomberait pas.
Une malédiction s’effondrait toujours devant une plus puissante.
« Grr. »
Esther renifla, puis prit le chemin des baraquements.
Ces derniers temps, elle travaillait plus dur que jamais pour restaurer son Monde des sorts, et l’épuisement la gagnait.
* * *
Le Passeur claqua la langue devant l’issue prévisible.
« Tss ! »
Certaines choses en ce monde sont impossibles à gérer sans préparation, tandis que d’autres peuvent l’être même sans.
Mais pour y parvenir, il faut s’entraîner et étudier sans relâche au quotidien.
Si l’on veut esquiver une flèche qui fuse soudain vers soi, il faut toujours être prêt à réagir.
« C’est évident, si on ne veut pas mourir d’une flèche perdue, non ? »
C’était l’avis de Rem. Enkrid ne s’était-il pas entraîné à esquiver la dague de Jaxon à moins de dix pas, précisément pour cette raison ?
Il s’y exerçait parfois, parfois non, selon le temps dont il disposait, mais il s’y était tout de même préparé.
Cette malédiction était-elle du même ordre ?
Non. Ni l’un ni l’autre.
Le Passeur savait une chose qu’Enkrid ignorait : face à quelque chose de plus puissant, une malédiction ne vaut rien.
La malédiction qui répétait cette journée, et dont le Passeur lui-même faisait partie, était plus féroce que toutes les autres.
Et, par nature, les malédictions s’insinuaient dans les faiblesses de ceux dont la volonté était la moins forte.
Si une malédiction de poupée de paille, qui infligeait une douleur à distance, fonctionnait sur quelqu’un mais pas sur un autre, c’était pour une raison simple : chacun avait une force mentale différente.
Autrement dit…
« C’est une question de volonté. »
La résolution d’Enkrid dépassait la simple résistance. Elle frisait la folie.
Pas seulement une volonté ferme, mais une volonté folle.
Les malédictions ordinaires ne fonctionnaient pas sur quelqu’un comme lui.
C’était aussi pour cette raison que les malédictions avaient toujours moins d’effet sur les chevaliers.
Ils maîtrisaient le mystère appelé Volonté, qui reposait sur la force de leur volonté.
Bien sûr, même le Passeur avait écarquillé les yeux de stupeur en sentant la puissance de la malédiction lancée par le mort.
Il a choisi la pire cible possible.
C’était une question d’affinité.
Pour Enkrid, les malédictions étaient moins gênantes que des moustiques. Sans doute même moins que des mouches agaçantes.
Voilà pourquoi il ne sentit aucun danger, et que son Sixième Sens comme son instinct ne se déclenchèrent pas.
Son corps avait instinctivement compris que l’adversaire ne représentait aucune menace.
« Il a tué quelqu’un d’un simple regard ? »
Un passant lâcha cette supposition complètement erronée.
« Comment ça, tuer quelqu’un d’un regard ? »
Quelqu’un à côté de lui le réprimanda aussitôt pour avoir raconté des bêtises.
Personne ne savait qu’un apôtre du culte, qui avait assassiné des gens à coups de malédictions, était mort de façon aussi pitoyable.
Une mort vraiment vaine.
S’il avait maudit toute la ville, ou quelqu’un d’autre qu’Enkrid, ses pouvoirs auraient peut-être été bien plus efficaces.
Mais c’était fini, à présent.
Un guérisseur vint vérifier s’il ne s’agissait pas d’une maladie contagieuse, et les habitants reculèrent à la vue de la peau purulente du mort.
Sans le savoir, Enkrid était devenu le pire ennemi du culte.
* * *
« Attaque-moi. »
Rem lui lança le défi et, de retour à la Garde-frontière, Enkrid voulut lui montrer ce sur quoi il s’était entraîné tout ce temps.
Enkrid leva Aker. La pointe de l’épée s’inclina vers le ciel.
Rem régula sa respiration.
Si je me retiens, c’est moi qui vais y passer.
Il ne savait pas quand Enkrid avait comblé un tel écart. Rem se lécha les lèvres sèches.
Si seulement le ciel s’était couvert pour déverser une bonne averse, cela aurait été préférable, mais la pluie ne vint pas. Seul le soleil, brûlant et poisseux, s’abattait sur eux.
Un temps où l’on suait à grosses gouttes rien qu’en restant immobile.
Une chaleur humide, étouffante et insupportable.
Rem en oublia un instant l’inconfort.
La pression qu’exerçait Enkrid lui hérissa le corps de la tête aux pieds.
Pas un souffle de vent. Même la poussière semblait retenir son souffle, plaquée au sol du terrain d’entraînement.
Tous les soldats alentour s’étaient naturellement arrêtés pour regarder.
Personne ne prit une profonde inspiration. Tous observaient en silence.
Enkrid attaqua le premier.
Son épaule se souleva dans sa posture de garde, puis son épée s’élança.
Rapide.
En le regardant, Ragna discerna dans ce coup une trace de son propre style, rapide et puissant.
Sinar, venue assister au combat, y vit une frappe parfaitement contrôlée.
Audin y reconnut les traces de la frappe explosive à bout portant qu’il lui avait enseignée.
Enkrid, lui, se contenta de brandir son épée avec une concentration absolue.
Qu’était la Volonté ? La force de la volonté.
Et la force de la volonté ? L’élan nécessaire pour accomplir quelque chose.
Une explosion de puissance instantanée.
Il contracta ses muscles, puis les fit exploser, y ajoutant une accélération soudaine pour accroître sa puissance. Il mêla aussi à son coup la pression de l’épée lourde qu’il avait apprise en portant des frappes écrasantes.
Aux yeux de Rem, l’esprit combatif semblait bouillonner de tout le corps d’Enkrid.
Impossible d’ignorer la puissance de cette frappe.
Rem libéra lui aussi le Cœur de la Force surhumaine. Fort comme s’il affrontait un véritable géant, il abattit ses haches.
Enkrid s’avança et frappa de haut en bas. Rem croisa ses deux haches et les remonta d’un coup.
On disait que les armes légères peinaient à produire une force destructrice, mais Rem faisait exception.
Ses armes habituelles étaient tout aussi légères.
Au moment où les deux armes s’entrechoquèrent…
Clang !
Un fracas tonitruant retentit et une onde de choc se propagea en cercles concentriques.
Le choc était si brutal qu’il ressemblait à peine à un exercice.
L’onde de choc dispersa la poussière qui collait au sol.
Après un seul échange, les deux hommes se figèrent, leurs armes toujours verrouillées.
Dans cette position, Rem demanda :
« C’était quoi, ça ? »
« La Frappe du Géant. »
« Quel nom barbant. Tu devrais l’appeler la Force du nourrisson géant. »
Enkrid n’était pas du genre à répliquer chaque fois qu’un chien aboyait. Il disait seulement ce qu’il avait à dire.
Du point de vue de Rem, la remarque se comprenait. Même un géant ordinaire aurait dû frapper de toutes ses forces pour produire un tel coup.
« Et la tienne, c’était quoi ? »
« Hache-plume. »
Un nom qu’Enkrid n’avait jamais entendu. Ce n’était pas étonnant : la technique venait de l’ouest et avait été traduite dans la langue du continent.
Rem était surpris par la technique qu’Enkrid avait développée, et Enkrid l’était par la maîtrise de la hache de Rem.
Même la Frappe du Géant avait été bloquée : Rem avait tapoté la lame de sa hache deux ou trois fois contre le coup, puis l’avait dévié.
On aurait dit un choc de plein fouet, mais Rem avait dissipé la puissance d’Enkrid par la maîtrise de son poignet et son endurance.
C’était si difficile qu’imaginer l’imiter semblait impossible.
Surtout, Rem n’avait encore jamais montré cette technique.
« Tu l’as inventée récemment ? »
« J’ai perfectionné une technique qui existait déjà. Il n’y avait jamais eu d’arme pareille jusqu’ici, pas vrai ? »
Rem dit cela en faisant tourner une fois sa hache dans sa main.
Il parlait de sa propre arme, légère et robuste, qui lui obéissait à la perfection.
Enkrid observa les haches qui avaient résisté à Aker.
Rien que le fait que leurs tranchants n’aient pas été abîmés était remarquable.
Le forgeron envoyé par Crang avait fabriqué de belles armes.
En réalité, le forgeron en avait fait deux, leur avait fièrement donné des noms et les avait envoyées. Mais les hommes qui les avaient reçues ne les avaient jamais appelées ainsi.
« Si je prononce son nom, elle me répond aussi ? »
Rem avait gentiment décliné la demande du forgeron.
La raison exacte, c’était qu’il ne s’agissait pas d’une Arme héritée et que la chose n’avait donc aucun sens, mais il n’avait aucune raison de s’étendre sur le sujet.
Ragna appelait sa propre épée « lame noire ».
Si le forgeron l’avait appris, il aurait eu envie de fracasser le crâne de Ragna avec son marteau, là, sur-le-champ.
Ne penser qu’à l’escrime, c’était tout Ragna.
À peine Rem avait-il reculé que…
« Au tour de ma lame noire. »
Ragna prit la parole et s’avança.
L’affrontement fut d’une autre nature que celui avec Rem. Contrairement à tout à l’heure, Enkrid ne se faisait plus dominer sans pouvoir riposter.
En voyant Enkrid encaisser même la Volonté de la Séparation, Ragna s’écria :
« Excellent ! »
À peine contenait-il son enthousiasme qu’il libéra délibérément son talent.
« Laisse-moi l’emprunter une fois ! »
Ragna reproduisit l’art de l’épée qu’Enkrid venait de montrer. Plus précisément, il se l’appropria à sa manière avant de le reproduire.
Un talent fou.
Enkrid lui opposa le Fendeur de Géant, la technique qu’il avait apprise auprès de Rem.
Une méthode qui faisait appel au Cœur de la Force surhumaine pour venir à bout d’une frappe monstrueuse.
Il répéta l’exercice trois fois.
« Encore une. »
À vrai dire, Enkrid en demanda deux de plus.
Il sentait une raideur dans le geste qui consistait à encaisser puis à dévier, et il comprit que chercher à la corriger l’aiderait directement dans son entraînement.
« Tu as beaucoup progressé. »
Ragna le lui dit à la fin de l’exercice.
Rem, qui avait assisté à la scène, hocha lui aussi la tête.
Enkrid leur répondit calmement :
« J’ai encore beaucoup de chemin à parcourir. »
Son objectif était trop élevé.
Les deux hommes ne s’en étonnèrent pas. Ils savaient déjà qu’il ne serait jamais satisfait.
* * *
Ce soir-là, Rem resta seul sur le terrain d’entraînement.
Il est juste derrière moi.
Le capitaine qui haletait autrefois parce qu’il ne parvenait même pas à utiliser le Cœur de la Bête n’était plus là.
Devait-il aller récupérer ce qu’il avait laissé à l’ouest, lui aussi ?
Non, il n’en ferait rien.
Ne s’était-il pas endurci et juré de ne jamais y retourner en partant ?
« Je ne reviendrai jamais chercher ça. »
Il l’avait dit, puis il était parti. C’étaient ses propres paroles.
Bah, je ferai ce qui marche.
S’il voulait recourir délibérément à la sorcellerie, il devrait récupérer ce qu’il avait laissé derrière lui. Mais cela ne signifiait pas qu’il n’existait aucun autre moyen de progresser.
Pour être honnête, c’était un raccourci qui restait lent. Mais il portait tout de même ses fruits.
Dans cette optique, les haches forgées dans l’Acier de Lewes l’aideraient aussi.
Plongé dans ses pensées, il sentit quelqu’un passer discrètement et leva les yeux.
Un sournois matou de ruelle rentrait chez lui.
La route menant au terrain d’entraînement passait par là ; il était donc normal de voir des passants.
« Si tu comptes continuer comme ça, pourquoi tu ne déménages pas pour t’installer quelque part, espèce de matou en chaleur ? »
Rem lâcha ces mots par réflexe. Comme quelqu’un qui, après avoir erré trois jours dans le désert, apercevait de l’eau et s’y précipitait.
N’était-ce pas exactement le genre de salaud qu’on était censé insulter à vue ?
Jaxon rentrait après avoir tenté à plusieurs reprises de convaincre un membre de la guilde qui ne voulait rien entendre.
Un entêté en particulier avait refusé de se laisser convaincre, et ça lui avait tapé sur les nerfs.
Après avoir frôlé la mort trois fois, il aurait pourtant dû se laisser convaincre, non ?
Déjà irrité, Jaxon réagit aussitôt à la provocation de Rem.
« C’est vraiment toi qui dis ça, barbare qui ne tiendra jamais la main d’une femme ? »
« Je suis déjà marié. »
« Je parie ce que tu as entre les jambes que c’est un mensonge. »
La façon de parler d’Enkrid avait déteint sur eux deux.
« Très bien, je vais te tuer. Viens. »
Rem se leva. Il avait besoin de se défouler. De vieux souvenirs amers lui étaient revenus, lui laissant un goût infect dans la bouche. Dans ces moments-là, rien ne valait une bonne raclée à un sournois matou de ruelle.
Jaxon ne refusa pas.
Ils se battirent avec acharnement et, contrairement aux fois précédentes, Jaxon se donna à fond.
Autrement dit, il utilisa la Volonté. Bien sûr, sous une forme totalement différente de celle des chevaliers.
Rem savait qu’il avait été repoussé.
Jaxon ne s’en était-il pas rendu compte lui aussi ?
Après avoir pris un net avantage, Jaxon se retira et lança :
« Va te pendre et crève. »
« Qu’est-ce que tu viens de dire, espèce d’enfoiré ? »
Après quoi, Rem prit sa décision.
Il devait retourner une fois à l’ouest.
Sa résolution ? Qu’est-ce que ça pouvait bien faire ?
Ragna qui se pavanait était déjà assez insupportable, et voilà que ce sournois matou de ruelle en rajoutait ?
Il ne pouvait pas le tolérer.
Il se jura de partir bientôt vers l’ouest, sans faute.
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