Chapitre 422
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 422 : L’Apôtre des malédictions est venu, mais…
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Le Batelier sentit qu’un mauvais présage approchait, sans savoir de quoi il s’agissait.
Un mauvais présage n’était pas toujours une personne. Cette fois, pourtant, c’en était une.
Au sein de la Sainte Secte de la Terre Maudite, l’homme qui dirigeait une petite paroisse était un évêque. Au-dessus de lui se trouvait un archevêque, qui supervisait plusieurs paroisses. Et, au-dessus même de celui-ci, un apôtre.
Autrement dit, l’un des rares apôtres du culte s’était déplacé en personne.
Il s’appelait Redit.
« Je le transformerai en nourriture pour les vers. »
Il se ressaisit en songeant à ce salaud d’Enkrid.
S’il élevait sa Volonté, son pouvoir divin se déchaînerait. Redit ne le libéra pas d’un seul coup. Il le conserva, tout entier, pour tuer un seul homme.
Les apôtres de la Sainte Secte de la Terre Maudite naissaient avec le pouvoir divin.
Redit était né dans un village proche de la Terre Maudite. Avant même d’avoir dix ans, il avait massacré tous les villageois et leur bétail.
Son pouvoir inné était celui des malédictions.
D’un regard, il pouvait faire éclater le cœur d’une personne ou faire bouillir des vers sous sa peau.
À l’origine, il n’était pas apôtre.
Il le devint à la suite d’une rencontre, à quinze ans.
À l’époque où il errait sur le continent et où on le surnommait l’incarnation d’un démon, Redit rencontra quelqu’un sur qui ses pouvoirs n’avaient aucun effet.
« Voilà quelqu’un d’intéressant. »
Le cœur de cet homme aurait dû éclater, mais il se portait comme un charme. Des vers lui déchiraient la chair de l’avant-bras et grouillaient sur tous ses membres, mais il ne fronçait même pas les sourcils.
Il souriait tandis que des mouches lui dévoraient la peau.
« Continue. »
Rien ne fonctionnait sur lui.
« Suis-moi, et je rendrai ta pitoyable force digne du nom de pouvoir divin. »
L’homme avait parlé en souriant. Redit avait vu un halo autour de lui. Il rayonnait. C’était son sauveur.
« Qui êtes-vous ? »
avait demandé Redit.
L’homme avait souri avant de répondre.
« Je suis le porte-parole de ceux qu’un faux dieu a trahis, et un ascète qui chemine sur une route épineuse au service de mon seigneur. »
Des larmes avaient coulé des yeux de Redit.
Il le sentait. Il avait vécu toute sa vie pour cet homme.
« Suis le Père. Je t’ouvrirai les portes d’un monde nouveau. »
Celui qui était venu le chercher était un apôtre de la Sainte Secte de la Terre Maudite.
Redit avait accepté son enseignement.
Il s’était entraîné jusqu’à ce que son don mérite le nom de pouvoir divin.
C’est ainsi qu’il était devenu l’Apôtre des malédictions.
« Père, je m’en vais. »
L’Évêque-Loup était mort et tous les projets de la secte s’étaient effondrés les uns après les autres.
À qui la faute ? À présent, aucun personnage important du culte n’ignorait le nom d’Enkrid.
Ils ne pouvaient donc plus le laisser tranquille.
L’apôtre qui l’avait recueilli, celui qu’il appelait désormais Père, acquiesça.
Redit serra les molaires, joignit ses mains suintantes et inclina la tête comme pour prier.
À cette vue, le Père Apôtre prit la parole.
« Va leur montrer. Que personne n’ose se mettre en travers de notre œuvre de cette façon. »
Ils échangèrent ces mots sur une route lumineuse, baignée de soleil.
Quand la guerre civile de Naurillia prit fin, l’apôtre se trouvait déjà à l’intérieur du royaume.
Redit ne pouvait pas monter à cheval à cause de son pouvoir divin inné, et il lui était tout aussi difficile de garder des gens près de lui.
Quiconque restait à ses côtés plus d’une semaine était immanquablement frappé par le malheur.
Faire éclater un cœur d’un regard et faire grouiller des vers sous la peau étaient des malédictions qu’il maîtrisait. En revanche, il ne pouvait pas contrôler les éclairs qui s’abattaient sur les gens ou les glissements de terrain qui les ensevelissaient simplement parce qu’ils se trouvaient près de lui.
Sa malédiction était si cruelle qu’une simple égratignure causée par une branche pouvait s’infecter et tuer sa victime.
À tous les égards, c’était un sorcier des malédictions ambulant.
Il n’avait jamais rien appris officiellement, et pourtant ses malédictions surpassaient celles des sorciers formés.
Il s’était ensuite entraîné davantage, afin que son don mérite pleinement le nom de pouvoir divin.
C’est ainsi qu’il avait appris à renforcer ses propres pouvoirs.
Moins il y avait de monde autour de lui, plus ses malédictions du cœur et des vers gagnaient en puissance.
Il devait néanmoins veiller de très près à l’accumulation de son pouvoir.
S’il gardait trop longtemps son énergie maudite, le malheur se retournait contre lui.
Pour cette mission, Redit avait accumulé des malédictions jusqu’à atteindre sa limite.
Assez pour que le contrecoup ravage son propre corps si les choses tournaient mal.
Sa peau s’était ramollie et laissait suinter du liquide. Des croûtes avaient fleuri sur tout son visage grêlé, lui donnant une apparence grotesque.
Au premier regard, on aurait pu le prendre pour le frère d’un goule.
Son adversaire était assez puissant pour appartenir à un ordre de chevalerie ; une telle préparation était donc nécessaire.
Pour lancer une seule malédiction, Redit avait erré sur des routes désertes, où il avait absorbé l’énergie maudite.
Il avait procédé comme un ascète qui jeûnait en priant.
Après tout cela, voilà ce qu’il en restait.
Une peau grêlée et déchiquetée. Un corps qui craquait à chaque pas. Des os si fragiles que le moindre effort pouvait les briser. Des entrailles incapables de digérer correctement la nourriture. Des muscles desséchés qui peinaient à faire leur travail.
C’était le châtiment céleste de celui qui était né avec le pouvoir des malédictions.
Il dissimula son corps sous un large manteau, rabattit sa capuche sur son visage et arriva à la Garde Frontalière.
« Qui êtes-vous, et d’où venez-vous ? »
« Un simple voyageur. Hum, hum. »
Quelques mots suffisaient à lui démanger la gorge et à lui brûler les poumons.
« Cette fois, j’ai forcé la dose. »
Redit savait qu’il avait trop chargé son pouvoir maudit.
Cela dit, tout serait bientôt terminé. Quelques jours tout au plus, et il pourrait oublier cette douleur un moment.
Un corps né sous le coup d’un châtiment céleste, brièvement revigoré en déversant des malédictions sur les autres.
Pour lui, user de ce pouvoir divin était aussi le seul moyen de rester en vie.
Sinon, il n’aurait jamais massacré tout un village, erré sur le continent, tué encore et encore, et gagné le surnom de démon lanceur de malédictions.
À présent, l’Apôtre des malédictions suffisait.
« Vous avez l’air très malade. »
« Il y a une clinique à l’intérieur. Allez vous faire examiner. »
Les gardes de la porte de la Garde Frontalière le dévisagèrent, puis acquiescèrent.
Ils ne semblaient pas intéressés par les pots-de-vin.
La Garde Frontalière était récemment devenue une ville marchande florissante. On aurait pu s’attendre à ce que les gardes tendent la main, mais ces hommes ne se souciaient que de leur devoir.
Redit hocha la tête et franchit la porte.
L’un des gardes fronça les sourcils en voyant le liquide couler le long de l’arête du nez de Redit.
« Faites-vous soigner, surtout. »
Le soldat l’interpella. Redit inclina brièvement la tête et entra.
Il n’avait pas besoin d’auberge. Il comptait se rendre directement à la caserne.
On disait qu’Enkrid ne pensait qu’à s’entraîner.
« Enkrid-nim ! »
À cet instant, une voix attira son attention.
Il se retourna et aperçut un homme aux cheveux noirs et aux yeux bleus.
La scène se déroulait devant une forge où soufflait une chaleur accablante.
L’homme enfilait des gantelets de métal aux deux mains.
C’était la preuve éclatante que le dieu de la Terre Maudite veillait sur lui.
« Le dieu a veillé sur moi. »
Redit récita les enseignements. Le vrai dieu résidait dans la Terre Maudite, et ce dieu ne le rejetait pas comme un démon.
Puis il rassembla toute la puissance dont il disposait.
Une vague invisible de malédictions se leva et se précipita vers Enkrid.
Non, une simple vague ne suffirait pas.
Redit se mit en mouvement.
Son corps maudit, marqué par le châtiment céleste, poussa un cri.
De toute façon, tout serait bientôt terminé.
Il s’approcha et tendit la main.
Enkrid le regarda.
« C’est… c’est un honneur. »
Faisant mine d’être un simple citoyen, Redit tendit la main vers lui. Enkrid ne se méfia pas. Enfin, la main de Redit le toucha.
* * *
« Je m’adresse à l’Apôtre du Dieu de la Guerre. Est-il vrai que vous avez laissé un hérétique impuni ? Vous n’avez tout de même pas fait cela sans comprendre que cela revient à vous déclarer hérétique, n’est-ce pas ? »
Audin rêvait.
Une scène du passé apparut d’abord. Puis le visage de celui qui lui parlait se tordit.
Bientôt, ce visage déformé prit l’apparence d’un monstre comme modelé dans la boue.
La créature traînait deux masses qu’on pouvait à peine appeler des pieds, les avançant tour à tour tandis qu’elle rampait. Rien qu’à la regarder, il sentait qu’elle venait de très loin.
Le monstre rampa jusqu’à quelqu’un, s’accrocha à lui, le fit fondre et l’écrasa.
En y regardant de plus près, celui qu’il écrasait était son Frère Général.
« Seigneur ? »
Audin crut qu’il s’agissait d’une sorte de rêve prémonitoire. Il ignorait ce qu’était le monstre de boue, mais il sentait avec certitude qu’un danger approchait.
Il ouvrit les yeux et se rendit compte qu’il s’était assoupi, assis en plein jour.
Le dieu devait avoir arrangé les choses ainsi pour lui transmettre une révélation par le biais d’un rêve.
Audin aperçut alors le barbare fou.
« Où est parti le Frère Général ? »
« En ville, voir un forgeron. »
Rem venait de récupérer sa hache et la maniait pour s’y habituer.
Elle lui semblait différente de celle qu’il utilisait jusque-là, mais aussi assez proche d’armes qu’il avait maniées autrefois. Il ne lui serait donc pas difficile de s’y adapter. Rem répétait inlassablement les mêmes mouvements.
Audin soupira, puis déclara :
« Si nous sommes en retard, ce sera parce que le Père aura traîné. »
Il n’aurait jamais dit cela d’ordinaire, c’était presque comme s’il reprochait quelque chose à son dieu. Puis il se mit en marche.
Rem le regarda, se demandant ce qui lui prenait tout à coup.
* * *
Qu’était-ce donc, un mauvais présage ?
Enkrid avait attendu — non, espéré — que l’avertissement du Batelier arrive.
Mais rien ne vint.
Il ne s’inquiétait pas. Il suivait simplement sa routine.
« On se fera un combat d’entraînement dès que je m’y serai habitué. »
Rem entra, sa nouvelle hache à la main, tout en parlant. L’acier de Lewes capta la lumière du soleil et se mit à luire doucement.
N’importe qui aurait vu qu’il ne s’agissait pas d’une hache ordinaire.
« Il te faut combien de temps pour t’y habituer ? »
« Un jour. Pourquoi t’as tellement hâte de te faire démolir ? »
Le même échange inutile que d’habitude.
« Au fait, le forgeron a dit qu’il avait quelque chose à te donner. »
« Pourquoi tu ne l’as pas apporté en venant ? »
« Il a dit qu’il voulait te le remettre lui-même. »
Rem prononça ces mots en repensant à l’artisan qui avait voulu donner un nom bizarre à sa hache.
Il avait songé à la prendre de force, mais il aimait trop cette hache pour ça.
Elle était assez solide pour ne pas se briser facilement, même face à Aker, la nouvelle épée qu’Enkrid avait obtenue.
Enkrid hocha la tête.
Le forgeron envoyé par le palais royal voulait lui présenter son œuvre en personne.
Cette capacité à comprendre les intentions et les sentiments des autres était sans doute ce qui le distinguait le plus de Rem.
« Très bien. »
Un petit détour n’avait rien de grave.
Le fait d’être devenu général n’avait rien changé au quotidien d’Enkrid.
Seuls les autres commandants avaient modifié leur attitude à son égard.
Le commandant de bataillon Graham, en particulier, restait très formel.
C’était aussi le cas du chef de peloton Benzence et de Bell, le chef d’escouade.
Et, désormais, davantage de regards exprimaient non seulement du respect, mais aussi de l’admiration.
Tout le monde n’était pas ainsi.
Ses hommes ne l’étaient pas. Sinar non plus.
Ils étaient restés les mêmes.
Enkrid marchait, l’esprit ailleurs, lorsqu’il aperçut Audin endormi sur le côté. Même dans son sommeil, il ne s’affaissait pas. Rien que cela avait quelque chose d’étrange.
Après avoir vu cela, Enkrid descendit au marché et trouva la forge.
Il faisait chaud. Une véritable saison de la Salamandre.
Les Salamandres étaient des créatures démoniaques qui crachaient du feu. On les appelait aussi esprits des flammes ou créatures démoniaques de type feu.
Quand la chaleur devenait écrasante, les gens comparaient la saison à cette créature.
La lumière estivale traversait les branches des arbres et éclairait le sol.
En marchant, Enkrid réfléchissait à de nouvelles techniques, à la façon de les travailler et de les utiliser.
Il récupérerait ce pour quoi il était venu, rentrerait, s’entraînerait avec Rem et passerait une journée aussi gratifiante que toutes les autres.
Lorsqu’il arriva à la forge, légèrement en sueur, l’artisan l’accueillit, trempé lui aussi.
« L’acier de votre ancienne épée était excellent. Le cœur de l’arme était abîmé, alors je n’ai pas pu en reforger une épée, mais j’ai pu en faire ceci. »
L’artisan, débordant de fierté, lui tendit les gantelets qu’il avait fabriqués.
Il les avait forgés en fondant l’ancienne épée d’Enkrid, Silver.
Les gantelets de métal étaient doublés de cuir, lui-même rembourré de plusieurs couches de coton.
S’ils avaient été entièrement en métal, ils n’auraient pas amorti les chocs.
Leur surface extérieure avait été polie en courbes lisses, ce qui les rendait efficaces pour dévier ou repousser la plupart des armes.
« Votre travail est remarquable. »
Enkrid ne lésina pas sur les compliments. Il trouvait que c’était un magnifique cadeau.
Il prit l’objet et s’apprêtait à partir.
« Enkrid-nim ! »
Quelqu’un qui l’avait reconnu accourut pour l’interpeller. C’était le cordonnier qu’il avait déjà croisé.
Un mage s’était caché sous sa boutique, et c’était à ce moment-là qu’Enkrid avait ouvert la porte du Sixième Sens.
Il ne pouvait pas l’oublier.
« Ah, je… j’étais simplement si heureux de vous voir. »
L’homme s’adressait à lui avec bien plus de politesse qu’autrefois. L’Enkrid qui avait fouillé le sous-sol de sa boutique et celui d’aujourd’hui n’avaient ni le même rang ni quoi que ce soit d’autre en commun.
Le cordonnier l’avait interpellé avec joie, mais il craignait aussi que cet homme, désormais presque l’égal d’un noble, ne le rabroue.
« Votre fille va bien ? »
« Vous en avez après ma fille ? »
« Pas du tout. »
Tandis qu’ils échangeaient quelques banalités, quelqu’un s’approcha d’Enkrid.
« C’est… c’est un honneur. »
L’homme prit la parole et tendit la main. Enkrid n’y prêta pas grande attention.
Pas mal de gens faisaient cela après l’avoir reconnu.
Certains prétendaient vouloir s’entraîner contre lui, mais ne faisaient que le dévisager. D’autres lui tendaient simplement la main, comme cet homme.
Il n’aurait jamais imaginé que cet homme était à l’origine du mauvais présage du Batelier.
N’importe qui aurait eu du mal à le deviner.
Si son apparence peu remarquable ne suffisait pas, il avait clairement l’air incapable de se battre.
De sa posture à son maintien.
À son maintien, Enkrid comprit qu’un garçon de quinze ans aurait pu le battre sans peine.
La main toucha son bras.
« Comment osez-vous le toucher ? »
Le cordonnier le vit et l’apostropha avec colère.
Enkrid lui fit signe de laisser tomber.
Au moment où cette main le toucha, il sentit quelque chose, mais la sensation disparut aussitôt.
Il ne lui resta qu’une impression vague, impossible à définir.
« C-ce… c’est… »
La voix de l’homme tremblait. Il semblait profondément choqué.
Enkrid cligna des yeux, surpris par ce brusque changement d’émotion.
« Il a l’air très malade. »
Enkrid prit sa main et la lui serra à son tour. Était-ce une raison pour s’en prendre à quelqu’un simplement parce qu’il avait l’air misérable ?
Non.
* * *
« Quel imbécile ! »
Même le Batelier ne pouvait pas tout voir.
Quand une journée se répétait, il en voyait la majeure partie. Mais même lorsqu’il sentait l’approche d’un mauvais présage, comme cette fois, il ne parvenait pas toujours à en déterminer précisément la nature.
Il n’avait donc jamais imaginé que cet idiot débarquerait avec une malédiction.
Pour une fois, le Batelier se sentit gêné.
Voilà des jours qu’il annonçait l’arrivée d’un mauvais présage, et il s’agissait finalement d’une malédiction.
De toute façon, rien au monde ne pouvait maudire ce fou.
Pour plusieurs raisons, le Batelier savait que cette malédiction finirait par se dissiper et ne produirait aucun effet.
« Putain d’idiot. »
Il maudit le groupe qui avait envoyé ce type. Il ignorait même qui l’avait envoyé, mais continuait de les insulter.
« Bande de demeurés. »
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