Chapitre 420
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 420 : Pas une fin, mais un commencement
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« Suivre son cœur ? »
Si on lui demandait s’il aimait tuer des gens, Jaxon ne savait pas vraiment quoi répondre.
Il avait beau retourner la question dans tous les sens, impossible de savoir si cela lui plaisait ou non.
Certains membres de la guilde devenaient fous s’ils ne voyaient pas couler le sang au moins une fois par semaine, mais Jaxon n’avait jamais été comme ça. En revanche, il aimait perfectionner ses techniques. Ça, c’était certain.
« Il ne voulait pas que tu poignardes ton ami dans le dos. Il voulait probablement dire que tu devais te débrouiller pour survivre, petit salaud. »
Le ton du Maître était toujours léger, mais il avait raison. C’était exactement ce que son père avait voulu dire.
Jaxon avait simplement interprété ses paroles à sa manière. À l’époque, il en avait eu besoin. Il cherchait quelque chose qui puisse alimenter les flammes de sa vengeance.
« Peut-être qu’il voulait dire que tu ne devais pas seulement regarder devant toi, mais aussi éviter de trop t’accrocher au passé. »
Le Maître avait encore raison.
Sa mère n’avait pas voulu qu’il devienne l’esclave de sa famille.
Jaxon avait déformé ce souvenir lui aussi, et s’en était servi comme de bois pour le feu.
Il le savait.
« Ce que je t’enseigne, ce n’est pas l’art du meurtre. »
« Alors, qu’est-ce que c’est ? »
« Débrouille-toi pour le découvrir ! Je dois vraiment te mâcher le travail pour chaque petite chose ? »
C’était ridicule, venant de l’homme qui lui avait appris à empoisonner la nourriture et à détecter le poison.
Lorsqu’ils s’étaient rencontrés, le Maître lui avait demandé :
« Tu veux me suivre ? Alors, je t’apprendrai à vivre. »
Pas à survivre, mais à vivre.
Pas l’art du meurtre, simplement une façon de vivre.
Son intention meurtrière, dissimulée, était toujours là. Sa présence ne s’était pas non plus effacée. Malgré tout, Jaxon ne parvint pas à empêcher les mots de lui échapper.
« Est-ce que je peux rester ici ? »
Les mots jaillirent droit de son cœur, sans passer par sa tête.
« Si tu me bats, je te laisserai rester. »
Comme toujours, Enkrid lui répondit à sa façon habituelle. C’était le genre de chose qu’il disait en prenant sa garde.
« Si c’est une façon de vivre. »
Cela ne pouvait pas devenir sa raison de vivre.
La révélation lui vint soudainement. L’étincelle ne jaillit qu’après qu’il eut prononcé ces mots à voix haute.
Jusque-là, Jaxon n’avait jamais rien désiré d’autre que la vengeance.
Mais une chose était claire, à présent.
Se tenir aux côtés de l’homme face à lui lui plaisait davantage que de le tuer.
Apprendre et progresser grâce à son talent lui plaisait.
Veiller sur sa compagne lui plaisait.
Alors, pourquoi ne pas tout faire ? Il se posa la question et trouva aussitôt la réponse. Il n’avait même pas besoin d’y réfléchir à deux fois.
« Alors, je peux rester. »
Jaxon le dit.
La lumière du soleil lui réchauffait le dos. Celle de l’été ajoutait sa chaleur à son corps. Une ombre de sourire effleura son visage.
Ces quelques mots, « suivre son cœur », lui procurèrent un sentiment de libération rafraîchissant et brisèrent les chaînes qui l’enserraient de l’intérieur.
Jaxon connaissait des techniques qu’il n’utiliserait jamais devant témoins, ni contre quelqu’un qu’il ne pouvait pas tuer.
Pourquoi fallait-il que ce soit comme ça ?
Qui lui avait dit d’agir ainsi ? Le Maître, jamais. Ce n’était qu’une règle tacite transmise au sein de la Dague de Georg.
Une règle inutile qu’il avait suivie par habitude.
Enkrid ne se fiait pas à ce sourire.
Est-ce encore une ruse qu’il me cachait ?
Ces derniers temps, ses compétences s’étaient améliorées et il avait acquis Aker. Il était donc devenu encore plus turbulent.
Il ne cessait de chercher querelle à ses propres hommes et de leur imposer des duels à force d’insister.
Il faisait pareil avec Jaxon.
Même lorsqu’il le voyait perdu dans ses pensées, il continuait à le provoquer.
Évidemment, aucun d’eux n’ignorait les défis lancés avec insistance par Enkrid.
Cette fois ne faisait pas exception.
Sa proposition de le battre était à moitié une plaisanterie et à moitié une provocation.
Jaxon mordit à l’hameçon sans hésiter.
Pour être honnête, rester l’intéressait à peine. Il mourait d’envie de s’entraîner, car personne n’acceptait plus de l’affronter ces derniers temps.
Sa présence se déploya. Le corps de Jaxon sembla grandir, mais Enkrid n’y prêta aucune attention.
Si je ne crois pas en moi, je ne pourrai jamais gagner.
Ne pas surestimer son adversaire. C’était une règle difficile à respecter avant un combat.
En même temps, ne jamais baisser sa garde et donner tout ce qu’on avait.
Facile à dire, impossible à faire sans l’avoir vécu et gravé dans ses os.
Sa main se posa sur la poignée. Il prit sa garde et observa Jaxon de la tête aux pieds. Il ouvrit ses sens et examina chaque détail.
Toujours donner le maximum.
Enkrid fit comme à son habitude et faillit bien se retrouver à revivre cette journée.
* * *
Était-ce le poids qu’il avait sur le cœur ?
Ou les chaînes qui l’avaient entravé jusqu’ici ?
Jaxon se détourna de tout cela, le pas léger.
Penser à l’Enkrid qu’il venait d’affronter le rendit encore plus léger.
Il a beaucoup progressé.
L’art martial des chevaliers s’appelait la Volonté.
Pourquoi un assassin ne pourrait-il pas, lui aussi, s’en servir ?
« Si je te laisse tranquille, tu deviendras le tueur le plus redoutable du continent. »
Le Maître n’avait pas dit ça sans raison.
Jaxon avait du talent. Même l’ancien Maître le savait.
Il venait de frapper plusieurs points du corps d’Enkrid grâce à des techniques qu’il n’avait même pas utilisées contre le comte Molsen.
Il prit la direction de la porte de la caserne.
Deux soldats de garde le saluèrent.
Ils semblaient savoir qui il était.
Il passa devant eux sans un mot et longea le mur bordé d’arbres. Une voix qui l’attendait l’interpella.
« Tu es sérieux ? »
Cette voix ne venait pas de sa compagne, mais d’une membre de la guilde qui en était aussi la Maîtresse par intérim.
Jaxon savait qu’elle avait assisté à son duel contre Enkrid.
« Tu as montré des techniques qu’on ne devrait jamais dévoiler, sauf si la cible est quelqu’un que tu comptes tuer. »
Il entendit sa voix, mais ne la vit pas. Jaxon repéra également la présence de cinq personnes dissimulées dans les arbres.
Ils étaient six en tout, et trois d’entre eux, plus âgés que lui, étaient des assassins.
Chacun était passé maître dans l’art du poison, des dagues de lancer ou de la dissimulation de sa présence, et chacun lui avait enseigné des techniques.
Il n’avait pas appris uniquement les méthodes du Maître.
Pourtant, cela faisait longtemps qu’il les avait tous dépassés. Ils ne pouvaient pas l’arrêter seuls.
S’ils l’attaquaient, ils mourraient comme des chiens. Ils ne le feraient donc pas.
Sa compagne, la fille du Maître, n’était pas assez stupide pour ça.
Jaxon surpassait tout le monde en matière de talent et savait lire une situation plus vite que quiconque. Il n’était pas devenu Maître pour rien.
« … Pourquoi as-tu fait ça ? »
La question venait de sa compagne, qui, lorsqu’ils étaient enfants, avait deux ans de plus que lui et était comme une grande sœur.
« Comme ça. »
Sa réponse ressemblait étrangement à celles d’Enkrid.
« J’ai suivi mon cœur. »
Il ne l’avait pas fait exprès, mais sa réponse ressemblait encore à celle d’Enkrid.
« La place de Maître te semblait si dérisoire ? »
Était-elle déçue ? Peut-être. Malgré tout, Jaxon ne regrettait pas son choix. Il n’avait aucune raison de le regretter. La vie ne se résumait pas à un choix forcé entre deux chemins.
« Quand ai-je dit que je renonçais à la place de Maître ? »
« … Quoi ? »
Seule Yenatrice, la fille du Maître et sa compagne, prit la parole. Elle posa la question, incrédule, et Jaxon répondit calmement.
« Je vais rester ici. Ça ne veut pas dire que j’abandonne la Dague de Georg. »
« Tu crois que ça a du sens ? »
Le maître du poison finit par perdre patience. Sa voix venait à la fois de la gauche et de la droite. Une ruse grossière.
« Qu’est-ce qui serait impossible, au juste ? »
Jaxon fixa l’endroit où il se cachait et lui répondit. Il le respecterait comme un ancien, mais s’il s’en prenait à lui, il mourrait. Son regard le disait clairement.
« Ne vous inquiétez pas. Personne ne mourra ici aujourd’hui. Je vais tous vous convaincre, un par un. »
Des paroles arrogantes. Même s’il était le Maître de la Dague de Georg, comment pouvait-il se mettre toute la guilde à dos et espérer s’en sortir ?
C’est ce que la plupart des gens auraient pensé.
Jaxon resta calme. Il avançait comme un homme qui ne faisait que ce qu’il avait à faire. Cela le rendait encore plus fou à leurs yeux.
Yenatrice sortit de l’ombre du mur où elle s’était cachée.
Jaxon savait déjà qu’elle se trouvait là, et ne fut donc pas surpris.
« Tu fais vraiment ce que tu veux. »
« Ah oui ? »
Yenatrice observa Jaxon un instant.
Pourquoi est-ce que je l’aimais déjà ?
Ah oui. Parce qu’il faisait ce genre de choses sans hésiter.
« Alors, tu dis qu’on devait tuer le précédent Maître ? »
La Dague de Georg était la plus grande guilde d’assassins du continent. Son Maître transmettait ses techniques à son successeur, puis mourait de sa main.
Jaxon avait ignoré cette règle.
« Tu dis que tu ne suivras pas la règle ? »
« C’est exactement ce que je dis. »
À l’époque, trois assassins en lice pour la succession étaient morts, ainsi que cinq anciens. En comptant tous ceux qui les avaient suivis, plus de trente personnes avaient péri au total.
Tout cela était l’œuvre de Jaxon. Il l’avait fait seul.
« Espèce de fou. Tu as éliminé trente pour cent des forces de la guilde juste pour me garder en vie ? »
Le père de Yenatrice, son maître et son Maître, l’avait réprimandé ainsi avant de fermer les yeux en paix.
Le poison qui s’était accumulé dans son corps à force de travailler sans relâche toute sa vie s’était réveillé, mais il était tout de même mort en souriant.
« Certains refuseront encore de prendre ton parti. »
Jaxon plongea les yeux dans ceux de sa compagne. Les siens, orange, le fixèrent en retour. Il tendit la main, et elle la prit.
Comme son maître, Yenatrice comprenait vite. Surtout lorsqu’il s’agissait de Jaxon ou d’elle-même.
Elle avait déjà envisagé qu’il ne reviendrait peut-être pas, avait pris les devants et rassemblé ceux qui seraient de son côté.
Il ne restait plus qu’à le vérifier.
Même les anciens qui l’accompagnaient soutenaient tous Jaxon.
« Dis-le. Tu as dit que tu nous convaincrais un par un. »
Évidemment, il s’agissait de convaincre à la manière d’Enkrid.
Leur fracasser le crâne jusqu’à ce qu’ils comprennent.
Leur botter la tête jusqu’à ce qu’ils comprennent.
Il pouvait procéder exactement comme Enkrid avait « convaincu » le commissaire dans la capitale.
Et s’ils ne comprenaient toujours pas ?
« Alors, tu continues jusqu’à ce qu’ils comprennent. »
C’est ce qu’Enkrid aurait dit. Jaxon savait qu’il avait cette même tendance en lui.
Un homme qui n’avait jamais fait quoi que ce soit simplement parce qu’il le voulait, sauf lorsqu’il avait sauvé son père.
Même là, elle se demandait parfois si c’était vraiment sa volonté. L’avait-il fait pour elle ?
Voilà comment Yenatrice voyait Jaxon.
C’était pour ça qu’au fond, elle accueillait cette décision avec joie.
Au cours de sa vie, on finit parfois par agir selon sa propre volonté.
Juste avant de mourir, le Maître de la guilde avait demandé à Jaxon de prendre soin de sa fille. À sa fille, il avait demandé de prendre soin de cet homme qu’il chérissait comme un fils.
« Si ce salaud quitte un jour la guilde, garde-le auprès de toi. »
Yenatrice se rappela les paroles de son père.
Jaxon regagna la caserne.
En entrant, il vit Audin en train de prier.
« Je te bénis. »
Audin avait joint les mains et fermé les yeux, mais il releva la tête en entendant ces mots.
Qu’est-ce qu’il venait d’entendre ?
Il fut si stupéfait qu’il interrompit sa prière un instant.
Ragna somnolait dans un fauteuil à bascule et ouvrit lentement les yeux.
En passant près de lui, Jaxon dit :
« Dors encore. »
Dunbakel plissa les yeux.
Il est fou ?
Le sens de son regard était évident, mais Jaxon répondit d’un ton neutre :
« Va te laver. »
Ces mots venaient de l’homme qui, d’ordinaire, ne répondait que par l’indifférence.
Dunbakel partit aussitôt se laver. On aurait dit un dernier avertissement. Si elle l’ignorait, ce salaud allait-il lui trancher la gorge avec une dague pendant son sommeil ?
Teresa, témoin de la scène, se mit à prier.
« Seigneur, chasse les mauvais esprits. »
À force, elle avait fini par prier le Dieu de la Guerre plutôt que le culte.
Sa voix rauque résonna doucement.
En passant, Jaxon vit Rem aiguiser le tranchant d’une hachette de la taille de sa paume avec une pierre à aiguiser.
Rem le vit lui aussi.
Leurs regards se croisèrent.
« Toujours pas mort ? »
« Ouais. On dirait que je mourrai après toi. »
Jaxon posa la question, et Rem répondit presque au même instant.
On aurait dit deux cygnes. Leur timing et leurs paroles auraient difficilement pu mieux s’accorder.
« Un doppelgänger ? »
Kraiss, qui les observait de côté, marmonna. Un doppelgänger était une créature démoniaque capable de prendre l’apparence de quelqu’un.
Jaxon n’était plus le même qu’autrefois.
Même après avoir entendu le nom de cette rare créature démoniaque, qu’on ne rencontrait d’ordinaire qu’aux abords de la Terre Maudite, Jaxon ne lui en tint pas rigueur et se dirigea vers sa chambre.
* * *
Enkrid était étendu sur le dos, les bras et les jambes écartés.
Je me suis trompé plusieurs fois.
Il aurait dû porter une estocade plutôt que de trancher, et puisqu’il tenait Aker, il aurait aussi dû exploiter les particularités de cette lame réputée.
Je manquais encore d’expérience.
Chaque combat lui laissait des choses à étudier et à apprendre, mais lorsqu’un membre de la Compagnie des Fous lui montrait quelque chose de nouveau, il avait toujours encore plus à en tirer.
Il avait trop honte pour le dire à voix haute, mais ces hommes étaient l’une des raisons pour lesquelles il n’était pas resté dans un ordre de chevalerie.
Ce serait peut-être différent si je rencontrais de vrais chevaliers.
D’ici là, il était convaincu que s’entraîner ici valait mieux que tout ce qu’un ordre de chevalerie pourrait lui apprendre.
Le soleil était agréable et chaud. Il aurait pu s’assoupir ainsi. Ce n’était pas de la paresse, mais il comprenait enfin pourquoi Ragna s’asseyait et piquait du nez chaque fois qu’il trouvait un coin ensoleillé.
Il ne pourrait profiter de ce temps que maintenant, et pour peu de temps.
Dans quelques semaines, non, dans quelques jours à peine, ce doux soleil deviendrait brûlant.
La saison de la chaleur et du feu approchait. L’été.
La victoire ou la défaite n’avait aucune importance.
Il n’avait pas le temps d’hésiter pour de telles choses.
Maintenant que la guerre civile était terminée, le royaume allait-il connaître la paix ?
Aurait-il encore moins d’occasions de manier l’épée qu’avant ?
Aucune chance. Le nouveau roi avait une vision opposée à celle de l’ancien souverain.
L’ancienne reine avait rêvé d’un pays stable, mais pas Crang.
Avant qu’ils ne se séparent, Crang avait confié une partie de ses ambitions à Enkrid.
« Le continent central est divisé en trois nations. C’est pour ça que nous sommes plus faibles que l’Ouest, l’Est ou le Sud. Surtout que nous menons régulièrement des guerres contre Azpen. »
« Tu envisages donc un traité de paix ? »
Plus ils parviendraient à contenir Azpen, plus Naurillia pourrait accumuler ses forces. C’était évident.
Rien que les provisions englouties par la guerre représentaient une somme colossale.
Et tous ces soldats qui mouraient ?
Crang lui répondit avec un sourire doux.
Il parlait comme s’il cueillait tranquillement une fleur dans un parterre voisin.
« Non. Je vais soumettre Azpen. »
En matière de rêves et d’ambition, Crang n’avait rien à envier à Enkrid.
Il parlait avec cette éloquence qui lui était propre et qui entraînait tous ceux qui l’entouraient. Même s’il n’avait qu’un seul interlocuteur, Enkrid, il se donnait tout entier dans ses paroles.
Comme Enkrid risquait sa vie avec son épée, Crang brûlait son âme pour proclamer sa volonté.
« Je deviendrai le seul hégémon du continent central. »
À l’époque, Crang avait précisé que devenir l’hégémon du continent central ne représentait qu’une partie de son rêve.
Tout comme Enkrid ne voyait pas dans son rêve de devenir chevalier une fin, mais un commencement, Crang faisait de même.
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