Chapitre 419
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditrice : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 419 : Là où le cœur nous mène
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« Tu seras à la Garde-frontière, pas vrai ? »
Enkrid acquiesça à la question de Kraiss.
« Je m’en doutais, alors j’ai tout préparé. Si tu as besoin d’autre chose, tu n’as qu’à demander. Je te suis loyal ! »
Depuis qu’il avait vu le général et le trésor, les yeux de Kraiss brillaient comme des pièces d’or, et le mot « loyauté » ne cessait de lui sortir de la bouche.
Enkrid ne lui en voulait pas. Quoi qu’on en dise, Kraiss faisait toujours bien son travail.
Leur logement avait changé. Il était désormais plus grand, avec davantage de pièces et un nouveau terrain d’entraînement devant.
La Compagnie des Fous avait déjà son propre terrain d’entraînement, mais celui-ci était tout autre.
De grandes dalles de pierre recouvraient la vaste cour.
Sur un côté, des arbres plantés bien droit portaient des feuilles vertes perlées de rosée matinale.
Le jour se levait à peine. C’était l’été, la saison où le soleil se levait tôt.
Les arbres, les fleurs, le soleil levant.
En regardant les feuilles frémir dans le vent, Enkrid dégaina son épée.
Puis il reprit son entraînement habituel. Aujourd’hui, il n’y aurait pas de combat d’exercice.
« On s’y mettra quand ma hache sera prête. »
Rem le lui lança entre les dents.
« Mon espadon n’est pas encore prêt. »
Ragna aussi refusa, le front plissé.
« Tu comptes me poignarder et me taillader avec ça, grand frère général ? »
Même Audin, pourtant, déclina doucement.
« Moi, je passe. »
Dunbakel esquiva la demande.
« Je me suis fait fabriquer un nouveau bouclier. »
Teresa aussi refusa.
« Ma cheville a repoussé, oui, mais il m’en faudrait encore trois pour t’affronter maintenant. »
Même Ruagarne, son dernier espoir, lui fit faux bond.
Sinar ne se montra même pas.
« Je ne crois pas encore en être capable. »
Il tenta même d’interpeller Pel, mais celui-ci secoua la tête.
Il ajouta qu’il ne pouvait toujours pas gagner. Il n’avait pas l’air d’avoir envie de se battre pour l’instant.
Enkrid ne put cacher sa déception. Tout ce qu’il avait fait, c’était tester Aker, la meilleure des meilleures épées qu’il venait d’acquérir.
Pendant cet essai, il avait fendu la lame de la hache de Rem et tranché en deux l’épée de fortune que Ragna avait trouvée, mais il n’y pouvait rien.
Il avait une nouvelle épée, il fallait bien qu’il la teste.
« Tu ne trouves pas ça un peu facile ? »
Rem ricana. Enkrid répondit calmement :
« Avoir un bon équipement fait partie du talent. »
« Le roi te l’a juste fournie… Laisse tomber. »
Rem renonça à argumenter. Essayer de battre Enkrid avec des mots était pire que de recourir encore une fois à la sorcellerie.
« Allez, viens, barbare délinquant de l’Ouest. »
Enkrid provoqua Rem encore quelques fois, mais celui-ci avait retenu la leçon et l’ignora.
Bientôt, Enkrid fit le vide dans son esprit et se concentra sur son entraînement.
Tirer, piquer, trancher.
Chaque coup porté contre des ennemis imaginaires soulevait le vent et faisait trembler les feuilles.
Tout ce que tu vois peut t’apprendre quelque chose.
Les grandes révélations n’étaient pas toujours nécessaires. Répéter les mouvements, corriger les petites erreurs, affiner chaque geste.
À mesure qu’il frappait avec détermination, tout ce qu’il avait appris jusque-là s’imbriquait naturellement.
Il intégra la Volonté instantanée à son enchaînement de piques et de coups tranchants.
Deux actions en un souffle.
Ragna avait déjà exécuté trois actions en un seul souffle.
Enkrid l’avait vu abattre le Général des spectres devant le comte.
Enkrid n’en était toujours pas capable. Ce que Ragna avait accompli dépassait la simple prouesse, frôlait le divin.
Pour Enkrid, c’était l’escrime la plus proche de celle d’un véritable chevalier.
Répéter, puis recommencer.
Si le Passeur s’était trouvé près de lui, il l’aurait maudit pour son ennui insupportable.
Une lame écrasante après une brusque accélération.
Une lame qui entrave.
Face à ses adversaires imaginaires, il rejouait les échanges dans sa tête.
Parmi les ennemis qui se dressaient devant lui, il y avait un jeune prodige rencontré jadis, des mercenaires de ses jeunes années, puis Rierbart, Rem, Ragna et Audin.
Aucun de ces combats n’aurait été facile.
Enkrid comptait déjà parmi les meilleurs chevaliers juniors en matière de technique pure, mais les victoires et les défaites sur le champ de bataille n’avaient rien à voir avec les combats d’entraînement.
N’importe qui pouvait mourir d’un coup aveugle.
Ne parle pas de victoire ou de défaite avant le combat.
Trois de ses instructeurs lui avaient servi la même phrase. Étrangement, tous trois avaient d’abord refusé de l’enseigner, puis avaient fini par céder face à une persévérance qui tenait du désespoir.
Il continua de frapper, encore et encore, la sueur jaillissant dans toutes les directions.
Pour Enkrid, Ragna était celui qui se rapprochait le plus d’un chevalier.
La façon dont il abattait d’un seul coup celui qui lui barrait la route.
L’épée qu’il avait brandie en fendant une vague de spectres.
Il avait clairement dépassé le niveau de chevalier junior à tous égards. Enkrid lui demanda donc :
« Tu as atteint le rang de chevalier ? »
« Je ne sais pas. »
« Tu ne sais pas ? »
« Je n’y suis jamais allé, alors je ne sais pas. »
Malgré tout, la voix de Ragna débordait d’assurance. Une confiance que seul un génie pouvait afficher.
Son attitude parlait d’elle-même.
Je n’y suis pas encore, mais j’y arriverai.
Sa posture comme ses actes témoignaient d’une foi absolue.
Enkrid savait qu’il manquait de talent, et des génies comme Ragna l’entouraient de toutes parts.
Rem en était un. Audin aussi.
Même Dunbakel et Teresa avaient tant progressé qu’elles n’avaient plus rien à voir avec ce qu’elles étaient auparavant. Leurs dons étaient d’une autre nature que le sien.
Et Pel ? À le voir jauger les autres d’un seul regard, lui aussi méritait qu’on le qualifie de génie.
Même l’écuyer Ropord, quelle qu’ait été sa raison de les suivre, avait probablement davantage de talent qu’Enkrid.
Rierbart était un poète enlisé dans un marécage de frustration et de désespoir.
Il chantait le désespoir et dansait avec la frustration. Déplorant son manque de talent, il suivait une voie déviante.
Désespère et noie-toi dans le désespoir !
Le fantôme du Passeur criait.
Enkrid ne prêta attention à rien de tout cela. Des distractions de cette envergure ne sauraient ébranler sa posture ni son esprit.
Il s’entraînait avec application lorsqu’il entendit des pas sur le côté.
Enkrid s’immobilisa en plein mouvement et tourna les yeux.
Les pas venaient de l’endroit où l’aube se levait. Une silhouette avançait, le soleil dans le dos.
Le soleil levant éclairait à présent clairement les environs. Il distingua des cheveux brun roux et deux bras qui se balançaient naturellement.
Enkrid savait que des dagues silencieuses pouvaient jaillir de ces mains à tout instant. Il savait aussi que le corps de cet homme dissimulait quantité de lames et d’armes.
Si le corps d’Audin était une masse contondante en acier,
l’homme qui approchait était une arme vivante, un outil meurtrier qui pouvait tuer par le simple fait de respirer.
À mesure que son propre talent grandissait, il en voyait davantage. Il distinguait désormais les « préparatifs » dans les mouvements de Jaxon, des détails qu’il n’avait jamais remarqués auparavant.
Des choses dissimulées dans chacun de ses pas et de ses gestes.
En observant Jaxon, Enkrid ajusta son appui, tira sur son ceinturon et posa la main à sa taille. Aker se logea naturellement dans sa prise.
Une lame célèbre, nommée d’après un chevalier de la légende fondatrice.
Une épée royale précieuse.
Est-ce que je peux la briser ?
Enfin, on me l’a donnée, alors qu’est-ce que j’y peux ?
Si Jaxon l’attaquait maintenant, Enkrid sentait qu’il ne s’en sortirait pas indemne, Aker ou non.
Les assassins décrivaient ainsi les différents niveaux de leurs semblables.
Les assassins de troisième ordre affichent ouvertement leur intention meurtrière.
Ceux de deuxième ordre la dissimulent subtilement.
Ceux de premier ordre s’approchent sans laisser la moindre trace.
Les meilleurs s’approchent en dégageant une présence ordinaire.
Jaxon semblait n’avoir pas changé, mais les sens aiguisés et l’instinct d’Enkrid lui racontaient une tout autre histoire.
« Tu as beaucoup progressé. »
Jaxon parla en approchant.
« J’ai encore beaucoup à apprendre. »
Enkrid répondit en laissant son bras pendre avec encore plus de décontraction. Il se relâcha davantage. Pour jaillir soudain à toute vitesse, il devait rester souple.
« Pour devenir chevalier ? »
Il acquiesça.
Jaxon s’arrêta. Le soleil dans son dos, son visage n’était plus qu’ombre. Cette pénombre le faisait paraître plus froid que jamais.
« Il y a quelque chose que je veux te demander. »
« Vas-y. »
« Pourquoi n’as-tu pas rejoint un ordre de chevalerie ? »
* * *
« Tu rentres, maintenant ? »
À l’époque où Georg était encore à la tête de la Dague de Georg, il existait une pratique tacite après les missions d’infiltration.
Tuer tous ceux qui risquaient de deviner l’identité de l’infiltré.
Désormais, ce n’était plus une règle absolue.
Mais si la cible était le maître de la Dague de Georg, les choses changeaient.
Le maître de la Dague de Georg devait toujours rester dissimulé derrière un voile de mystère.
« Tu veux que je m’en charge ? »
Sa maîtresse, qui était aussi la fille du maître, lui posa la question.
Jaxon ne répondit pas. Les mots ne venaient pas facilement.
« S’il faut le faire, je le ferai moi-même. »
Sa maîtresse acquiesça.
C’était logique, elle aussi.
Mais quand le ferait-il, et quand rentrerait-il ? Sans même parler des requêtes en attente, le plus gros problème était la discipline. Si le maître restait trop longtemps absent, l’ordre s’effondrerait.
Les gens qui attendaient une occasion de comploter pour s’emparer de son siège ne manquaient pas.
Même en faisant une estimation prudente, ils étaient plus de cinq.
Non, plutôt dix.
Malgré tout, elle respectait le maître et suivait sa volonté.
Sans raison évidente, Jaxon était encore là. Il aurait pu partir avant le début de la guerre civile. Il aurait pu partir après. Il n’avait même pas besoin de rentrer jusqu’à la Garde-frontière.
Il avait aussi eu d’innombrables occasions de tuer ceux qui soupçonnaient son identité.
Qu’il réussisse ou non, pourquoi n’avait-il même pas essayé ?
Il y avait des montagnes de choses qui lui semblaient étranges et incompréhensibles.
« Je peux te demander pourquoi ? »
Elle ne lui posa pas la question en tant que membre de la guilde au service du maître, mais en tant que maîtresse et amante. Jaxon garda le silence un instant.
« Je crois que si je lui demande, je comprendrai. »
« Comprendre quoi ? »
« Pourquoi il n’est pas devenu chevalier. »
Pour elle, ses paroles semblaient abruptes. Pour Jaxon, pas du tout.
Maître.
Depuis qu’il était arrivé ici, les paroles de son ancien maître tournaient en boucle dans sa tête.
« Une technique sans cœur ne mène qu’à l’art de tuer, espèce d’idiot. »
Cela lui avait paru étrange, venant de quelqu’un qu’il était venu voir pour apprendre l’art de tuer.
« Tu aimes tant tuer les gens ? Ça t’amuse ? »
Pas souvent, mais oui, ça l’amusait.
« Ne souris pas. Quand je te vois sourire, j’ai l’impression d’avoir fait le mauvais choix. »
Il ne s’était pas soucié de savoir de quel choix son maître parlait.
Depuis le jour où il l’avait recueilli, le maître lui répétait des choses semblables.
« Si tu as quelqu’un à qui tu tiens, alors ce qui aurait dû rester un simple art de tuer peut devenir une épée qui protège quelqu’un. »
Jaxon lui avait retourné la question :
« Et toi, maître, que protèges-tu ? »
« Ma fille et ma famille, ces idiots qui vivent les yeux rivés sur moi, et la barrière qui empêche des types comme toi d’être lâchés dans le monde. »
Il en comprenait la moitié, et l’autre moitié lui échappait.
En vérité, tout cela lui était égal.
Des paroles à écouter puis à laisser passer.
Ce qui comptait pour Jaxon, c’était le pouvoir dont il avait besoin pour se venger.
Alors, maintenant que sa vengeance était presque accomplie, devait-il se trouver une nouvelle cible ?
Devait-il continuer à faire la même chose, à traquer et tuer un à un ceux qui restaient ?
Était-ce la bonne voie ?
Avant même de se demander si c’était bien ou mal, il croyait que c’était simplement ce qu’il devait faire. C’était pour cela qu’il était là.
« Alors, Jaxon Bensino, véritable fils de la lignée Bensino. Veux-tu devenir un tueur fou ? Tuer parfaitement les gens, est-ce là ton seul but dans la vie ? Était-ce ton rêve ? Est-ce là toute ta vie ? »
Les paroles de son maître résonnaient sans cesse dans son esprit, l’une après l’autre.
* * *
Enkrid s’interrompit pour réfléchir à la question inattendue de Jaxon.
Pourquoi ?
Il n’avait jamais vraiment réfléchi à la raison.
Mais à y penser, il aurait pu rester dans un ordre de chevalerie. S’il était demeuré dans la capitale et avait demandé à en rejoindre un, qui aurait refusé ?
Crang semblait prêt à fonder un tout nouvel ordre de chevalerie si nécessaire, et Aisia lui avait aussi laissé entendre qu’il devrait porter la cape des Chevaliers à la Cape Rouge.
Le marquis d’Okto, devenu duc, le lui avait même dit franchement.
« Que diriez-vous de rester dans la capitale et de rejoindre un ordre de chevalerie ? Je pense que ce serait une formidable occasion pour vous. »
Si le marquis Baisar avait voulu le retenir en usant de son soutien et de ses relations, le duc d’Okto, lui, avait souhaité qu’Enkrid devienne un nouveau pilier de ce pays.
Enkrid avait décliné calmement chacune de ces offres.
À l’époque, tout ce qu’il voulait, c’était rentrer au plus vite et manier son épée en paix, matin et soir.
« Comme ça. »
Il fallait préciser, alors Enkrid ajouta :
« J’ai suivi ce que me disait mon cœur. »
Pour aller plus loin, c’était parce qu’il n’avait pas trouvé le chevalier qu’il cherchait. Enkrid n’avait pas trouvé la chevalerie.
Il avait vu les ordres de chevalerie de la capitale, mais la chevalerie y avait-elle sa place ? L’honneur ? La confiance ? La droiture ?
Aider les faibles.
Prendre son épée et combattre pour la justice.
Un champ de bataille où les enfants ne combattent pas.
Des combattants qui veillent sur ceux qui leur tournent le dos.
Des vertus auxquelles ils avaient déjà renoncé.
Enkrid ne vit pas la nécessité de porter la cape des Chevaliers à la Cape Rouge pour suivre la voie qu’il souhaitait.
Voilà le fond de ce qu’il entendait par « suivre son cœur ».
« L’ordre de chevalerie que je cherchais n’existait pas non plus. »
Sachant que son explication était incomplète, Enkrid exposa simplement ses pensées, presque sous forme de liste.
Ce n’était pas une longue explication, mais elle faisait assez bien passer l’idée.
« Tu as de grandes ambitions. »
C’est ce que Rem aurait dit.
Jaxon se contenta de froncer les sourcils aux paroles d’Enkrid.
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