Chapitre 418
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 418 : Épée célèbre et métaux
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Kraiss s’approcha d’Enkrid et posa un genou à terre. Toujours agenouillé, il leva un bras et baissa la tête, dans une posture solennelle et digne.
On aurait dit un chevalier prêtant serment d’allégeance. Les paroles qui sortirent de sa bouche étaient à l’avenant.
« Je vous servirai de toute ma loyauté. »
Enkrid fixa Kraiss. Il le connaissait assez bien.
Était-ce à cause de ce qu’il avait accompli ?
Parce qu’il avait mis fin à la guerre civile ? Kraiss en avait-il été ému ? Lui prêtait-il vraiment allégeance, maintenant ?
Pas une chance.
Crang lui avait accordé le rang de général plutôt qu’un titre de noblesse. Et, en plus, il lui avait confié tout ce territoire.
La Garde-frontière, à elle seule, n’est pas rien, mais…
S’il gouvernait et administrait un territoire entier, jusqu’où ses poches pourraient-elles se remplir ?
Kraiss, toujours à genoux, observait la terre. À ses yeux, chaque grain ressemblait à de la poudre d’or.
Ce n’était pas un sol de terre. C’était un sol d’or.
Un domaine immense. Combien de moyens y a-t-il de tirer des kronas de cet endroit ?
Pas besoin d’augmenter les impôts. Il suffisait de relier les routes commerciales de toutes les villes sous l’autorité du général, puis de prélever une commission auprès des compagnies marchandes.
Pas besoin non plus d’accepter des pots-de-vin.
Et s’il construisait des routes commerciales d’une tout autre ampleur et prenait des parts en investissant dans la Compagnie marchande Rockfreed et d’autres entreprises prometteuses ?
Il ferait fortune.
Et que ferait-il de tout cet argent ?
La réponse était déjà toute trouvée.
Kraiss avait découpé son rêve en plusieurs étapes. D’abord, un petit salon. Ensuite, tout un quartier de salons. Et enfin…
Une ville du plaisir.
Une ville entièrement vouée aux plaisirs.
La nourriture, les boissons, les vêtements, tout serait fourni par les marchands ; une fois dans la ville, il ne resterait plus qu’à profiter.
En bref, la Ville des Salons de Kraiss.
Le rêve de Kraiss n’avait rien à envier à celui d’Enkrid.
Il voulait transformer une ville entière en un lieu entièrement consacré au divertissement.
Et il ne pensait pas que ce serait un fantasme irréalisable.
Bâtir une ville coûterait une somme astronomique, mais il s’attendait à des bénéfices bien supérieurs à l’investissement initial.
Qui, dans ce monde, détestait s’amuser ?
Surtout s’il créait un endroit où les gens débordant d’or, les détenteurs du pouvoir, les seigneurs marchands et autres pourraient se réunir pour se divertir ?
Et si tous les plaisirs autrefois réservés aux banquets des grands nobles devenaient accessibles à tout moment dans la Ville des Salons de Kraiss ?
Ça peut marcher.
Il lui fallait du capital. Des kronas. Des pièces d’or.
Au départ, il avait prévu d’amasser de l’argent et d’ouvrir d’abord un petit salon dans la capitale. Mais s’il pouvait en gagner davantage et sauter directement à la construction d’un château et d’une ville…
« … Hé. Grands Yeux. »
Perdu dans son rêve qui prenait de l’ampleur, Kraiss n’entendit son nom qu’avec un temps de retard et releva la tête.
Enkrid croisa le regard de Grands Yeux. Au fond de ses yeux immenses, l’ambition brûlait comme les flammes de l’enfer.
« … D’accord. Sers-moi de toute ta loyauté. »
Inutile d’essayer de l’arrêter. Il ne l’écouterait jamais.
Enkrid en eut une nouvelle fois la confirmation.
Dans la Compagnie des Fous, le seul homme normal, c’était lui.
« Ah, Son Altesse vous a fait un cadeau. »
Kraiss revint vite à lui, se releva et prit la parole.
« Deux ensembles d’armure en écailles de drake, assez de lingot de fer de Lewes et d’acier sombre pour une épée, et une autre chose qui mérite peut-être une estimation, par précaution : la célèbre épée Aker. »
Son Altesse désignait Crang.
Alors même qu’il vidait le trésor national, il avait tout de même mis de côté ce qui était destiné à Enkrid.
Est-ce vraiment raisonnable ?
Cette pensée traversa l’esprit d’Enkrid. Les objets valaient tellement cher.
Mais, pour Crang, c’était tout naturel.
« Il va de soi que je m’occupe d’abord de mes hommes. Ce n’est pas du tout excessif. »
L’armure en écailles de drake était réputée pour sa grande liberté de mouvement, tout en étant plus résistante qu’une armure de plates ordinaire.
L’acier de Lewes était encore plus difficile à se procurer que l’Acier valérien.
Beaucoup plus léger que le fer ordinaire, il était pourtant aussi solide que l’Acier valérien.
L’acier sombre était un métal qu’on ne pouvait pas acheter, même en offrant cinq fois son poids en or.
On le surnommait « l’épreuve offerte par Dieu ».
Cinq fois plus lourd que l’acier normal, il réunissait pourtant toutes les qualités : résistance, ductilité, et ainsi de suite.
Sans son poids, l’acier sombre aurait pu être considéré comme un don de Dieu. Mais son poids posait problème.
S’il était impossible de le raffiner pour s’en servir correctement, il ne valait rien ; aussi ne l’utilisait-on généralement que pour certaines pièces gravées d’armes destinées aux chevaliers.
Bien sûr, on disait que l’acier sombre d’Ubersan était le meilleur de tous, mais même celui provenant d’autres régions resterait à jamais hors de portée des gens ordinaires.
Et enfin, Aker.
Ce n’était pas un trésor royal ?
Enkrid en avait déjà entendu parler.
C’était vrai.
Aker était la célèbre épée dont s’était servi un chevalier de la génération précédente.
La légende racontant qu’un simple mouvement léger lui avait suffi pour trancher une porte de pierre fabriquée par des géants, sans même forcer, était si connue qu’elle était devenue un conte que tout le monde connaissait.
« Je me demandais s’il avait pillé le trésor jusqu’à la dernière pièce pour envoyer tout ça. »
Telle était l’ampleur du cadeau.
Enkrid acquiesça aux paroles de Kraiss. Ils étaient effectivement en train de racler les fonds du trésor pour remédier à la crise financière laissée par la guerre civile.
C’étaient des objets incroyables, mais puisqu’on les lui offrait, aucune raison de refuser. Enkrid accepta d’un signe de tête désinvolte.
« J’ai beaucoup de choses à dire. Beaucoup. »
Ruagarne s’approcha et prit la parole. Son regard brûlait aussi ardemment que celui de Kraiss.
Rien d’étonnant.
L’inconnu le fascinait.
Comment est-ce possible ?
Il n’en croyait pas ses yeux, même en le voyant de ses propres yeux.
Aucun génie ne pouvait progresser autant.
Surtout que, à travers son œil de lecture du talent, celui d’Enkrid paraissait toujours bien maigre.
Il s’était amélioré, certes, mais à peine. Ruagarne ne l’avait jamais dit à voix haute, mais, parmi les Grenouilles, son talent pour reconnaître le talent dépassait l’excellence et frisait le mystique.
Grâce à cela, il pouvait voir non seulement ce qu’Enkrid avait déjà accompli, mais aussi ce qu’il accomplirait par la suite.
Enkrid avait toujours l’air d’avancer d’un demi-pas au-delà de ses limites.
Il dépassait les limites de son talent.
Et dans cet état, il était devenu l’un des plus forts, même parmi les chevaliers juniors.
Comment s’y est-il pris ?
Pour la première fois depuis longtemps, Ruagarne sentit son instinct racial s’embraser. L’inconnu se mouvait juste sous ses yeux, avec une netteté saisissante.
Le regard de la Grenouille ne mit pas Enkrid mal à l’aise. De même qu’il était resté indifférent lorsque Rierbart lui avait parlé de frustration et de désespoir, il n’y prêta guère attention. À la place, il demanda à Ruagarne ce qui l’amenait ici.
« Mon pacte était avec la reine. Il a pris fin. »
Normalement, il aurait dû partir à la recherche d’un autre inconnu, mais, à présent, ce qui s’en approchait le plus était un être qu’il ne parvenait ni à croire ni à comprendre, malgré tous ses efforts.
Il croyait que sa venue ici était inévitable. Le destin.
« Pourquoi ? Si tu en as besoin, on peut conclure un pacte. »
Ruagarne était prêt à en conclure un, même si cela signifiait être lié à cet homme pour la vie. Il était même disposé à accepter qu’Enkrid exige de lui un amour spirituel.
« Non, ça ira. »
Enkrid n’en voyait pas l’utilité. Il avait déjà l’esprit plein d’autres préoccupations.
« Tu es vexé que je sois arrivée la première ? »
À ces mots de la capitaine Sinar, Enkrid la regarda et demanda :
« Tout s’est bien passé, là où tu étais partie ? »
Sinar sourit à cette question. Elle souriait rarement. Les gens autour d’elle, qui connaissaient l’elfe Sinar, en furent surpris, mais Enkrid resta calme.
« Tu t’inquiétais pour moi ? »
« Tant mieux. Tout s’est bien passé. »
La conversation s’arrêta là. Sinar reprit son expression froide et impassible, comme pour rappeler une fois de plus qu’elle appartenait à une autre race que celle des humains, et Ruagarne suivit Enkrid.
En chemin, à l’intérieur, Enkrid se plongea dans ses pensées. Rem le vit, lui tapota l’épaule et demanda :
« À quoi tu penses ? »
Enkrid fronçait les sourcils, absorbé par ses réflexions. Puis il répondit :
« Quand une entaille diagonale se transforme en estoc, qu’est-ce qui se passe si je marque une pause, puis accélère brusquement ? »
Cette pause d’une fraction de seconde créerait un changement de vitesse qui troublerait le regard de l’adversaire. Lent d’abord, rapide ensuite. Le rythme changeait, ce qui donnait une impression de vitesse accrue.
Et rendait la parade plus difficile.
« … C’est à ça que tu as pensé tout ce temps ? »
demanda Rem.
« À quoi d’autre ? »
Y avait-il quelque chose de plus urgent ?
Enkrid posa la question du regard.
« On ne nous appelle pas la Compagnie des Fous pour rien. »
Rem jugeait que le plus fou de tous était l’homme devant lui. Enkrid, lui, se demanda pourquoi il disait ça maintenant. C’était comme cracher en l’air.
« Si tu fais ça, tes tendons vont lâcher. Ou tes muscles vont se déchirer. »
Utiliser la volonté revenait à faire travailler son corps à l’excès.
S’il frappait vite, s’arrêtait, puis lançait un nouvel estoc rapide, ce n’était pas du surmenage. C’était demander à son corps de mourir.
« Fais ça avec modération. Avec modération. Si tu as compris, hoche la tête. Modération, modération. »
Rem répéta le mot encore et encore.
Audin, qui écoutait non loin, sourit et ajouta :
« Tu as besoin d’un entraînement spécial, mon frère général. »
Personne ne changeait plus vite de façon de s’adresser aux autres qu’Audin. Il employait le mot « général » comme si de rien n’était.
« Un entraînement spécial ? »
Enkrid manifesta de l’intérêt. Audin en fut ravi. C’était la première fois de sa vie que quelqu’un suivait son entraînement avec autant d’enthousiasme.
Il repensa aux gens qu’il avait entraînés par le passé.
« Ayez pitié de moi. »
« Est-ce qu’aujourd’hui sera enfin le jour où je rencontrerai le Seigneur Père ? »
« … Vous êtes sérieux ? Vous voulez encore augmenter l’intensité de l’entraînement ? Oubliez ça, battons-nous plutôt. »
Par rapport à cette époque, aujourd’hui…
« Quel genre d’entraînement ? »
Il y avait quelqu’un qui ne manifestait pas seulement de l’intérêt, mais aussi de l’ardeur.
Audin aurait menti en prétendant ne pas en être satisfait. L’homme devant lui marchait lui aussi plus droit et plus fidèlement que n’importe qui.
Quand Audin avait appris ce que cet homme avait accompli pendant la guerre civile, il en avait frissonné.
Seigneur Père, je veux vous poser une question.
Cet homme était-il ton incarnation, envoyée parce que tu ne supportais plus la pauvreté et la malveillance de cette terre ?
Voilà à quel point il l’avait marqué.
Lors de la dernière vague de spectres, quand Enkrid avait avancé au lieu de battre en retraite, Audin avait failli pleurer.
Et l’ennemi était un serviteur possédé par un démon.
Cela ne pouvait être qu’un dessein divin.
Audin chassa ces pensées vagabondes et dit :
« L’entraînement du corps n’a pas de fin. Tu l’as endurci comme de l’acier en le martelant, n’est-ce pas ? Cette fois, nous allons travailler le contrôle du corps. »
La méthode de frappe consistait littéralement à marteler le corps comme de l’acier. Enkrid s’y adonnait avec régularité, mais il était difficile de dire qu’il en avait tiré des résultats importants.
Cela ne le décourageait pas. Il avait l’habitude de ce genre de choses.
Même si les résultats ne se faisaient pas sentir tout de suite, il se donnait à fond chaque jour et recommençait sans fin. C’était la seule chose qu’Enkrid possédait vraiment.
« Le contrôle ? »
demanda Enkrid.
Il savait déjà faire des saltos dans les airs et manier une épée. Il maîtrisait les mouvements de son corps.
Le niveau d’un chevalier junior n’avait rien de ridicule.
Même ceux qu’on appelait maîtres des arts martiaux devaient généralement baisser la tête devant un chevalier junior.
« Si tu ne peux pas commander à chacun de tes muscles comme tu le souhaites, comment peux-tu prétendre que ton corps t’appartient ? »
demanda Audin. Pel, qui écoutait non loin, cligna plusieurs fois des yeux.
Il faut vraiment s’entraîner à ça ?
Pel était lui aussi un génie, alors la question lui vint naturellement.
D’ordinaire, ce genre de maîtrise s’installait dans le corps toute seule. Ce n’était pas quelque chose qu’on devait isoler et apprendre.
Rem et Ragna, eux, n’étaient pas perplexes. Leur capitaine n’avait jamais été étrange d’une seule manière.
Par exemple, Rem savait faire le mouvement qu’Enkrid venait de décrire, s’arrêter puis repartir.
Mais pas Enkrid.
Audin savait lire l’état du corps et évaluer son contrôle à travers ses mouvements. Il savait donc exactement ce dont Enkrid avait besoin.
À mesure que l’épée d’Enkrid gagnait en précision, l’éventail de ses possibilités s’élargissait.
Il pouvait dépasser les simples tours de passe-passe pour accomplir des gestes proches du miracle.
De quoi avait-il besoin, désormais ? D’un corps capable de le supporter. D’un corps qui puisse reproduire naturellement, sans effort, les mouvements qu’il imaginait.
Ce qui venait naturellement aux génies ne venait pas naturellement à Enkrid.
« Bien. »
Bien sûr, Enkrid ne se souciait pas de tout cela.
Il était simplement ravi d’avoir une nouvelle chose à travailler.
Dès ce soir-là, à son retour à la Garde-frontière, Enkrid entraîna son corps.
Deux jours plus tard, un forgeron arriva de la capitale.
Surnommé « Fer et Or fin », il s’offusquait qu’on le dise le deuxième meilleur forgeron de la guilde.
« Ce n’est pas à la portée de tout le monde de travailler l’acier sombre. »
La demande du roi avait joué son rôle, mais lorsqu’il avait appris qu’il devait forger une arme pour le héros qui avait sauvé le pays, il avait abandonné toutes ses autres tâches pour accourir sur-le-champ.
Parmi les cadeaux, Enkrid dit à tout le monde de prendre ce qu’il voulait, puis ne garda que l’épée célèbre. Dès qu’il saisit Aker, il le sut.
C’est mon épée.
Pour une fois qu’Enkrid disait quelque chose de sentimental, Rem répondit :
« C’est ce qu’on ressent quand on tient quelque chose de cher et de bonne qualité. On a l’impression que ça nous appartient. »
Ce n’était pas faux.
Silver et son épée en Acier valérien lui avaient aussi semblé lui appartenir dès qu’il les avait tenus.
Quoi qu’il en soit, Aker était l’arme enchantée dont s’était servi un chevalier de la génération précédente.
Le fait que l’épée porte le nom de ce chevalier rendait la chose satisfaisante.
« Donne-moi le lingot de fer de Lewes. »
Rem voulait le fer, et Ragna, voyant l’acier sombre, s’en empara.
« Je prends ça. »
« Vas-y. »
Enkrid n’avait aucune raison de l’en empêcher.
« Vous n’allez pas vendre ça, j’espère ? »
Kraiss, qui avait tout regardé, posa la question, mais tout le monde l’ignora.
Pourquoi les vendraient-ils ?
Ces gens-là se fichaient des kronas.
Kraiss en eut un petit pincement au cœur.
Aker ne pouvait de toute façon pas être vendu, mais s’ils cédaient le lingot de fer de Lewes ou l’acier sombre, il aurait pu réunir plus de la moitié du capital de départ pour son salon dans la capitale.
Non, si je les vendais, j’en tirerais encore plus.
Il en avait l’estomac noué, mais qu’y pouvait-il ?
On pouvait considérer que c’était une juste récompense pour ce qu’ils avaient accompli.
Le forgeron venu de la capitale allait donc devoir s’occuper de Rem et de Ragna.
« Si nous faisons une hampe en bois de fer et forgeons une pointe avec le lingot de Lewes, nous obtiendrons une excellente arme. »
« Faisons des haches. »
« Une hache est plus lourde du côté de la tête que du manche. Si elle devient trop légère… »
« Je pense qu’une pièce unique serait préférable. Un manche à peu près de cette longueur. Faites-en deux. »
Rem écarta les mains pour montrer la longueur. Il s’agissait toujours de haches à une main, mais avec un long manche.
Le forgeron le regarda en se demandant : mais c’est quoi, ce type ?
Quand leurs regards se croisèrent, il vit la face d’un barbare hilare.
Rem n’avait pas l’air obstiné, mais semblait du genre à exploser si on le contrariait.
Le forgeron renonça à le convaincre et se tourna vers l’autre.
« L’acier sombre se travaille mieux en poignard, ou alors on ne l’ajoute qu’au tranchant. En le façonnant en poignard bien équilibré, il ne paraîtra pas aussi lourd qu’on pourrait le croire. Et si on l’incorpore aux tranchants des lames avec cette quantité… voyons, je pourrais faire vingt épées. Plus de trente lances. »
« Une épée à deux mains. De cette taille. »
Ragna se contenta de dire ce qu’il voulait sans écouter.
« Je vais recouvrir la poignée avec cette peau de manticore. »
Le forgeron observa aussi les yeux de Ragna. Ils ne trahissaient pas la moindre envie d’entendre autre chose que ce qu’il voulait.
Celui-là non plus, il n’est pas normal.
L’apprenti du forgeron regardait la scène avec inquiétude. Son maître s’emportait d’ordinaire dès qu’on ne suivait pas ses conseils.
Et voilà que ce même maître déclara :
« Faisons comme ça. »
La folie, ça ne se soigne pas.
« Maître ? »
demanda l’apprenti, stupéfait.
« Attise le feu. »
Le disciple obéit et actionna le soufflet de la forge qu’on leur avait prêtée.
Le maître observa les flammes qui s’élevaient doucement. C’est vrai, ces deux-là ne l’écoutaient pas, mais c’était un défi.
Fabriquer exactement les armes qu’ils demandaient serait difficile s’il ne mettait pas tout son savoir-faire à l’œuvre.
Une épée à deux mains en acier sombre et une hache en acier de Lewes forgée d’une seule pièce.
Quand aurait-il de nouveau l’occasion de fabriquer quelque chose de pareil ?
Le forgeron y mit tout son cœur.
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