Chapitre 417
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 417 : De la fonction de général
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« Même si tu es occupé, il faut quand même faire ce qui doit être fait. »
Enkrid se demanda bien s’il était vraiment nécessaire de venir lui dire au revoir, mais, puisque l’homme le formulait ainsi, il ne pouvait pas exactement lui demander de faire demi-tour.
Surtout, il était heureux de le revoir.
Crang n’était évidemment pas venu seul. Peu importait la régularité avec laquelle ils éliminaient les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques aux alentours du royaume, le danger persistait.
Il aperçut Matthew, l’écuyer Ropord et l’escorte au trident qu’il avait déjà rencontrée.
Cinq autres guerriers recrutés dans la Garde royale les accompagnaient également.
À la vue d’Enkrid, ils inclinèrent la tête.
C’était une marque de respect envers le héros qui avait sauvé le pays. Enkrid leur rendit leur salut d’un bref hochement de tête.
L’escorte lui semblait peu nombreuse, mais ce ne pouvait pas être tout.
En cas de problème, il était d’usage de garder au moins une unité à proximité, prête à intervenir.
Marcus ferait certainement ainsi.
Alors qu’il y songeait, Matthew s’approcha et lui demanda : « Alors, tu pars maintenant ? »
Depuis leur première rencontre, le regard de Matthew sur Enkrid avait beaucoup changé.
Au début, il l’avait pris pour un insolent salaud. À présent, si on lui demandait qui avait sauvé le pays, il désignerait sans hésiter l’homme qui se tenait devant lui.
Même s’il en éprouvait de la culpabilité envers son seigneur.
Celui qui avait mené la guerre civile à la victoire, ce n’était pas Crang. C’était Enkrid, le Tueur de démons.
Crang lui-même acquiescerait probablement et le reconnaîtrait.
« Ah. Tu es déçu ? » Enkrid saisit la poignée de son épée.
Matthew s’apprêtait à lui demander s’il ne ferait pas mieux de rester, s’il ne pourrait pas encore rendre service à son seigneur.
Mais Enkrid prit soudain une posture de combat et lança : « Vas-y, attaque. Si tu es déçu, tu ne peux pas en rester là. »
Quel fou.
Enkrid avait sincèrement cru que Matthew était venu parce qu’il ne pouvait pas le laisser partir. Derrière eux, Pel secoua la tête. Un malade de l’épée. Un accro aux duels. Pas un seul truc normal chez lui.
Et pourtant, c’était précisément pour cela qu’il valait la peine de le suivre. L’ordinaire, c’était le contraire de l’exceptionnel.
Pel était là parce qu’il ne voulait pas que le chemin qu’il empruntait devienne ordinaire.
« Je ne suis pas encore complètement rétabli. » Matthew le dit sans détour. La blessure qu’il avait reçue auparavant avait failli être grave.
Enkrid et ses compagnons étaient simplement anormaux.
Ils avaient affronté des spectres. N’importe lequel d’entre eux aurait pu rester alité un mois.
Et pourtant, en quelques jours, ils étaient debout à s’entraîner au combat.
C’était anormal. Matthew, lui, était normal.
« Je souhaite vous suivre, monsieur. Je suis venu vous demander humblement la permission. »
C’était l’écuyer Ropord, d’une politesse extrême.
Enkrid savait qu’il était écuyer chez les Chevaliers à la Cape Rouge.
« Tu ne faisais pas partie de l’ordre ? »
« Le chevalier Eisia a fait valider mon affectation de longue durée. Je pourrais même quitter complètement l’ordre, cela ne changerait rien. »
Ropord affichait une résolution inébranlable. Il regardait l’homme qui avait bouleversé sa vie.
Il était parvenu à cette conclusion après mûre réflexion.
Il apprendrait l’art de l’épée — non, la vie elle-même — aux côtés de cet homme.
Ropord avait surmonté son indécision, mais avait penché si fort dans l’autre sens qu’il était presque devenu trop audacieux.
Cela n’avait rien à voir avec Enkrid.
« Emmène-le. Il te le demande comme ça. »
Crang intervint, et Enkrid acquiesça.
Ropord s’inclina profondément, visiblement ému. Laissé à lui-même, il semblait prêt à lui jurer fidélité sur-le-champ.
C’était déjà un problème en soi ; le faire devant Crang, en jurant fidélité à quelqu’un d’autre, rendait la scène encore plus absurde.
Si un écuyer de l’ordre des chevaliers prêtait serment non pas à un chevalier, mais à un commandant de compagnie provincial, cela frôlait la trahison.
Crang ne s’en soucierait probablement pas, même s’il assistait à la scène.
« J’ai entendu dire que Sinar était déjà partie ? » demanda Crang.
Il avait ses propres liens avec Sinar, mais il avait été trop occupé pour aller la voir en personne.
« Elle a dit qu’elle devait s’arrêter quelque part. »
Elle avait dit devoir apporter des nouvelles au sujet de l’elfe qu’elle avait tué.
Enkrid lui rapporta exactement ce qu’il avait entendu et vu. Moins d’un jour après la bataille, elle avait enduit d’onguent la blessure à sa cuisse, l’avait bandée, puis était partie.
Devenir roi n’avait pas changé Crang.
Et Enkrid était toujours le même.
Ils voyagèrent ensemble pendant trois jours.
Les bagages étaient chargés sur des chariots, aussi n’y avait-il pas grand-chose d’autre à faire.
Pendant ces trois jours, Crang observa Enkrid s’entraîner au combat.
Pour quiconque n’y connaissait rien, on aurait dit deux hommes essayant de s’entretuer, et pourtant ils appelaient ça un entraînement.
Matthew, qui regardait depuis le bord, sursautait sans cesse. Les techniques étaient si dangereuses qu’un coup de chance succédait à un autre.
Même en dehors des entraînements, Enkrid maniait son épée dès qu’il avait un moment de libre.
Assis dans le chariot, il s’exerçait notamment au combat à la Lame à une main. Quand on lui demandait de quoi il s’agissait, il répondait que c’était un simple exercice de combat.
Crang acquiesça avec un léger sourire.
Imperturbable, comme toujours. Un parfait dément.
À un moment, une bande de bandits attaqua le groupe.
Quelle poisse. Les bandits avaient dû cracher sur une statue de la déesse de la fortune ou quelque chose du genre.
« Hé, donnez-nous tout ce que vous avez et fichez le camp, et on vous laissera la vie sauve. »
Certains portaient des épées, Rem avait l’air féroce et Audin était immense, mais les bandits leur barraient quand même la route.
À ce stade, le problème ne venait plus tant de la déesse de la Fortune que du cerveau des bandits.
Ou peut-être avaient-ils trop confiance dans les arbalètes derrière eux.
L’ordre public était déjà lamentable avant la guerre civile, et la situation avait empiré depuis.
Crang observa la scène sans soupirer. Il avait vu ce genre de choses bien des fois en parcourant le continent.
« Hé, toi aussi, tu devrais prouver que tu es utile, non ? Tu crois qu’on accepte n’importe qui sous prétexte qu’il veut nous accompagner ? »
Après avoir repéré les bandits, Rem poussa Pel à agir.
En l’entendant, Enkrid se demanda depuis quand la Garde-frontière avait commencé à faire passer des tests aux soldats.
Les bandits étaient plus de trente.
Dans cette région, ils étaient assez connus sous le nom de Bandits aux Capuchons Blancs.
« Nous sommes les Bandits aux Capuchons… »
Pel était berger, et les bergers ne toléraient pas que des intrus franchissent leurs clôtures.
Il réagit en berger.
Avant que l’homme ait pu finir sa phrase, Pel lui fracassa le crâne avec son épée au fourreau.
Un jeu de jambes rapide, puis un coup précis sur le sommet du crâne.
Paf !
« Ghk ! »
Cinq des trente bandits portaient des arbalètes, et certains maniaient même bien les poignards de lancer, mais l’écart de niveau était trop grand dès le départ.
Même l’écuyer Ropord aurait probablement pu s’en charger seul, quoique non sans difficulté.
Pel était plus fort que Ropord. Il l’était depuis cette nuit, autrefois, où il avait rencontré Enkrid et l’avait fait recommencer la journée.
Non, il était même plus fort qu’à l’époque.
Enkrid évalua les capacités de Pel de ses propres yeux. Depuis qu’il avait éveillé l’Œil qui voit un pouce en avant, son champ de vision s’était élargi et son jugement s’était affûté avec lui.
Il avait progressé.
Et pas qu’un peu. Il avait énormément grandi. Si Ruagarne le voyait, elle aurait sûrement quelque chose à dire.
Pel ne tremblait pas. Même avec son fourreau pour seule arme, il ne laissait debout que très peu de ceux qu’il frappait.
Au minimum, ils s’en tiraient avec des fractures.
Ruagarne trouverait cela intéressant.
Enkrid était allé la voir avant de partir, mais on lui avait dit que Ruagarne était partie avec la reine.
Sans doute à cause du pacte des Grenouilles. Malgré tout, ne même pas avoir pu voir son visage lui laissait un petit pincement au cœur.
« Ça suffit ? » demanda Pel.
Son visage juvénile ne collait pas avec la brutalité de ses coups.
Rem acquiesça.
« Reçu. »
« … Non, je ne suis pas venu ici pour que tu me testes. Qu’est-ce que tu veux dire, “reçu” ? »
Il grommela, mais Pel avait l’air secrètement ravi.
Comment aurait-il pu en être autrement ?
Parmi les bergers, on se moquait souvent de lui simplement parce qu’il maniait une épée.
Ici, tout le monde l’avait observé avec sérieux et avait hoché la tête. Et pas n’importe qui : des gens au talent remarquable.
« D’abord, il faut régler ce genre de problèmes. Tu as une bonne idée ? » demanda Crang en regardant les bandits, dont la moitié gisait à demi morte tandis que l’autre moitié s’enfuyait.
Il parlait du casse-tête que représentait la sécurité publique.
Il s’exprimait de façon générale, mais Enkrid comprit et répondit :
« Si tu me poses la question, tu crois qu’une réponse va me venir comme ça ? »
Naurillia souffrait de nombreuses failles en matière de sécurité intérieure, et le comte Molsen n’en était qu’une parmi d’autres.
C’était pour cela que des ordures de ce genre continuaient d’apparaître après les Bandits des Lames Noires.
Certains groupes n’étaient même pas de véritables bandits, mais des espions envoyés par d’autres nations qui se faisaient passer pour tels.
Et les bandits n’étaient pas le seul problème.
Il y avait aussi les Cultistes, les Bêtes magiques et les Créatures démoniaques.
Crang croulait sous les soucis. Malgré tout, il sourit. C’était le moment qu’il attendait, celui qu’il avait désiré.
Alors il sourit. Que pouvait-il faire d’autre ?
Leur escorte de trois jours prit fin ainsi.
Le roi n’était pas venu parce qu’Enkrid était un héros national.
Crang était venu parce qu’il était son ami.
« À bientôt. »
« Ouais. »
Ils se séparèrent sur ces mots simples.
Enkrid jugea une nouvelle fois que l’escorte semblait trop réduite, mais elle ne se limitait pas aux hommes présents.
Dès le premier jour, Jaxon lui avait dit qu’une autre unité suivait derrière eux.
Le roi voyageait avec une escorte secrète imposante.
En empruntant la route principale, ils virent des traces de campements laissées par des unités. Elles témoignaient du passage des troupes de Kraiss.
Et ce n’était pas tout.
À mesure qu’ils approchaient de la Garde-frontière, ils aperçurent un grand avant-poste construit le long de la route.
Des tours de guet permettant de tirer dans toutes les directions, des murs de pierre, des portes renforcées de bandes de fer : c’était un avant-poste conçu autant pour l’attaque que pour la défense.
Il n’était pas petit non plus.
Il pouvait loger au moins vingt soldats.
Ce n’était pas quelque baraque rudimentaire montée à la va-vite, mais un bâtiment de briques. Le savoir-faire de quelqu’un qui s’y connaissait en construction sautait aux yeux.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Hé hé, après ton départ, Grand Frère Grands Yeux s’est occupé de toutes sortes de choses », répondit Audin.
Kraiss avait fait ça ?
Quand Enkrid s’approcha de l’avant-poste, un archer méfiant siffla brièvement.
Un groupe de soldats sortit devant eux.
« Le commandant de compagnie Fou ? »
C’était Bell. Enkrid lui avait sauvé la vie lors de sa première journée répétée ; à présent, il était chef d’escouade.
« De retour ? »
« Ouais. »
Bell observa le groupe qui s’était massé derrière lui et acquiesça.
« La compagnie de combat indépendante est de retour ! »
À son cri, le soldat posté sur la tour de guet abaissa son arc, se mit au garde-à-vous, posa la main sur le glaive à sa ceinture et s’inclina. Un salut militaire.
« Bien. »
Ensuite, Enkrid aperçut trois autres avant-postes identiques.
Ils étaient espacés à intervalles réguliers.
Leur intérêt ? Garder les bandits et les Créatures démoniaques des environs sous contrôle.
Et c’était tout ? Non.
La Garde-frontière était une ville qui avait subi raid après raid.
Ils avaient même installé sur le toit de chaque avant-poste des feux de signalisation qu’on pouvait allumer à tout moment.
La fumée s’élevait au-dessus des toits. Hors des jours de pluie, c’était un moyen de communication efficace.
La présence de ces feux signifiait également que ces hommes formaient, dans les faits, la première ligne de reconnaissance.
Au lieu de patrouiller à pied, ils avaient été affectés à des postes fixes, où ils empêchaient bandits, Bêtes magiques et Créatures démoniaques de pénétrer dans les zones désignées.
Si les choses continuaient ainsi, même les Bêtes magiques et les Créatures démoniaques cesseraient d’envahir cette région.
Une fois qu’elles sauraient que l’endroit était dangereux, elles ne s’y précipiteraient plus.
Pourquoi les soldats avaient-ils accepté ce système ?
La première raison était sans doute une solde plutôt élevée et régulière.
Ensuite, ils devaient savoir que de grandes campagnes d’extermination seraient menées afin de réduire les risques ; leur service était donc moins dangereux qu’il n’en avait l’air.
En temps normal, rien que commencer les travaux aurait été un énorme casse-tête.
Mais la Garde-frontière gagnait de l’or à foison.
Le moment était également idéal pour construire.
Les Créatures démoniaques et les bandits des environs avaient déjà été décimés.
Après tant de forces lancées contre la Garde-frontière, il ne restait plus grand monde capable de recommencer avant un bon moment.
Kraiss en avait profité.
La solde élevée n’était qu’un avantage secondaire.
Saisir le bon moment était l’essentiel de toute l’entreprise.
Il y avait donc bien une solution.
Enkrid se rappela la question que Crang lui avait posée plus tôt.
Comment s’occuper des bandes de bandits et des groupes de Créatures démoniaques.
La première étape, c’était évidemment de lancer une grande campagne d’extermination.
À la suite de cet incident, environ la moitié de l’armée du comte avait rejoint celle du roi.
Ils pouvaient combattre les Créatures démoniaques tout en s’entraînant et en renforçant la discipline.
Et, au passage, balayer les bandits.
Ensuite, ils feraient pardonner leur rébellion par leurs services, et gagneraient même les louanges du peuple.
Pour un roi, c’était comme lancer une pierre et fendre deux crânes.
Ils poursuivirent leur route, salués par chaque avant-poste.
Au dernier, on alluma un feu de signalisation.
Une colonne de fumée s’élevant dans le ciel annonça le retour d’Enkrid.
« Ce salaud de Grands Yeux a vraiment construit toutes sortes de trucs. »
Même Rem avait l’air impressionné.
Il se rappela que Kraiss lui avait un jour posé des questions sur les méthodes de communication de sa tribu.
Rem lui avait alors parlé du procédé des pierres chauffées, et Kraiss avait à présent construit des plateformes de signalisation comme celles-ci.
N’importe qui aurait pu avoir une telle idée ?
Peut-être.
Mais les idées ne valaient rien si personne ne les mettait en œuvre.
Kraiss était un homme capable, du genre à coordonner tout cela et à le concrétiser.
« Vous voilà de retour ? »
Ils se tenaient devant la porte principale de la Garde-frontière.
Kraiss leur fit signe de la main. À côté de lui se tenait quelqu’un d’autre.
« Tu en as mis du temps, fiancé. »
C’était le commandant de compagnie elfe, qui avait déboulé comme le vent, combattu, puis quitté aussitôt le champ de bataille.
« En retard. »
La Grenouille Ruagarne était là aussi. Enkrid avait cru comprendre qu’elle était partie avec la reine. Alors pourquoi était-elle ici ?
Enfin, le commandant de bataillon et châtelain s’avança.
Il vint droit à lui, posa un genou à terre et déclara : « Salutations au général. »
Enkrid cligna des yeux.
« Quel général ? »
Rem posa la même question.
Ragna regarda Enkrid.
Audin aussi semblait intrigué.
Seul Jaxon gardait un visage impassible, plongé dans ses pensées.
« Hum, on ne vous l’a pas dit ? » demanda poliment le commandant de bataillon, contrairement à son ton habituellement désinvolte.
Enkrid acquiesça.
C’était l’un des coups de Crang.
Il lui avait certes remis une médaille, mais l’avoir ensuite renvoyé sans véritable récompense ? À lui, le héros qui avait sauvé le pays ? À son seul ami proche ?
Crang n’était pas ce genre d’homme.
Avant qu’Enkrid n’atteigne la Garde-frontière, il avait envoyé un messager royal en avance.
« À compter de ce jour, le territoire du comte Molsen, la Garde-frontière et Martai, soit cinq villes en tout et les terres qui les entourent, deviennent des domaines royaux directs. Je nomme un général pour gouverner cette région. Son nom est Enkrid. »
Tout le monde resta là, stupéfait, mais Kraiss comprit immédiatement.
Sans lui accorder de titre nobiliaire, Crang avait confié à Enkrid le contrôle de toutes les terres qui produisaient des kronas.
S’il lui avait demandé d’accepter, Enkrid serait resté indifférent de toute façon. Crang lui avait donc simplement jeté la charge sur les épaules.
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