Chapitre 415
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 415 : Un noble interroge Enkrid, qui lui répond
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Combien y avait-il de nobles dans la capitale ?
Tous n’avaient pas toute leur raison.
Il suffisait d’y réfléchir un peu pour s’en rendre compte.
« Alors ? Si vous venez sur mes terres, je peux vous accorder personnellement un domaine ainsi que le titre de protecteur territorial… »
Le baron Somerset lança les hostilités.
Enkrid repoussait les gens avec tact chaque fois que possible.
« Cela ne m’intéresse pas. »
Il n’avait encore jamais vraiment vécu pareille situation. Avait-il déjà reçu autant d’attention de la part des nobles ?
Enkrid mit les choses au clair pour tenir les gens à distance.
« Euh, je… »
Le baron Somerset resta sans voix. Le ton d’Enkrid avait coupé court à son offre avec une netteté implacable. Il était loin de se douter qu’Enkrid faisait preuve de politesse.
Oui, il se sentit offensé.
Certes, l’homme était manifestement un combattant exceptionnel, mais qui pouvait vivre dans ce monde en comptant uniquement sur son talent à l’épée ?
Tout le monde avait besoin d’appuis.
S’il voulait se faire un nom dans la capitale, c’était pourtant évident, non ?
On ne voyait jamais plus loin que ce qu’on connaissait ; pour le baron Somerset, c’était donc tout naturel.
« Je vais vous laisser, alors. »
Enkrid s’inclina légèrement et s’éloigna. Un jeune page vit la main de son maître trembler.
Malgré tout, le héros qui avait sauvé le royaume avait fière allure en s’éloignant.
La classe.
Il avait dit à un noble ce qu’il avait à lui dire, puis il était parti. Quel enfant n’aurait pas admiré une telle attitude ?
Et les enfants n’étaient pas les seuls à l’admirer.
Parmi les servantes du palais, un groupe se disputait même pour savoir qui, d’Enkrid ou de Jaxon, était le plus beau.
Audin Pumray, Rem, Dunbakel et Teresa figuraient aussi parmi les favoris.
Enkrid était déjà connu des nobles dames, mais sa renommée avait désormais atteint un tout autre niveau. Dans la capitale, pas un noble ne l’ignorait, lui et la Compagnie des Fous. Certains lui amenaient même leurs filles. Enkrid les recevait toutes, pour l’amour de Crang.
« Voici ma fille. »
Elle était plutôt jolie. Elle baissa timidement la tête et avait l’air tout aussi innocente.
Enkrid jeta un regard au bras nu de la jeune femme, jugea qu’elle n’aurait même pas la force de manier correctement une rapière et déclina l’offre.
« Je suis occupé. »
« À quoi donc ? »
« Je dois m’entraîner. »
Il enrobait sa réponse de toutes sortes de formules polies, mais c’était le fond de sa pensée.
Si certains lui présentaient leurs filles, d’autres lui proposaient de devenir leur héritier.
« Je n’ai pas d’enfant. »
L’homme semblait avoir près de soixante-dix ans. Il était maigre et décharné. Il affirma n’avoir jamais dilapidé sa fortune et ajouta que choisir le camp du roi cette fois-ci avait été le plus gros pari de sa vie.
Après qu’Enkrid s’en fut occupé et l’eut renvoyé, Jaxon s’approcha et lui dit :
« J’ai entendu dire qu’il avait six enfants, mais qu’il ne les aimait pas et les avait tous chassés. »
C’était un avare parmi les avares, un noble qui mangeait du pain noir chez lui au lieu de pain blanc.
Et voilà qu’un homme pareil était venu lui offrir toute sa fortune.
Non, il avait même apporté les actes de propriété. Il affirmait que tout serait réglé dès qu’Enkrid y aurait apposé son sceau.
Enkrid n’avait pas de sceau. C’était un roturier.
Quelques autres nobles se présentèrent ensuite.
Même après avoir écarté la racaille, il en restait tant parmi les puissants.
Quelques visiteurs plus singuliers firent aussi leur apparition.
« Je préfère vous le dire tout de suite : je ne viens pas d’Azpen et je ne fais que transmettre une proposition. Inutile de me trancher la gorge ou de me rouer de coups. Mon seul travail consiste à vous transmettre leur message et à recueillir votre réponse. »
Il était en nage sous un arbre ombragé, tant la tension le faisait transpirer à froid.
Il avait l’air d’un magistrat de la capitale.
C’était un noble de première génération, le genre à arrondir ses fins de mois en acceptant des missions de toutes sortes.
À l’entendre répéter qu’il n’était qu’un messager et implorer sa compréhension, on aurait dit que quelqu’un le tenait à la gorge.
Enkrid hocha la tête.
« Azpen vous a promis le rang de duc. »
La guerre civile ne concernait-elle que Naurillia ? Non. Toutes les nations voisines observaient la situation.
D’une certaine manière, il était donc tout naturel qu’Azpen lui fasse cette offre en premier.
Quel genre d’homme était Enkrid ?
Était-il fidèle à son pays, ou désirait-il autre chose ?
« Ils ont également dit qu’un mariage avec une princesse était envisageable si vous le souhaitiez. »
Enkrid commença à craindre que le magistrat ne s’effondre, déshydraté.
La sueur de l’homme ruisselait et formait des flaques.
« Je refuse. »
« Ah, oui. Compris. »
Il n’avait pas l’air d’avoir l’intention d’insister.
Des piles de pièces d’or. De belles femmes dans ses bras.
Au bout d’un moment, toutes ces propositions commencèrent vraiment à lui taper sur les nerfs…
« Casse-leur un ou deux bras. Comme ça, ils ne reviendront plus. »
Rem lui donna ce conseil. Enkrid était si agacé que l’idée lui parut tentante.
« Je préfère simplement les ignorer. »
Ragna intervint à son tour. C’était au moins une méthode plus douce, mais le problème, c’était que ces nobles enfoirés ne venaient jamais seuls. Ils amenaient des pages et des servantes.
Les nobles en souffraient-ils ? Non. C’étaient leurs serviteurs qui en faisaient les frais.
Quand il voyait un petit trembler en le cherchant, il avait du mal à l’ignorer sans autre forme de procès.
« Haha, il suffit d’apaiser son cœur par la prière. Vous pouvez prier avec ceux qui viennent vous rendre visite, capitaine. »
Si la première prière désignait une vraie prière, la seconde manière de prier ensemble pouvait impliquer des coups de poing et des coups de pied.
Enkrid estima que c’était à peu près la même méthode que celle de Rem.
Dunbakel et Teresa ne s’intéressaient pas à ce genre de choses.
Jaxon, lui, pensait en son for intérieur qu’il serait plus simple de les tuer en douce, mais il garda cette idée pour lui.
Il savait ce qu’il fallait dire et ce qu’il valait mieux taire.
Esther se contentait d’observer, les yeux ensommeillés.
« Puisqu’un démon vous a marqué, vous devriez faire attention. »
Quand elle lui dit cela, la réponse d’Enkrid la troubla d’une façon étrange.
« Il sera puissant, pas vrai ? »
Il parlait de la force du démon au combat.
« Il sera difficile à battre ? »
Il avait même l’air impatient d’affronter un démon.
« Quel abruti. »
Esther prit la peine de reprendre forme humaine, de l’insulter, puis de redevenir une panthère.
Elle l’avait marmonné pour elle-même, mais si elle ne le disait pas à voix haute, elle se sentirait encore plus étouffée.
Elle ne pouvait pas garder une telle oppression en elle tout en maintenant son Monde des sorts.
Et puis, Enkrid n’était pas du genre à la réprimander pour avoir lâché une pareille remarque.
Quoi qu’il en soit, Enkrid ignora les conseils de tous et décida de se débarrasser des importuns au fur et à mesure.
Cela l’agaçait tellement qu’il envisagea même de filer à la Garde Frontalière en plein milieu de tout ça.
« Cela faisait longtemps. Le héros qui a sauvé le royaume et le Tueur de créatures démoniaques de la Garde Frontalière… »
« Je crois que ça suffit. »
Il la reconnut. Enkrid ouvrit la bouche, se disant que s’il oubliait encore son nom, le joli visage de cette femme se changerait en une affreuse tête de goule furieuse.
« Dame Baisar. »
« … Vous n’avez pas oublié mon nom, n’est-ce pas ? »
« Comment le pourrais-je ? »
Enkrid avait un talent particulier pour se sortir des situations par la parole. Il s’en tira sans prononcer son prénom.
Même Kin Baisar, que l’on comptait parmi les plus belles femmes de la capitale, ne put insister.
Elle n’était pas venue seule et l’homme qui lui faisait face ne lui avait tendu aucune perche.
Dans de telles circonstances, elle ne pouvait pas simplement le forcer à prononcer son nom.
Ce serait impoli et indigne d’une noble.
Je crois quand même qu’il l’a oublié.
Elle en avait pourtant le soupçon.
Et elle avait raison : en revivant cette journée, Enkrid avait réellement oublié son prénom.
Il se demanda alors pourquoi elle était venue jusqu’au terrain d’entraînement.
Cinq serviteurs et un vieil homme s’approchèrent derrière elle.
« J’ai entendu dire que beaucoup de gens encombrants étaient venus vous voir ces derniers temps. »
C’était le marquis Baisar.
Kin baissa la tête et s’écarta.
« Inutile de m’offrir un siège, et je n’ai pas l’intention de vous prendre beaucoup de temps. »
Le marquis Baisar était d’un naturel efficace. Il détestait perdre son temps.
C’était ce qui le distinguait des autres. Au lieu d’envoyer des pages et des servantes, il avait dépêché un membre de sa famille et s’était rendu lui-même au terrain d’entraînement. Sous le regard de Rem et des autres, le marquis prit la parole.
« J’ai appris que vous étiez en âge de vous marier. Épousez Kin. »
Enkrid n’était pas stupide. Kraiss avait reconnu la finesse de son esprit. Kin baissa la tête sans même feindre l’embarras, tandis que le marquis se comportait comme s’il s’agissait d’une excellente proposition pour tout le monde.
« Mon titre de marquis reviendra à Marcus. »
Avec cette précision, le sens de sa proposition devint clair.
Kin Baisar était un symbole.
Un symbole destiné à lier Enkrid à la Maison Baisar.
Et qu’apporterait ce symbole ?
Dès que la cérémonie de remise des distinctions commencerait, la Maison Baisar obtiendrait le rang ducal.
La famille avait suffisamment d’influence, et Marcus était l’un de ceux qui s’étaient le plus illustrés pendant cette guerre.
S’il devenait le chef de la Maison du Pieu Central, le rang ducal était assuré.
Faites de cette famille, bientôt seule maison ducale du royaume, votre alliée.
Faites ce que bon vous semble.
Et personne ne vous contraindra.
Voilà ce que cachait cette proposition.
Le marquis Baisar n’était pas stupide non plus. Il n’avait aucune intention de forcer ou de brusquer Enkrid.
Si Enkrid acceptait simplement de nouer des liens plus étroits avec sa famille, il lui offrirait la plus belle femme du royaume, ainsi que tout ce dont il aurait besoin.
Telle était l’offre du marquis.
Il aurait pu proposer une autre de ses filles à la place de Kin, mais il ne le fit pas.
Kin Baisar elle-même était une marque de respect de la part du marquis.
Même Crang, s’il entendait ça, se dirait peut-être que…
C’était une proposition d’une audace folle.
Enkrid fixa un instant le marquis, puis détourna le regard.
Il regarda Kin Baisar.
Les filles des maisons nobles étaient généralement destinées aux mariages politiques. La société les y encourageait.
Est-ce que cela lui plaisait ? Était-elle heureuse ?
Enkrid ne connaissait pas bien Kin Baisar. Mais il la voyait comme une personne, pas simplement comme une femme. Il ne la connaissait pas intimement, mais ils s’étaient croisés quelques fois et avaient discuté.
La Kin Baisar qu’il avait vue alors ne ressemblait pas à quelqu’un qui rêvait de passer sa vie en dame de manoir.
Même s’il savait que sa question pourrait paraître impertinente, Enkrid fit comme toujours.
Depuis quand retenait-il ses paroles par politesse ?
« Quel est votre rêve ? »
Il le lui demanda donc.
Kin Baisar conserva un visage impassible, puis regarda Enkrid.
Elle était un symbole. Une future épouse politique. Rien de plus. Nul besoin de l’aimer, et elle n’avait rien à faire.
Alors, un rêve ? La question n’avait rien à voir avec la situation.
« Vous n’avez pas de rêve ? Rien que vous aimeriez faire ? »
Kin Baisar fut décontenancée. Elle pensa même : Ce salaud est impossible à cerner.
Le marquis Baisar ne dit rien. Il n’était pas du genre à laisser paraître ses émotions.
Avait-elle le droit de répondre ?
« Je crois que vous en avez un. »
Elle était née dans une famille noble, mais elle ne s’était pas contentée de rester bien sagement entre ses murs. Elle avait donc des choses qu’elle voulait faire. Mais ce n’était pas le genre de choses qu’on disait devant le chef de famille.
Au sein de la famille, la parole du marquis faisait loi. S’il décidait d’un mariage politique, il aurait lieu.
« Je souhaite être aux côtés du héros qui a sauvé le royaume. »
Kin donna la réponse idéale. Personne ne parla. Le marquis se contenta d’observer.
« Ce que vous voulez faire. »
Enkrid insista d’un ton sec, et Kin se mit à transpirer. Elle avait l’impression de se tenir au bord d’une falaise.
« Parlez. »
Le marquis prononça ces mots en fixant Enkrid. Alors seulement, Kin entrouvrit prudemment les lèvres.
« Les pierres précieuses m’intéressent, alors je m’y consacre à petite échelle. »
« Pour une activité à petite échelle, j’ai entendu dire que vous cherchiez même à vous associer à une véritable maison de commerce. »
Le marquis le lui fit remarquer. Il était déjà au courant.
Kin Baisar avait un excellent œil pour les gemmes. Elle contribuait aussi à lancer les modes et les tendances dans la capitale.
Cela tenait en partie à son instinct naturel, et en partie au regard qu’elle avait aiguisé depuis son enfance, grâce à sa naissance et à son éducation au sein de la maison du marquis Baisar.
Et, oui, elle avait un talent digne d’un génie.
« C’est ce que vous vouliez faire ? »
Le marquis posa la question. Kin ne sut pas quoi répondre. Comme elle gardait le silence, Enkrid répondit à sa place.
« Pourquoi le lui demander ? Les gens deviennent bornés en vieillissant. Arrêtez de vous entêter et cessez de la faire souffrir. »
Plus de la moitié des serviteurs reculèrent, stupéfaits.
N’avait-il pas dépassé les bornes ?
Pourtant, aucun d’eux ne songea à se précipiter sur lui.
Enkrid à lui seul était déjà terrifiant ; voir ceux qui se tenaient derrière lui rendait toute attaque impensable.
Rem affichait un grand sourire et léchait du bout de la langue la lame de sa hache.
« C’est dégoûtant. »
Ragna le réprimanda.
« Mêle-toi de tes affaires. »
Les deux hommes ne tardèrent pas à se chamailler.
« Vous dites que je suis comme ça parce que je suis vieux ? »
Le marquis cligna des yeux et répéta la question. Sa voix n’avait rien d’amusé. Cela aurait pu sembler intimidant, mais comparé au comte Molsen possédé par un démon, il était plutôt mignon.
« Mon épée suffit à me justifier. »
Enkrid lui répondit.
La conversation s’arrêta là. Il n’avait aucune raison de le traiter différemment des autres nobles. Enkrid le pensait sincèrement.
Le marquis Baisar, Somerset, peu importait : ils étaient tous pareils.
« Bon. »
De simples gêneurs qui lui volaient son temps d’entraînement.
Il s’inclina par courtoisie et s’éloigna. Le marquis le fusilla un instant du regard, puis tourna la tête.
Il avait l’air profondément contrarié.
« Quand même, c’est un marquis. Ça ne pose pas de problème ? Ou je lui tranche la gorge ? »
Rem passa la main sur son propre cou et lui donna encore son avis. Enkrid l’ignora.
« Quelle perte de temps. »
Il le pensait vraiment.
Il avait appris et compris tant de choses nouvelles. Son corps le démangeait, il avait besoin de bouger.
Rien d’étonnant. Depuis le jour où Enkrid avait pris une épée pour la première fois, il n’avait eu absolument aucun talent.
Et pourtant, il avait éveillé sa Volonté en un instant, l’avait mise en pratique au combat et avait même imité l’épée de Ragna.
Après avoir senti son propre corps changer, chacun de ses coups d’épée lui procurait désormais dix fois plus de plaisir qu’avant.
Pour des étrangers comme Pel, qui ne le connaissaient pas, il avait simplement l’air d’un fou obsédé par l’entraînement.
Après avoir vu la beauté de Kin Baisar, Pel regarda Enkrid et se demanda si cet homme avait vraiment deux pierres et une seule verge de pierre.
« C’est un eunuque ? »
Il posa la question à Dunbakel, à côté de lui.
« Je le pense aussi. Il ne succombe jamais à mes charmes non plus. »
Pel regarda Dunbakel, qui dégageait une odeur de renfermé, et se dit :
Moi non plus, je ne succomberais pas à tes charmes.
Les hommes-bêtes qui l’entouraient détestaient vraiment se laver.
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