Chapitre 414
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 414 : [Tueur de créatures démoniaques, héros qui sauva la nation, Gardien de la Garde-frontière, ami proche du roi et homme qui rêve de devenir un chevalier libre]
= = =
« Un banquet ? Dites-leur de traiter un dossier de plus au lieu de perdre leur temps avec ces conneries. »
Qu’était-ce donc, un trône ?
Et une couronne ?
Désormais, Crang pouvait répondre avec une certitude absolue.
« Le siège idéal pour se tuer à la tâche. »
Il y avait trop de travail. Beaucoup trop. De quoi lui faire exploser la tête s’il essayait de tout gérer seul.
Pourtant, il fallait bien s’en charger.
Crang dormait donc moins, et rendait par la même occasion la vie impossible au cuisinier royal.
« Vous ne devriez pas au moins manger correctement ? »
Marcus lui lança la question depuis son siège voisin.
Crang mâcha son sandwich et ouvrit de grands yeux en le regardant.
Tout était dans son regard, pas dans sa bouche.
« Avec tout ce boulot empilé là, tu voudrais que je prenne mon temps pour allumer des bougies, saisir un couteau et une fourchette, découper de la viande, bavarder avec des nobles et gâcher mon temps ? »
« … Je comprends. »
Marcus venait de découvrir une nouvelle facette de Crang. C’était un bourreau de travail. Et, bien sûr, il avait ses raisons.
Malgré tout, certaines choses méritaient d’être dites.
« Plusieurs nobles cherchent à approcher Enkrid. »
Crang, plongé dans ses papiers, un sandwich dans la bouche, releva de nouveau la tête.
Marcus poursuivit d’un ton égal.
« Ils veulent rallier à leur cause le héros qui a sauvé la nation. »
Même après toutes les purges, combien de nobles restaient-ils dans la capitale ?
À vue de nez, plus d’une centaine.
Et s’il comptait ceux qui vivaient dans les autres régions ?
Ils n’étaient pas tous perspicaces ou vifs d’esprit.
Certains étaient restés loyaux pendant la guerre civile et, maintenant qu’elle était terminée, ils cherchaient sans doute à s’assurer leur part du gâteau.
Et parmi eux, quel était le meilleur moyen de s’emparer de la plus grosse part ?
Le roi en personne le considérait comme un ami proche.
Lors du couronnement commémoratif, le roi lui avait même cédé sa place.
Le héros qui avait sauvé la nation.
S’ils parvenaient à l’attirer sur leurs terres ? Et s’ils le plaçaient sous leurs ordres ? D’autant qu’il n’était affilié à personne de façon bien définie.
Il n’était que commandant de compagnie dans la Garde-frontière.
Ils tenteraient donc tout ce qui leur passerait par la tête, à commencer par les pièges amoureux.
« Les gens changent. »
Marcus prononça ces mots à voix basse.
Crang avala son sandwich et croisa un instant le regard de Marcus.
Des cernes marquaient les yeux de tous les deux. Ils se dévisagèrent, puis éclatèrent soudain de rire ensemble.
« Hahaha. »
« Pffhahaha. »
Certaines personnes changeaient.
Enkrid n’en faisait pas partie.
« Laisse-les s’agiter un peu. Il s’en chargera. »
Crang se fichait complètement que les nobles importunent Enkrid. Il avait autre chose à demander à Marcus.
« Au fait, tu es vraiment d’accord avec ça ? »
« Oui ? Ah, le titre ? Oui. C’est mieux comme ça. »
« Hum. »
Crang hocha la tête.
« Il paraît que le marquis Baisar est lui aussi allé voir Enki. »
« Cet homme a lui aussi perdu son instinct. »
Crang ne s’inquiétait vraiment pas. Quiconque avait roulé sa bosse aux côtés d’Enkrid aurait pensé la même chose.
« Et les nobles qui disent qu’ils organiseront aussi des banquets… »
Marcus commença, mais Crang l’interrompit.
« Je peux confisquer les biens de ces enfoirés ? »
« Par la force ? »
« Ouais. »
« Tu comptes devenir tyran, maintenant ? »
Après tout, être tyran serait-il si terrible ? La tentation effleura Crang un instant.
« Pourquoi la maison royale est-elle aussi pauvre ? »
La reine avait hérité du trône, leur avait fait ses adieux et était partie sans se retourner. Elle avait même emmené le mage de la cour avec elle.
Crang avait déjà décidé de la considérer comme disparue.
Ces derniers temps, sa principale préoccupation était de savoir comment faire rentrer de l’or dans les caisses.
S’il avait mieux connu Kraiss, il l’aurait nommé ministre des Finances sur-le-champ.
Bien sûr, Crang avait lui-même creusé ce trou.
Il avait poussé les réformes un peu trop vigoureusement.
La plus dangereuse concernait la garde du roi.
Crang commença par remplacer le Chevalier gardien du roi.
« J’ai entendu dire que vous gardiez votre rang à condition de ne jamais quitter le palais royal de toute votre vie. C’est vraiment ce que vous voulez ? »
Le Chevalier gardien, qui avait préservé son statut grâce à plusieurs forces magiques et aux mystères de la Volonté, dut tâcher de comprendre ce que le roi voulait dire.
Ses paroles étaient à ce point absurdes.
Il était le troisième de sa génération à garder le roi. Son père et son grand-père avaient suivi la même voie. Le sort lié à sa lignée était à la fois une entrave et une chaîne.
« Vous me posez vraiment la question ? »
Quand le Chevalier gardien lui retourna la question, Crang le débarrassa de ses chaînes. Il lui dit de faire ce qu’il voulait, d’aller où bon lui semblait, et lui accorda sa liberté.
Pour assurer la garde, il choisit des hommes parmi les anciens membres de la Garde royale. Un homme au casque gris tomba à genoux et se mit à pleurer.
« Je vous protégerai au péril de ma vie. Je vous protégerai jusque dans la mort. »
Avec Matthew et les autres qui étaient restés à ses côtés, Crang avait de fait rétabli la garde personnelle du roi.
Il augmenta ses effectifs et revalorisa sa solde.
Puis il entreprit de colmater les brèches dans les défenses du palais.
« Pas étonnant qu’on manque de pièces d’or. »
Et pourtant, la situation restait la même, même après qu’il eut vendu une partie du trésor.
Crang ne regardait jamais en arrière. Les regrets étaient une perte de temps. C’était aussi Enkrid qui le lui avait appris.
« Fais d’abord ce qui doit être fait. »
Même si le continent devait s’effondrer le lendemain, Enkrid continuerait probablement à s’entraîner à l’épée.
Si vider une partie du trésor permettait aux gens de bien manger et de bien vivre, où était le problème ?
Crang avait des idées radicales et les mettait en œuvre sans hésiter.
Personne, autour de lui, n’était là pour l’arrêter non plus.
À cause de cela, la cérémonie d’investiture qui devait récompenser les mérites avait été reportée. Voilà pourquoi Enkrid se trouvait toujours dans la capitale.
* * *
Rem voyait clairement la différence entre celui qu’il était aujourd’hui et celui qu’il avait été en rejoignant l’Escouade des Fauteurs de troubles.
« Comment j’en suis arrivé là ? »
Son habileté, qui avait stagné pendant qu’il errait sur le continent, avait progressé.
Plusieurs raisons expliquaient cette évolution, mais trois d’entre elles s’appelaient Ragna, Jaxon et Audin.
Il s’était battu encore et encore contre ces enfoirés et, comme il détestait perdre, il était devenu plus fort.
« Quelle façon maudite de progresser. »
Tandis qu’il y songeait, il croisa le regard de Ragna, torse nu, qui brandissait son épée.
« Qu’est-ce que tu regardes, barbare estropié qui ne peut même pas marcher tout seul ? »
Rem s’en voulut un instant d’avoir pensé que ces enfoirés l’avaient aidé.
À vrai dire, la principale raison, c’était Enkrid lui-même.
Il apprenait en enseignant, et voir Enkrid progresser l’empêchait de se relâcher.
« Continue de jacasser et tu vas crever. »
Rem lança ces mots à Ragna, puis commença à s’échauffer à son tour.
Il avait cru qu’il resterait alité un mois après avoir recouru à cette Sorcellerie d’invocation déraisonnable, mais il se rétablit rapidement.
Son réceptacle s’était développé avec son habileté. La sorcellerie reposait sur le corps.
Enkrid les écoutait échanger leurs amabilités tout en vérifiant son équipement et en répétant ses exercices.
Rem s’approcha en le regardant faire.
« Tu as dit que c’était une nouvelle Volonté ? Montre-moi. »
Il pouvait désormais bouger suffisamment bien pour s’entraîner au combat. Enkrid avait déjà décidé que ce serait pour aujourd’hui et prit une épée.
Il était allé à la forge demander qu’on répare Silver, qui était brisée, mais on lui avait répondu que c’était impossible. Son noyau était complètement détruit.
Il demanda donc qu’on la fasse fondre plus tard et prit une épée longue ordinaire.
Il ne voulait pas rejeter la faute sur son arme, mais il aurait quand même aimé avoir une lame du calibre de Silver.
« Vas-y sérieusement. »
Rem le lui dit.
Enkrid obtempéra.
Il concentra sa Volonté dans ses yeux et la maintint. L’Œil qui voit un pouce en avant.
Cette manifestation de la Volonté s’accordait parfaitement avec l’Épée de capture.
Enkrid entrevit l’avenir. La respiration de Rem, ses épaules, ses mains et ses pieds lui apparurent clairement.
Rem allait lancer le marteau de sa main gauche comme s’il le jetait. Puis il trancherait en diagonale avec sa hache.
Le marteau partirait à vitesse normale, puis la hache irait une fois et demie plus vite.
Une ruse que seul celui qui maîtrisait parfaitement les deux armes pouvait employer.
Le bref avenir qu’il avait aperçu se déroula exactement comme prévu.
Le marteau de Rem fonça sur lui.
L’épée d’Enkrid avait une plus grande portée, pourtant il avança. Dans le même mouvement, il croisa les poignets qui tenaient son arme et les leva.
Il comptait bloquer le poignet de Rem qui tenait le marteau, lui marcher sur le pied et lui enfoncer le genou dans l’entrejambe.
En se collant à lui d’aussi près, il resterait certes menacé par la hache de l’autre main, mais Rem ne pourrait guère faire mieux que le frapper du poing en la tenant.
Enkrid se serait rapproché à tel point qu’il n’aurait pas eu d’autre choix.
« Je peux encaisser ce coup de poing. »
Donner sa chair pour prendre les os.
Il ne s’écoula même pas assez de temps pour expirer complètement avant que leurs armes, leurs mains et leurs pieds ne s’entrechoquent.
Boum, paf, crac.
Après un unique échange, Enkrid recula et fixa Rem.
« Comment tu as fait ça ? »
« Hmph. Tu croyais que ce truc était invincible ? »
C’était l’instinct d’une bête, suivi d’une riposte bestiale.
Enkrid s’en rendit compte une nouvelle fois. Ce salaud était cinglé, mais exceptionnel.
L’Épée de capture appartenait à l’Épée correcte. C’était un style qui entraînait l’échange dans la direction voulue.
C’était ce qui s’accordait à l’Œil qui voit un pouce en avant.
Mais Rem avait bougé comme prévu avant de changer de tactique à la dernière seconde.
Au lieu de frapper avec la hache, il la lâcha. Il bloqua le genou de sa paume, puis lui fonça dessus, le front en avant.
Enkrid n’eut d’autre choix que de réagir par instinct.
Le dernier « crac » venait de leurs fronts qui s’étaient heurtés.
Le milieu de leurs fronts à tous les deux avait rougi. Ils allaient sans doute enfler.
Comment pouvait-il lire un mouvement qui partait à l’instinct, avant même que ses yeux aient le temps de le saisir et de l’analyser ?
À partir de là, il ne lui restait qu’à compter sur les techniques gravées dans son corps.
Au fond de lui, Rem estimait beaucoup la réaction d’Enkrid, qui s’était achevée par un coup de tête, mais il garda le silence.
Depuis des jours, il cherchait comment briser la Volonté qu’Enkrid venait d’éveiller.
Il ne voulait pas laisser paraître qu’il s’était donné tant de mal à réfléchir.
S’il félicitait Enkrid trop facilement, peut-être que sa volonté de progresser faiblirait.
Bien sûr, ça n’arriverait jamais, mais, après s’être convaincu de cette excuse, Rem prit la parole.
« Tu vois ? Ça peut aussi se briser comme ça. Alors ne t’en sers pas à la légère. »
Audin prit ensuite le relais.
« Hé hé, Frère. Chaque technique a ses failles. »
Sa manière de briser la Volonté d’Enkrid était plus simple et plus stupide.
Il se rapprocha brusquement et força le combat au corps à corps. La force de cet ours idiot dépassait celle d’Enkrid, même quand le Cœur de la Force surhumaine était actif.
Audin lui appliqua sans heurt une clé articulaire et tenta de lui déboîter l’épaule. Enkrid mit alors en pratique ce qu’il avait appris : il replia les doigts, fit claquer sa paume vers le haut et se dégagea.
Leurs entraînements au combat suivirent ensuite des schémas similaires. Tous deux finirent étalés par terre, couverts de poussière.
Enkrid perdit à la fin.
« Qu’est-ce que tu feras si quelqu’un te colle comme ça ? »
Audin posa la question, l’œil gonflé après avoir reçu un coup sur la pommette. Le genou d’Enkrid, immobilisé, n’était plus qu’à une poussée de se briser. Si Audin forçait, il céderait. Enkrid s’avoua donc vaincu. En échange, il avait coloré de bleu l’œil et la pommette d’Audin.
« Hum. »
Enkrid hocha la tête. Il lui restait encore beaucoup à apprendre.
Ragna s’avança à son tour.
Sa méthode était encore plus simple.
Une estocade qu’Enkrid voyait et comprenait, sans pour autant pouvoir la parer.
À vrai dire, elle était plus vicieuse encore que l’épée de Rierbart.
« Tu essaies de l’envoyer auprès du Seigneur ? »
Audin s’exclama, admiratif, après avoir vu ça.
« Ce salaud est vraiment cinglé. »
Rem l’insulta et affirma que sa tête était encore plus fêlée que la sienne.
« Tant qu’il n’est pas mort, ça va. »
Ragna se contenta de répondre calmement.
Une sueur froide coula dans le cou d’Enkrid, qu’il essuya de la main.
Si les choses avaient mal tourné, il aurait pu recommencer cette journée.
Il avait levé son épée pour parer, mais sa propre lame s’était enfoncée à mi-chemin dans sa poitrine. Sans son armure de bandages, qu’il portait par précaution, il aurait saigné.
Cela ne signifiait pas qu’il était mécontent.
Il avait l’impression de comprendre ce qu’ils cherchaient à lui faire comprendre.
« Continue d’utiliser chaque technique jusqu’à ce qu’elle s’ancre dans ton corps. »
En vérité, tous trois s’évertuaient à prouver qu’ils n’étaient toujours pas à la traîne, mais Enkrid interpréta les choses ainsi.
Une bonne interprétation faisait l’affaire.
Tandis qu’il s’entraînait avec ardeur, un jeune garçon entra et observa les réactions de chacun.
« Seriez-vous par hasard Tueur de créatures démoniaques, héros qui sauva la nation, Gardien de la Garde-frontière, ami proche du roi et homme qui rêve de devenir un chevalier libre, sir Enkrid ? »
Enkrid douta de ses oreilles un instant. Quelque chose clochait sérieusement dans cette liste de titres, non ?
Il avait entendu toutes sortes de louanges circuler après la bataille, mais il préférait s’entraîner plutôt que de prêter attention à chacune d’entre elles, alors il avait continué.
« On m’appelle seulement la Hache immortelle. »
Rem avait lui aussi un surnom qui circulait : le Tueur de nobles, parce qu’il répondait avec une brutalité sans pareille aux nobles qui continuaient de l’importuner.
Le Garde aux pas de l’ombre, c’était Jaxon.
Il y avait aussi Dunbakel, le Monstre lion blanc.
C’était une femme-bête, mais elle ressemblait à un lion ; le surnom lui était donc resté. Contre toute attente, Dunbakel l’aimait bien.
Ragna, lui, était surnommé l’Épée impitoyable.
Naturellement, il n’y prêtait guère attention.
« L’Éclaireur Ragna ne lui irait-il pas mieux ? »
Il posait parfois la question, ce qui faisait croire aux gens qu’il était peut-être encore plus fou que Rem.
Audin avait reçu un surnom assez proche de son précédent.
C’était « Ours géant », non ?
Les gens disaient que c’était l’impression qu’il donnait de loin.
Audin se contentait de sourire en silence, mais il n’avait pas l’air ravi.
Enkrid regarda le jeune serviteur venu le chercher.
« Enkrid, ou commandant de la Compagnie des Fous, ça me convient. »
Compagnie de combat indépendante de la Garde-frontière était son nom officiel, mais Enkrid lui-même l’appelait désormais la Compagnie des Fous.
Tous ceux qui servaient sous ses ordres étaient des cinglés, de toute façon.
Il n’y pouvait rien, même s’il était le seul normal.
Le garçon qui s’était approché prit la parole, visiblement très nerveux.
« Mon maître souhaiterait vous voir, si vous avez le temps… Ah, si cela vous dérange, je peux revenir quand vous serez libre. Ah… si vous pouviez me dire quand vous le serez… »
Enkrid ne voulait pas compliquer la vie du jeune serviteur. Il posa doucement une main sur l’épaule du garçon qui bégayait et lui demanda :
« Qui est ton maître ? »
« Ah, le baron Somerset, monsieur. »
Il n’avait jamais entendu ce nom de sa vie. Enkrid hocha la tête, intrigué par le motif de cette visite.
Il ne voulait vraiment pas mettre le garçon plus mal à l’aise encore.
Le garçon s’éloigna, les jambes tremblantes de nervosité et les yeux pleins d’admiration.
Enkrid le suivit.
« Encore un sale noble ? »
Rem lança la question derrière lui.
Enkrid lui fit signe de rester tranquille.
Mieux valait qu’il aille voir l’homme et le congédie calmement plutôt que de laisser Rem faire des siennes.
Après tout, c’était cet homme qui était venu chercher Enkrid.
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