Chapitre 410
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 410 : Il aurait dû tomber.
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410. Il aurait dû tomber
Dean Molsen. Tel était le nom du comte.
Depuis l’enfance, Dean était doté d’un talent hors du commun.
« Il a un don pour sentir le mana. »
« Il apprend aussi l’escrime à une vitesse incroyable. »
« Il est assez vif d’esprit pour devenir administrateur dans la capitale. »
Un talent exceptionnel, une famille qui le soutenait et d’excellents professeurs.
Voilà dans quelles conditions Dean grandit.
Il ne manquait de rien. Son univers se résumait à la magie, à son père et à sa mère, et presque rien ne venait jamais contrarier sa volonté.
Pour un jeune homme au talent extraordinaire, le monde était un endroit facile.
La vingtaine passa.
Puis la trentaine.
Il tua ses deux oncles, qui convoitaient la tête de la famille.
Dean ne recourut pas à la magie, mais à l’épée.
Ce n’était même pas particulièrement remarquable, pourtant son père l’admira.
« Tu es mon fils, et pourtant tu es vraiment incroyable. »
Après cela, Dean comprit qu’il était tout aussi facile de prendre une vie humaine.
Il avait alors une trentaine d’années.
Il hérita de la tête de la famille.
Son père le regardait souvent avec crainte.
Pourquoi ?
Tout avait commencé lorsque Dean s’était mêlé des affaires de la famille, petites et grandes. Son père ne cessait de prendre de mauvaises décisions dans des situations que n’importe qui aurait pu régler avec un peu de réflexion.
Dean rectifiait les choses en coulisses. Il lui parlait sans détour. Parfois, il allait jusqu’à afficher un mépris à peine voilé.
Au début, son père le regardait avec fierté. Puis son expression changea peu à peu.
Et lorsque Dean réfuta ouvertement l’une de ses décisions,
Dean savait qu’il avait raison, mais son père éclata de colère.
« C’est une question de dignité pour la noblesse ! »
Une excuse grossière. Une justification. Était-il censé faire semblant de ne pas voir clair dans son jeu ? Dean n’en fit rien.
« Répugnant. »
À cette réponse dénuée d’émotion, son père renonça à la famille.
Sa mère, elle, n’avait jamais été affectueuse.
C’est ainsi que Dean devint le chef de la maison. Quelques années plus tard, ses parents furent pris dans les manœuvres d’un seigneur voisin et s’endettèrent lourdement à Krona.
Sa mère jouait, son père buvait.
La plupart des nobles auraient laissé passer, mais pas le seigneur voisin.
Il poussa le père de Dean au bord du gouffre, et l’homme se pendit.
Sa mère le suivit peu après.
Étais-je trop indifférent ?
Cela dit, être ses parents ne signifiait pas forcément qu’il devait les aimer.
Même ainsi, n’aurait-il pas dû les venger ?
Il décida que si.
Six mois suffirent.
« Pitié. »
Le seigneur voisin tomba à genoux, mais Dean lui trancha la tête.
Une vengeance qui ne lui apporta aucune satisfaction.
C’est alors que la maison Molsen, qui n’était jusque-là qu’une famille de second rang, commença à prendre de l’ampleur.
Exactement trois ans plus tard,
Dean vit des gens se rassembler autour de lui.
Grâce à ses actions, la puissance militaire et l’influence politique du comte s’étendaient comme jamais auparavant.
Alors une question lui vint à l’esprit.
Pourquoi rester enfermé ici ?
À peine la question avait-elle surgi que la réponse s’imposa. Il n’y avait aucune raison.
Un oiseau devait briser sa coquille pour voler.
Dean décida d’élargir son horizon. De sortir de l’œuf pour découvrir un monde plus vaste.
Le trône.
Ce fut l’instant où s’éveilla sa soif de pouvoir. Tout avait toujours été facile dans sa vie ; il supposa donc que cela le serait aussi.
Les choses se déroulèrent sans difficulté, les unes après les autres, du moins jusqu’à ce qu’il traverse les dix mille spectres et rencontre l’homme qui lui barrait la route.
* * *
« Très bien. »
Enkrid lui avait demandé : « Comment ? » Le comte lui répondit d’un ton neutre. Son bras tremblait, mais il pouvait encore bouger. Cela suffisait.
« Ha. »
Le comte soupira.
Il observa les gens qui se tenaient derrière Enkrid.
Un soldat des tribus barbares le regardait en silence, le fer de sa hache posé sur une épaule.
Un épéiste au regard ennuyé, qui tenait une épée brisée en deux, secoua le sang de ses cheveux.
Juste à côté de lui, un grand soldat rajusta son avant-bras tordu en souriant doucement.
Il gardait le sourire en remettant l’os en place, comme si cela ne lui faisait pas mal du tout.
Enfin, il aperçut l’assassin qui l’avait pris pour cible avant qu’il n’invoque les spectres.
L’homme tenait un stylet dans sa main droite.
On aurait dit qu’il lui demandait : « Prêt à mourir ? »
Le comte leva une main jusqu’à son menton et les observa de nouveau.
N’étaient-ils pas vraiment des salauds imprévisibles ?
Si tout échouait et qu’il devait mourir, il s’était attendu à être entouré de trois chevaliers, tout au plus.
Et il avait pensé que Naurillia tomberait avec lui.
Rien de tout cela ne ressemblait de près ou de loin à ce qu’il avait prévu.
Sa panique ne dura qu’un instant. Puis le vide qu’elle laissa fut comblé par une incrédulité tout aussi creuse, et le rire lui vint presque naturellement.
Le comte éclata de rire et demanda :
« N’est-il pas naturel que les plus capables occupent les places les plus élevées ? »
Il leur demandait pourquoi ils lui barraient la route.
« C’est pour ça que je suis venu. »
répondit Enkrid.
À ces mots, le comte eut envie de lui attraper la langue et de la lui tirer jusqu’à ce qu’elle s’allonge.
Ce salaud parlait toujours par phrases lapidaires.
Il était même assez curieux de voir ce qui arriverait s’il lui étirait la langue de force.
« Très bien. De toute façon, ça ne se réglerait pas avec des mots. »
Sur ces paroles, le comte tendit la main.
De la suie noire s’agglutina dans l’air le long de son bras, prit la forme d’un oiseau et s’envola droit devant.
Il fallut plus de temps pour décrire la scène qu’il n’en fallut pour qu’elle se produise. À l’instant où il leva la main, l’oiseau apparut et fondit sur eux.
Si Esther avait été là, elle l’aurait reconnu : c’était l’une des invocations de nécromancie, le Corbeau dévoreur de vie de Sharlener. Mais personne ici ne connaissait le nom du sort.
Cela n’avait aucune importance. Ils réagirent. Alors que l’oiseau noir fonçait sur Enkrid, une dague fila et le frappa.
Boum !
L’oiseau explosa en plein vol. La dague lancée se brisa elle aussi en trois morceaux qui rebondirent de part et d’autre.
Le comte fronça les sourcils.
Un artefact ?
Non. Quel enchanteur fou graverait un sort pareil sur une dague de lancer ?
C’était plus que du gaspillage : c’était de la démence.
On avait simplement entouré la dague d’un parchemin avant de la lancer.
Une méthode bien particulière. Celui qui les lançait était évidemment Jaxon. Il en avait plusieurs autres semblables en main.
« C’est moi qui m’assiérai sur le trône. »
Même dans cette situation, le comte restait inflexible. Ils avaient beau avoir traversé les spectres, il n’allait pas les laisser le tuer sans se défendre.
Tout en lançant l’un après l’autre ses Corbeaux dévoreurs de vie de Sharlener, il prépara un autre sort.
Des masses rouge sombre se formèrent dans les airs, puis devinrent des lames vivantes.
Elles volèrent d’elles-mêmes et prirent Enkrid pour cible.
Un homme bâti comme un ours s’interposa.
« Ô âme pitoyable, incapable même d’atteindre le Seigneur. »
Il marmonna ces mots en bougeant les mains et les pieds. Malgré sa carrure, ses mouvements étaient rapides, et chaque lame rouge sombre qui le frappait explosait en plein vol.
Ces salauds.
Le comte révoqua une partie des spectres.
Plusieurs Soldats spectres qui s’en prenaient aux troupes s’effondrèrent et disparurent.
Ils s’évanouirent comme de la brume qui se dissipe dans l’air.
« Lève-toi, Général des spectres ! »
Le sort consistait à révoquer des spectres et à les comprimer ensemble. Devant le comte apparut une masse armée d’une épée à deux mains noire.
Elle était encore plus grande qu’Audin.
Ragna s’interposa.
Personne ne remarqua même qu’il avait fait un pas en avant. Les pieds traînants, Ragna leva les yeux.
Il leva son épée à moitié brisée et frappa sans un mot.
Avant que la créature à l’épée noire ne puisse réagir, la lame de Ragna lui ouvrit la gorge, lui fendit la poitrine et lui trancha la taille en deux.
Enkrid faillit une nouvelle fois rester bouche bée devant le talent de Ragna.
Qu’est-ce que c’était que ça ?
Il avait frappé trois fois en un souffle et, bien que chaque coup fût parti dans une direction différente, les trois ne semblaient former qu’un seul mouvement.
Il avait supprimé les phases de recul et de récupération. En calculant sa trajectoire pendant le mouvement, il avait réduit ses gestes au minimum, ce qui lui avait permis d’y parvenir.
Un coup horizontal haut qui se prolongeait en une frappe verticale descendante, puis un coup horizontal à mi-hauteur.
Il avait insufflé la Volonté de la Séparation dans chacun d’eux.
On aurait dit qu’il peignait avec son épée, mais le mouvement était si rapide et si audacieux que personne n’aurait même songé à le bloquer.
Même Enkrid pensa qu’il n’aurait pas pu le parer.
Après avoir frappé ainsi, Ragna recula de deux pas et s’affala au sol.
Il s’était clairement effondré, et pourtant…
« Ouf, je vais regarder un peu. »
Il parla calmement, comme s’il s’était assis de son plein gré.
Le comte faillit en rester bouche bée.
Quel genre de salaud était-ce ?
Un Général des spectres capable de dévorer la plupart des jeunes chevaliers venait de mourir après un seul échange ?
Pour le comte, cela avait ressemblé à un seul coup d’épée.
Une impression de danger lui envahit la poitrine. Il se sentit acculé, mais se força à l’ignorer.
Il lui restait des moyens d’agir.
Le comte mordit sa langue avec ses molaires.
Crac.
L’odeur métallique du sang s’éleva de sa langue mordue. Le comte ouvrit la bouche.
Du sang vif coula des commissures de ses lèvres.
Il ramena sa main gauche vers sa poitrine. Le sang qui coulait de sa bouche ne tomba pas, mais se rassembla au-dessus de sa paume gauche.
« Viens à moi, Masse de sang gardienne. »
Le comte prononça ces mots tout en balançant son bâton de la main droite.
À son appel, la masse de sang au-dessus de sa main gauche se mit à onduler et à grossir.
En un clin d’œil, elle atteignit la taille d’un homme, puis des bras et des jambes lui poussèrent.
Une fois sa forme achevée, il fallait insuffler de la vie à l’invocation. Pour cela, le comte devait révoquer encore davantage de Soldats spectres sur le champ de bataille.
Naturellement, le champ de bataille se vida davantage.
Plusieurs soldats qui avaient frôlé la mort en réchappèrent de justesse.
La plupart des troupes possédées par les spectres retrouvèrent aussi leurs esprits.
Dans sa précipitation, le comte concentrait toutes ses forces ici et négligeait le reste du champ de bataille.
Bientôt, un golem de sang, rouge de la tête aux pieds à l’exception de deux orbites vides, se dressa devant lui.
« Tu as aussi farci ce truc de tours de sorcellerie ? À voir ta petite combine, on dirait que tu couches avec le Fou immortel. »
Le guerrier barbare venait de parler. Dès que le comte le regarda, l’homme tira quelque chose de sa poitrine.
Derrière le golem, le comte observa ce que faisait son adversaire.
Il n’était pas difficile de deviner. Le barbare s’était mis à faire tournoyer au-dessus de sa tête ce qu’il avait sorti.
Il avait sorti une fronde, y avait placé un projectile en forme de bille et l’avait fait tourner. Il avait commencé dès l’apparition du golem, et le mouvement se signalait maintenant par un bruit.
Fouong, fouong, fouong, fiiiiiiiiing.
Rem utilisait comme munition de fronde l’amulette en forme de bille, le dernier totem récupéré sur le Fou immortel.
Il n’aurait jamais pensé s’en servir comme projectile, mais là, c’était parfait.
Fiiiiiiiiiiiiiiing !
Le son était assez glaçant pour donner des frissons à quiconque l’entendait, allié comme ennemi.
Le sifflement de la fronde fendant l’air attira le regard du golem.
Né de la sorcellerie, le golem joignit les mains.
Il allait projeter un jet de sang.
En le voyant, Rem bougea le bras.
Fiiing, fouong !
Le sifflement au-dessus de la tête de Rem s’interrompit net. Au même instant, une autre explosion retentit.
Boum !
Elle venait de la tête du golem de sang.
En temps normal, un simple impact physique n’aurait pas dû blesser un golem.
Mais le projectile était trop particulier.
On aurait dit la sorcellerie cristallisée que le Fou immortel avait accumulée pendant plus de dix ans.
Il explosa, emportant avec lui la force vitale du golem.
Voilà pourquoi celui-ci éclata en morceaux.
« Urgh. »
Le comte porta sa main gauche à sa poitrine et frappa le sol de son bâton tenu dans la droite.
Il fut soudain envahi par un sentiment de perte et de vide, comme si son cœur s’était arrêté.
Le comte comprit que le golem était mort. Une perte sans fond s’abattit sur lui et fit naître une émotion lugubre.
Cette invocation était tissée de son propre sang et de son cœur.
En toute logique, elle n’aurait pas dû tomber aussi facilement.
« Bande de salauds ! »
Le comte rugit de colère, tandis que Rem, après avoir utilisé son dernier outil de sorcellerie, sentit ses forces l’abandonner.
Je vais mourir comme ça ?
Certainement pas.
Pourtant, il se sentait si faible que la pensée lui traversa l’esprit.
Le prix de l’utilisation d’une amulette remplie de la puissance sorcière d’un autre venait de tomber.
Rem perdit l’équilibre et chancela en arrière. Il s’écrasa lourdement sur les fesses, puis jeta un coup d’œil à Ragna. Le hasard avait voulu qu’il atterrisse juste à côté de lui.
Rem regarda Ragna et dit :
« À nous de regarder. »
Ragna hocha la tête. Leurs regards se croisèrent. Aucun des deux n’avait l’énergie d’insulter l’autre, et ce n’était pas le moment de repousser qui que ce soit.
Pour une fois, ils semblaient sur la même longueur d’onde.
Audin, lui non plus, ne pouvait pas simplement dissiper les lames rouge sombre. Il endura donc un instant le Sceau d’interdiction et puisa dans sa sainteté.
Comparées au golem de sang, les lames volantes n’étaient pourtant pas des adversaires à prendre à la légère.
En vérité, c’étaient des formes de vie magiques qu’on ne s’attendait à trouver que dans les terres maudites, recréées à l’aide de sorts.
On ne pouvait que qualifier les pouvoirs du comte de monstrueux.
Il ne lui restait qu’à endurer la douleur du Sceau d’interdiction.
Père, pardonne-moi.
Audin puisa un instant dans sa sainteté.
Non pour émettre de la lumière, mais pour protéger son corps.
Ma main gauche est une épée précieuse, ma main droite est d’acier.
À mains nues, c’était lame et pierre.
Avec ne serait-ce qu’un peu de sainteté, cela devenait épée précieuse et fer.
À l’instant où une lame volante toucha la main gauche d’Audin,
Clang !
La lame rouge sombre qui avait frappé l’épée précieuse se brisa. Puis il la fracassa de sa main droite.
Boum !
La lame rouge sombre broyée perdit sa force, fut projetée sur le côté et s’enfonça dans le sol.
Elle se plia à angle droit et le spectre qui se trouvait à l’intérieur perdit lui aussi ses forces et disparut. La lame se changea donc rapidement en poussière avant de s’effriter.
Il pulvérisa les lames rouge sombre l’une après l’autre, tandis que la douleur du Sceau d’interdiction se répandait dans tout son corps.
Pendant un moment, il eut l’impression qu’il ne pourrait plus bouger du tout.
Les membres d’Audin tremblaient violemment. Bientôt, son corps se raidit comme une bûche, et il ne put que rester là, hébété.
« Tss. »
En voyant cela, Rem claqua la langue.
Pourquoi celui-là ne tombait-il pas ?
« Hm. »
Ragna jeta lui aussi un coup d’œil et fronça les sourcils. Ça l’agaçait. Ce fanatique religieux aurait dû tomber lui aussi.
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