Chapitre 409
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 409 : Au cœur de la vague noire
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On disait souvent qu’un seul chevalier pouvait tenir tête à mille soldats.
Mais que faire si l’ennemi était dix mille ?
Le comte avait décidé de traiter son adversaire comme un chevalier et de le tuer. C’était pour cela qu’il avait créé les Dix mille spectres.
« Meurs. »
Deviens de l’engrais.
Deviens un nutriment.
Deviens de la nourriture.
Deviens une partie de moi.
Le cercle magique du comte n’avait qu’un seul effet : il matérialisait son monde magique dans la réalité.
Les spectres acquéraient ainsi une substance physique et devenaient des Soldats spectres.
Une vague de corps façonnés dans la suie noire avançait.
Même renversés, les spectres qui formaient cette vague noire se relevaient, se faisaient bousculer et continuaient à progresser.
Gwoooaar.
C’étaient des masses convulsives qui poussaient des cris horribles entre deux charges.
Ils n’avaient aucune formation. Ils s’agglutinaient au hasard et se lançaient en avant.
Impossible, dès lors, d’aller vite.
Ce n’était pas l’avancée ordonnée d’une armée, mais une masse chaotique qui déferlait sur eux.
Enkrid trouva que cela ressemblait à un essaim de fourmis.
Sauf que chacune de ces fourmis avait la taille d’un homme : quiconque serait englouti par cette masse mourrait.
Était-il le seul à risquer de mourir ?
Le soldat derrière lui, qui s’arrachait la peau de l’avant-bras à force de se gratter, mourrait lui aussi.
« Mère ! Mère ! Où allez-vous ? »
Le soldat qui criait dans le vide, en proie à des visions, mourrait lui aussi.
« Magenda, je vais te rejoindre. »
Le soldat qui s’étranglait soudain, désespéré, mourrait lui aussi.
C’était un désastre absolu. Quel que soit le sale tour auquel le comte Molsen avait eu recours, magie ou sorcellerie, il faisait effet.
Tous n’avaient pas perdu la raison. Certains soldats étaient encore sains d’esprit.
« Hé ! Où tu vas, idiot ? Magenda, c’est ma sœur. Elle n’a jamais rien fait avec toi et elle est bien vivante. »
Un soldat sain d’esprit tapa sur le dos de la main de celui qui s’étranglait et le lui lança.
« Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça signifie ? »
Un soldat regarda autour de lui, incrédule. Sa posture trahissait sa panique.
Il se demandait sans doute pourquoi tous les autres se comportaient ainsi alors qu’il allait bien.
Enkrid ignorait la nature exacte du sort lancé par le comte, mais comprenait dans les grandes lignes ce qui se passait.
Le sort avait peut-être recouvert tout le champ de bataille, mais quiconque s’éloignait d’une certaine zone échappait probablement à l’influence de la suie.
Plus ils resteraient ici, plus ils en seraient affectés.
Avec une telle portée et une telle puissance, le sort disparaîtrait-il s’ils abattaient celui qui le contrôlait ?
Il le comprit d’instinct.
S’ils ne perçaient pas cette masse et ne tuaient pas celui qui la contrôlait, aucune autre solution ne lui venait à l’esprit.
Il leur fallait donc avancer.
Rem aperçut la horde de spectres et, après avoir entendu l’ordre d’Enkrid, leur demanda de se mettre en formation.
« Je refuse. »
Ragna répondit le premier. Il chancela même un instant en parlant.
L’état de Ragna n’avait rien de normal, lui non plus. L’usage excessif de la Volonté mettait forcément le corps et l’esprit à rude épreuve.
« Frère Rem, quelque chose de néfaste s’est-il introduit dans votre tête ? Dois-je vous l’arracher ? »
Audin s’inquiéta pour lui.
Il semblait croire que Rem avait été pris au piège par le mage, là-bas, et lui offrait donc charitablement son aide.
Audin avait lui aussi de nombreuses blessures, après s’être remis les os des doigts en place.
Son adversaire n’avait pas été une proie facile.
Jaxon allait-il bien, lui aussi ?
Il avait payé le prix de son échec lorsqu’il avait tenté d’assassiner le comte, un peu plus tôt.
Une petite ouverture lui perçait l’abdomen. Il avait appliqué du baume à la hâte et refermé la plaie avec des bandages spécialement conçus, mais il n’était pas en état de livrer un long combat.
La blessure était mal placée. Et, plus encore, une énergie glaciale ne cessait de remonter de son ventre.
Rem était dans le même état. Le prix à payer pour avoir emprunté la sorcellerie d’un autre lui donnait la nausée.
Enkrid était le plus mal en point de tous.
La Volonté ne s’était pas retournée contre lui, mais il avait épuisé son corps à l’extrême.
C’était tout naturel.
Rierbart avait greffé des muscles de Créature démoniaque sur son corps pour se forcer à devenir chevalier.
Pour lui résister, Enkrid avait tiré sur ses forces jusqu’à ses limites.
Il avait aussi eu de la chance, du moins le pensait-il.
S’il n’avait pas compris comment maîtriser cet art fondé sur la Volonté, qu’il avait baptisé Œil qui voit un pouce en avant, il aurait déjà salué le soleil levant et recommencé cette journée depuis le début.
Tandis qu’ils parlaient, la vague noire se rapprochait.
On aurait dit une marée montante d’eau noire et huileuse qui avançait vers eux. Rien que la voir lui soulevait le cœur.
Certains Soldats spectres qui composaient la vague étaient déjà tombés, mais continuaient à ramper en s’agrippant au sol du bout des doigts.
Tuer. Je vais tuer. Ces âmes n’étaient animées que par la soif de sang.
Au-dessus d’elles s’entremêlaient des masses de spectres aux membres noués les uns aux autres. Le spectacle était si répugnant qu’il donnait envie de vomir.
Tout le monde avait beau refuser, ce n’était pas une situation où un simple « non » suffisait.
« Prenons le raccourci. »
Enkrid n’ajouta rien, et Rem poursuivit d’un ton calme.
« Le capitaine en tête, moi derrière, puis le tire-au-flanc. Le chat de gouttière et le fanatique de la religion ferment la marche et protègent nos arrières. »
Son ton était pragmatique. Rem n’avait pas pris de gants, mais Enkrid comprit.
Les journées qu’il avait passées à apprendre à ses côtés n’avaient pas été perdues.
« La formation des trois vagues ? »
À la question d’Enkrid, Rem hocha la tête.
C’était le nom d’une formation tactique qu’ils avaient déjà affrontée.
La Colonie des Centaures et les Créatures démoniaques à cheval l’avaient utilisée ensemble.
La première vague attirait l’attention, la deuxième portait le coup et la troisième achevait de briser la cible.
Chaque vague était plus puissante que la précédente. Rem voulait maintenant reproduire cette formation en faisant tourner leurs trois positions.
« En avant. »
Enkrid n’hésita pas. Ils n’avaient de toute façon pas le temps de s’exercer, même s’ils passaient cent fois la formation en revue.
Surtout, la horde de spectres se trouvait déjà juste devant eux.
Guuooaar !
On aurait dit la plainte d’une goule hurlant au fond d’un puits profond.
« Rien ne vaut le combat réel pour s’entraîner. »
Enkrid se rappela les paroles de Rem et abattit Silver. Pivotant sur le pied gauche, il porta une frappe verticale descendante du Style de l’épée lourde.
Ffffou.
La lame s’empara de l’espace avant de s’abattre.
« Relâche ta force ! »
Rem cria depuis l’arrière, mais Enkrid avait déjà frappé.
Boum ! Le premier spectre qui chargeait reçut la lame en pleine tête et fut fendu en deux.
Il avait des membres, mais ni yeux, ni nez, ni bouche : seulement une masse noire monstrueuse.
Quand l’épée d’Enkrid lui trancha la tête, une brume noire jaillit de l’intérieur.
Il était mort. Enkrid le sentit.
Un spectre surgit aussitôt derrière lui. Ils ne s’arrêtaient pas. Qu’est-ce que la mort du premier pouvait bien leur faire ?
« À gauche ! »
Rem cria. Devant Enkrid, un spectre façonnait une sorte d’épée et la brandissait.
Il ne pouvait pas esquiver cette attaque en se décalant simplement sur le côté.
Il bougea malgré tout. Il fallait une confiance absolue pour oser le faire, mais Enkrid fit un pas hardi.
L’instant d’après, une masse semblable à une raie tomba de sa droite.
Boum ! Crac !
Le marteau de Rem venait d’écraser le crâne du spectre.
Aussitôt après, Rem ramena sa hache droite à l’horizontale, à vitesse régulière.
Brrrk ! Rrrumble.
Au lieu de porter un coup puissant, il poussa la lame et la traîna à travers la masse. Tous les spectres qu’elle touchait se fendaient.
Un seul regard suffisait pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une technique ordinaire.
Il jouait de son équilibre et de la force de ses bras, répartissait le poids à travers son tronc, puis s’aidait même de l’élan de ses pieds lorsqu’il prenait appui au sol.
Ainsi, la lame de sa hache continuait d’avancer sans s’arrêter.
Après deux attaques de ce genre, Rem se déporta lui aussi vers la droite.
Une autre vague de Soldats spectres envahit l’espace qu’il avait libéré.
Geeeeaar !
Au-dessus de ce hurlement chargé de soif de sang, une lame ébréchée s’abattit.
C’était naturellement l’épée de Ragna.
Ffffou.
La lame fendit l’espace à la verticale et trancha trois spectres noués en une seule masse.
L’un d’eux tendit le bras et tenta d’agripper le col de Ragna. Sa main ne l’atteignit jamais ; Ragna s’était déjà retiré après avoir frappé.
« Encore ! »
Avant même que Rem ne crie, Enkrid avait déjà saisi le rythme du combat.
Combien de fois s’étaient-ils entraînés ensemble, à présent ?
Plusieurs centaines de fois, largement.
Il s’avança donc et combla le vide pour tenir le front.
Quand Rem lui disait de relâcher sa force, il voulait qu’il accueille l’attaque et la détourne, rien de plus.
Autrement dit, se retirer comptait davantage que frapper.
Ayant compris l’essentiel, Enkrid bougea en conséquence. Il desserra sa prise sur l’épée, adopta la posture de la Souplesse et de l’Épée fluide, puis trancha, dévia et repoussa les têtes des spectres.
Un spectre bondit dans les airs, mais une longue perche surgit de nulle part.
Fouu, paf !
La perche transperça le spectre en plein vol, puis le projeta au loin.
On aurait dit qu’on venait de lancer un javelot. C’était bien une lance ramassée au sol qu’on avait jetée.
« Avancez, frère Rem. »
C’était là le savoir-faire d’Audin.
À l’arrière, sur la gauche, Jaxon ne cessait de s’activer.
Une épée longue à la main, il poignardait et tailladait un à un les spectres qui se rapprochaient de toutes parts.
Les rôles étaient clairs.
Enkrid et Rem tenaient le front, tandis que Ragna, au centre, les abattait.
Audin constituait le pilier qui soutenait toute la formation. Jaxon comblait le moindre vide.
Audin et Jaxon protégeant leurs arrières, les trois autres n’avaient qu’à foncer droit devant.
La horde de spectres encercla Enkrid et ses compagnons, puis s’abattit sur eux.
Le monde devint noir. Le ciel disparut, remplacé par les ténèbres, mais leurs sens aiguisés leur permettaient toujours de repérer la position des autres.
Enkrid s’y fia.
Les quatre autres faisaient de même. À ce niveau, aucun d’eux ne risquait de frapper un allié dans le dos.
À moins de le faire exprès.
Les griffes d’un spectre s’abattirent. Entre ses ongles démesurés, il tira même une longue langue dont la pointe était acérée comme une lance. C’était un spectre d’un genre inhabituel.
La hache de Rem le découpa.
La lame fila en diagonale et fendit sa tête de biais.
En voyant la tête tranchée, Enkrid dégaina Gladius et repoussa la main d’un autre spectre.
Boum !
Il eut l’impression de frapper de la boue épaisse plutôt que du fer.
La main touchée par Gladius fut arrachée par morceaux.
Inutile d’enchaîner. Tandis qu’il pivotait, l’épée de Ragna s’abattit.
Enkrid cessa de trop réfléchir.
Il se contenta d’avancer.
Les cinq ne firent plus qu’un et déchirèrent la vague de spectres.
Parmi eux, Rem et Audin étaient les plus épuisés.
L’un servait de pilier, l’autre maintenait l’équilibre au centre.
Les cinq s’étaient battus comme des fous pendant longtemps, car ils ne s’entendaient pas. Ils s’étaient aussi affrontés physiquement à plusieurs reprises.
Ces querelles avaient tourné à l’entraînement et aux vrais combats, mais tant de conflits leur avaient permis de mieux connaître les habitudes des autres.
S’ils ne lisaient pas le rythme de leurs compagnons, ils perdaient. N’avaient-ils donc pas tous fait de leur mieux pour apprendre à le déchiffrer ?
Pour les cinq, agir à l’unisson venait naturellement.
C’était leur première fois, et pourtant, ils ne semblaient pas différents d’un ordre de chevalerie qui se serait entraîné ensemble pendant plus de dix ans.
* * *
Crang le vit, Marcus aussi.
Pel et Eisia furent eux aussi saisis d’un mauvais pressentiment.
N’importe qui aurait eu un pressentiment sinistre en voyant des spectres noirs, de la suie et des nuages sombres recouvrir le ciel.
Plus encore après avoir vu cette vague de spectres engloutir Enkrid et ses compagnons.
Enkrid et la Compagnie des Fous allaient mourir.
À première vue, c’était exactement ce qui semblait se passer.
« C’est un sortilège. Il ne durera pas longtemps ! »
Eisia cria, s’efforçant de garder une voix calme. Elle se le répétait aussi à elle-même.
Elle était chevalier junior au sein de l’ordre.
Elle ne lançait pas de sortilèges, mais avait affronté des mages à de nombreuses reprises.
Elle s’appliqua à calmer son esprit et continua de réfléchir.
Combien de temps un sortilège d’une telle ampleur pouvait-il durer ?
Pas longtemps.
C’était vrai. Mais même s’il ne durait que le temps de brûler une chandelle, les deux armées subiraient des pertes presque totales, et les soldats possédés par les spectres risquaient de devenir des créatures qui n’auraient plus rien d’humain.
Eisia ne pouvait pas le savoir.
« Il faut nous frayer un chemin et sortir d’ici. »
Elle le dit.
Pourtant, Crang continuait de fixer l’endroit où Enkrid avait disparu.
Était-il vraiment mort ?
« Bon sang, Votre Altesse ! »
Marcus s’écria. Le champ de bataille était devenu fou.
Le comte avait clairement été possédé par quelque chose. Même pour un mage, était-ce vraiment possible ?
Auraient-ils dû appeler l’ordre de chevalerie ?
Pel resserra sa prise sur le Tueur d’idoles.
« J’y vais ? »
Cette idée lui traversa l’esprit tandis qu’il observait la vague de spectres. Cela semblait même possible.
Non. Pour l’instant, il fallait tenir.
La horde comptait encore de nombreux spectres, même après avoir englouti le groupe d’Enkrid.
Pel en avait déjà abattu un ou deux. Les spectres qui chargeaient étaient insensibles au Tueur d’idoles. Il fallait donc les trancher et les repousser un à un.
Eisia rassembla aussi les écuyers sous ses ordres en un cercle serré, puis s’avança elle-même.
Elle taillada à gauche, pivota sur elle-même, puis frappa à droite. Deux coups d’épée tuèrent deux spectres.
Avant même d’avoir le temps de regarder celui qui crachait de la brume, Eisia fit un salto arrière.
Ce n’était pas une acrobatie à laquelle on s’attendait en armure de plates, mais elle portait une armure partielle centrée sur une cuirasse, ce qui lui permettait presque de faire une acrobatie.
Après cette esquive…
Boum !
Un spectre bondit et s’écrasa à l’endroit où Eisia se tenait.
Sans même avoir le temps de reprendre son souffle, Eisia décocha un coup de coude sur le côté à un Soldat spectre qui l’avait déjà rejointe.
Paf !
Elle eut l’impression de frapper de la pierre. Même le corps du spectre n’était pas mou.
Profitant de l’élan, elle abattit son épée dans la direction opposée. Une frappe verticale, chargée de puissance, fendit un autre spectre.
Eisia eut la tête qui tourna.
« Combien de temps pourrai-je tenir ? »
S’il s’agissait d’une bataille d’endurance, était-ce vraiment la bonne solution ?
S’ils pouvaient au moins tenir autour de Crang…
Les simples soldats, eux, ne le pouvaient pas.
« À l’aide ! »
« Aaaagh ! »
Des Soldats spectres dotés d’une substance physique se ruaient sur les soldats sains d’esprit.
Ils n’étaient pas particulièrement doués au combat, mais ils étaient trop nombreux.
Ils ne s’arrêtaient jamais. Ils chargeaient encore et encore. Les Soldats spectres ne connaissaient pas la peur.
La crise fait naître les occasions.
Sur tout le champ de bataille, des gens dignes d’être appelés héros se révélèrent.
C’étaient ceux qui déployaient leur talent au cœur du désastre.
Un vieux commandant, fort de son expérience, se distingua.
Un jeune soldat, plein de courage, en fit autant.
Ils rassemblèrent leurs camarades et tinrent bon.
Mais combien de temps devaient-ils tenir ?
Combien de temps leur faudrait-il tenir pour survivre ?
Un voile de désespoir s’abattit. Les nuages noirs qui masquaient le soleil semblaient annoncer leur lendemain.
Ils seraient saisis par les spectres et mourraient, ou seraient déchirés et poignardés à mort par les Soldats spectres.
* * *
Dans les ténèbres, Enkrid s’oublia, oublia la situation et continua d’abattre son épée encore et encore.
« C’est dur. »
L’effort était si éprouvant que ces mots lui échappèrent.
Pourtant, ce n’était pas insupportable. À force de continuer, il trouvait des astuces. Au lieu de les repousser avec force, il économisait son énergie et déviait leurs attaques.
Rem comblait ses lacunes.
Et si cela ne suffisait toujours pas, Ragna prenait le relais.
Il leur arrivait de reculer de deux ou trois pas en combattant, mais, au bout du compte, ils avançaient.
S’ils reculaient de deux pas, ils en faisaient trois en avant.
S’ils reculaient de trois pas, ils en faisaient quatre en avant.
La principale contribution de Rem était sa capacité à diriger la formation en plein combat.
Enkrid n’esquiva pas la main du spectre qui s’abattait sur lui. Il l’accueillit sur le plat de sa lame et la fit glisser sur le côté.
Il déviait et tranchait. Par nature, les spectres ne pouvaient pas être coupés par du métal ordinaire, mais le fait d’avoir acquis une substance physique leur avait aussi donné une faiblesse.
À présent, même une épée ordinaire pouvait les tuer.
Enkrid enchaîna les estocades et les coups de taille, tint bon et tint encore.
Autour de lui, il n’y avait qu’une obscurité totale.
De la suie noire, une vague de Soldats spectres, des ténèbres épaisses, des masses noires de toutes parts, des mains débordant d’intentions meurtrières.
Le monde entier n’était plus peuplé que de ces choses.
Et pourtant…
« Ah. »
Un soupir de joie lui échappa. Il était simplement heureux de pouvoir continuer à brandir son épée.
« T’es fou ? »
La voix de Rem lui parvint. Il avait visiblement vu le visage d’Enkrid.
Tu souris dans une situation pareille ?
Comme ils n’avaient cessé de combattre et d’avancer, les ténèbres autour d’eux s’étaient dissipées sans qu’ils s’en rendent compte.
Enkrid donna un dernier coup dans le vide, puis s’arrêta. Il n’y avait plus de spectres.
Non, il y en avait. Derrière eux gisaient d’innombrables cadavres de Soldats spectres, d’où s’écoulait un sang vaporeux.
Ce n’est qu’alors qu’Enkrid comprit qu’ils avaient traversé tout droit le cœur des Dix mille spectres et leva la tête.
Le comte était assis sur un trône noir.
Il fixait Enkrid, les yeux écarquillés.
Le camp qui venait de livrer une bataille acharnée l’observait dans un calme silencieux.
Enkrid soutint simplement son regard tout en reprenant son souffle.
Mais celui qui les avait attendus semblait stupéfait.
Face à l’incompréhensible, les gens réagissaient souvent de la même façon.
« Comment ? »
Le comte ne fit pas exception.
Quelque chose qui dépassait son entendement venait de se produire, et voilà pourquoi.
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