Chapitre 411
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 411 : Emprunt d’un instant
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Jaxon continua de lancer des dagues, puis projeta une Dague de lancer silencieuse droit vers le front du comte.
La lame silencieuse explosa dans un grondement juste devant le visage du comte.
Une tenture noire ondula devant lui sous l’effet de la déflagration. Sa Barrière magique était toujours intacte. Une dague enveloppée dans la magie d’un parchemin ne suffisait pas à la percer.
« Ne supplie pas pour obtenir mon pardon ! »
Dean Molsen avait toujours considéré le monde avec une légèreté excessive, mais à présent, acculé au bord du précipice, il éprouvait enfin de la peur. La sueur lui coulait dans le dos. Il n’avait jamais affronté un ennemi pareil. C’était une première, et il en perdit son sang-froid.
Le comte avait depuis longtemps dépassé le niveau de la sorcellerie ordinaire. À présent, il brûlait même sa propre espérance de vie.
Il fit apparaître d’autres spectres et renversa les yeux.
Ses yeux étaient devenus d’un noir d’encre. Il fixait Jaxon. Un frisson terrible remonta de la plaie au ventre de ce dernier.
« Hein ? »
Ses jambes faillirent céder, mais Jaxon tint bon. Les deux salauds à côté de lui ne demandaient qu’à le voir tomber.
« Meurs, meurs, meurs, meurs, meurs. »
Le comte continua de marmonner, son bâton levé, sans quitter Jaxon des yeux. Celui-ci soutint son regard. Les yeux entièrement noirs, dépourvus de pupille comme de blanc, restaient braqués sur lui avec une obstination féroce.
À mesure que le comte parlait, le ventre de Jaxon se glaçait. Il lui devenait presque impossible de rester debout. Il tomba à genou. Boum. Sa paume heurta le sol, et il ferma les yeux.
Il devait résister au froid. Tandis qu’il se concentrait, il entendit Rem marmonner à côté de lui.
« Ouais, c’est ça. »
« Barbare complètement cinglé. »
Jaxon se concentra davantage. C’était une sorte de sortilège. Quelque chose avait été implanté dans sa blessure. Il n’avait qu’à le trouver et à l’arracher. Il se mit à observer son propre corps.
La patience pour endurer la douleur.
Le calme pour observer son propre corps.
Et la sensibilité.
Ajoute encore une chose : une volonté inébranlable.
« Je n’abandonne pas. »
Jaxon avait lui aussi appris en observant Enkrid.
C’était la première fois qu’il subissait ce sort, mais il devait bien exister un moyen de s’en défaire.
Prendre ce qu’il savait, ce qu’il avait vécu et ce qu’il pouvait déduire, puis tout organiser pour parvenir à une conclusion.
Tandis que Jaxon tenait bon à genou, son chef d’escouade brisait chaque danger qui se dressait devant son unité.
Enkrid fit trois pas en avant.
Il se rapprochait du comte. Il se trouvait donc désormais à portée d’épée.
Ses compagnons avaient paré pour lui les sorts répétés et les tours de passe-passe du comte.
Après avoir réduit la distance, Enkrid posa la main sur la garde de son épée et déclara :
« Tu es déjà à portée. »
Trois étaient assis, un seul debout, et tous regardaient Enkrid. Le comte aussi le fixait.
La portée ? La simple distance que pouvait couvrir son épée. Le comte ricana.
Il se fiait au sort de protection qui enveloppait son corps.
Enkrid régla sa respiration. Il s’était épuisé en traversant les dix mille spectres.
La fatigue s’était accumulée jusqu’à faire trembler ses muscles, mais ce n’était pas grave.
Ce n’était pas la première fois que ça lui arrivait.
Cela se produisait souvent quand il brandissait une épée.
À l’époque où il n’avait rien, il avait continué à frapper jusqu’à se déchirer les muscles.
Sans cela, il n’aurait même pas pu tendre la main vers le rêve qu’il portait en lui.
S’il voulait continuer d’avancer sans voir le chemin, que devait-il faire ?
Recommencer, puis recommencer encore.
Voilà ce que l’expérience lui avait appris.
Il avait déjà traversé tout cela. Il pouvait donc encore se pousser à bout.
Enkrid pouvait tenir bon.
Son regard se posa sur la tenture noire qui ondulait devant le comte.
Il avait déjà vu Jaxon frapper cette Barrière magique. Il en avait donc estimé, à peu près, la résistance.
« Une dague lancée ne suffira peut-être pas à la briser. »
Mais on pouvait la trancher. Des coups d’épée ordinaires n’y arriveraient évidemment pas. Il lui fallait être absolument certain de pouvoir la couper.
Alors…
« Ragna, prête-moi ça un instant. »
Ragna n’eut même pas le temps de demander ce qu’il voulait dire.
Enkrid reproduisit une nouvelle fois une technique qu’il avait tenté d’imiter d’innombrables fois, sans jamais y parvenir.
Il leva son épée comme si la pointe allait transpercer le ciel. Les deux mains serrées autour de la poignée, il relâcha ses épaules.
La posture haute du Style de l’épée lourde.
Plus exactement, une posture modifiée tirée d’un art de l’épée héréditaire, transmis dans une famille du Nord.
Le nom de famille de Ragna était Zaun.
Ragna avait modifié à sa guise la posture héritée de la famille Zaun.
Enkrid ne pouvait pas le savoir. Il avait simplement fini de préparer son coup.
Ragna le regarda avec une légère surprise.
« Pas mal. »
La posture, la pression et la volonté.
Il y avait peu à redire.
C’était la meilleure posture qu’Enkrid lui eût montrée jusqu’ici.
Le voir reproduire sa propre forme ne faisait que renforcer cette impression.
Ragna ne fut pas le seul à être surpris.
Rem l’était déjà depuis qu’ils avaient combattu les soldats spectres.
« Il n’a jamais reculé, pas une seule fois. »
Enkrid s’était accordé à son rythme comme à celui de Ragna. Il devenait difficile de se rappeler quel homme avait été leur ancien capitaine.
« C’est marrant. Sacrément marrant. »
Rem resserra sa prise, prêt à lancer une hache si les choses tournaient mal.
Audin ne pouvait même pas joindre les mains ; il pria donc sans bouger les lèvres. La douleur semblait lui fendre le crâne, mais il la supporta et continua de prier.
« L’agneau veillé par le Père a perdu sa laine et est devenu berger. »
Et le berger était celui qui frappait ce qui était tordu et corrigeait ce qui était erroné.
Cette entrave n’avait rien d’une plaisanterie. Si les choses tournaient mal, elle pouvait rendre quelqu’un fou de douleur. Beaucoup manquaient de discipline et en arrivaient là.
Malgré tout, ce qui devait être fait devait l’être.
Audin l’avait lui aussi appris en observant Enkrid.
Jaxon leva le stylet de Carmen et l’enfonça lentement dans son propre ventre. Il évita les organes et visa la source du froid.
Tac.
Le froid se dissipa, et il regarda devant lui. La lame lui transperçait le ventre, mais la blessure n’était pas mortelle. Il avait évité les organes ; des soins appropriés suffiraient.
Il ne l’avait pas enfoncée bien profondément non plus.
Il se remit aussi en question.
« J’ai été négligent. »
Il n’avait pas exécuté ses techniques d’assassinat à la perfection. Pourquoi la leçon de son maître lui revenait-elle en tête maintenant, entre tous les moments possibles ?
« Tu veux donner le meilleur de toi-même ? Alors commence par trouver un endroit où vivre. »
Pourquoi son maître avait-il dit cela ?
Il avait été choisi pour hériter de la Dague de Georg.
N’avait-il pas déjà un toit ?
S’il combattait de toutes ses forces et se délectait de tuer et d’être tué, il finirait par s’enivrer de tout ça.
Son maître l’avait dit exactement ainsi.
Jaxon avait lui aussi déjà senti cette attirance.
Alors, que devait-il faire pour y résister ?
Ses pensées lui revenaient au pire moment. Jaxon les chassa d’un coup. Ce n’était pas ce qui comptait maintenant.
Il regarda devant lui.
Il vit un capitaine qui n’avait plus besoin de son aide.
Ce dos lui emplissait le champ de vision.
Et il était campé dans une posture précédant un coup d’épée.
« Hoo, bande de salauds maudits. »
Le comte reprit son souffle. On l’avait repoussé encore et encore, mais les voir s’effondrer un à un lui avait enfin rendu un semblant de sang-froid.
Il posa les yeux sur Enkrid. Le comte savait lui aussi manier l’épée.
En voyant Enkrid prendre sa posture, il jugea qu’il ne pouvait pas lui laisser l’initiative.
De toute façon, cette tenture noire ondulante pouvait annuler la plupart des attaques.
Après avoir envisagé plusieurs possibilités, le comte frappa le premier.
Il poussa sur le sol et s’élança, épée en avant. Une estocade parfaite. La pointe de son épée semblait n’être qu’un point tandis qu’elle filait vers Enkrid.
Nette et directe. Rapide et puissante, aussi.
Enkrid abaissa calmement sa lame et frappa l’épée du comte.
Clang !
Le comte ramena son épée déviée et tenta de trancher.
Enkrid emprunta la Séparation de Ragna un instant.
Le pied d’Enkrid s’enfonça dans le sol et le propulsa vers l’avant. Dans le même temps, son épaule pivota avec souplesse, et sa taille réorienta l’épée.
La lame qui s’était abattue pour arrêter l’estocade du comte changea de direction, comme un poisson glissant sur l’eau d’une rivière.
Le Cœur de la Force surhumaine y insuffla sa puissance, puis il y ajouta sa Volonté.
« Tranche. »
C’était la Volonté de la Séparation.
L’épée d’Enkrid, parallèle au sol, balaya l’arête du nez du comte.
Crac !
La Barrière magique se fendit. La Volonté était une force d’intention. La Volonté de la Séparation trancha la Barrière magique et fendit aussi le crâne.
Argent, qui avait fendu le crâne, se brisa en morceaux et vola en éclats.
Enkrid resta dans sa posture finale et expira le souffle qu’il retenait.
Il se tenait là, l’épée serrée à deux mains, les yeux si bleus qu’ils semblaient briller. Dans le monde noir créé par le comte, ces deux yeux bleus donnaient l’impression qu’il était le seul à se tenir dans un autre monde.
« Hoo. »
Après avoir expiré, Enkrid sentit ses muscles endoloris, abaissa la moitié brisée de son épée et se retourna.
Le comte n’avait plus le haut du crâne.
Pour quiconque regardait la scène de côté, l’échange avait semblé très simple.
Enkrid avait dévié l’estocade, puis, au lieu de reculer pour reprendre sa position, il avait enchaîné sans heurt sur un coup horizontal, à hauteur d’épaule.
Le comte n’avait même pas eu le temps d’essayer de parer.
Le mouvement faisait partie de la technique que Ragna venait de lui montrer, et il portait la Volonté de la Séparation.
Voilà pourquoi Enkrid avait dit qu’il l’empruntait.
« Grrrk. »
Une écume sanglante monta aux lèvres du comte.
Il était l’intrigant qui avait bouleversé Naurillia, mais la mort frappait tous les hommes de la même manière.
On mourait aussi d’une flèche perdue ; un homme au crâne fendu ne pouvait donc pas survivre.
Le sang ruisselait de sa tête tranchée. Même dans l’obscurité, il paraissait d’un rouge éclatant.
Puis l’impossible se produisit.
« Je ne peux pas laisser les choses finir ainsi. »
Encore une fois, des paroles résonnèrent dans leurs têtes. Le comte parla alors qu’il était mort, et sa voix se dédoubla, se superposant à elle-même.
Le sang lui coulait sur le visage, et pourtant sa bouche articulait clairement ?
Ce ne fut qu’alors qu’Audin douta de la véritable nature de leur ennemi.
« C’est… »
Un effroi pareil à celui qui émanait des profondeurs d’une Terre Maudite lui effleura la peau.
« Un démon ? »
Audin marmonna pour lui-même. Au même instant, une fumée noire s’échappa du corps du comte.
« Pas cent mille, seulement dix mille, et tu as pourtant réussi à les traverser. Je te respecte pour ça. Et puisque je te respecte, je vais t’infliger une malédiction profonde… Hum ? Une sorcière ? »
Audin avait dit « démon », et la fumée s’apprêtait à prendre forme humaine.
Tandis que des absurdités continuaient de jaillir de la bouche du comte, le tonnerre gronda dans les nuages noirs.
Krrrboom.
La fumée noire s’immobilisa en pleine formation.
Enkrid l’observa, la moitié brisée de son épée toujours à la main.
Ploc.
Puis la pluie se mit à tomber.
« … Alors, je me suis fait avoir. »
Le comte sans tête et le démon, qui n’avait pas réussi à se former entièrement, parlèrent en même temps. Leurs voix se confondirent.
Enkrid comprit pourquoi la voix du comte lui avait parfois paru double.
Il portait un démon en lui.
Cela ne changeait rien.
Enkrid jeta Argent, brisée, et dégaina Gladius.
Il détournerait l’attention avec Gladius, puis porterait le coup fatal.
« Avec Spark. »
En un instant, il traça le déroulement du combat dans son esprit.
Tous les autres étaient sous le choc, mais lui seul se préparait déjà à continuer à se battre. Le démon tourna donc les yeux vers lui.
« Petite créature insolente. »
Sa voix ne trahissait aucune émotion. Cela non plus n’avait pas d’importance.
Enkrid voulait seulement mettre fin à un combat qui n’était pas encore terminé.
Tous les membres de sa compagnie semblaient blessés ou épuisés.
Autrement dit, lui seul pouvait avancer.
On aurait pu se demander si cette épreuve était un mur trop haut à franchir, mais Enkrid ne se posa pas la question.
Faire de son mieux à chaque instant.
C’était ainsi qu’il avait vécu.
Alors il fit de même, à présent.
Au-delà du monde de l’esprit, le Passeur éclata de rire.
« Comme prévu. »
Ce salaud était bel et bien complètement dingue.
* * *
Le comte avait un talent extraordinaire, et son avidité avait dépassé de loin les limites humaines.
C’était ainsi qu’il avait obtenu un cœur de démon et s’était laissé enivrer par son pouvoir.
Sans prêter attention au manieur d’épée fou qui se ruait sur lui, le démon observa le tour de la sorcière et déclara :
« Je serais déçu si tu parvenais à repousser même ma dernière malédiction. »
Son ton était léger, mais le poids du mot « démon » n’avait rien de léger.
Une créature dangereuse de premier ordre, qui aurait dû n’exister que dans une Terre Maudite.
Elle était intelligente et excellait à tourmenter et tuer les humains.
« Démon, dit Enkrid.
Le démon tourna les yeux vers lui.
« Toi, oui. Impressionnant, humain. Mais pour l’instant, même si je voulais me battre, je ne crois pas en être capable. »
Le démon ignorait le chemin parcouru par Enkrid, mais il comprenait ce qu’il avait accompli ici.
Ils s’étaient tous rassemblés autour de cet homme.
Même la sorcière qui venait de lancer ce sort était l’une des siens.
« Si tu les touches, je te poursuivrai jusqu’au bout du monde et je te tuerai. »
La voix de la sorcière traversa l’espace et parvint au démon.
Même les démons n’appréciaient pas l’anéantissement total. Cette menace l’irrita donc.
« Sorcière arrogante. »
Dans la brume noire, deux formes semblables à des yeux émergèrent et scrutèrent tout le monde d’un regard terne.
Dès qu’Enkrid comprit ce qu’il avait devant lui, un sentiment étrange s’éveilla en lui.
Ce n’était clairement pas humain. Cela voulait-il dire qu’on ne pouvait pas le trancher ? Vraiment ? Il disait qu’il ne se battrait pas, mais était-ce vrai ? Devait-il vérifier d’un coup d’épée ?
À peine cette idée lui eut-elle traversé l’esprit qu’il rassembla ses forces restantes et tenta de charger.
Le démon le regarda.
Il s’était montré enjoué jusque-là, mais son ton changea.
« Nous nous reverrons. »
À travers la brume, Enkrid distingua une silhouette vague, sans parvenir à en discerner la forme.
« Je suis le Seigneur des cent mille spectres. »
À peine eut-il prononcé ces mots que son corps se désagrégea. La pluie tombait à grosses gouttes, de plus en plus fort, et il ne pouvait plus y résister.
La sorcière avait créé la pluie avec sa propre énergie magique. Comme il s’agissait d’un phénomène naturel, elle effaçait tout ce qui était artificiel.
Et l’eau de pluie était chaude. La sorcière avait ouvert une partie du Monde des sorts et fait tomber une pluie imprégnée de sa magie.
Le démon disparut.
La pluie effaça le monde de sorts que Dean Molsen avait créé, celui-là même qui avait permis aux spectres de se manifester sur cette terre.
Juste avant de disparaître, le démon récupéra son cœur et lut la dernière pensée de l’homme qui avait été à la fois son offrande et son serviteur.
« Tout était entre mes mains. »
Le dernier ressentiment de Dean Molsen.
« Tu crois que le monde est si facile à berner ? »
Le comte était mort en crachant sa rancœur, mais il ne pouvait plus rien y faire.
Seul le démon avait pu entendre ces mots. La pensée persistante s’effaça rapidement.
Le démon claqua la langue. Il regrettait d’avoir perdu l’occasion de laisser une marque profonde dans le monde des humains.
Juste avant que le fragment d’âme logé dans son serviteur ne disparaisse tout à fait, le démon regarda celui qui l’avait tué.
Des cheveux noirs, des yeux bleus.
« Enkrid. »
Il avait entendu quelqu’un prononcer ce nom et s’en était souvenu. S’ils se rencontraient de nouveau, pensa-t-il, il voudrait tourmenter cet humain jusqu’à ce qu’il le supplie de le tuer.
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