Chapitre 407
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 407 : Regardez. C’est mon ami.
= = =
Audin savait qu’en l’état, il ne pourrait pas les affronter en misant uniquement sur sa vitesse. Il le comprit rien qu’en les voyant charger.
La plupart des gens ne s’en rendaient pas compte, mais Enkrid et quelques autres savaient qu’Audin avait l’œil vif et qu’il se battait avec sa tête.
À première vue, il avait l’air du genre à tout résoudre par la force brute, mais ce n’était pas le cas.
Trop rapides.
S’il endurait la douleur et élevait sa divinité, il pourrait les intercepter. Mais Audin n’avait pas besoin d’en arriver là.
Il calculait et agissait. D’une certaine façon, son style était celui qui se rapprochait le plus de l’Épée correcte.
Deux ennemis se ruèrent sur lui. L’un tenait un trident, l’autre une longue lance.
Tous deux gardaient leurs distances, piquant et reculant encore et encore, au grand agacement d’Audin.
Leurs pointes, plus rapides que des piqûres d’abeille, tentaient de lui transpercer la peau et de la déchirer.
Audin compensait son manque de vitesse en limitant ses mouvements au minimum. Du revers de la main, il écartait les pointes et dressait une défense serrée.
Frou-frou-frou.
La cape qui lui tombait lâchement sur le corps claquait au vent à chacun de ses gestes. Elle tenait davantage de la guenille que de l’armure et le protégeait à peine.
Chaque fois qu’une pointe l’effleurait, un morceau de plus s’en arrachait.
Audin tint bon, puis abaissa soudain les hanches et bondit en avant. L’espace d’un instant, il se déplaça si vite que son corps sembla s’étirer. En concentrant toute sa force dans une seule charge, il pouvait rivaliser avec leur vitesse pendant un bref moment.
« Hah ! »
Celui au trident poussa un cri.
Audin avait tant abaissé sa posture que la lame lui avait raclé le dos.
La poussée était d’une force monstrueuse ; même en ne faisant que l’effleurer, elle avait fendu sa cape en lambeaux et égratigné sa peau.
Pourtant, il ne saignait pas. Sa peau était presque aussi dure qu’une armure de plates, rien à voir avec celle d’un humain ordinaire.
Audin percuta son adversaire et lui enserra le genou. L’ennemi était peut-être plus rapide, mais pas plus fort.
Et l’essence des techniques de combat à mains nues résidait toujours dans le corps à corps.
Audin souleva l’homme en lui tenant le genou ; les pieds de celui-ci quittèrent le sol.
« Qu’est-ce que… ! »
Le porteur du trident cria, stupéfait. Sa jambe prisonnière ne bougeait pas, comme si elle était coincée entre d’immenses rochers.
Il tenta par réflexe de se dégager, mais en vain. Tout son corps était suspendu dans les airs ; il était naturel qu’il panique.
Voyant cela, l’homme à la longue lance l’enfonça à son tour. Audin devina la trajectoire de la lame au déplacement de l’air et se contenta de pivoter légèrement le torse.
Pik !
La pointe glissa le long de son corps avant de dévier sur le côté.
Une esquive du torse.
C’était Audin qui avait enseigné cette technique à Enkrid. Il était donc normal qu’il l’exécute mieux que lui.
Son corps ondulait comme un amas de coton souple, ce qui ne collait pas du tout avec sa carrure.
La lance le frappa dans le dos, mais ne fit que l’effleurer.
Même alors, l’homme qu’Audin avait attrapé restait suspendu dans les airs.
Soulevé, l’ennemi lâcha son arme et tendit les deux mains.
Ses ongles s’étaient allongés et cherchèrent à s’enfoncer dans l’avant-bras d’Audin. Celui-ci n’y prêta aucune attention et fracassa son adversaire contre le sol.
Boum ! Crac !
Bien sûr, il ne s’arrêta pas là.
Après l’avoir écrasé au sol, il lui saisit les deux jambes, roula en avant et les rabattit derrière la tête de l’ennemi.
Il lui plia le corps en deux, posa le pied droit sur son épaule et lui arracha la colonne vertébrale.
Crac !
Un os rouge sang jaillit à l’air libre. La force brutale d’Audin fit gicler le sang dans toutes les directions.
Que les griffes de l’ennemi aient atteint l’épaule d’Audin ou non n’avait aucune importance. Tout s’était joué en un clin d’œil.
À peine avait-il achevé le premier que l’homme à la longue lance tressaillit.
Même à moitié hébété, il se demanda : qu’est-ce que c’est que ça ?
« Un monstre ? »
À ce mot prononcé par un monstre, Audin sourit.
« Le Seigneur t’attend, mon frère Créature démoniaque. »
La suite du combat ne fut pas différente. Le monstre que deux hommes n’arrivaient pas à maîtriser continua de dévier les pointes des lances et de réduire la distance.
Même sa peau de fer fut éraflée, et du sang gicla de temps à autre.
Ses ennemis n’étaient pas des incapables, eux non plus.
Pourtant, Audin se rapprochait toujours.
Quiconque tombait entre ses mains se faisait arracher les bras et briser la taille.
Pour finir, il montra même une technique atroce : il pinça une vertèbre cervicale entre ses doigts et la tira hors du cou.
Enkrid faillit applaudir.
Leurs ennemis étaient-ils supérieurs en puissance martiale ?
Oui.
Et pourtant, voilà ce qui arrivait.
À première vue, ils ressemblaient seulement à des chimères humaines, des sortes de chevaliers.
Mais ce ne sont toujours pas des chevaliers.
Même alors, le comte assis sur ce fauteuil noir, d’une densité anormale, ne bougea pas.
Jaxon était venu se placer derrière Enkrid sans qu’il s’en aperçoive. Il laissa échapper un léger souffle.
« Un lanceur de sorts coriace. »
L’évaluation de Jaxon ne laissait aucun doute : celui-là ne serait pas un adversaire facile.
Enkrid regarda le comte Molsen.
Dans son regard injecté de sang bouillonnait une telle soif de meurtre que le mot « hostile » était bien trop faible.
« J’aurais dû vous tuer dès le début. »
Le comte le regrettait sincèrement. Il n’aurait jamais cru qu’ils lui barreraient autant la route.
Aucun chevalier n’était même intervenu, et pourtant les choses en étaient arrivées là. C’était exaspérant.
Mais cela ne signifiait pas qu’il avait échoué.
Et n’avait-il pas une bonne raison de l’avoir laissé en vie ?
Il lui implanterait un spectre et en ferait l’un des siens.
S’il ne pouvait pas en faire un subordonné humain, il le garderait sous une forme non humaine.
« Je ne pourrai dormir sur mes deux oreilles qu’après vous avoir tous tués. »
« Je te plierai joliment les deux jambes pour que tu puisses dormir dans un cercueil. »
Enkrid répliqua du tac au tac.
C’était une plaisanterie puérile, mais parfaitement placée : lui ne mourrait pas, tandis que l’autre finirait plié en deux.
Inutile de préciser que ces mots retournèrent les entrailles du comte.
À défaut d’autre chose, la langue de ce salaud rivalisait presque avec l’épée d’un chevalier.
Et maintenant, l’épée qu’il tenait était devenue une menace, elle aussi.
« Oui, parle tant que tu veux. Je te déchiquetterai et te brûlerai vif. Je te garderai en vie et sain d’esprit jusque-là, pour que tu puisses regarder ton propre corps se faire déchirer et brûler ! »
Ensuite, il prendrait ce qu’il resterait de son âme et le condamnerait à ne pouvoir ni vivre ni mourir.
Quand le comte prononça : « Je te… », deux voix semblèrent se superposer en lui.
Cette résonance fit battre le crâne d’Enkrid.
Étrangement, en écoutant la malédiction du comte, Enkrid sentit son champ de vision s’élargir.
C’était la même sensation que lorsqu’il avait été pris au piège par le Toucher d’Abnair.
Un champ de bataille perçu non par la stratégie et la tactique, mais par l’instinct.
Le domaine de l’intuition et du Sixième Sens s’étendait, cherchant la voie qui lui permettrait d’accomplir ce qu’il désirait.
Non pas le domaine de la raison, mais celui de l’instinct.
Esther lui avait déjà dit quelque chose de semblable ; cette révélation lui vint donc naturellement.
Tout s’arrêtera seulement quand celui-là mourra.
Son instinct lui disait que la guerre prendrait fin avec la mort du comte.
Alors qu’il se répétait cette intuition…
« Tu le laisses tranquille, ce truc ? »
demanda Rem. Enkrid tourna le regard vers son subordonné barbare.
Derrière lui, il aperçut aussi Ragna, Audin et Jaxon.
Ils semblaient tous un peu éprouvés, mais aucun n’était du genre à le montrer ouvertement.
Audin avait apparemment un doigt cassé. Il le remit en place d’un craquement, puis sourit.
« Mon frère, j’ajouterai une prière au chemin que tu empruntes. »
Autrement dit : combattons ensemble.
Enkrid contempla les quatre hommes, puis se retourna vers le comte.
Son regard exprimait clairement ses intentions.
« Ensemble ? »
À cette brève question, tous les quatre acquiescèrent naturellement.
Rem s’avança. Ragna le suivit. Jaxon se déplaça discrètement sur le côté. Audin ferma la marche, comme pour les couvrir tous.
« Depuis le début, je me disais que c’était un sacré enfoiré. »
Rem marmonna.
« Je suis d’accord. On devrait le tuer. »
répondit Jaxon.
« Pas besoin de chercher un raccourci. »
dit Ragna en fixant le comte, parfaitement visible.
« Mon Seigneur, mon Père. Je vous envoie une âme de plus, au cœur fragile. »
Audin pria.
Enkrid passa devant les quatre hommes.
Sinar ne se joignit pas à eux. Pour être honnête, elle ne pensait pas pouvoir les aider pour l’instant.
Elle venait d’abattre un elfe transformé, mais la lame de l’ennemi lui avait fendu la cuisse et elle avait du mal à courir correctement.
Même en puisant dans sa vitalité printanière tout en combattant, cet ennemi n’avait pas été facile à vaincre.
Elle sortit un bandage et s’en entoura fermement la cuisse. Même si elle ne pouvait pas les aider, elle ne pouvait pas devenir un fardeau.
Dunbakel et Teresa n’osaient même pas s’approcher.
Enkrid leur avait ordonné un peu plus tôt de se replier à l’arrière.
Cela ressemblait presque à un prétexte pour les éloigner, mais elles obéirent fidèlement.
Tandis que Dunbakel et Teresa reculaient, Enkrid et son groupe continuaient d’avancer.
En vérité, Rem, Ragna, Audin et Jaxon étaient loin d’être frais.
Jaxon était le moins éprouvé de tous, mais les percées frontales n’étaient pas son fort.
En matière d’escrime pure, Enkrid pouvait désormais être considéré comme supérieur à lui.
Malgré tout, les cinq continuèrent d’avancer.
Faire ce qui devait être fait.
C’était ainsi qu’Enkrid avait traversé toutes sortes de journées.
Il poursuivit donc sa route pour mettre fin à la guerre civile.
Crang et Marcus, arrivés tardivement, observaient eux aussi la scène.
« Après tous ces mois de planification, d’inquiétudes et de préparatifs, on dirait qu’un seul ami rencontré par hasard va me poser une couronne sur la tête. »
Crang sourit en disant cela.
Il n’avait pas l’air inquiet le moins du monde.
Marcus s’étonna que Crang puisse sourire aussi franchement dans une telle situation.
« Tu arrives encore à sourire ? »
Leur camp — ou, plus précisément, Enkrid — avait fait étalage d’une force écrasante, et pourtant le comte Molsen n’avait pas bougé d’un pouce.
Immobile, il dégageait une aura noire et sinistre.
On aurait dit qu’il trônait sur la mort, au beau milieu du champ de bataille.
Si quelqu’un avait dit que ce fauteuil s’appelait réellement « la Mort », on l’aurait cru.
Aisia menait elle aussi son ordre de chevalerie vers l’endroit où se tenaient Enkrid et ses compagnons.
Ropord, l’écuyer qui servait sous ses ordres, aperçut Enkrid et son groupe et s’écria d’un ton pressant :
« Je vais les aider ! »
À un moment donné, il avait commencé à respecter et à suivre Enkrid davantage que les chevaliers.
Qui d’autre pouvait se battre ainsi et s’avancer de la sorte ?
Ropord semblait prêt à se lancer sur-le-champ, mais sa supérieure aux cheveux orange l’arrêta.
« Ne fais pas l’idiot. »
« Madame ? »
« Ils se sont avancés après avoir stoppé tout le champ de bataille pour éviter qu’un type comme toi se fasse tuer. Regarde-les et observe leur façon de combattre. »
Même Aisia n’était pas satisfaite.
Tu ne m’as même pas demandé de venir avec toi ?
Elle était chevalier junior. Elle savait se battre. Certes, elle avait perdu contre Enkrid, mais ceux qui protégeaient ses flancs n’avaient-ils pas déjà livré de rudes combats ? Ils devaient être blessés.
N’aurait-il pas dû emmener quelqu’un d’assez frais comme elle ?
« C’est tellement agaçant. »
L’envie de rejoindre leur groupe lui montait à la poitrine.
Elle appartenait aux Chevaliers à la Cape Rouge, un ordre sans égal dans tout Naurillia.
Et pourtant, à cet instant, elle voulait se tenir aux côtés d’Enkrid.
Quel qu’en soit le prix, c’était ce qu’elle désirait.
Ainsi, ce qu’elle avait dit en retenant Ropord était exactement ce qu’elle devait se répéter à elle-même.
Les Bergers de la Nature sauvage commençaient eux aussi à quitter le champ de bataille soudain figé, mais Pel ne put réprimer sa curiosité et s’approcha sous prétexte d’escorter Crang.
Oh ?
Il lui était familier.
Cette nuit au clair de lune.
N’était-ce pas ce fou qui s’était fait trancher par Tueur d’idoles et avait pourtant demandé à être frappé une nouvelle fois ?
Il avait compris que cet homme n’était pas un combattant ordinaire.
Il était aussi fort que ça ?
Pel apercevait son dos. C’était celui d’un homme qui avait été au cœur de tout ce qui s’était passé sur le champ de bataille, puis avait cessé de se battre pour se mettre en marche.
Le devoir ?
Combattre et protéger ?
Alors que Pel réfléchissait, les yeux de Crang s’illuminèrent. Il s’adressa aux autres :
« Regardez. C’est mon ami. »
Un ami. Il n’était donc pas lié par le devoir royal. Et pourtant, il avançait.
Pourquoi ?
Pel avait entendu la proclamation annonçant la fin de la guerre. Cela signifiait qu’il s’avançait uniquement pour y mettre un terme.
Pour un Berger qui agissait en fonction des gains et des profits, cela avait du mal à trouver un écho.
« Pel. Pour diriger un groupe, tu ne peux pas regarder le monde uniquement sous l’angle des profits et des pertes. »
Les paroles de son père lui revinrent à l’esprit. Pel eut une petite révélation.
Parfois, il fallait accepter de perdre pour défendre un idéal.
Au même moment, il prit une décision.
Il quitterait les Bergers pour quelque temps.
Et pas seulement à cause de ces anciens qui ne faisaient que le rabrouer.
J’aurai beaucoup à apprendre.
Pel s’abîma dans ses pensées tandis que Crang souriait et disait à tous de ne pas intervenir.
Seul Marcus bouillait de rage.
Lui aussi le savait : il ne pouvait plus arrêter Enkrid. Malgré tout, il avait envie de recourir à une méthode déloyale.
Même s’il devait être maudit pour le restant de ses jours, il voulait décocher sur-le-champ une flèche dans la tête du comte.
Bien sûr, cela ne servirait à rien.
Mais il ne pouvait s’empêcher d’en avoir envie.
Il voulait empêcher Enkrid de s’avancer dans les bras d’un salaud dont la seule apparence était déjà menaçante.
Il s’adressa donc à Crang, qui souriait toujours.
« J’ai vraiment du mal à croire que tu arrives encore à sourire. »
« Commandant Marcus, si ce n’est pas maintenant, alors quand ? Si Enki meurt, je crois que nous mourrons tous, de toute façon. »
« … Il nous reste toujours la solution de dernier recours. »
« Je ne m’en servirai pas. »
« Pourquoi ? »
« Une couronne ne vaut pas la peine d’être prise si je dois laisser mourir un ami pour l’obtenir. »
Crang était toujours Crang. Il était resté lui-même.
Marcus trouvait cela exaspérant, mais c’était aussi pour cette raison qu’il servait cet homme.
Ce ne fut qu’alors que Marcus put enfin se détendre.
Il n’avait plus qu’à tout miser sur Enkrid.
« Alors… »
Marcus rit à son tour, mais son rire sonnait creux.
* * *
Le comte ne regardait pas ceux qui approchaient.
Ses yeux étaient fixés sur l’arrière du champ de bataille. Le détachement qu’il avait envoyé pour arracher la gorge de cette maudite sorcière commençait à frapper la ligne arrière.
Maudite garce.
Dans sa tête, le comte maudit Esther une bonne centaine de fois.
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