Chapitre 397
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 397 : L’aube avait laissé sa trace
= = =
Enkrid ajusta sa prise sur Argent.
Au même instant, il réfléchit.
Le cavalier qui chargeait, la pointe de sa lance en plein vol.
Le Cœur de la Bête lui insufflait de l’audace, et le Point de concentration découpait les mouvements de l’ennemi en une succession de segments.
Grâce à son ouïe et à sa vue aiguisées, il calcula naturellement le moment où la pointe de la lance l’atteindrait.
Puis il frappa.
Malgré tout, quelque chose le taraudait.
Pas assez.
Il avait manqué quelque chose.
Son analyse prit fin en un instant, et il sut aussitôt ce qu’il devait corriger.
Et s’il avait avancé davantage à cet instant ? Un demi-pas de plus aurait suffi. Le transfert de force aurait été plus facile.
Une différence dans la longueur du pas changeait la façon dont la force se propageait.
Enkrid balança son épée, réajusta sa prise, la ramena en arrière et refit exactement le mouvement qu’il avait imaginé.
Allonger le pas. Corriger sa posture. Puis frapper dans le vide.
Fouish.
Il n’avait pas besoin de vitesse. Un coup modéré suffisait, du moment qu’il sentait la force se transmettre.
La lame fendit l’air et s’arrêta exactement à l’endroit voulu.
Conclusion : c’était la bonne façon de faire. En allongeant son pas, il transmettait la force plus aisément. Enkrid le comprit et grava ce mouvement dans son corps.
« Personne ne vient ? »
Il leva la tête en parlant.
Des milliers de personnes étaient rassemblées là. Deux armées se faisaient face.
Bien sûr, Enkrid ne regardait pas les armées. Il avait seulement levé les yeux pour voir si son prochain adversaire allait sortir.
Pourquoi ne venaient-ils pas ?
Il observait les environs avec cette seule question en tête.
C’était le premier affrontement, le premier duel.
Ceux qui se tenaient en retrait ne voyaient pas grand-chose, mais tous ceux qui étaient devant avaient tout vu.
La ligne ennemie en face d’eux aussi.
Dans ces circonstances, il était normal d’hésiter à s’avancer.
* * *
« En un seul coup ? »
Zalban fronça les sourcils. Il avait deux lieutenants. Celui qui était parti était le plus faible des deux, mais il avait assez de talent pour ne pas se laisser facilement malmener, même par un écuyer d’un ordre de chevalerie.
« Il a baissé sa garde ? Quel idiot. »
L’autre lieutenant prit la parole et s’avança.
« Attends. »
Zalban leva la main pour l’arrêter. Le lieutenant tira sur les rênes et s’immobilisa.
Zalban jugea que son adversaire n’était pas un combattant ordinaire.
Son lieutenant avait tout de même baissé sa garde. Ce n’était pas quelqu’un qui aurait dû mourir d’un seul coup. Après un bref instant de réflexion, Zalban prit sa décision.
« J’y vais. Binyu, suis-moi et couvre-moi. »
Zalban ne partit pas seul. Il emmena son lieutenant avec lui.
L’important était de faire croire qu’il ne s’agissait que d’un renfort arrivant avec quelques pas de retard.
La spécialité de ce lieutenant, c’était le lancer de lance.
Une seule intervention bien synchronisée suffirait.
Même si quelqu’un de l’armée adverse venait l’aider, le résultat ne changerait pas.
Il était rare de trouver un homme aussi redoutable au lancer de lance.
« Allons-y. »
Hiiii.
Zalban éperonna son cheval et son lieutenant le suivit.
* * *
Le maître de guilde rattaché au groupe d’Enkrid resta figé, bouche bée de stupeur. Ce ne fut qu’en voyant deux hommes sortir des rangs ennemis qu’il finit par parler.
« N-ne devrait-on pas envoyer quelqu’un de notre côté, nous aussi ? »
Il s’adressa à Rem et Ragna.
« Haaah… C’est loin d’être suffisant. »
Rem répondit dans un bâillement.
Enkrid leur en avait montré assez au cours du dernier mois.
Personne ne s’inquiétait.
Ragna avait déniché une pomme et la croquait avec entrain.
Croc, croc. On aurait dit qu’il allait aussi manger les pépins.
Jaxon ne disait rien. Les bras croisés, les yeux fermés, il se tenait là. Le maître de guilde était incapable de deviner ce qu’il pensait.
Mais qu’est-ce qu’ils ont, tous ?
Personne n’allait sortir des rangs de l’armée principale non plus ?
Il se tourna vers l’armée principale. Tout était calme. Enfin, il y avait des murmures, mais personne ne semblait prêt à charger.
En fait, eux aussi observaient la scène.
Après le départ d’Ingis, Marcus avait pris le commandement de l’armée royale.
Ses paumes étaient moites. S’ils perdaient ce duel et ce premier affrontement, ils perdraient aussi toute la bataille.
S’ils perdaient l’initiative, ils ne pourraient pas la reprendre.
Les forces ennemies leur étaient bien trop supérieures.
On est foutus.
Ce fut la première pensée de Marcus lorsqu’il apprit le nombre d’ennemis.
Puis il avait vu leur niveau d’entraînement, et même Marcus avait failli perdre courage. C’est alors qu’Enkrid s’était avancé.
Au moment où personne ne s’y attendait, il avait fait ce à quoi personne ne s’attendait.
C’est ainsi que le combat avait commencé.
Cela faisait un moment que Marcus n’avait pas vu Enkrid se battre. Il en était resté stupéfait.
Il était aussi fort que ça ?
Son adversaire était l’un des lieutenants au service des Cinq Armes du comte.
Même un lieutenant à leur service n’était pas un combattant ordinaire.
Pourtant, son torse avait été fendu d’un seul coup.
Ce n’était pas de la chance. Enkrid n’avait pas exploité une ouverture. Il s’était dressé devant lui et l’avait écrasé par sa vitesse et sa puissance supérieures.
Marcus avait au moins compris cela.
Ensuite, il avait pris un instant pour réfléchir. Leur situation ne valait guère mieux que celle d’un homme suspendu au bord d’une falaise.
Ou que celle de quelqu’un qui cherchait désespérément un appui solide dans un marécage de tous côtés.
Dans les deux cas, c’était pareil.
Un mauvais choix, un faux pas, et ils étaient perdus. Cette réalité l’avait rendu prudent.
« On envoie des renforts ? »
Au lieu de décider seul, il interrogea la chevalière à ses côtés, Aisia.
« Contente-toi de regarder. »
Aisia répondit sèchement, puis se dit :
C’est moi qui devrais être là-bas.
Sans un mot, sans signe, sans prévenir personne, Enkrid était parti seul et avait abattu l’ennemi.
Je ne peux pas exactement annuler le duel et lui dire de venir m’affronter à la place.
L’espace d’un instant, elle s’imagina s’avancer devant l’ennemi pour proposer qu’ils remettent les compteurs à zéro et recommencent.
C’était évidemment absurde.
Surtout, s’Enkrid ne s’était pas avancé, ils auraient peut-être perdu avant même que tout commence.
Ils avaient déjà évalué les forces ennemies en envoyant l’équipe de reconnaissance. Ce qu’ils n’avaient pas mesuré, c’était leur niveau d’entraînement et leur équipement.
L’armée territoriale du comte était solide.
Comme la pierre.
L’écart de puissance était vertigineux.
Il était naturel de rester figé un instant après avoir vu ça. Plus on avait d’expérience, plus c’était naturel.
Alors Enkrid s’était-il avancé parce qu’il ne le savait pas ?
Non.
Il savait tout cela et n’avait pourtant pas hésité. Il avait foncé seul et pris la responsabilité d’engager la bataille.
Aisia accepta sa défaite sans tergiverser.
Pas seulement en matière de talent, mais aussi de courage.
Quel type classe.
Elle le pensa tout bas et le regarda.
Là-bas se tenait l’homme qui avait fièrement proclamé que son rêve était de devenir chevalier, avant de lui fracasser à moitié le visage.
Et l’homme qui l’avait sauvée.
« Ouais, vas-y. Massacre-les tous. »
Aisia marmonna. Avant qu’elle ne s’en aperçoive, son cœur s’était glissé dans sa voix.
Au centre du champ de bataille, sous les yeux des deux armées, un cri de guerre retentit.
« Kkiyat ! »
L’une des Cinq Armes.
Zalban, qui maniait deux lances courtes, chargeait. Aisia le vit distinctement.
* * *
Enkrid vit la poussière flotter dans l’air. Il vit les gouttes de sang éparpillées, perlant sur l’herbe.
À une dizaine de pas devant lui, le cavalier sauta de cheval.
Au moment où son pied toucha le sol, même les mottes de terre soulevées sous son poids lui apparurent comme des grains distincts.
Les brins d’herbe ondulaient dans le vent. Il entendit un minuscule tiddidik. L’herbe saluait l’herbe.
Il sentit le poids de l’épée dans sa main. Il percevait aussi la texture et le poids des vêtements et de l’armure qui frôlaient tout son corps.
Un poids idéal.
Il avait baptisé Argent l’épée qu’il tenait.
Aujourd’hui, pour une raison ou une autre, il appréciait son poids plus que jamais.
Il regarda la lame et remarqua de fines entailles sur le tranchant. Il serait bon de l’affûter à la pierre.
« Tu es venu jusqu’ici parce que tu as confiance en tes capacités, pas vrai ? Comment t’appelles-tu ? »
L’homme qui s’approchait lui posa la question.
Enkrid ne répondit pas. Il se contenta de savourer tout ce que ses sens lui transmettaient.
Le vent lui caressait la joue. Le soleil pesait sur son casque. Ah, c’était un peu dommage.
Enkrid retira son casque.
Le soleil et le vent lui parurent plus proches qu’avant.
La vaste plaine ne comptait aucune colline assez haute pour se cacher derrière. Autrement dit, le vent pouvait y souffler à sa guise.
Dans l’Antiquité, les Plaines de Nauril étaient appelées la terre du vent.
Le vent courait sur la terre dégagée, sans rencontrer le moindre obstacle. Une course sans fin.
Fouuuuuuu !
Une violente rafale souffla de quelque part.
Zalban fléchit instinctivement les jambes.
Enkrid relâcha toute la tension de son corps. Le vent glissa sur lui, l’enveloppa, puis s’éparpilla.
Zalban fronça les sourcils. Son adversaire avait-il flotté une seconde ? Non ? Était-ce une illusion ?
Il eut envie de se frotter les yeux.
Mais il ne pouvait pas non plus détacher son regard de lui, ne serait-ce qu’un instant.
Au moindre relâchement de sa vigilance, cette lame lui transpercerait le ventre.
Même sans avoir baissé sa garde, le premier homme n’aurait pas tenu plus de quelques échanges. À présent qu’il l’avait vu de près, Zalban en était certain.
C’est bien réel.
Son adversaire lui était supérieur.
Zalban resserra sa prise sur sa lance courte. Les veines du dos de sa main saillirent.
Il se calma et dessina dans sa tête le déroulement du combat.
Parer son épée de la main gauche…
Au milieu de sa réflexion, le regard de Zalban glissa vers la taille d’Enkrid. Deux autres épées y étaient accrochées. Une bandoulière garnie de dagues de lancer lui barrait aussi clairement le torse.
Trois épées. Il ne les avait pas emportées pour rien.
Alors il se servirait aussi du reste.
En y regardant de plus près, Zalban aperçut également un couteau caché près de sa cheville.
L’adversaire se tenait là, les bras ballants, toujours repoussé par le vent.
Encore.
Zalban reprit le combat depuis le début. Parer de la main gauche l’épée qu’il tenait, puis frapper de la lance courte dans sa main droite plus vite que quiconque ?
Non, encore.
La sueur commença à perler sur le front de Zalban. Il dépensait toute son énergie mentale.
Il recommença.
Frapper de la gauche. Le forcer à se défendre.
Ensuite, il ferait pivoter la lance courte dans sa main droite. Oui. Il devait utiliser toutes les techniques qu’il avait préparées. C’était la bonne solution.
Ses yeux le brûlaient. Il avait l’impression d’être enfermé dans une prison où même cligner des yeux était interdit. Malgré tout, Zalban résista habilement à cette pression. Lui aussi avait traversé d’innombrables fois la rivière de la Mort.
Il avait déjà subi ce genre de pression à de nombreuses reprises.
Tue-le.
Dès qu’il passerait à l’attaque, son lieutenant, telle une paire de bras supplémentaire, lancerait une lance.
Je n’aurais pas pu la parer non plus.
Une lance lancée depuis son angle mort, au beau milieu du combat.
Et son allié était un tireur d’élite.
Le lieutenant se battait presque aussi bien qu’un écuyer de bon niveau.
Pour le lancer de lance, il n’aurait pas été surprenant de le qualifier de chevalier junior.
Une goutte de sueur tomba au sol.
L’adversaire cligna une fois des yeux. Zalban tressaillit et ses épaules se crispèrent.
Ce salaud ? Sous une telle pression, alors qu’une concentration totale ne suffisait pas, il était assez détendu pour cligner des yeux ? Zalban faillit prendre appui et bondir sur lui.
Épée Illusoire ?
Une feinte ? Oui, une feinte. Dès qu’il en eut la certitude, Zalban prit appui sur son pied planté au sol.
Il commença à réduire peu à peu la distance de dix pas.
Une approche prudente.
Enkrid observa son adversaire s’approcher, puis regarda au-delà de lui.
Tout lui apparaissait toujours dans les moindres détails. Les sensations qui parcouraient son corps demeuraient aussi nettes.
Mais soudain, son champ de vision s’élargit et il distingua ce qui les entourait.
D’abord, l’homme derrière Zalban, qui se décalait peu à peu.
Si la situation tournait mal, il interviendrait. La lance qu’il pointait dans son dos agaçait Enkrid.
Naturellement, il surveillait aussi celui qui venait vers lui. Sa progression à pas mesurés lui semblait exaspérante.
Au même instant, une pensée lui vint.
Si je perds ici, les dégâts seront énormes.
Il pouvait déjà voir l’issue.
L’ennemi était plus fort. Il était aussi plus nombreux et mieux entraîné.
Le comte s’était bien préparé.
Et pourtant, tout irait bien.
Sur le continent, les guerres se jouaient grâce à de petits groupes d’élite. La puissance des chevaliers changeait le cours des batailles.
Le premier chevalier de l’histoire avait changé le sens du mot « chevalier », qui n’avait jusque-là désigné qu’un rang.
Les chevaliers changeaient le visage de la guerre.
Enkrid était là parce qu’il voulait, lui aussi, changer les choses.
Change les choses.
Pourquoi avait-il voulu devenir chevalier ?
Pour sauver et protéger.
Il voulait se battre pour ce qu’il estimait juste et protéger ceux qui se tenaient derrière lui.
Depuis le jour où il avait pris une épée pour la première fois, il avait voulu vivre ainsi.
Une chanson de barde s’était enfoncée dans son cœur et était devenue sa boussole.
Il avait marché, marché encore, jusqu’à se retrouver ici.
L’aube avait teint son rêve délavé et déchiré, et y avait laissé sa trace.
Sans tenir compte des pas prudents de son adversaire, Enkrid s’avança.
La façon dont il prenait appui au sol et avançait tenait presque de la course.
Mais il n’avait pas l’air pressé.
Il marchait en balançant le bras qui tenait son épée, et celle-ci oscillait au même rythme.
Quand la distance se réduisit à moins de cinq pas, Zalban prit son élan.
« Kkiyot ! »
Il frappa avec sa lance gauche.
Enkrid saisit Argent, plaça sa garde en diagonale devant son torse et fit pivoter son poignet.
Une main délicate ne transformait pas l’acier en coton.
À l’instant où le tranchant rencontra la pointe de la lance, il laissa la force glisser sur le côté. Son épée poursuivit sa course tout en dissipant la puissance de la lance.
Il vit les yeux de son adversaire. Des yeux bruns, injectés de sang. Il faisait sec, aujourd’hui ? Pourquoi les yeux de ce type étaient-ils dans un tel état ?
Une pensée parasite s’interposa.
Son adversaire leva la main droite et frappa.
Il ne l’atteindrait pas. Il accomplit pourtant le geste.
Boum !
Dans une détonation, la pointe de la lance fut projetée. C’était une arme dotée d’un mécanisme spécial.
Enkrid ne dévia pas la lame qui filait vers lui. Il recula de nouveau.
Clang-clang !
L’explication était longue, mais tout se passa en un instant absurde de brièveté.
Zalban frappa de la gauche, tira la lance de sa main droite et deux chocs métalliques retentirent.
Puis vint l’impact d’une lame déchirant la chair.
Paf !
Enkrid para deux fois et frappa une fois. Il avait accompli les trois gestes avec l’unique épée qu’il tenait de la main droite.
Son troisième coup fendit le torse de son adversaire.
Zalban portait plusieurs couches de cuir et une épaisse sous-couche faisant aussi office d’armure, mais l’épée d’Enkrid traversa tout et entailla la chair et les muscles.
Le coup atteignit le cœur avec une précision parfaite.
Les vaisseaux sanguins des yeux de Zalban ressortirent davantage encore.
« Hum ! »
Il cracha du sang, recula en titubant de quelques pas, puis s’effondra. Ses genoux heurtèrent le sol en premier.
« Ah ! »
Ce ne fut qu’alors que l’homme derrière lui lança sa lance.
Elle fonça vers le visage d’Enkrid.
La pression de l’air le frappa d’abord au visage dans un vrombissement.
Enkrid abattit son épée.
Clang !
La lance lancée accrocha la trajectoire de sa lame, ricocha sur le côté et roula au sol.
Le lieutenant, qui s’apprêtait à lancer une deuxième lance, s’immobilisa.
Il était évident qu’un autre lancer ne changerait rien, et son corps se raidit de lui-même.
Enkrid balança finalement son épée de la main droite une quatrième fois et mit fin au combat.
Zalban vit le sol foncer vers son visage. Le monde devint rouge. Il pensa :
L’écart de niveau était là depuis le début.
Son adversaire jouait dans une autre catégorie. Zalban avait attaqué deux fois, dont une avec une pointe de lance projetée par surprise, et pourtant, il avait paré les deux coups sans difficulté.
Comment était-ce possible ?
La raison était simple.
Le coup d’épée descendant de son adversaire était plus rapide et plus précis que le sien. Ce qu’ils avaient développé au fil du temps n’avait rien à voir.
Telle fut la conclusion de Zalban.
Enkrid fit voler le sang de son épée.
Jusqu’alors, le lanceur de lance n’avait ni pu charger ni pu s’enfuir.
Son regard ne faisait que virevolter autour de lui.
« Tu ne viens pas ? »
Enkrid le regarda et lui posa calmement la question. Ce n’était ni une provocation ni un reproche. Il semblait simplement lui demander ce qu’il comptait faire.
Une étrange tension s’installa. L’homme à la lance se ressaisit et resserra sa prise sur la hampe.
« Espèce de taré ! »
Un soldat ennemi, pris de panique, se lança de nouveau à l’assaut. Il éperonna son cheval en tirant sur les rênes.
Paf-paf-paf-paf !
Il semblait prêt à charger droit sur lui, mais, à une vingtaine de pas, il tira sur les rênes.
Puis, à cheval, il leva un arc court et banda la corde.
Lui aussi faisait preuve d’une habileté impressionnante.
Tirer à l’arc à cheval n’était pas à la portée de tout le monde.
Une flèche décochée en pleine charge fuserait comme un trait de lumière.
En le voyant charger et tirer, Enkrid lança la main gauche.
Bien sûr, il y insuffla sa Volonté instantanée.
Il accéléra le geste qui consistait à dégainer son épée, à la saisir et à la lancer.
Foum, ching.
L’épée et la flèche se croisèrent sur deux trajectoires différentes.
Paf !
Un impact net retentit.
L’archer qui avait bandé son arc à vingt pas décocha sa flèche, puis reçut aussitôt une épée en pleine poitrine. Son corps se souleva un instant derrière la selle.
C’était le lancer d’Enkrid qui avait créé cette scène.
Gladius fila tout droit et se ficha dans la poitrine de l’homme.
La flèche qui arrivait ne lui semblait qu’un point, mais elle se trouvait largement dans son champ de perception. Il n’avait rien à craindre ; dès qu’il eut lancé Gladius, il plongea tout naturellement sur le côté et roula au sol.
Paf !
La flèche se planta dans la terre.
Au-delà, le cheval qui avait porté l’archer s’éloigna sans cavalier.
Clac, clac, clac !
Hiiiiii !
Le cheval poussa un long hennissement. Peut-être savait-il que son cavalier était mort.
L’homme frappé à la poitrine fut projeté en arrière et roula au sol. Le sang qui jaillissait de lui imbiba l’herbe.
Enkrid s’approcha et retira Gladius.
Un craquement sec retentit lorsque les côtes du cadavre se fendirent et se brisèrent.
Si, pour prendre un exemple, il n’avait disposé que de trois aujourd’hui pour affronter cet écuyer briseur de flux, qu’est-ce qui se serait passé ?
Enkrid avait l’impression de pouvoir en faire la démonstration ici même.
Au lieu de trois aujourd’hui, il avait condensé tout cela en un mois.
Aujourd’hui, son corps lui semblait particulièrement léger.
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