Chapitre 395
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 395 : En une seule bataille
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« Suis-je allé trop loin ? »
Le Passeur posa la question.
« C’était une lubie. »
Le Passeur répondit.
« C’était de la folie. Qu’est-ce qu’il y avait de si joli là-dedans ? J’ai dit que c’était amusant ? Ça n’a duré qu’un instant. »
Le Passeur reprit la parole.
« Cela ne faisait-il pas partie de ce qui devait arriver ? »
Le Passeur posa de nouveau la question.
« Les humains sont des êtres pleins de potentiel et de possibilités. »
« C’est pour cela qu’ils sont arrogants. »
« Il sera pareil. »
« Qui sait ? Tout comme il nous a divertis, la suite pourrait changer, elle aussi. »
« S’il finit par rester coincé là-bas, alors tant pis pour lui. »
Un échange solitaire de questions et de réponses se déroula, sans personne pour l’entendre.
* * *
Crang convoqua la première réunion stratégique sur le terrain d’entraînement du palais. Il y fit installer une petite estrade et posta la Garde royale tout autour.
Les nobles arrivèrent les premiers.
Là où les gens se rassemblent, les paroles vont bon train. Celui qui avait entendu toutes sortes de rumeurs fut le premier à prendre la parole.
« J’ai entendu dire que cinquante lycanthropes étaient apparus devant les gardes-frontières. Il paraît que le comte Molsen est aussi un mage. Qui sait ce qui pourrait encore surgir de ses terres ? »
« Hein. »
« C’est dangereux. C’est un miracle qu’ils aient réussi à les contenir. Un vrai miracle. »
« Et pas seulement des lycanthropes. Il paraît que la Créature démoniaque qui a semé la panique dans la capitale, l’autre fois, était aussi de son fait. »
« Ce n’est pas tout. On dit aussi que le comte est derrière l’incident du palais, qui impliquait le vicomte Mernes. »
Crang ne maîtrisait pas la circulation des informations. Il les diffusait au contraire davantage. Ainsi, tout le monde connaissait les détails de ces incidents.
« Ils disent même qu’il va falloir se battre sans rappeler le moindre chevalier de l’extérieur. »
« C’est insensé. Au moins un chevalier des Chevaliers à la Cape Rouge devrait venir immédiatement. »
« … Ça ne va quand même pas devenir un combat impossible à gagner ? »
Un jeune noble héréditaire dépassa les bornes. Les mots lui échappèrent avant qu’il ait pu les retenir, poussés par l’inquiétude.
Même si seuls les partisans de Crang étaient encore là, cela ne signifiait pas qu’ils pensaient tous de la même façon. Dès que l’inquiétude s’installait, la confiance vacillait.
C’était précisément ce qui se passait.
Des nobles héréditaires aux nobles de moindre rang, en passant par les propriétaires de compagnies marchandes de la capitale et les maîtres de guilde, tous s’étaient rassemblés là.
« Quelle insolence. »
« Vous ne pouvez même pas faire confiance au seigneur que vous avez choisi ? »
Deux nobles qui observaient la scène en silence le réprimandèrent, puis celui qui avait pris la parole le premier s’exprima de nouveau.
« Je ne crois pas que les reproches nous aideront. Nous devrions évaluer la situation, prendre le pouls du moment et juger en conséquence. Si une foi aveugle suffit, autant aller prier dans un temple, non ? »
« Baron Zepl, que cherchez-vous exactement à dire ? »
L’homme appelé baron Zepl répondit aussitôt.
« Je dis qu’il faut regarder la réalité en face et faire ce qui doit être fait. »
« Vous parlez de trahison ? »
Celui qui avait lancé ces mots semblait prêt à en venir aux mains à tout instant.
La réunion se tenant sur le terrain d’entraînement, tout le monde était armé.
Quelques non-nobles froncèrent les sourcils. Est-ce que tout cela était vraiment raisonnable ? Personne ne savait combien de temps cette guerre civile allait s’éterniser ; était-il vraiment judicieux de se ranger aux côtés de gens pareils ?
« Vous voulez du sang, baron Ludin ? »
Leurs façons de s’adresser l’un à l’autre étaient rigides. Ils n’étaient pas des ennemis jurés, mais leurs terres se touchaient, séparées par une mine, et ils s’étaient déjà affrontés.
Impossible qu’ils soient en bons termes.
En marge de cette petite querelle, l’inquiétude se répandit encore davantage parmi le groupe.
Les nobles dont les terres jouxtaient celles du comte Molsen étaient les plus préoccupés.
Que deviendraient leurs terres si une horde de Créatures démoniaques s’établissait et chargeait ?
La perte d’une seule ville serait catastrophique.
Même en pleine guerre civile, fallait-il vraiment risquer tout ce qu’ils possédaient ?
Et s’ils perdaient ? Non… Même s’ils gagnaient, que resterait-il ?
Si des guerres territoriales éclataient ensuite, qui le roi soutiendrait-il ?
Le camp qui se serait le mieux battu ? Ou celui qui lui serait utile à ce moment-là ?
Les nobles n’étaient pas les seuls à se poser ces questions. Les maîtres de guilde et les autres ressentaient la même chose.
Tous ceux qui s’étaient rassemblés ici avaient beaucoup à peser sur le plan politique. Ils n’en demeuraient pas moins courageux et déterminés.
N’étaient-ils pas ceux qui avaient tourné le dos au comte Molsen ?
Bien sûr, beaucoup d’entre eux n’auraient jamais pu faire cause commune avec le comte, quoi qu’il arrive.
L’un avait perdu la compagnie marchande de sa famille, bâtie au fil des générations, après que le comte eut accaparé le commerce des environs sous prétexte de faire des affaires.
Un autre avait perdu la moitié de son territoire après avoir été contraint de payer des frais de protection exorbitants, sous prétexte que le comte l’avait « protégé » des attaques de Créatures démoniaques alentour.
Les gens comme eux grinçaient des dents chaque fois que le nom de Molsen était prononcé.
« Des humains transformés en Créatures démoniaques ? Non, il a accueilli des hordes de Créatures démoniaques dès le départ. Comment peut-on appeler humain quelqu’un comme lui ? »
Certains exprimaient sans détour ces évidences.
Celui qui venait de parler était un maître de la guilde des artisans. Les membres de sa guilde tiraient fierté de forger des armes pour l’humanité ; il était donc naturel qu’il parle ainsi.
Plus de vingt personnes s’étaient réunies.
Les grands nobles, comme le marquis Baisar et le marquis d’Okto, n’étaient pas encore arrivés.
À vrai dire, ils se trouvaient tous deux auprès de Crang.
Dans un petit bâtiment derrière le terrain d’entraînement, une baraque imprégnée d’une odeur de sueur rance.
« Ils ne sont pas tous du même avis. »
« Mais nous ne pouvons pas les traiter en ennemis. »
Les deux marquis prirent la parole à tour de rôle.
Certains avaient rejoint le camp que les circonstances semblaient favoriser.
D’autres soutenaient Crang, mais n’avaient pas l’intention de tout risquer.
Et d’autres encore avaient leurs propres préoccupations.
Ils n’en étaient pas moins nécessaires.
Ils ne pouvaient même pas estimer l’étendue des forces que le comte dissimulait.
Dans ces conditions, même si une goule se rangeait à leurs côtés, ils n’avaient d’autre choix que de fermer les yeux et de l’accepter, pour l’instant.
Non, le comte Molsen faisait déjà exactement la même chose.
« Alors, c’est un mage. »
Baisar fronça davantage les sourcils.
Quoi que le comte Molsen eût fait, des êtres impossibles à identifier, humains ou Créatures démoniaques, s’étaient ralliés à lui.
On ne pouvait savoir comment c’était possible, pas pour l’instant, et il n’était pas nécessaire de le savoir.
Il ne restait qu’à se battre et à gagner.
« Il faut voir à long terme. »
Le marquis d’Okto ajouta son mot.
Sa puissance venait de ses terres. Sans cela, il n’aurait jamais mérité l’épithète d’« Okto ».
Plus la guerre s’éterniserait, plus le marquis d’Okto en souffrirait.
Si les batailles éclataient de toutes parts, les terres agricoles resteraient-elles intactes ?
Et pourtant, il affirmait que la guerre ne devait pas s’achever trop vite. Pour l’emporter, il faudrait épuiser les forces du comte Molsen.
Au fond, il comptait sans doute aussi faire durer les choses jusqu’à ce que les ordres de chevalerie interviennent de leur propre chef.
« Vous avez dit que vous refuseriez l’intervention des chevaliers ? Vous n’auriez pas dû faire ça. »
Non, il ne faisait qu’énoncer une vérité toute simple.
Si le but était la victoire, il ne fallait pas choisir ses méthodes. Il avait raison.
À toutes ces remarques, Crang ne répondit que par un léger sourire. Le temps était clair et le soleil, doux. L’été approchait.
C’était la saison où le chant des insectes s’amplifiait.
« Quel beau temps. »
Crang prit la parole.
Marcus arriva en retard, vit les mines fermées des deux marquis et demanda :
« Vous l’avez engueulé ou quoi ? »
On pouvait dire de Marcus qu’il était d’une loyauté absolue. Si les deux marquis s’étaient ralliés à Crang sous certaines conditions, ou parce qu’ils ne supportaient pas le camp adverse, Marcus, lui, avait tout misé sur Crang en tant qu’homme.
« Vous manquez de tenue, Marcus. »
« Depuis quand vous souciez-vous de ma tenue ? »
Marcus rétorqua au marquis et se plaça aux côtés de son seigneur.
« Vous allez en finir en une seule fois, hein ? »
La question était naturelle.
« Il le faut. Je n’ai pas assez de tripes pour recommencer. »
Crang répondit.
« Ah, vous n’avez pas assez de tripes pour le faire deux fois ? Voilà une jolie façon de vous moquer de ceux qui en ont vraiment peu. »
Marcus plaisanta.
« Qu’entendez-vous par en finir en une seule fois ? »
C’était le marquis Baisar qui parlait. Vieux politicien, il ne montrait presque jamais sa surprise. Malgré tout, il ne pouvait laisser passer ces mots.
Ils signifiaient tout miser sur une seule bataille.
« Si nous faisons durer cette guerre civile, que restera-t-il de ce pays ? »
Crang lui retourna la question avec un sourire.
« Si nous ne gagnons pas cette guerre civile, nous perdrons tout ce que nous avons. »
Un raisonnement qui se tenait.
« Alors, gagnons. »
« Avec une telle foule, la victoire vous paraît facile ? »
« Vous sous-estimez les forces du comte ? »
« Ni l’un ni l’autre. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir. Pour le reste, nous ne pouvons que prier pour que la Déesse de la Fortune nous sourie. »
« Nous devons éviter d’en arriver là. »
La victoire, même si elle devait épuiser le royaume.
Crang secoua la tête en son for intérieur.
Il comprenait malgré tout les deux hommes qui se tenaient devant lui.
Perdre, c’était tout perdre. Voilà comment ils voyaient cette bataille. Crang, lui, regardait plus loin.
Gagner ne pouvait pas être une fin en soi.
Le comte Molsen tenterait probablement, lui aussi, d’en finir en une seule bataille.
Pour les deux marquis, c’était tout naturel.
Si l’on convoitait le trône et voulait qu’il demeure le siège du roi par la suite, il fallait agir ainsi.
Il ne pouvait pas devenir une bête dévorée par les charognards une fois la bataille terminée.
Rihinshtetten au sud, Azpen à l’est.
Les ennemis étaient encore nombreux. La menace des Terres Maudites demeurait terrifiante.
Il fallait donc en finir ici et maintenant, d’un seul coup, avec les forces dont ils disposaient.
« Plus vaste, plus grand. »
« La menace des Terres Maudites grandit chaque année et nous continuons à perdre du territoire. Je ne veux pas rester les bras croisés à regarder ça. »
Crang laissa de côté tout le reste et parla de l’avenir. Les deux marquis n’étaient pas des imbéciles. Ils comprirent tous les deux.
Après la guerre civile, Crang dessinait déjà l’avenir.
Les deux marquis gardèrent le silence.
« Pour l’instant, mon esprit est trop étroit pour saisir une vision aussi grandiose. »
Marcus lança alors une remarque qui tenait presque de la plaisanterie.
C’était une vieille expression.
On aurait dit une raillerie, mais le véritable sens était le suivant : si comprendre les intentions de Crang était difficile, ne valait-il pas mieux lui faire confiance et le suivre malgré tout ?
Les deux marquis comprirent, bien sûr.
Cela ne signifiait pas qu’ils allaient laisser passer la remarque.
« Cette langue lui attirera des ennuis, un jour. »
« Je le lui ai répété bien des fois, mais il ne se corrige jamais. »
Les deux marquis critiquèrent Marcus avec élégance, tandis que celui-ci riait et suivait son seigneur.
Crang sortit.
Il était temps d’affronter les nobles, les maîtres de guilde, les marchands et tous les autres qui s’étaient rassemblés.
Il avait besoin de leurs forces. Ils ne disposaient ni d’une légitimité incontestable ni de troupes en abondance.
Surtout, pour se battre comme il fallait, ils devaient ne faire qu’un.
L’idéal serait qu’ils aient tous la même volonté, mais si c’était trop difficile, ils pouvaient tout de même s’unir autour d’un centre commun.
Et si même cela échouait, il pouvait fixer des conditions.
La même pensée lui revint.
Le combat était-il perdu d’avance ?
Crang rejeta aussitôt cette question empreinte d’autodérision.
Depuis quand ne livrait-il que des combats favorables ?
Une position défavorable ne signifiait pas la défaite.
À ses côtés se tenait un homme qui avait rendu possible l’impossible.
La moitié de ce qu’Enkrid avait montré suffirait.
La moitié de la chance dont Enkrid parlait sans cesse suffirait aussi.
Il fallait commencer par poser la première pierre ici.
Crang monta sur l’estrade, se tint sous la douce lumière du soleil et balaya l’assemblée du regard.
Les murmures de la foule se turent naturellement.
« Avez-vous bien dormi ? »
Ce furent ses premiers mots.
Quelques échanges suivirent. Les soupirs, les pensées et les inquiétudes des nobles se déversèrent.
Crang les écouta tous, puis leva doucement la main et l’abaissa d’un geste ample. Ce geste bref, puis les mots qui suivirent, leur clouèrent le bec.
« Je crois que nous allons gagner. N’est-ce pas ? »
Convaincu de la victoire ? Sur quoi se fondait-il ?
« Baron Zepl, j’ai entendu dire que vos fantassins légèrement armés courent si vite que personne ne peut les égaler en forêt. »
Zepl commandait une troupe de rangers qu’il nourrissait, logeait et élevait dans les bois.
Lui-même était du genre à bondir de son lit dès qu’il était question de chasse.
« … Oui. »
« Et vous, baron Ludin, j’ai entendu dire que vous maniez remarquablement bien la lance. »
« Je ne suis pas très doué. »
« Pour quelqu’un qui manque de talent, vous avez pourtant rêvé de rejoindre un ordre de chevalerie, à ce que j’ai entendu. Me trompé-je ? »
« C’était un rêve d’enfant. »
On disait qu’il surpassait les écuyers. Crang eut un léger sourire.
« Je dis qu’une seule fois suffira. Une seule. »
Sa voix résonna sur le vaste terrain d’entraînement, puis s’éteignit rapidement.
Et pourtant, les paroles de Crang semblèrent s’attarder.
Comme si elles flottaient dans l’air, comme si elles se gravaient dans leur esprit.
Les bras ballants le long du corps, il n’arborait qu’un léger sourire.
Il n’avait pas l’air d’un roi guerrier, ni d’un grand stratège.
Mais il avait tout de même l’air d’un homme auquel ils pouvaient faire confiance. Si c’était un imposteur, il aurait été légendaire.
Mais ce n’était pas un imposteur. C’était le prochain roi et le chef actuel de leur faction.
« Comment allez-vous vous battre ? »
« Il nous a donné rendez-vous dans les Plaines de Nauril. Nous irons donc là-bas. »
Son ton était aussi calme que s’il annonçait qu’il allait saluer un ami venu de l’autre bout de la ville.
Cette sérénité et ce sang-froid leur inspirèrent confiance.
La certitude de la victoire.
Certains suivaient Crang depuis le début.
« Je commande cinquante lanciers bien entraînés. Ce n’est pas beaucoup, mais je vous prie d’en faire bon usage ! »
Un noble prit la parole.
« Mes compétences sont modestes, mais je me tiendrai au premier rang. »
« J’ai constitué des réserves de céréales. Je vous enverrai du blé et des haricots. »
D’autres joignirent leur voix à la sienne.
Si l’inquiétude ne pouvait être dissipée, alors que la confiance la recouvre.
« Ayez confiance. Nous gagnerons. »
Voilà ce que fit Crang.
Sans grand discours, il donna un objectif commun à ceux qui étaient restés.
Une seule bataille, et cela suffirait.
« Et si le comte Molsen prépare autre chose ? »
Le marquis d’Okto marmonna.
On le disait génial dans l’administration intérieure, mais c’était autre chose pour la bataille. La guerre n’était pas sa spécialité.
Crang avait quitté l’estrade lorsqu’il répondit.
« Le comte Molsen est ambitieux et beaucoup trop rusé. Alors, c’est exactement ce qu’il fera. »
* * *
Un mois passa rapidement.
« Aucun chevalier ne vient ? »
À la question de son garde et de son aide de camp, le comte Molsen ajusta son armure et répondit :
« Vous êtes déçu ? »
« Oui. »
« Moi aussi. »
Il avait rassemblé ses forces en partant du principe que les ordres de chevalerie interviendraient.
Et maintenant, ils allaient devoir se battre sans chevaliers ?
Quel arrogant. Quel insolent bâtard.
Clang.
Il portait une armure renforcée de plaques d’acier et tenait en main l’épée magique qui symbolisait le comte. Entièrement équipé, il déclara :
« Dans les Plaines de Nauril, je mettrai fin à la Maison royale. »
Bwooooooo !
Les troupes du comte, campées dans les plaines, sonnèrent de leurs cors.
C’était le signal : qu’ils sortent et viennent se battre.
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