Chapitre 394
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 394 : Aube noire
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Il n’avait plus rien à faire au palais royal, et Crang s’apprêtait à être occupé.
Il était donc temps pour Enkrid de rentrer, lui aussi.
Juste avant qu’ils se séparent, il vit Matthew suivre Crang en traînant une jambe. Celui-ci l’envoya paître et le renvoya se faire soigner.
« Ça ne vaudrait pas mieux de se faire soigner au palais ? »
Le marquis d’Okto posa la question à Enkrid en regardant Matthew, puis s’apprêta à partir.
C’était le genre d’homme qui savait prendre soin des autres avec attention et minutie.
Il avait aussi du flair.
Sans cela, il ne se serait jamais rangé du côté de Crang.
« Ça va. »
Enkrid déclina. Son poignet droit guérirait assez vite.
Il lui suffisait de bien manger et de se reposer.
Rien ne l’obligeait à faire ça au palais.
Il savait remettre lui-même une articulation qui grinçait, Rem et Ragna pouvaient s’occuper de ce genre de premiers soins et, surtout, Esther était là.
« Si je pose les mains sur toi, tu guériras vite. »
N’avait-elle pas dit ça avec une assurance totale ?
Elle l’avait affirmé juste après la mort de ce clone, ou quoi que ce fût, du comte Molsen, en examinant le corps d’Enkrid.
« Si tu étais du genre à mourir pour ça, tu serais mort depuis longtemps. »
Voilà ce qu’elle avait ajouté. Elle avait l’air étrangement satisfaite. Enkrid ne comprenait pas ce qu’elle voulait dire, mais il ne chercha pas à en savoir plus. Elle n’avait pas l’air disposée à répondre, de toute façon, et Enkrid était déjà épuisé.
Il n’était pas sur le point de s’effondrer et de mourir, mais il avait traversé plusieurs des boucles de la journée, rossé Eisia, survécu aux mains du chevalier junior Brise-Flux, puis assisté à la dispute entre le comte Molsen et Crang.
S’il avait dû expliquer un à un tout ce qui s’était passé entre-temps, il en aurait eu mal à la bouche.
Bref, il s’était battu, avait tué et avait couru.
Ses jambes ne tremblaient pas, mais il voulait manger, se laver et se reposer.
Il empestait. Le sang et la sueur s’étaient mêlés.
En sortant, il aperçut Rem, qui venait de poursuivre un idiot.
Juste devant le palais, à côté d’Odd-Eye. Rem était couvert de sang au point de sembler s’y être baigné.
Enkrid le détailla du regard, et Rem dit :
« Ouais, j’ai fini dans cet état à courir après un salaud qui m’a frappé avant de prendre la fuite, puis de continuer à courir. »
Son mécontentement était manifeste. En y regardant de plus près, Enkrid remarqua qu’il tenait légèrement mal l’équilibre. Il s’était blessé à la cheville. Il ne boitait pas, mais il était blessé.
« Ce salaud avait encore un tour en réserve pour la fin. »
Rem répondit de nouveau, bien que personne ne lui eût posé la question. Il ne souriait toujours pas.
Il n’était donc pas satisfait.
On aurait dit qu’il avait poursuivi cet homme à cause d’une histoire personnelle.
L’homme avait aussi l’air d’être de l’Ouest.
« Tu te fais tabasser parce que t’es trop mauvais ? »
Ragna lança ça derrière lui, d’un ton sérieux. Il semblait même inquiet, mais c’était évidemment de la moquerie.
Ce ne fut qu’alors que Rem sourit. Un sourire qui n’avait rien de joyeux.
« Continue comme ça et tu vas vraiment crever. »
« Hein ? J’entends rien. On dirait que ça vient d’un type qui s’est fait démolir quelque part. »
« Tu veux que je te fende les oreilles à coups de hache ? »
« Hein ? J’entends rien. On dirait que ça vient d’un type à la cheville en miettes. »
« Très bien. On dirait que je vais vraiment devoir m’en servir. »
Rem parla et glissa la main dans ses vêtements pour en sortir quelque chose. Enkrid s’interposa.
« Ça suffit. »
C’était comme d’habitude. Il devait tout de même reconnaître qu’ils avaient tous les deux fait de sacrés progrès pour ce qui était de parler.
Depuis quand ces deux-là savaient-ils aussi bien discuter ?
Au début, ils faisaient parler leurs poings avant leur bouche.
Il se souvenait de Ragna mordant dans une pomme avant de se perdre dans ses pensées.
Il se souvenait de Rem qui s’approchait en affûtant une lame de hache au lieu de parler.
« Vous avez vraiment appris à mieux parler, tous les deux. »
Il exprima ce qu’il pensait.
« … Et toi, t’es qui pour dire ça ? »
rétorqua Rem.
Ragna cligna plusieurs fois des yeux et dit :
« De quoi tu parles ? »
Sur le chemin du retour, Enkrid leur raconta que Ragna avait vraiment pris un raccourci, et Rem en fut sincèrement stupéfait.
C’était une question de point de vue.
Ragna avait appelé « route » un endroit où il n’y en avait pas, fixé le palais du regard et traversé tout droit. Alors oui, c’était un raccourci.
« Espèce de salaud. T’as vraiment progressé. »
Rem le dit avec admiration, et Ragna releva légèrement le menton.
« Trouver des raccourcis a toujours été ma spécialité. Je suis meilleur là-dedans qu’à l’épée. »
« T’es cinglé ? »
Ils recommencèrent alors à se chamailler. Enkrid parvint à les calmer un peu et arriva chez Andrew, où Dunbakel, Andrew et les recrues étaient réunis.
Personne n’était mort.
« Qu’est-ce qui t’a pris ? Tu es parti d’un coup. »
Dunbakel s’adressa à Ragna. Ils durent donc entendre une nouvelle fois l’histoire du raccourci.
Trouver une route était-il plus gratifiant que tuer un chevalier junior de l’ordre ?
Aux yeux d’Enkrid, on aurait dit que oui.
Dunbakel semblait elle aussi plus surprise par l’histoire de la route.
Dunbakel se fichait probablement de ce qui s’était passé au palais, de toute façon. Elle se contenta d’acquiescer, les yeux fatigués.
Jaxon revint à ce moment-là, leur adressa un regard qui signifiait qu’il était de retour, puis reprit son attitude habituelle. Autrement dit, il se tut.
« Alors, comment ça s’est passé ? »
« Ça s’est bien terminé. »
Il répondit au moins parce qu’Enkrid le lui avait demandé.
« Alors, ça t’intéresse, le raccourci jusqu’au palais ? »
Ragna s’adressa à lui. Jaxon l’ignora.
Avec l’aide des serviteurs et des servantes, Enkrid se lava, remit en place l’os de son poignet droit et le maintint avec une attelle.
Lorsqu’il ressortit, Esther s’approcha sous forme humaine et lui saisit le poignet.
Une chaleur intense se diffusa au contact de sa main.
« Endure. »
Elle le lui dit, et Enkrid obéit.
Tandis qu’il supportait la chaleur, l’épuisement l’envahit.
Rien ne comptait davantage qu’un repos convenable.
Bien manger et bien se reposer, voilà ce qu’était le Corps renouvelé.
Enkrid partageait une chambre avec Rem.
Il s’endormit sans dire grand-chose.
Son instinct lui disait qu’il dormirait si profondément qu’il ne rêverait même pas.
C’est pourquoi il fut un peu déconcerté.
Le rêve arriva aussitôt, avec le Passeur, les eaux noires de la rivière et le bac.
« Assieds-toi. »
Le Passeur parla.
Le bac était plusieurs fois plus large qu’avant.
Alors, ça aussi, ça pouvait changer ?
La table et les chaises semblaient taillées dans du bois brut. Elles étaient fixées au plancher du bac.
On aurait dit qu’elles en avaient jailli. Était-ce surprenant ? Oui.
Mais ce n’était que ça. Une petite surprise, l’impression que c’était donc possible, ça aussi.
Le bateau tanguait toujours, le Passeur était toujours là, et la rivière noire n’avait pas changé.
La taille du bac avait changé, mais cela ne lui semblait pas si différent.
Ce qui comptait davantage, c’était l’attitude du Passeur.
Il n’y avait même pas une tasse de thé, alors à quoi rimait cette table ?
Elle signifiait que cet endroit pouvait servir à discuter.
Le Passeur s’assit le premier en face de lui. Enkrid traversa le bac élargi et s’assit à son tour.
C’était dur. Même après y avoir réfléchi à deux fois, il ne pouvait pas qualifier ce siège de confortable.
« Les géants ont une force monstrueuse, les Grenouilles peuvent se régénérer, les Hommes-bêtes maîtrisent leur corps à la perfection, les nains naissent avec de l’adresse et de l’endurance, et les Draconiens viennent au monde avec un instinct du combat exceptionnel et des mots forgés par la volonté. »
La plupart des gens auraient eu du mal à comprendre, mais Enkrid en saisissait l’essentiel.
Il avait un jour réfléchi au talent, persévéré dans l’effort et tout essayé.
À l’époque où il croyait avoir besoin de théorie, il s’était plongé dans toutes sortes de sujets.
Ça ne l’avait pas beaucoup aidé, bien sûr.
C’était pour cela qu’il connaissait cette leçon.
La force d’un géant.
La régénération d’une Grenouille.
Les capacités physiques d’un Homme-bête.
L’endurance d’un nain.
Le pouvoir des mots d’un Draconien.
« Et les humains, qu’ont-ils ? »
Le Passeur posa la question pour finir.
Enkrid connaissait la réponse.
« Ils ont du potentiel et des possibilités. »
« Exact. »
Une lueur violette jaillit des yeux noirs du Passeur. Elle éclaira faiblement la table et les alentours, comme une lampe.
Non, à un moment donné, une lampe était déjà apparue sur la table.
« Les humains peuvent aller partout. »
Était-ce ce qu’il voulait dire ?
Le Passeur poursuivit :
« C’est pour cela qu’ils ignorent quelle est leur place. »
Leurs regards se croisèrent. Le Passeur reconnut une fois de plus les progrès d’Enkrid.
Avant, il avait eu affaire à un homme incapable d’écouter correctement. À présent, Enkrid soutenait son regard. À présent, ils pouvaient parler.
« Voici donc mon présent, mes conseils et des paroles lancées sur un coup de tête. »
Enkrid ne répondit pas. Le Passeur continua donc. Il leva la main droite et ouvrit la paume, lui barrant la vue.
À elle seule, cette main donnait l’impression qu’un immense mur venait d’apparaître devant lui.
En réalité, ce n’était qu’une paume grise, pareille à un galet. Mais il ressentait tout autre chose.
Puis la voix du Passeur se dédoubla, et des dizaines de phrases s’enfoncèrent en Enkrid, une à une.
« C’est impossible. »
« Tu ne peux pas t’échapper. »
« Où iras-tu après avoir quitté cet endroit ? »
« Croire que tu pourras continuer à avancer comme aujourd’hui, à chaque fois, c’est de l’arrogance. »
« C’est l’arrogance du potentiel et des possibilités. »
« Les humains sont arrogants. Renonce. C’est ma façon de prendre soin de toi. Une douleur plus grande t’attend. »
« Le mur s’élèvera encore. »
« Tu peux t’arrêter ici. »
À ces mots du Passeur, Enkrid eut des visions.
Il s’y vit se tordre de douleur.
Il errait seul, perdu, incapable de trouver sa route.
Il y revivait sa souffrance, pour l’éternité. Cette journée n’avait pas de fin.
C’était une journée sans personne, sans le moindre changement.
Cette journée se répétait sans fin. Désespérer en la vivant dépassait les capacités humaines.
À cette vision, des frissons lui parcoururent tout le corps. La peur monta en lui. La terreur qui lui remplissait la poitrine aurait pu engloutir un homme tout entier.
Il eut une autre vision.
Cette fois, Enkrid perdait tout le monde, à chaque fois.
Tous ceux qui l’entouraient mouraient. Il ne pouvait pas l’empêcher. Il ne pouvait pas les rejoindre. Une force dépassant l’entendement humain détruisait tout ce qui se trouvait autour de lui.
Et pourtant, il ne pouvait rien faire.
Privé de ses bras et de ses jambes, il ne pouvait que regarder.
Puis une autre vision suivit.
Une immense boule de feu tombait du ciel.
Elle s’écrasait et brûlait tout. Le corps, la volonté, le sol, l’air.
Même alors, il ne mourait pas brûlé sur le coup. Dans les flammes, Enkrid suffoquait et mourait.
Il le comprenait rien qu’en regardant. Une douleur pareille ne se supportait pas en serrant les dents.
Rien de tout cela ne pouvait se résoudre à l’épée.
« Arrête-toi ici. Quelle que soit la journée qui t’attend, tu peux vivre satisfait. »
Était-ce une tentative de persuasion ? Ou bien, comme il l’avait dit, un conseil, un caprice et un présent ?
Il n’en savait rien. Mais même si c’était un présent, rien ne changerait.
S’il ne voulait pas de quelque chose, il pouvait refuser même un cadeau. C’était ainsi qu’était Enkrid.
« Si je perds mon chemin, je continue jusqu’à le retrouver. »
Ce ne fut qu’alors qu’il ouvrit la bouche. Cette première phrase en entraîna d’autres.
« Si je perds mes bras et mes jambes, je mordrai la poignée de mon épée s’il le faut. »
« Si je ne peux pas l’éviter, je la fendrai en deux. »
On ne pouvait pas éviter le malheur. Alors, il deviendrait lui-même le malheur.
Enkrid dit qu’il continuerait à avancer, même dans ces conditions.
Ce qui comptait, c’était le présent, pas une menace inconnue.
Il ne s’agenouillerait pas trop tôt, par peur, et ne resterait pas paralysé. Comme toujours, il irait de l’avant.
Le Passeur ne dit plus rien. Il se contenta de le regarder.
Puis la chaise disparut sans prévenir.
Enkrid s’écrasa lourdement sur les fesses. Dans la réalité, il aurait contracté par réflexe les muscles de ses cuisses pour se retenir, mais ici, les choses ne fonctionnaient pas ainsi.
La table et la chaise disparurent et, à un moment donné, le Passeur rabattit sa capuche sur son visage, le dissimulant de nouveau.
Tenant la lampe d’une main, il dit :
« Tu oses t’asseoir à la même table que moi. Quelle insolence. »
« C’est pas comme si j’avais demandé à m’asseoir… »
Sur ce point, il trouvait ça un peu injuste.
« Va. »
Le Passeur prononça ces mots, et Enkrid rouvrit les yeux.
La réalité.
Il aurait été agréable d’oublier un rêve pareil, mais il n’y parvenait pas. Les visions étaient gravées dans son esprit.
Une journée à laquelle il ne pouvait rien.
Alors, ce qui comptait, c’était le présent. Répéter une journée où il pouvait vivre tranquille : voilà la meilleure façon de protéger sa sécurité et de la préserver.
« … Tu as fait un beau rêve ? »
Difficile à dire. Ce salaud de Rem lui posait parfois des questions sur ses rêves, le matin, et des moments comme celui-ci faisaient penser à Enkrid qu’il avait vraiment une sorte d’instinct inné.
Un instinct de barbare, peut-être.
« Ouais. »
Il répondit, se redressa et calma sa respiration, la tête baissée. Rem reprit :
« Tu étais trempé de sueur froide. Et tu as parlé dans ton sommeil. »
« Qu’est-ce que j’ai dit ? »
« Tu as dit que si c’était ce que tu voulais, tu n’aurais jamais pris une épée en main. »
C’était ce qu’il avait pensé. Ça avait dû lui échapper sans qu’il s’en rende compte.
Une vie tranquille, à l’abri du danger ?
« Si c’était ce que je voulais, je n’aurais jamais pris une épée en main. »
Enkrid marmonna ces mots. Une goutte de sueur lui tomba du front sur la cuisse.
C’était ce qu’il avait dit au Passeur, et une résolution qu’il s’était adressée à lui-même.
« Non, le capitaine aurait pris une épée en main, quoi qu’il arrive. »
dit Rem.
C’était vrai aussi.
Enkrid se leva. L’aube approchait. Le soleil n’était pas encore levé.
« Chez nous, on appelle cette heure Utkiora. »
Un mot de l’Ouest.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Un poussin qui a brisé sa coquille, juste avant de s’envoler. »
« Quoi ? »
« On appelle aussi ça l’Aube noire. »
L’aube, le matin sombre, cet instant juste avant le lever du jour.
« Une fois l’Aube noire passée, le jour se lève, c’est l’ordre naturel des choses. »
Rem murmura ces mots comme s’il récitait un poème.
Ce terme plaisait à Enkrid.
L’Aube noire.
L’obscurité avant le lever du soleil.
Un nom parfait pour le meilleur moment de s’entraîner.
Il était temps de faire travailler son corps.
Crang s’occuperait de ses affaires.
Et Enkrid comptait s’occuper des siennes.
C’est-à-dire des exercices et de l’entraînement.
Alors qu’il s’entraînait comme d’habitude, il apprit que le comte Molsen avait revendiqué la couronne.
« Dans un mois, aux Plaines de Nauril. »
C’était le matin. Celle qui apporta la nouvelle était Eisia. Une ecchymose marquait encore l’arête de son nez.
En voyant ça, Rem s’interrompit au milieu d’un bâillement et demanda :
« Qui t’a frappée ? Dis-moi où tu as pris ça. Je vais lui faire payer. Je vais lui éclater la gueule. »
Bien sûr, il plaisantait. Il ne le pensait pas vraiment, c’était à moitié une taquinerie.
« Lui. »
Eisia répondit en pointant Enkrid du doigt.
Enkrid n’avait toujours raconté à personne qu’elle lui avait barré la route.
« Le capitaine ? »
Enkrid avait-il vraiment les capacités de rosser Eisia à ce point ? Impossible.
Rem tourna les yeux vers Enkrid.
« Prends ta hache. Je vais te donner l’occasion de venger la demoiselle. »
dit Enkrid.
« Qui tu traites de demoiselle ? »
Eisia s’interposa, mais Rem savait jouer le jeu.
« Ça marche. Défoncer la gueule d’un manchot du poignet, c’est pas un boulot. Tes côtes ont bien guéri ? »
Pas complètement.
Il se le dit encore : comme la veille, Rem avait beaucoup progressé dans sa façon de parler. Un bond immense. Puis, lors d’un bref échange, Rem fut de nouveau stupéfait.
« Encore ? »
Il l’avait vu souvent. Des progrès fulgurants, une épée qui changeait du jour au lendemain. Fallait-il appeler ça du talent ?
Non, c’était plutôt comme si cet homme vivait seul à une autre époque.
Une épée sculptée, encore et encore ; une épée semblable à une tour bâtie pierre après pierre.
« Il n’y a que toi qui vis un jour différent, non ? »
Parfois, l’instinct de Rem stupéfiait Enkrid.
De son rêve d’avant l’aube jusqu’à maintenant.
« Exact. »
Enkrid répondit d’un ton désinvolte. De toute façon, Rem ne le croirait pas.
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