Chapitre 388
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 388 : Les cieux sont injustes
= = =
Schrrac !
Un filet lui tomba sur la tête. Ragna abattit légèrement son épée, droit devant lui. Ni trop vite ni trop lentement, la lame sembla soudain se réduire à une ligne, qui trancha proprement le filet.
« Quoi ?! »
L’allié qui avait lancé le filet s’écria. Yon comprit que quelque chose clochait, mais n’eut pas le temps de parler.
Il projeta sa main gauche en avant, saisit la hampe près de la lame de sa hallebarde, puis frappa, poussa et balaya d’un seul mouvement.
Boum, clang !
Il n’avait pas le choix. L’épée qui avait tranché le filet s’abattait déjà sur lui.
Même après avoir aplati la lame de sa hallebarde pour la dévier, l’épée le poursuivit et tenta de trancher le manche. Yon tira sa hallebarde en arrière, para de nouveau, puis banda les bras et repoussa la lame vers le haut. Ces trois mouvements brefs suffirent à lui engourdir les deux mains.
« Mes mains sont engourdies ? »
Yon était lui aussi un guerrier d’exception. Il savait manier la Volonté.
La Volonté était une chose ardue. Il ne savait pas la faire surgir naturellement pour s’en servir, mais il savait l’employer par la technique.
Il était capable de faire ce qu’un chevalier junior savait faire. Il le pouvait.
Pourtant, après un seul échange, il sentit l’écart. Il n’avait aucune chance de gagner. Une sensation étouffante l’envahit. Comme s’il était enfermé dans un cercueil scellé, bloqué de tous côtés. Comme si quelqu’un lui broyait les membres dans ses mains.
« Espèce de monstre ? »
Lors de leur premier affrontement, cet homme s’était amusé. Mais après avoir rengainé son épée puis l’avoir dégainée de nouveau, il était devenu quelqu’un d’autre.
L’homme bondit en arrière aussi vite qu’il était arrivé et balaya l’espace de son épée. Le coup était rapide, mais puissant. Trop tard pour esquiver. Un mercenaire qui avait abandonné son arc leva un bouclier rond.
Rien que pour ça, il méritait des éloges. Au moins, il avait essayé de parer.
Crac ! Boum !
L’épée de Ragna trancha le bouclier et l’homme d’un seul coup.
L’homme qui avait bondi en arrière et frappé courait déjà en arc de cercle. Yon le suivit du regard, mais trop tard. Il vit la tête de son camarade, celui qui avait lancé le filet, voler dans les airs. Le sang jaillit en un long jet rouge.
L’adversaire ne s’arrêta pas. Il esquiva une lance qui visait son dos, puis frappa de nouveau comme si de rien n’était, sans même sembler connaître la fatigue musculaire.
« Ghh ! »
Un lancier qui avait au moins un peu de talent tenta d’esquiver ; une longue entaille s’ouvrit sous sa pomme d’Adam. Un jet de sang s’éleva et une plaie béante apparut.
Ce n’est qu’alors que Yon força ses bras engourdis à bouger et frappa de côté.
À cet instant, il vit l’épée tomber sur sa propre tête.
Il vit aussi le visage de son adversaire. Ni impatient ni tendu. Juste une expression plate et indifférente, comme s’il s’acquittait d’une corvée ennuyeuse.
« Uaaaah ! »
La Volonté embrasa le corps de Yon. Il insuffla son intention dans la lame de sa hallebarde. C’était une technique appelée « repousser ».
Une technique imprégnée de Volonté, qui frappait l’arme ennemie avec une telle force que l’adversaire en perdait presque instantanément sa prise.
Face à cela, Ragna manifesta la Volonté de la Séparation.
La volonté de trancher sectionna celle de repousser.
Le corps de Ragna frôla celui de Yon. Yon resta immobile.
Une ligne diagonale apparut sur sa tête, et le sang se mit à suinter entre les bords de la plaie.
Crac.
Son crâne se fendit le long de cette ligne, au-dessus du sourcil droit jusqu’au-dessous de la pommette gauche. Sa bouche, elle, était intacte.
Yon entrouvrit cette bouche à l’agonie.
« Udeudeudeu. »
Ses dents de devant s’entrechoquaient. Cela ne voulait rien dire.
Et même si cela avait eu un sens, l’homme en face de lui ne l’aurait pas écouté.
Après avoir fendu six hommes en deux et les avoir tués en un éclair, Ragna pivota. Il n’avait pas l’air pressé, mais marchait vite.
En se dirigeant vers l’intérieur de la porte, il aperçut Andrew et cinq recrues qui reprenaient leur souffle après avoir tué leurs adversaires.
Un ennemi armé d’une masse s’était effondré, deux épées dans le ventre et la cheville retournée.
À côté de lui gisait un autre homme, toujours agrippé à son épée, la lame plantée dans le cœur.
Ragna le vit et passa son chemin.
Au loin, Dunbakel se battait encore, mais cet homme-bête ne se laisserait pas tuer facilement.
Survivre avait toujours été le meilleur talent de cet homme.
Ragna n’agissait ni par calcul ni après mûre réflexion.
Il avait simplement retrouvé son élan.
Il allait juste là où il devait aller.
Il retraversa la porte et grimpa sur le rempart.
À partir de l’endroit où Ragna combattait, la bataille commença à s’interrompre, comme une tache de peinture qui s’étendait au-dehors.
Les soldats ennemis proches se figèrent en le voyant. Les alliés, eux, restaient sur la défensive tant qu’on ne les attaquait pas ; c’était normal.
Au milieu de cette étrange confrontation, Ragna gravit le sommet de la porte.
« Le palais royal est vraiment en danger ? »
L’écuyer Ropord s’était calmé, puis était resté bouche bée devant le combat de Ragna ; il venait tout juste de refermer la bouche.
« Ah, eh bien… »
En si peu de temps, Ropord avait déjà changé d’avis. C’était inévitable. Il avait passé sa vie à se laisser influencer par l’opinion des autres. Indépendamment de son talent, c’était là le défaut de sa personnalité.
Il dit donc :
« Ce n’est peut-être pas vrai, et je me trompe peut-être… »
Pour Ragna, cela revenait à dire : « C’est peut-être vrai » et « Ça peut arriver. »
« J’y vais d’abord. »
Cela lui suffisait.
« Où allez-vous ? »
L’espace d’un instant, Ropord comprit que l’homme devant lui était incroyablement mauvais pour trouver son chemin.
Pas simplement mauvais. Si on le laissait seul dans une ville, impossible de deviner où il finirait.
« Au palais royal. »
« Tout seul, et en trouvant votre chemin… »
« Je connais un raccourci. »
Ragna comprit ce que voulait dire Ropord. Enkrid était-il en danger ? Peut-être pas. Peut-être n’y avait-il aucun danger imprévu. Ou peut-être était-ce tout le contraire.
Dans ce cas, il n’avait qu’à aller voir.
Les ennemis menaçants au-delà de la porte s’étaient déjà changés en goules auxquelles il manquait des membres.
Il pouvait donc quitter cet endroit. Il suffisait de laisser Dunbakel et Andrew derrière lui.
C’était pour cela qu’il partirait seul. Même si un danger inattendu se présentait ici, ces deux-là pourraient le contenir.
« … Hein ? »
Ropord ignorait ce qu’il fallait faire. En revanche, il savait qu’il ne pourrait pas empêcher cet homme de partir.
Sa volonté s’exprimait avec une clarté éclatante.
« J’y vais. »
Ragna le déclara et se retourna.
Si Andrew avait été là, il se serait frappé le front en secouant la tête.
Personne ne savait moins bien trouver son chemin que cet homme.
Mais Andrew se trouvait en contrebas de la porte, à reprendre son souffle et à repenser au combat de Ragna qu’il venait de voir.
C’était un affrontement sidérant.
Personne ne l’arrêta donc.
Ragna tourna les yeux vers le palais royal.
Les gens s’étaient naturellement rassemblés et installés dans la ville, qui était donc immense. Le palais n’était qu’une forme indistincte au loin.
Même à cheval et au galop, il fallait chevaucher le temps qu’une longue chandelle se consume.
Ce n’était pas un trajet d’une demi-journée, mais on ne pouvait pas non plus dire que c’était tout près.
Et les routes n’étaient ni bien tracées ni accueillantes.
La route extérieure menant au palais longeait le mur de la ville ; elle ne suivait donc pas une ligne droite.
Sans connaître le chemin, difficile d’arriver à destination sans encombre.
Sur des routes pareilles, Ragna était au beau milieu d’un labyrinthe.
Malgré tout, il voyait le palais. Alors oui, il connaissait un raccourci.
Même aussi mauvais qu’il fût, Ragna n’était pas incapable de courir tout droit vers un point visible au loin.
Il bondit sur les toits. Il courut au-dessus de la ville, sans jamais perdre le palais de vue.
En chemin, il aperçut Jaxon qui avançait dans la même direction.
Il vit aussi ce barbare, ce salaud, revenir couvert de sang de la tête aux pieds, allez savoir ce qu’il avait fabriqué.
Et, très loin, il aperçut une panthère qui courait sur les toits de la même manière.
Ce n’étaient que des aperçus fugitifs. Ragna ne prêta attention à rien et continua de courir.
Il se perdait souvent ; il était donc habitué à marcher et à courir.
À présent, il mettait tout ce talent à profit pour aller plus vite.
Boum, boum ! Crac, boum !
Les toits cédaient sous ses pas. Il courait sans s’en soucier.
« Aïe ! »
« C’était le tonnerre ? »
« Ah ! Qu’est-ce que c’était ?! »
Il se fichait de ce qu’il brisait sous ses pieds et continuait de sprinter ; quelques habitants en contrebas poussèrent des cris de surprise.
Des morceaux d’avant-toit et de toiture se brisèrent et tombèrent. Ragna poursuivit sa course. Son itinéraire était bel et bien un raccourci.
Il traversa la ville en ligne droite, ignora plusieurs soldats affalés devant le palais et passa son chemin.
« Ah ! »
Quelqu’un cria en apercevant Ragna. Il n’en tint pas compte.
Il fonça droit dans le palais. Ragna n’était pas chasseur, et il n’avait aucun talent pour cela.
Il ne savait pas pister quelqu’un à l’odeur du sang ou à ses traces.
Mais l’instinct d’un épéiste était plus aiguisé que celui de n’importe qui.
Il le sentit. L’élan, l’intention meurtrière, la force écrasante.
Ragna se laissa guider par son instinct.
Il était assez naturel qu’il trouve sa destination dès son arrivée. L’endroit où quelque chose avait explosé dans le palais, d’où provenait le vacarme et où le combat faisait rage était évident.
Ragna s’y précipita. Sans même s’en rendre compte, il avait le soleil couchant dans le dos. Le soleil sur les épaules, il bondit. À travers une fenêtre brisée et son cadre à moitié défoncé, il aperçut Enkrid. Il vit aussi le dos de celui qui lui barrait la route.
Ragna prit appui sur un toit, puis sur un arbre, et se propulsa en avant.
Quel qu’ait été son auteur, la fenêtre avait déjà été brisée et dégagée proprement.
Ragna se jeta par l’ouverture.
Boum.
Son épée s’accrocha au cadre de la fenêtre. La lame était longue et épaisse. Il n’y prêta pas attention et tira d’un coup sec.
Fracas !
Le cadre en bois se brisa et des échardes volèrent. Ragna libéra son épée et avança.
Il prit appui sur son élan et abattit un coup vertical droit vers le bas.
Une frappe sauvage, impossible à anticiper.
Pourtant, son adversaire se glissa de force dans l’ouverture et lança une estocade.
Une épée qui tranchait le mouvement.
Ragna força son épée, qui descendait, à poursuivre sa course.
Il resta fidèle à une épée lourde et rapide.
Il accéléra.
Si l’homme en face de lui poussait son attaque, le ventre de Ragna s’ouvrirait lui aussi, mais le corps de l’autre serait fendu de haut en bas.
Fouuu.
L’épée de Ragna ne trancha que le vide avant de s’immobiliser.
Son adversaire avait retiré son estocade et reculé.
« … Qui êtes-vous ? »
L’homme qui avait battu en retraite tenait son épée à deux mains, inclinée en diagonale, et prit la parole.
Ragna ne répondit pas. C’était inutile.
Son capitaine avait failli mourir ; il allait donc d’abord tuer cet homme, ou le battre jusqu’à ce qu’il frôle la mort.
Chaque être humain avait son propre enfer. Celui de Ragna, c’était une vie à errer en se perdant.
Rien ne pouvait toucher à l’ennui qui s’était accumulé en lui.
Au fil de ses errances, un homme était devenu son point de repère.
Et il y avait un salaud qui avait tenté de tuer cet homme.
Les mots étaient inutiles.
Il s’avança et se mit à frapper.
La force de l’Épée lourde et féroce résidait dans ses coups puissants. Il fallait bien armer ses mouvements pour accumuler de la force.
Une épée rapide, c’était tout le contraire. Il ne fallait pas d’abord armer son coup ; il fallait allonger la lame plus vite que l’adversaire ne pouvait réagir.
Il y avait une raison pour laquelle l’estoc était emblématique du Style de l’épée rapide.
Ragna mêlait ces deux caractéristiques.
Comment était-ce possible ?
Il suffisait de réduire l’armé du coup, puis de faire le reste soi-même.
« Le reste, tu le fais toi-même. »
Ragna avait dit la même chose en enseignant à Enkrid.
Il n’avait rien d’autre à ajouter. Il suffisait de fixer son intention pour que cela se produise. C’était du talent. Voilà d’où venaient ces mots.
Son épée racla le mur. Krrrraac ! La pierre fut entaillée et des fragments volèrent. Avant même qu’ils ne touchent le sol, la lame qui avait frôlé le mur atteignit le nez de son adversaire.
L’homme comprit qu’il ne pourrait pas parer.
S’avancer et briser le mouvement à cet endroit ?
Aucune chance.
Il avait passé toute sa vie au rang de chevalier junior, mais, au sein de l’ordre, il était tout de même l’un des meilleurs.
Son talent était réel. C’était grâce à lui qu’il était arrivé jusque-là.
Montrez-lui une chose, il en faisait trois. Montrez-lui trois choses, il pouvait en faire plus de dix.
Et pourtant, parmi les chevaliers juniors de l’ordre, il était deuxième.
Le chevalier junior multiplia les coups. Plus il frappait, plus il avait de chances de briser le rythme des entailles qui s’abattaient sur lui. À force d’être interrompu, le mouvement adverse perdit rapidement son élan.
Il finit par dévier l’épée qui s’approchait et la repousser.
Clang !
L’acier retentit entre eux.
L’Épée lourde et féroce.
Une épée lourde devait conserver son élan et continuer de frapper. Si elle n’y parvenait pas, elle se faisait repousser. Il avait donc l’avantage.
L’attaque soudaine l’avait momentanément surpris, mais rien n’avait changé.
« Mon talent est supérieur. »
Cette pensée s’envola vite.
Dix échanges à peine.
« … Qu’est-ce que tu fais ? »
L’homme prit enfin la parole.
Ragna ne répondit toujours pas. Il observait simplement l’épée de son adversaire et en déchiffrait les mouvements.
C’était une technique plutôt bonne.
Sous les yeux d’un génie qui venait de retrouver son élan, un art de l’épée se dévoilait couche après couche.
« Impossible. »
Le chevalier junior le nia. Même les chevaliers ne pouvaient pas faire cela.
« Ne méprise jamais ce que tu ne comprends pas. Sinon, il n’y aura pas de prochaine fois. »
Pourquoi se souvenait-il soudain du chevalier qui lui avait appris cela ?
Il frappa, déchirant l’éclat du soleil couchant. Il dévoila son atout.
Il recourut à la Volonté, une force inconnue enracinée dans l’intention.
Elle ne servait pas seulement à briser les mouvements. En un instant, la force de ses bras et de ses jambes ainsi que sa vitesse de réaction dépassèrent leurs limites.
Chacune de ses techniques devint plus rapide et plus puissante. Il accéléra et chargea ses coups de force.
Il poussa une estocade, trancha, décrivit une courbe et frappa depuis le champ de vision de son adversaire.
Ragna inclina sa lame et para l’estocade, accueillit le coup tranchant sur son propre fil et le dévia, puis repoussa l’épée qui venait soudain d’accélérer. En bref, il brisa chacun de ses mouvements.
L’épée de Ragna ne s’arrêta pas là. Il mania cette lame immense et massive comme une fine branche, la tapotant, la tirant et l’ébranlant.
Pour accélérer, il fallait s’avancer, et l’épée de Ragna passa précisément à cet endroit.
L’homme aurait dû lever son épée du bas vers le haut et repousser Ragna, mais ce fut l’épée de son adversaire qui partit la première en estocade.
Le coup n’était pas écrasant, mais ses mouvements se faisaient briser les uns après les autres.
Après l’avoir repoussé de cette façon…
« Je vois comment ça marche. »
Ragna prit la parole.
« Toi… »
Comment un homme qui avait toujours cru en son propre talent avait-il pu en arriver là ?
La force ? Non.
Des vaisseaux sanguins éclatèrent dans ses yeux.
Quelqu’un l’avait surpassé dans l’ordre des chevaliers.
Si cela avait été un chevalier, soit. Il aurait pu l’accepter.
Mais c’était un autre chevalier junior. Au début, chaque fois qu’ils s’affrontaient, il gagnait toujours.
Cent combats, cent victoires.
Alors même mille combats n’auraient pas dû changer la donne. Pourtant, c’était arrivé.
Ce salaud avait progressé petit à petit.
À force, il se mit à perdre un combat sur dix. Bientôt, il lui devint difficile d’en gagner ne serait-ce que cinq sur dix.
« Pourquoi ?! »
Il hurla.
Pourquoi lui avait-on mis quelqu’un comme ça sur le chemin ?
Les cieux étaient injustes. La déesse de la Fortune favorisait certains plutôt que d’autres.
Il avait déjà touché les limites de son propre talent. Pourquoi ce salaud en avait-il encore davantage ?!
L’épée de Ragna croisa celle du chevalier junior. L’une trancha une gorge. L’autre s’enfonça vainement dans le vide.
Ce fut tout.
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