Chapitre 387
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 387 : Chacun son enfer
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« Pour quoi ? »
Andrew franchit la porte avec cinq recrues.
Devant eux se tenait un homme armé d’une épée, suivi d’un grand gaillard dont la lourde masse pendait au côté.
« Pour le royaume ? »
Il trouvait étrange de se poser la question à cet instant, mais Andrew se demanda soudain pourquoi il était là, pourquoi il risquait sa vie.
Ce n’était pas comme s’il avait choisi cette voie simplement parce qu’il aimait se battre.
« Pourquoi ? »
Était-ce pour le royaume ? Non. Il pouvait prétendre que oui, en apparence, mais, au fond, la pure loyauté n’était pas son seul moteur.
Plus que tout, il avait assez observé Naurillia pour comprendre une chose.
« Ce royaume mérite-t-il que je donne ma vie pour lui ? »
Peut-être un jour. Mais pas encore. Il se tenait aux côtés de Crang parce qu’il n’avait pas le choix.
Et pourtant, Andrew était là.
« Tenez la ligne ! Ne reculez pas ! »
Il entendit le cri de l’écuyer Ropord. À un moment ou à un autre, celui-ci avait pris le commandement de la porte.
Ce soi-disant capitaine de la sécurité de la capitale restait à l’écart, observant la situation tout en s’affairant à tirer des flèches.
D’après ce qu’Andrew avait entendu, l’homme avait gravi les échelons par la flatterie, pas grâce à ses compétences.
Les capitaines de la garde savaient au moins se battre, mais même eux ne pouvaient plus quitter le haut du rempart.
Il n’y avait donc personne d’autre pour arrêter les hommes qui approchaient de la porte.
Andrew jeta un regard devant lui, puis derrière, avant de s’avancer. La question qui lui était venue plus tôt continuait de tourner dans sa tête.
Certaines choses étaient impossibles tant qu’il n’avait pas trouvé de réponse.
L’une des raisons de sa présence ici était évidente.
« Ma famille. »
Suffisait-il de courir après un titre de noblesse ?
Le nom de famille suffisait-il à lui seul ?
Lui fallait-il seulement ces trois syllabes : Gardner ?
Le nom n’était pas ce qui comptait. Il ne signifiait rien.
Andrew réajusta sa prise sur son épée et prit position. La lame qu’il tenait droite incarnait sa volonté, son rêve, son cœur.
De qui avait-il appris cela ?
« Capitaine. »
Il avait côtoyé Enkrid, observé sa vie, ses journées, son entraînement et le temps qu’il y consacrait. C’est ainsi qu’il avait compris.
Il n’avait pas seulement appris des techniques. Il ne s’était pas contenté de pousser son corps à bout.
Andrew avait appris à rêver grâce à lui.
« Quelle famille vais-je fonder ? »
« Quel genre d’homme vais-je devenir ? »
Les mots lui échappèrent tandis qu’il achevait sa réflexion.
Il bâtirait une maison digne de ce nom, sous l’égide d’une famille royale digne de ce nom. Il ne voulait pas du pouvoir. Il voulait suivre la bonne voie.
C’était pour cette vie qu’il était là.
Sans s’en rendre compte, Andrew sourit.
Il l’ignorait, mais ce sourire ressemblait un peu à celui d’Enkrid.
C’était le sourire de quelqu’un qui poursuivait un rêve.
Andrew aperçut les cinq recrues sur le côté, occupées à reprendre leur souffle.
« Haa, haa. »
Le plus grand respirait le plus fort. Il n’en était pas à son premier vrai combat, mais c’était la première fois qu’il affrontait des ennemis animés d’une telle soif de tuer.
Quelques soldats se précipitèrent pour barrer la route à l’épéiste qui approchait.
Personne n’eut même le temps de les retenir.
Comme Andrew, ils avaient sans doute choisi de rester là de leur plein gré.
Les soldats crièrent quelque chose et chargèrent.
Le bras de l’épéiste bougea. La lame luisit, tranchant et frappant d’estoc.
Boum, pique, tranche.
Son tranchant était si acéré que tout ce qu’il coupait était tranché, et que tout ce qu’il transperçait mourait.
« Aaah ! »
Un soldat aux doigts sectionnés hurla et s’effondra sur le côté.
Pour les soldats qui défendaient la porte, cet adversaire était impossible à arrêter.
« Haa. »
Andrew emplit ses poumons, régla sa respiration et s’avança encore.
« Sir Andrew ? »
« Reculez. Ne mourez pas comme des chiens. »
Deux ennemis.
L’un était l’épéiste, devant lui. L’autre, derrière, était le colosse à la masse.
Andrew balaya leurs visages du regard. Puis il s’avança et prit la parole. Enkrid ne lui avait pas seulement appris à rêver.
« Hé, les yeux de bille. Viens par ici. »
Les mots lui sortirent de la bouche, rudes et directs.
L’homme qui s’apprêtait à fondre sur les soldats se tourna vers Andrew.
Comme seule sa tête avait pivoté tandis que son corps continuait d’avancer, il ressemblait à une marionnette raide.
Les yeux de bille. Le surnom lui allait à merveille.
Ses yeux étaient petits et ronds, comme si on lui avait percé deux minuscules trous à l’aiguille.
Se moquer du visage de quelqu’un, c’était facile.
On était sur un champ de bataille. Au besoin, on pouvait insulter non seulement le physique d’un homme, mais aussi ses parents.
« Comme on me l’a appris. »
Andrew raffermit sa détermination.
Donne le meilleur de toi-même à chaque instant.
Enkrid faisait ça.
Quand tu provoques comme quand tu te bats, fais de même.
Il l’avait dit aussi.
Andrew fit exactement cela.
« Tu vois seulement ce qu’il y a devant toi ? »
Une autre insulte fusa. Andrew était vêtu comme un noble. Il portait une armure gravée du blason des Gardner, un bouclier et une épée. Il avait même un casque à visière.
Ses paroles ne collaient pas du tout à son apparence.
Pour l’épéiste du vicomte Mernes, c’était la première fois qu’on l’insultait ainsi. Élevé par une maison noble, il était habitué au respect. Il leva son épée.
« Je ne te tuerai pas proprement. »
Il cracha ces mots, furieux.
« Hé, je t’ai demandé si tu voyais. »
La réponse inattendue lui revint en pleine figure.
Hors de lui, l’épéiste du vicomte s’avança d’un pas décidé et frappa.
Il porta un coup descendant, lourd et engagé, au rythme de son pas.
Andrew encaissa sur son bouclier. Dans un claquement sec, au moment où la lame s’y enfonça, il la repoussa pour dévier son angle, puis lança son épée vers l’avant.
L’homme bondit en arrière et cria :
« Brick ! »
Au cri de l’épéiste, le porteur de masse accourut à grands pas.
On aurait dit qu’il avait volé du sang de géant et l’avait bu.
« Ta mère était une géante ? »
Quand Andrew se mettait à parler, il visait sans hésiter les points faibles. Il avait peut-être encore plus de talent pour ça que pour manier l’épée.
« Sale bâtard. »
Les veines du porteur de masse saillirent sur son front.
« Ou c’était ton père ? »
Cette réplique ne venait pas d’Andrew.
Une des recrues, une fille couverte de taches de rousseur, intervint depuis le côté. Pour montrer ce qu’elle avait appris, elle attira sur elle le regard du porteur de masse.
« On s’occupe de celui-là. »
Les cinq parlèrent d’une seule voix.
Andrew hocha la tête. Lui et les cinq recrues étaient arrivés jusque-là après avoir enduré Rem, cette engeance infernale, et surmonté Enkrid, ce démon.
Quel que soit leur adversaire, il devait être meilleur que ces deux-là.
« Crève, l’aveugle ! »
Andrew lança une dernière provocation.
« Espèce de putain de bâtard. »
Il attisa encore la rage de l’homme, puis lui transperça l’épaulière. La protection d’épaule en cuir et en acier tomba, et le sang jaillit.
« Je vais d’abord t’arracher la langue. »
Même blessé, l’homme était toujours furieux. Il ignora sa plaie et laissa éclater sa colère. Andrew hocha la tête et répondit :
« À qui tu parles ? Regarde un homme dans les yeux. Ah, tu les regardais déjà ? Toutes mes excuses. Je ne voyais même pas tes globes oculaires. »
Un dragon n’était achevé qu’une fois ses yeux peints.
Andrew en faisait autant à présent. À coups de mots, il peignait les yeux du dragon et vidait l’homme de toute raison.
Hors de lui, l’homme chargea de nouveau.
* * *
L’écuyer Ropord observait le champ de bataille et réfléchissait.
« Quelque chose cloche. »
Les ennemis étaient nombreux. Ils étaient dangereux. Et ces dix hommes en première ligne ?
Chacun dégageait une aura féroce. Trois ou quatre semblaient même plus forts que lui.
Malgré tout, ils avaient encore un peu de répit.
« C’est tout ? »
Il ne voyait aucun renfort ennemi. À commencer par les mangonneaux, tout représentait une menace, certes…
« Même si on les a détruits, eux aussi… »
Ropord poursuivit ses réflexions. Il avait vu l’homme qu’on appelait Enkrid et voulait suivre sa propre voie. Mais pourquoi la suivait-il ?
Pour amasser des richesses et gravir les échelons ?
Il venait d’ignorer — non, de désobéir aux ordres de ses supérieurs. Même si tout se terminait bien, il écoperait au minimum d’une mise aux arrêts. Au moindre problème, ce serait la prison.
Et pourtant, il était là.
« Je fais partie de l’Ordre des chevaliers. »
L’écuyer Ropord voulait faire son devoir. Il portait au fond du cœur une phrase qu’il gardait pour lui.
« Pour la gloire de la famille royale et du royaume. »
Il avait grandi en regardant ses aînés marcher devant lui et voulait protéger l’honneur.
Mais quel était l’enfer de Ropord ?
« La disparition de la famille royale. »
Une pensée après l’autre, tout se liait à ses actes, à sa volonté, à son cœur, et s’imbriquait dans la situation devant lui.
Une sueur froide lui coula dans le dos.
Alors, que voulait l’autre camp ?
Que cherchait l’instigateur de cet incident ?
Son esprit se tendit et tourna plus vite que jamais. Ses oreilles, toujours attentives aux autres, se tournèrent vers l’intérieur et écoutèrent sa propre voix.
Il vit la force des ennemis.
Bien sûr, sans Ragna et Dunbakel, la situation aurait été difficile.
Ils étaient si dangereux que ça.
Mais une autre pensée lui vint également.
« Si nous tenons la porte, nous pouvons tenir bon. »
Même si ce serait difficile, c’était possible.
Alors, quelle était la conclusion ?
Celui qui l’avait envoyé auprès d’Enkrid n’était pas le commissaire à la sécurité du palais. Dès que ce visage lui revint en tête, une idée le frappa. Et si cet homme était dans le camp adverse ?
« Le palais royal est en danger ! »
Ropord frappa le mur du poing et cria.
En contrebas, Yon l’entendit et rajusta son casque à corne unique. Le guerrier de l’Est aimait se battre.
Plus exactement, il prenait plaisir à employer tous les moyens possibles pour renverser et tuer ses adversaires.
Si Maelrun, la Grenouille de la Garde-frontière, tirait du plaisir à écraser ceux qui étaient un peu plus faibles que lui,
Yon, lui, aimait voir des adversaires plus forts que lui lutter et mourir. Pour cela, il n’hésitait pas à prendre des otages. S’il pouvait provoquer une faille, il était prêt à tout.
Un désir malsain, répugnant.
« Tu connais quelqu’un au palais royal ? »
Yon posa la question d’un air grave.
De l’extérieur, il avait l’air d’un homme qui ne se battait qu’à la loyale. En réalité, c’était tout le contraire.
En touchant la large cicatrice qui lui barrait la joue, Yon reprit. Elle allait de sa pommette jusqu’à sa mâchoire.
« J’ai reçu cette cicatrice le jour où ma femme est morte. »
C’était un mensonge. Et alors ? Du moment qu’il pouvait retourner un peu les tripes de son adversaire, tout lui allait.
« Il ne s’est même pas écoulé une demi-journée. À peine le temps pour une bougie comme celle-ci de se consumer. »
Yon écarta le pouce et l’index. L’espace entre les deux était inférieur à une phalange.
« Voilà. Pas un instant, mais juste un petit peu trop tard. Je te le redemande. Tu connais quelqu’un au palais ? Alors je t’y envoie. Vas-y. »
Yon le vit immédiatement : l’homme en face de lui était au moins chevalier junior. Il n’avait aucune idée de la provenance d’un homme pareil.
Il avait entendu dire que le gros des forces de l’Ordre des chevaliers ne serait pas à la porte. Cet homme n’en faisait donc pas partie.
Yon fit un geste en parlant, et un mercenaire à côté de lui abaissa un bouclier assez grand pour couvrir la moitié de son corps. Il heurta le sol dans un bruit sourd.
Ils travaillaient ensemble depuis des années. Derrière ce bouclier se trouvait un filet tressé avec des écailles et des tendons de Créatures démoniaques.
Dès que l’homme en face tournerait le dos, ils le lanceraient.
« Oui, tourne-toi. »
Yon jouait les guerriers honorables.
Ragna n’écoutait pas un traître mot de ce qu’il disait.
« Le palais, quoi ? »
Il s’adressa plutôt à Ropord, sur le rempart. Celui-ci ne parvenait pas à tout expliquer dans le détail, alors il se contenta de répéter :
« Nous devons retourner protéger le palais royal ! »
Danger ? Menace ?
Chacun son enfer.
Ragna comprit pourquoi il manquait de motivation.
La vie ou la mort des hommes qui se trouvaient là n’avait rien à voir avec lui. Voilà pourquoi.
C’était comme marcher sans destination. Sans but, pas besoin de regarder le chemin parcouru ni de trouver une direction à suivre.
« Parce que rien ne me retenait. »
Voilà pourquoi il manquait de motivation.
Il n’avait aucune raison d’être ici, au départ. Il avait l’impression de porter des vêtements mal ajustés.
Comme s’il avalait de force un repas qu’il ne voulait même pas approcher de sa bouche.
Il venait tout juste de s’en rendre compte.
Cette pensée lui était venue parce que « menace contre le palais royal » s’était aussitôt transformée en « danger pour Enkrid ».
Ragna avait trouvé où était sa place.
Et si Enkrid mourait à cause de tout ça ?
« Retour aux jours d’avant ? »
Alors sa vie retrouverait son absence totale de motivation.
Il ne voulait pas revenir en arrière. Il avait appris à avancer et avait aperçu la route devant lui. Il ne voulait donc pas que meure l’outil dont il avait besoin pour continuer. Autrement dit, le capitaine ne pouvait pas encore mourir.
Cela ne signifiait pas qu’il désobéirait aux ordres.
Enkrid lui avait ordonné de tenir la porte.
Alors il la tiendrait, puis partirait.
« Raccourci. »
Ragna imagina ce qu’il devait faire, puis le chemin le plus rapide pour y parvenir.
Tandis qu’il restait là, le regard vide, un mercenaire du camp de Yon banda son arc dans le dos de Ragna.
C’était le genre d’homme qui aimait tirer à bout portant avec un arc court. Il utilisait aussi des flèches empoisonnées.
La corde claqua.
Fwiou !
Une flèche se ficha dans le dos de Ragna. Non, pas vraiment.
Elle ne transperça qu’une image rémanente.
Ragna s’était vivement plié en avant.
La flèche traversa l’endroit où se trouvait sa poitrine et se planta dans le sol.
Ragna dégaina l’épée qu’il avait rengainée quelques instants plus tôt.
Chling.
Au bruit de l’acier, Yon sentit que quelque chose clochait et abattit sa vouge.
En vain.
Jusque-là, Ragna avait manqué de motivation et n’avait pas montré la moitié de ses talents.
Mais à présent, tout était différent.
« Au palais royal. »
Un voyageur qui a une destination met de la force dans chacun de ses pas.
Il en allait de même pour l’épée de Ragna.
* * *
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Le Passeur pouvait observer, mais il ne pouvait pas intervenir.
Autrement dit, il pouvait voir ce qui se répétait. D’une certaine façon, c’était comme entrevoir une partie de l’avenir.
C’est pourquoi il ne prenait aucun plaisir à regarder.
Savoir ce qui allait arriver lui ôtait toute possibilité de s’en réjouir.
Voilà pourquoi un moment comme celui-ci, qu’il ne pouvait prévoir, ne s’était pas présenté depuis une durée absurdement longue.
Au début, il fut déconcerté.
Puis, peu à peu, une parcelle d’un sentiment ancien, oublié depuis longtemps, se réveilla en lui.
La joie de découvrir l’inconnu.
« Ha. »
Dans le monde de l’esprit, à bord d’un bac qui dérivait sur le fleuve, le Passeur savoura cette émotion oubliée depuis si longtemps.
Il ne pouvait rien prévoir. Il ne pouvait pas voir ce qui viendrait ensuite. Avait-il vraiment éprouvé autant de joie autrefois ?
Aujourd’hui changeait. Cet aujourd’hui qui se répétait, qu’il avait dessiné et observé, prenait une direction qu’il n’aurait jamais imaginée.
Le Passeur n’était qu’un spectateur : alors, il regardait.
Il avait une idée de ce qui avait tant changé les choses, mais ne prit pas la peine d’y réfléchir davantage.
Il se contenta de savourer l’instant.
Puisqu’il se trouvait dans le monde de l’esprit, il sourit intérieurement. Et comme il voulait se laisser porter par cette immense vague d’extase, il éclata aussi de rire.
C’était si réjouissant.
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