Chapitre 383
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 383 : Les repousser grâce à la Pression
= = =
Enkrid l’ignorait, mais les Chevaliers à la Cape Rouge arboraient des emblèmes gravés différents selon leur rang.
Un chevalier portait trois épées croisées, comme sur l’emblème royal, ainsi que la Bête solaire des mythes, à la tête ronde et à la crinière pareille à des flammes.
Le chevalier junior retirait une épée de cet emblème.
Un écuyer ne portait qu’une seule épée, et la forme de son emblème évoluait à mesure qu’il réussissait certaines épreuves et missions.
Celui qui pointait son épée vers Enkrid arborait l’emblème à une épée et à la Bête solaire.
C’était la marque des écuyers dont les talents avaient été reconnus.
Ceux qui, après quelques épreuves supplémentaires, deviendraient chevaliers juniors.
L’épée était rapide et rectiligne, comme un aigle fondant sur sa proie.
Enkrid s’avança contre elle sans prendre la peine d’étudier les spécialités ou les habitudes de son adversaire.
À la place, il pivota au moment précis où leurs lames se touchèrent.
Tdididing.
Le visage de l’écuyer changea aussitôt.
La force qui émanait de l’épée d’Enkrid était celle d’un géant.
Rien d’étonnant : Enkrid frappait sous l’effet du Cœur de la Force surhumaine.
Ttadang !
Leurs deux lames se rencontrèrent et glissèrent l’une contre l’autre. Celle de l’écuyer fut projetée vers le haut, tandis que celle d’Enkrid traçait la ligne qu’il avait choisie.
Elle fila droit devant. Au bout de cette trajectoire se trouvait l’armure qui protégeait la poitrine de l’écuyer.
Puk, tchak, pouk.
Trois bruits se fondirent en un seul.
La pointe traversa l’armure et perça l’organe appelé cœur.
Enkrid arracha son épée plus vite qu’il ne l’avait enfoncée, puis recula.
D’un seul pas, exactement.
Le sang jaillit de la poitrine de l’écuyer, mais celui-ci porta tout de même un coup horizontal.
Whoong. La lame fendit le vide où se trouvait Enkrid l’instant d’avant. Les yeux de l’écuyer étaient injectés de sang.
« Puh-rup. »
Toujours agrippé à son épée, l’écuyer cracha une gorgée de sang et s’effondra sur le côté.
Ses yeux clignèrent quelques fois. La mort approchait.
Pourquoi est-ce que je…
Pour l’écuyer qui tombait, tout semblait ralentir. C’était ce qui arrivait quand les pensées s’accéléraient juste avant la mort.
Il se détourna de la réalité.
Pourquoi était-ce lui qui perdait ?
Qui était donc cet adversaire ? Il avait déjà croisé le fer avec quantité de chevaliers juniors de valeur.
Comment avait-il pu se faire écraser ainsi ? Ils n’avaient échangé qu’un seul coup.
Un autre regret lui vint alors.
Et si je m’étais rangé du mauvais côté ?
Il le regrettait. Il n’aurait jamais dû se mêler à cette affaire. Mais s’il était resté sans rien faire, qu’est-ce que cela aurait changé ?
Pour mener cette tâche à bien, on lui avait promis un emblème avec une épée de plus.
Il devait s’élever au-dessus du rang d’écuyer.
Il avait cru que la balance avait déjà penché. N’était-il pas naturel de se ranger du côté qui avait le plus de chances de l’emporter ?
Non.
À l’approche de la mort, le regret lui apporta la lucidité.
C’est ma faute.
Quand il avait rêvé pour la première fois de devenir chevalier, quand son talent avait été reconnu et qu’il avait progressé, avait-il déjà été ainsi ?
Avait-il levé son épée uniquement pour se ranger du côté des vainqueurs et toucher sa paie ?
Non.
« Je veux défendre la chevalerie. »
Son ancien maître, ses aînés et ses camarades avaient répondu à cette voix de jeune homme téméraire.
« Quel romantique, celui-là. »
« Ouais, ça te ressemble bien. Si tu deviens chevalier, tu devrais prendre le titre de Chevalier de la Romance. »
« Quelles sottises ! Même pas drôle. »
« Puhuhu, quoi qu’il en soit, continue. »
Cet écuyer avait jadis rêvé d’une chevalerie découverte dans les poèmes et les chansons.
Il l’avait simplement oubliée et s’était mis à poursuivre autre chose.
Le pouvoir, l’argent, la gloire.
Il avait commencé à s’égarer dès qu’il s’était mis à croire que la gloire venait de l’admiration des autres.
Il rêvait de changer son emblème.
Il voulait qu’on y grave une épée supplémentaire.
Qu’espérait-il devenir ainsi ?
Comme une fleur qui se fane, comme une lame qui se brise, un écuyer gisait au sol.
Devant lui se tenait un homme qui ne haletait même pas, l’épée basse et le regard droit devant lui.
Du sang coulait de la pointe de sa lame jusqu’au sol.
Le couloir était déjà dévasté. Meubles brisés, panneaux de porte fendus et éclatés, traces de sang, cadavres, lames cassées.
Il se tenait au milieu de tout cela.
Cheveux noirs, yeux bleus.
Comme il avait récemment servi d’escorte à un groupe, quelques personnes présentes savaient qui il était.
« Alors, c’est ça, l’abruti de la Garde-frontière. »
L’un d’eux marmonna. Il s’apprêtait à reprendre la parole, mais inspira brusquement et se tut. Le regard d’Enkrid s’était posé sur lui.
Il avait entendu ?
Il avait parlé tout bas. Impossible qu’il l’ait entendu.
Enkrid ne se souciait pas le moins du monde de ce que pensait cet homme ni de son murmure.
« Qui est à l’intérieur ? »
La question était banale, mais elle sonna autrement aux oreilles de ceux qui se trouvaient encore là.
Il venait d’abattre un écuyer d’un seul coup.
La force qui émanait naturellement de lui s’était muée en Pression.
Ce n’était pas tout à fait la Pression, mais ça s’en rapprochait suffisamment.
Si celui qui la subissait la ressentait ainsi, quelle différence cela faisait-il ?
Huit hommes gardaient la porte.
Le commandant déglutit péniblement.
Est-ce que huit hommes auraient une chance en chargeant tous ensemble ?
Aucune.
Son visage avait pâli sous l’effet de pensées confuses, et la sueur qui lui coulait sur le front après avoir tenté de défoncer la porte était devenue froide. Alors Enkrid avança d’un pas.
Tac. Son pied se posa sur un morceau de bouclier en bois à moitié brisé, qui traînait sous ses pieds.
Il le repoussa en avançant, et un soldat qui lui barrait le passage s’écarta.
Quelques hommes serrèrent les dents et tentèrent de tenir la ligne devant la porte.
Enkrid s’avança et leva son épée.
S’ils lui barraient la route, il les taillerait en pièces.
À cette résolution répondit une Volonté qui s’éveilla d’elle-même. Cette fois, c’était bien la Pression.
Le soldat qui se tenait devant lui fut pris de sueurs froides. Un instant plus tard, il s’écarta comme s’il prenait la fuite.
C’en était fini. Plus personne ne lui barrait la route.
« Vous restez parce que vous voulez vous battre ? » demanda Enkrid.
« Non », répondit le commandant.
Alors, qu’est-ce que vous faites là ?
Enkrid posa la question du regard.
« Nous… nous battons en retraite. »
Le commandant cracha ces mots entre ses dents serrées. S’ils tenaient leur position, ils mourraient comme des chiens. Leur seule chance était qu’Enkrid ne fonçait pas sur eux pour les massacrer jusqu’au dernier.
Tous se turent et le suivirent.
Il y avait parmi eux des mercenaires au service du vicomte Mernes, mais aussi des soldats.
Ils savaient parfaitement qu’ils n’étaient pas censés abandonner cet endroit.
Ils risquaient d’être punis et tués pour cela.
Le vicomte Mernes ne plaisantait pas avec les récompenses et les punitions. Il laissait rarement passer les erreurs.
Pourtant, ils battirent en retraite en silence.
Dès le départ, l’élan avait été tout autre.
S’ils chargeaient, ils mourraient. C’était certain. Sa présence était d’un autre ordre. La peur leur avait d’abord étreint le cœur. Le courage était introuvable. Leur volonté avait cédé.
Ils ne pouvaient donc pas lui barrer le passage, ni tenir leur position.
Sans même se retourner, Enkrid observa la porte barricadée.
« Qui est à l’intérieur ? »
Il tapota la porte à moitié brisée avec la pointe de son épée.
De l’autre côté, un claquement sec retentit, comme si quelque chose cinglait le sol.
« Toi ? »
La voix qui venait de l’intérieur lui était familière. L’escorte au fouet.
Comment s’appelait-il, déjà ?
Sa mémoire s’embrouillait. C’était un effet secondaire de ces innombrables journées répétées. Même avec une excellente mémoire, ça arrivait.
« Rat ? » demanda Enkrid.
« …Qui est-ce ? »
Le nom lui avait paru proche.
« Melon ? »
« …Tu le fais exprès ? »
Pourquoi cet homme se comportait-il ainsi en pleine situation de crise ?
Matthew se posa la question. Il ne comprenait vraiment pas pourquoi son seigneur faisait confiance à un homme pareil.
« C’est Matthew. »
« Ah, oui. Matthew. »
« Et ceux qui étaient devant ? »
« Ils sont partis. »
« …Partis où ? »
« Là où ils allaient. »
Enkrid n’avait pas à protéger un autre noble ou qui que ce soit d’autre. Il n’en avait pas non plus envie.
Il ne pensait même pas devoir tuer ces hommes.
Marcus lui avait demandé de l’aide, et Enkrid avait compris pourquoi il lui avait confié la protection de Crang.
Alors, il s’en chargeait. Rien de plus.
« Tu es là-dedans ? »
« Entre. »
Ce n’est qu’alors que la commode qui bloquait l’entrée fut raclée de côté.
À l’intérieur aussi, tout était sens dessus dessous.
Sept cadavres en tout.
Matthew se tenait là, la moitié du visage couverte d’un bandage, et une autre guerrière se trouvait à ses côtés.
Elle tenait un long trident et observait Enkrid d’un regard méfiant.
Elle portait une armure de mailles qui ne couvrait que le haut du corps, et la partie qui protégeait son épaule gauche semblait brisée et entaillée.
Elle avait visiblement échappé de justesse à une crise grave.
À la manière dont elle remuait son épaule gauche, il était évident qu’elle souffrait.
« Où ? »
« Ici. »
Enkrid tourna le regard et vit le visage de Crang, qui dépassait d’un trou creusé dans une structure étrange.
« On vous avait dit que même si nous mourions, vous deviez partir, non ? » demanda Matthew, la colère dans la voix. Il semblait vraiment contrarié.
« Où serais-je allé en vous abandonnant ? Si c’est ici que mon chemin s’arrête, alors soit. »
Crang était calme. Même dans un moment pareil, il avait une tout autre envergure. En voyant Enkrid, il lui fit signe de la main.
« Tu en as mis du temps. »
« J’ai trébuché sur une pierre en chemin. »
Enkrid haussa les épaules.
Il omit de préciser que cette pierre avait des cheveux orange, était une femme et appartenait aux Chevaliers à la Cape Rouge.
Crang retira sa main du trou et commença à grimper.
On aurait dit un passage de secours, et Enkrid se demanda pourquoi il s’agissait d’un trou plutôt que d’un escalier.
Il devait y avoir une échelle à l’intérieur, car il entendait Crang grimper.
On aurait dit un tunnel en pente creusé dans la pierre.
« Vous ne pouvez pas », dit Matthew en essayant de l’arrêter.
Ce n’était pas parce qu’Enkrid avait dégagé l’entrée que l’endroit était sûr.
Crang n’en tint pas compte et grimpa hors du trou. La femme au trident surveillait l’extérieur. Enkrid se demanda brièvement qui elle était. Matthew ne pouvait pas être le seul à escorter Crang.
Et ce n’est pas le genre à rester sagement sans rien faire.
Il avait forcément prévu un moyen de s’en sortir dans ce genre de situation.
Enkrid n’avait donc jamais cru Crang mort.
Malgré tout, sa demande d’aide avait semblé signaler un vrai danger.
Cela signifiait qu’il avait besoin d’Enkrid.
« Je ne pensais pas que tu me demanderais de l’aide. »
« Je t’ai dit qu’on était amis. Considère que tu m’as rendu service. »
Crang finit par sortir et prononça ces mots.
En vérité, il avait prévu des issues de secours. Il était simplement si pressé par le temps que tout était sur le point de s’effondrer.
Si Enkrid n’était pas venu, il était prêt à tenir bon et à mourir.
C’était pour cela qu’il souriait maintenant, même après avoir frôlé la mort. Pas un seul de ses doigts ne tremblait.
« Vous disiez vouloir devenir roi d’un pays, alors pourquoi… » dit Matthew, la voix lourde d’amertume. Pour lui, cela devait être exaspérant. Ils avaient une relation de ce genre. Crang l’écoutait quand il parlait. C’était ce genre de seigneur.
« Parce que je voulais devenir roi. »
Crang prit la parole.
Le poids de cette phrase changea encore.
Elle pesait plus lourd qu’avant.
On aurait dit que tous les bruits alentour s’étaient évanouis.
L’atmosphère changea, et Crang ouvrit la bouche.
« Si je veux devenir roi, à quoi est-ce que je peux prétendre si je passe tout mon temps à fuir pour sauver ma propre vie ? Si je ne peux même pas protéger une seule personne qui compte pour moi, qu’est-ce que je ferai sur un trône ? Je m’y assiérai pour m’empiffrer de raisins pelés par des servantes ? Taisez-vous, Matthew. Si je meurs ici, c’est que mon destin s’arrête là. J’ai fait de mon mieux, j’ai préparé quantité de choses et me voilà ici. Je n’ai pas l’intention de perdre encore davantage et de m’en aller. »
Enkrid eut la chair de poule. Rien qu’en entendant ces paroles.
Comment les mots pouvaient-ils avoir tant de force ?
Quand ils ne restaient pas de simples mots. Crang l’avait prouvé par ses actes.
Il devait risquer sa vie.
« Je dois faire cela pour tenir la promesse que j’ai faite à la reine. »
Crang dit cela, puis sourit à Matthew.
« Alors, arrêtez de me rabâcher les oreilles. »
Sa dernière phrase était légère, comme s’il la lançait à un ami.
Ce ne fut qu’alors qu’Enkrid comprit clairement pourquoi Crang l’avait appelé.
Parce qu’il était en danger ? Parce que la situation était critique ?
Non.
Pour ne pas s’enfuir.
C’était une lutte désespérée pour ne pas tourner le dos à son propre rêve.
Aussi absurde que cela puisse paraître, Enkrid se reconnut en lui.
Il savait que ça ne collait pas, que leurs situations étaient sans rapport, et pourtant…
Il se vit se débattre au cœur de cette journée.
C’était une lutte pour avancer ne serait-ce que d’un pas.
Voilà comment Crang vivait.
Quelque chose remua en Enkrid. Il voulait l’aider.
C’était sans doute le talent de Crang.
« Quelqu’un approche de l’extérieur », dit la guerrière qui escortait Crang, son trident à la main. Tout en parlant, elle essaya de repousser les meubles devant la porte.
« Combien ? » demanda Matthew.
« Un seul. »
Matthew grinça des dents.
« C’était le pire scénario, pas vrai ? » demanda Crang derrière eux, toujours sur ce ton clair et léger.
Matthew l’avait dit plus tôt.
Ils pouvaient tenir tête à de nombreux ennemis qui se ruaient ensemble sur eux, mais peut-être pas arrêter un adversaire qui s’approchait seul.
« À présent, il ne nous reste plus qu’à tenter notre chance. »
Crang poursuivit, et Enkrid répondit du fond du cœur.
« Alors, je serai ta chance. »
Crang tourna la tête en l’entendant. Sans attendre de réponse, Enkrid regarda devant lui et prit la parole.
« Ne barricade pas la porte, Matthew. »
Matthew s’apprêtait de nouveau à bloquer l’entrée avec des meubles.
Tenir bon à l’intérieur était efficace contre de nombreux soldats, mais inutile face à ceux qu’on appelait une petite élite.
Autrement dit, quiconque avait une force comparable à celle d’Enkrid ne se laisserait pas arrêter par cet obstacle fragile.
Il poussa la porte de côté et sortit. Un homme se tenait là.
Enkrid l’avait déjà vu, mais pour l’autre homme, c’était leur première rencontre.
Le chevalier junior Briseur de Flux d’un jour précédent.
L’homme qui lui faisait face haussa légèrement le sourcil gauche.
« Tu as tué Eisia et tu es venu ici ? » demanda-t-il.
« Je l’ai endormie et je suis venu. »
Enkrid répondit.
Avec ses poings et ses pieds, en guise de berceuse.
L’homme sembla vouloir ajouter quelque chose, puis se rua soudain en avant en dégainant son épée d’un seul mouvement.
Tching ! Enkrid entendit à peine l’épée quitter son fourreau qu’un éclair s’abattit au-dessus de sa tête.
Dès le premier mouvement, son adversaire avait choisi un timing destiné à briser son rythme.
Comme il avait déjà affronté cet homme, Enkrid réagit.
Il dégaina Gladius de la main droite et tenta de dévier la lame avec le plat de son épée.
Kwang !
Son intention échoua.
L’impact faillit lui briser le poignet droit.
Le timing n’était pas le seul leurre : le coup d’épée lui-même en était truffé.
La question, le pas, les feintes qui s’y mêlaient, le coup d’épée : chaque élément visait à briser son rythme.
Et au moment où Enkrid endura tout cela et para le coup, il le sentit.
Plus fort qu’Eisia.
Autrement dit, du niveau de Rem.
Dans l’intervalle entre deux ouvertures, son adversaire dégaina une seconde épée et frappa d’estoc.
À cet instant, entre Enkrid et l’homme, un fouet tressé en peau de Bête magique claqua dans un bruit sec.
C’était le talent de Matthew.
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