Chapitre 382
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 382 : Son cœur ne cessait de rugir
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Une fois son objectif en vue, il ne lui restait qu’à continuer d’avancer.
Enkrid fit exactement cela.
Il avait déjà aperçu le chemin. Il l’avait même touché du doigt. Il ne lui restait qu’à élever tout ce qu’il avait d’un cran supplémentaire. Suivre les balises était à la fois son fort et sa spécialité.
Ce dont il avait besoin, c’était de précision, de minutie et de finesse.
« J’ai déjà appris. »
Il ne lui restait donc qu’à répéter jusqu’à ce que cela devienne naturel. Rien n’était plus facile pour Enkrid. Il lui fallait du temps. Il lui fallait répéter encore aujourd’hui. C’est ce qu’il fit. Il consacra cette journée à l’entraînement, puis en passa une autre de la même façon.
« Tu crois vraiment que ça va marcher ? »
Le Passeur lui posa la question. Il l’exhorta à apprendre le désespoir, la frustration. Frémir de douleur, disait-il, n’avait rien d’anormal.
C’était ainsi qu’il semait le doute dans son esprit.
Et s’il se trompait ?
Et si ce n’était pas le bon chemin ?
Peu importait. Même s’il franchissait ce mur pour en trouver un autre derrière, il franchirait aussi celui-là. Pour l’heure, il suivrait la voie tracée par sa Volonté. Le mur était une condition, et c’était lui-même qui l’avait posée.
Il avait décidé de ne pas la tuer, mais de la mettre à terre.
Si quelque chose lui barrait la route, il le franchirait aussi.
C’était de la détermination, mais aussi un état d’esprit simple et constant.
Le Passeur le sentit dans le monde mental et, s’il avait eu une langue, il aurait claqué des lèvres, incrédule.
Mais il n’avait pas de langue à claquer ; il se contenta donc de marmonner :
« Encore ce fichu taré. »
Le Passeur savait que la condition du mur avait changé.
Celui qui l’avait modifiée, c’était la Volonté du porteur de la malédiction.
Aussi absurde que cela puisse paraître, ce n’était ni impossible ni inédit. Il en avait lui-même fait l’expérience.
La plupart des gens comprenaient la condition du mur, puis choisissaient tant bien que mal la voie la plus facile. Les cas comme celui-ci étaient donc rares.
Mais Enkrid ?
La voie difficile.
Et pas seulement difficile : plus rude encore.
Tenir tête à cette chevalière aux cheveux orange et la maîtriser relevait déjà de l’exploit.
Mais Enkrid s’était fixé pour objectif d’y parvenir en peu de temps.
Il avait compris que tenir bon ne lui suffirait pas pour traverser cette journée.
« Il est fou, et de la pire espèce. »
Le Passeur marmonna de nouveau pour lui-même. Il n’obtint aucune réponse. Comme toujours, il errait seul sur le fleuve.
* * *
Enkrid ne pensait pas impossible de franchir le mur qui se dressait devant lui.
Il avait croisé le fer avec elle d’innombrables fois, et les habitudes d’Aisia lui étaient devenues familières.
S’il s’était agi d’un combat à mort, cela aurait été plus facile. Mais c’était lui qui avait choisi cette voie, parce qu’il ne voulait pas en arriver là.
On disait que courir deux lièvres à la fois, c’était n’en attraper aucun. Mais s’il pouvait les prendre tous les deux, c’était encore mieux.
Était-il vraiment obligé de n’en attraper qu’un seul ?
Il avait des journées à répétition. Il lui suffisait donc de poser les conditions de sorte à pouvoir attraper les deux lièvres.
Il ne tuerait pas Aisia et franchirait le mur.
Il la maîtriserait rapidement et poursuivrait sa route. Il trouverait où se tenir. Cet endroit se trouvait devant Crang.
Enkrid décida d’en faire son point de repère.
Et après ?
Cela lui importait peu.
Si ce sale type qui brisait le cours des choses devenait un autre mur sur sa route, il le franchirait aussi.
Ce n’était même pas la première fois qu’il se retrouvait face à des murs successifs.
Pourtant, un étrange pressentiment l’habitait.
Cet homme était apparu dans des conditions bien précises. Mais cela seul ne lui donnait pas l’impression d’être un mur sur sa route.
Le fait qu’Aisia soit la première à lui faire face ne faisait que renforcer cette intuition. Si elle avait été son mur, elle se serait dressée devant lui.
« Rem. »
C’est ainsi qu’il accueillit une nouvelle journée. La journée où il avait décidé d’aller de l’avant.
Dès qu’il se leva, Enkrid appela Rem en premier.
« … L’aube n’est même pas levée. »
Rem lui répondit sans ouvrir les yeux.
« Sors, espèce de barbare. Je vais te secouer la crasse du crâne. »
Son ton était si plat que cela ressemblait à peine à une provocation, mais Rem réagit.
Le barbare ouvrit les yeux. Son regard gris transperça le bleu de l’aube et se posa droit sur Enkrid.
« Allons-y. On va ériger une pierre tombale aujourd’hui. »
C’était un signal. Celui d’Enkrid, qui lui proposait un combat où chacun risquait d’y laisser la moitié de sa vie.
Rem accepta.
« Quelle épitaphe ? »
Il se leva en posant la question et s’empara de sa hache.
« Le pionnier qui fendit le crâne d’un barbare pour la science. »
« Tu tiens vraiment à mourir aujourd’hui ? »
Rem avait l’air à moitié sérieux.
« Si tu me sous-estimes, tu vas mourir. »
Enkrid le prévint. Rem ignorait tout des progrès accumulés au fil des journées par Enkrid. Il baisserait donc sa garde.
Aisia ferait pareil.
Alors…
Si Rem ne parvenait pas à l’arrêter, Aisia non plus.
Il sortit, prit sa position et évalua la distance.
Andrew sortit à son tour en se frottant les yeux, puis sursauta de stupeur.
Clang !
Le son retentit comme s’il avait balayé le brouillard de l’aube.
Enkrid, qui bondissait en avant en maniant son épée longue grâce à la Volonté instantanée, et Rem, qui avait paré son attaque, semblaient figés comme sur une toile.
Leurs armes croisées, leur souffle s’élevait au-dessus de leurs têtes et se mêlait à la fraîcheur de l’aube, formant une fumée bleutée.
Tous deux paraissaient deux fois plus menaçants que d’habitude.
« Merde, t’as fait un beau rêve ? »
Rem demanda cela alors que leurs armes étaient toujours bloquées l’une contre l’autre.
« Je fais ce genre de rêve tous les jours. »
Rêver de mourir n’avait rien de réjouissant. Mais aucune journée n’avait été vaine ; chacune avait donc eu sa valeur.
Voyant Enkrid plus remonté que jamais, Rem lui répondit sur le même ton.
« Bien. Allons mourir. »
Enkrid le faisait déjà. Il avait appris à moitié mort. Il s’était aussi battu contre Aisia à maintes reprises.
Il continuait d’avancer, sans jamais s’arrêter. À ce stade, il avait déjà accumulé des dizaines de journées supplémentaires.
L’entraînement avec Rem s’arrêta au bon moment. Enkrid avait tiré tout ce qu’il pouvait de cet affrontement.
« Parfois, t’es tellement bizarre que ça en devient presque inquiétant. »
Rem finit par le lui dire. Son regard ne débordait pas de stupeur, mais on y lisait de la surprise.
Une émotion dissimulée derrière son calme apparent.
Ragna et Jaxon n’étaient pas différents.
Même Dunbakel avait ouvert de grands yeux.
Esther, juste avant de partir, avait réagi de la même façon.
Enkrid repoussa ses cheveux d’une main et essuya sa sueur.
Il était prêt.
À présent, rejoindre Aisia en répétant la même journée était un jeu d’enfant.
Il le fit même les yeux fermés, fracassa de nouveau ce foutu instructeur à la marche forcée, puis poursuivit sa route.
« Putain, c’est quoi, ça ?! Pourquoi tu te bats les yeux fermés ?! »
Sans tenir compte de son hurlement d’agonie, il lui perça le cou d’un coup de poing, aida la servante à se relever et lui dit de se cacher sur le côté, puis repartit. Il fonça presque à toute allure vers Aisia.
« Qu’y a-t-il derrière toi ? »
Ce fut la première chose qu’il lui demanda en arrivant devant elle.
« Quoi ? »
« Je te demande qui est derrière toi. »
Aisia fronça les sourcils à sa question.
« Tu demandes ça parce que tu sais quelque chose ? »
« Je demande parce que je ne sais rien. »
« … Alors pourquoi as-tu l’air si sûr de toi ? »
« C’est une habitude. »
« T’es fou ? »
« On me le dit souvent. »
« Peu importe, je ne peux pas te laisser passer. Tu vas crever comme un chien. »
« Je ne crois pas. »
« Prouve-le. »
Une conversation familière.
Aisia leva son épée pour viser. Enkrid ferma les yeux et la dévia.
Clang !
« … C’était quoi, ça ? »
« Pas besoin de recommencer, mais tu doutes, pas vrai ? Alors essaie encore. »
Aisia fronça les sourcils et fit comme il le lui demandait.
Elle visa de son épée. Clang !
Il la repoussa une nouvelle fois. Même les yeux fermés, Enkrid maniait son épée comme s’il les avait ouverts.
Après cela, il relâcha sa concentration et ignora la Visée de la pointe de l’épée.
« Qu’est-ce que tu as fait avant de venir ici ? »
Aisia lui demanda, stupéfaite.
« Attaque-moi, c’est tout. »
Les mots étaient inutiles, alors ils se battirent. Quels étaient les points forts d’Aisia ?
Qu’est-ce qui la caractérisait ?
À première vue, c’était difficile à dire. Elle savait si bien dissimuler son jeu. Cela convenait à quelqu’un dont la spécialité était l’Épée Illusoire.
Elle commençait par la Visée de la pointe de l’épée, excellait dans l’Épée fluide et les attaques rapides, se déplaçait avec une vitesse extrême et utilisait parfois la Pression par petites impulsions pour entraver les mouvements de son adversaire.
Et sa faiblesse ?
Elle manquait de force et de puissance physique.
La méthode était donc simple.
La pousser à reculer avec l’Épée correcte et précise, puis l’écraser avec l’Épée lourde.
Clang ! Clang !
Au lieu de Silver, il tenait un gladius dans une main et frappait par brèves rafales. Aisia parait encore et encore.
Enkrid la faisait reculer sans se presser.
Au fil des journées répétées, il ne cessait de s’attaquer à son point faible.
« Toi ! »
Au milieu du combat, Aisia lâcha un cri qui tenait à la fois du hurlement et du cri de guerre, puis se mit en mouvement.
Elle changea d’appui et bondit de côté en un seul mouvement. Elle prit son élan contre le sol, posa le pied sur le mur et frappa en sautant.
Seuls des pieds agiles et un corps léger rendaient cela possible.
C’était aussi le résultat des assauts répétés d’Enkrid. Elle prit appui sur le mur et fonça, le corps presque parallèle au sol.
Il l’avait vue faire chaque fois, mais sa capacité à réagir aux imprévus était remarquable.
C’était probablement l’un des effets secondaires de sa longue pratique de l’Épée Illusoire.
Grâce à cela, elle pouvait répondre à presque n’importe quel imprévu. En clair, pendant un combat, elle prédisait un très large éventail de mouvements de son adversaire.
Même maintenant, malgré les obstacles de l’Épée correcte et précise et la pression écrasante de l’Épée lourde, tout cela restait dans le champ de ses prédictions.
Elle prit donc appui sur le mur et avança en courant, le sol à ses côtés. Elle transforma l’espace du combat à l’épée en un espace tridimensionnel.
Elle quitta la zone de l’Épée correcte et précise et s’empara un instant d’un espace qui échappait aussi à la pression de l’Épée lourde.
C’était ce que signifiait courir le long d’un mur avec agilité et un équilibre extraordinaire.
Mais que se passerait-il s’il sortait de son champ de prédiction ?
Après tant de combats, Enkrid savait jusqu’où s’étendait le champ de prédiction d’Aisia.
Il n’avait pu l’apprendre que parce que la journée se répétait sans cesse.
Alors…
Il allait le dépasser.
La manœuvre qu’elle venait d’exécuter était impressionnante, mais c’était précisément ce qu’il avait prévu.
Enkrid plaça le gladius qu’il tenait sur la trajectoire de l’épée d’Aisia, puis le lâcha.
Ting !
Le gladius tomba au sol. Dans le même instant, il se rua au ras du sol sous le corps incliné d’Aisia, qui courait le long du mur. Il bondit, bas et rapide.
Boum !
Le tapis sous ses pieds se déchira comme s’il avait explosé. Aisia n’avait pas le temps de ramener son épée pour frapper d’estoc ; elle dégaina donc le poignard caché sur elle.
De la main gauche, elle le planta. La lame faisait la longueur d’une paume.
Sa vitesse égalait celle de la Volonté instantanée, mais il connaissait déjà cette technique.
Enkrid misait tout sur ce coup.
S’il réussissait, il la maîtriserait d’un seul coup. S’il échouait, il recommencerait.
C’était déjà la septième fois qu’il tentait la même chose.
Grâce au Point de concentration, la trajectoire de l’estocade d’Aisia lui parut lente.
Comme s’il se frayait un chemin dans la boue, Enkrid tendit les deux bras en les croisant.
Désarmement du style Valaf.
Il coinça le poignet d’Aisia entre ses poignets croisés. La trajectoire du poignard dévia naturellement. Enkrid guida délibérément la pointe vers son propre ventre.
La lame traversa le cuir extérieur, mais l’Armure de bandages en dessous l’arrêta.
Dans le même temps, il tordit sur le côté ses deux mains qui immobilisaient le poignet d’Aisia.
Crac !
« Mm ! »
Un gémissement échappa à Aisia quand son poignet se tordit.
Sans perdre une seconde, il agrippa son poignet de la main gauche. Puis il écarta largement le pouce et l’index de la droite et frappa la pomme d’Adam d’Aisia.
Au moment où le poignard d’Aisia se planta dans son ventre, la main droite d’Enkrid était déjà en mouvement.
Crac !
Le choc résonna.
« Ngh ! »
Aisia poussa un second gémissement.
Si le premier exprimait la surprise, le second trahissait le choc.
Enkrid avança un pied, accrocha son talon, lui saisit les cheveux et fracassa sa tête contre l’ornement de son bouclier.
Bam !
Du sang jaillit de son nez et de son visage. Brutal et sans détour.
Mais ce n’était pas fini.
Il jeta son corps au sol, puis y projeta tout son poids en lui assénant un coup de coude au torse.
Boum !
Crac.
Il lui avait brisé plusieurs côtes. Ses organes étaient probablement touchés aussi.
« Hoo. »
Ce n’est qu’alors qu’Enkrid expira, roula sur le côté et se releva.
Aisia avait déjà perdu connaissance, les yeux révulsés. Son visage était méconnaissable.
Malgré tout, grâce au pouvoir sacré, elle se rétablirait complètement.
Il n’avait pas eu la moindre raison de se retenir.
Enkrid reprit brièvement son souffle. S’il s’était relâché ne serait-ce qu’un instant, elle lui aurait aussitôt échappé.
Ce n’était pas excessif. C’était nécessaire.
Après avoir transformé Aisia en une sorte de vase brisée…
Le soleil ne s’était pas encore couché. Enkrid ramassa son épée et reprit sa marche. Il s’enfonça dans les lieux et courut bientôt vers l’endroit d’où montait le vacarme.
Son cœur courait avec lui.
Le Cœur de la Bête lui conférait de l’audace et du sang-froid, mais peut-être à cause de l’impatience de découvrir la suite, son cœur ne cessait de rugir.
Il courut vers le bruit.
À la porte à moitié détruite, plusieurs hommes s’apprêtaient à entrer.
L’un d’eux se retourna et fit face à Enkrid.
« Tu sais seulement où tu es ? »
Un homme au regard perçant lui barra la route. Quel était son niveau ? Enkrid l’ignorait.
Pourtant, l’emblème sur son armure lui était familier.
Le symbole du royaume : une épée et la Bête solaire.
Autrement dit, l’emblème des Chevaliers à la Cape Rouge.
Malgré cela, Enkrid ne ralentit pas. Il réajusta simplement sa prise sur son épée.
« Espèce de fou ! »
L’homme lui porta une estocade. Sans ralentir, Enkrid abattit son épée sur la lame qui arrivait.
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