Chapitre 379
TRADUCTIONS WE AVONS TENTÉES
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 379 : Trèèès, énooormément.
= = =
« Andrew, ouais, essaie comme ça. »
Dix-neuf répétitions de cette journée s’étaient écoulées. Enkrid demanda à Andrew de lui porter une estocade.
Il avait maintenant besoin de l’aide de quelqu’un d’autre.
Alors il fit exactement ça.
Il commença à s’entraîner à rencontrer la pointe de l’épée d’Andrew avec la sienne pour la bloquer.
« … C’est une méthode d’entraînement plutôt brutale. »
Vers la trente-sixième fois où il entendit Andrew marmonner avec étonnement, Enkrid parvint enfin à toucher la pointe de l’autre lame avec la sienne.
Pas en restant immobiles, mais en se déplaçant tous deux à une allure correcte.
Bien sûr, ce n’était pas facile. C’était difficile. Et c’était justement pour ça que la réussite lui procura un frisson qui lui parcourut le corps entier.
Évidemment, ce frisson fut de courte durée.
Pour vraiment maîtriser le geste, il devait le répéter un nombre incalculable de fois.
Il ne pouvait pourtant pas nier qu’il y prenait plaisir.
Ting !
Un son clair retentit, qu’on entendait rarement.
« Mais tu t’amuses vraiment ? »
Andrew lui posa la question. Même concentré sur leurs lames, Enkrid débordait d’énergie.
Il avait l’air heureux, excité, exalté.
Comme un enfant qui prouverait qu’il pouvait jouer avec le même jouet toute la journée, puis le ferait vraiment.
On aurait dit qu’il frappait avec son épée, animé d’une joie pure.
C’est ainsi qu’Andrew le voyait.
« Ouais, trèèès. »
Enkrid répondit en appuyant délibérément sur le mot.
Pourquoi ?
Andrew ne comprenait pas, mais pour Enkrid, c’était tout naturel, comme toujours.
« Tu t’amuses ? »
« Ouais, énooormément. »
« À ça ? »
« Hein ? »
Tac, tac, tac, tac, tac, tac.
Les pointes de leurs épées se rencontrèrent encore et encore.
Après avoir entendu Andrew s’étonner plus de quarante fois, Enkrid hocha la tête, trempé de sueur.
« Ça ira pour le moment. »
Puis il appela Rem.
« Rem, balance ta hache. »
Il changea d’adversaire.
Rem renifla, sourit de toutes ses dents et frappa sans hésiter.
Il ne pouvait se permettre la moindre erreur.
Il ne pouvait laisser la moindre ouverture à une attaque.
Sinon, il ne pourrait jamais dévier proprement la hache de Rem. Pas en partie. Parfaitement.
Tout commença ainsi.
Après l’exercice pointe contre pointe, il s’entraîna à dévier la hache de Rem. Il ne s’agissait pas d’une simple parade : l’objectif était de faire se rencontrer la pointe de l’épée et le tranchant de la hache.
« T’as peur de rien ou t’as le cerveau vide ? Ramène-toi ici et mets-toi à genoux, tout de suite ! »
Chaque fois qu’Enkrid s’absorbait dans son entraînement, le commissaire à la sécurité du palais apparaissait comme réglé par une horloge. Dès qu’il le voyait plongé dans ses exercices, il réagissait presque toujours de la même façon, et Enkrid répondait sans réfléchir.
« Oh, t’es là ? »
À présent, sa visite était presque la bienvenue. Après tout cet entraînement, l’heure était venue de passer à la pratique réelle.
Grâce à cette étrange familiarité qu’avait fait naître la répétition de la journée, Enkrid leva même la main pour le saluer. Le visage du commissaire à la sécurité du palais vira au rouge et il souffla bruyamment par le nez.
Il croyait qu’Enkrid se moquait de lui.
Et il avait raison.
« Espèce de fils de… »
Avant que le commissaire à la sécurité du palais puisse poursuivre sa tirade, Enkrid le neutralisa d’un coup de pied qu’il appelait persuasion.
Ensuite, il demanda à Dunbakel de montrer aux gardes de la ville la différence de force.
Puis il lança Ragna et Dunbakel sur l’écuyer Ropord, envoya Rem sauver Marcus et fit face à Jaxon et aux assassins.
« Poignarde… »
Avant même que le mot ne soit achevé, Enkrid bougea. Jaxon réagit et bondit sur le côté.
Silencieux et dissimulé.
Grâce à l’artefact magique qu’il portait, Jaxon effaça sa présence et le moindre bruit, puis disparut.
Enkrid attirait d’abord l’attention, puis Jaxon la détournait à nouveau, brouillant la concentration des assassins.
Bientôt, les assassins jugèrent Jaxon plus dangereux et se mirent à ne viser que lui.
À force de voir la scène se répéter, Enkrid eut l’impression qu’ils étaient venus dès le départ pour tuer Jaxon.
Pourquoi ?
La question lui vint soudain. Plusieurs pensées traversèrent son esprit.
Il les laissa toutes passer.
Un soupçon né de son instinct lui traversa l’esprit, mais ce n’était pas le moment de s’y attarder.
Il monta sur Grands Yeux, rencontra Aisia, puis revécut encore cette journée.
Il parvint à dévier complètement le coup de Rem plus vite que prévu.
Après tout, Rem n’avait pas frappé pour de vrai.
Il ne lui fallut que quatre-vingt-seize essais.
À présent, les bases elles-mêmes étaient solidement ancrées en lui, et c’était ce qui rendait la chose possible.
Tout l’entraînement qu’il avait suivi avec différentes armes l’aida aussi.
Plus il gagnait en expérience, plus il découvrait de choses, même sur l’épée qu’il avait toujours maniée.
Rem reniflait chaque fois qu’il le voyait faire.
« En temps normal, ce genre de truc finit par venir tout seul. T’as vraiment une drôle de constitution. »
D’après Rem, quand on montait de niveau, certaines choses finissaient naturellement par s’ancrer dans le corps. Ce n’était pas le cas d’Enkrid.
Il ressemblait à une tour de pierre qui ne pouvait s’élever qu’en empilant chaque bloc à la main.
Et pas seulement en les empilant : il fallait le faire avec soin et prier pour que tout ne s’écroule pas.
L’image lui allait bien.
Les bases ou non, s’il n’apprenait pas chaque élément comme il fallait, rien ne s’ancrerait jamais dans son corps.
De quoi ceux qui compensaient leur manque de talent par l’effort avaient-ils le plus besoin ?
De temps.
À cause de la malédiction, il avait reçu ce temps.
« Ce qui est encore plus étrange, c’est que tu as l’air d’être une autre personne du jour au lendemain. »
Même pour Rem, c’était la première fois qu’il voyait quelqu’un comme ça. Aucun talent, déjà à bout, déjà au bord du précipice, mais qui marchait d’une façon ou d’une autre dans le vide. Et puis, à force de le regarder avancer, une route apparaissait sous ses pas.
Enkrid venait de s’emparer de la hache de Rem. Il s’était encore amélioré, avait encore progressé. Sa croissance était exceptionnelle.
Même un génie ne changeait pas du jour au lendemain. Il y avait toujours des signes avant-coureurs.
Non… Ces signes étaient peut-être déjà là.
Rem se gratta vigoureusement la tête en réfléchissant. Le corps était prêt. Les compétences étaient prêtes. Le temps d’entraînement était là.
Enkrid était-il donc du genre à empiler les blocs encore et encore, avant d’exploser en une seule journée ?
Impossible.
Il avait vu tant de choses impossibles qu’il essaya de ne plus y penser, mais il n’en restait pas moins stupéfait chaque fois. Enfin, il n’y avait rien à redire.
« Jaxon. »
Quand il fut capable de se défendre raisonnablement bien contre la hache de Rem, Enkrid fit venir Jaxon.
Seul Jaxon pouvait approcher la précision de l’épée de Sinar.
Cela ne signifiait pas que Rem et Ragna manquaient de précision.
Ces deux-là pouvaient eux aussi exécuter des mouvements d’épée fins et précis. Quand on atteignait un niveau suffisamment élevé, on pouvait presque tout faire.
Mais chacun avait ses points forts.
La précision de Jaxon était presque elfique. C’était l’un de ses atouts.
« Fais-la trembler. »
Ils répétèrent des exercices où Jaxon faisait trembler la pointe de son épée, qu’Enkrid devait toucher et parer.
Parfois, il croisait aussi le fer avec Aisia.
« À moins que tu aies laissé une amante derrière toi, tu peux venir plus tard ? »
Il essaya de l’en empêcher, mais Aisia ne l’écoutait jamais.
« Il y a quelque chose que je dois vérifier. »
Elle disait toujours la même chose, puis s’éloignait.
Puis vint l’obscurité.
La journée recommença.
« Mais qu’est-ce que t’as foutu ? »
En ce nouveau jour, Rem le dévisagea, abasourdi.
Enkrid appela ensuite Jaxon, dont les yeux s’illuminèrent à cette vue, et reprit l’entraînement.
Tant d’événements se chevauchaient à chaque répétition de la journée qu’il s’en servait comme de repères pour compter.
Parfois, le Passeur apparaissait et riait. D’un rire plein d’impatience, peut-être.
C’est ainsi qu’Enkrid l’entendait et le voyait.
Héhéhé.
Son rire résonna sur la Rivière Noire. La flamme de la lanterne vacilla avec lui.
Qu’on se moque de lui ne le dérangeait pas.
À vrai dire, peu importait que ce soit le Passeur ou quelqu’un d’autre.
Depuis l’enfance, il avait manié l’épée, couru, roulé au sol, combattu et s’était relevé au milieu d’interminables railleries.
Les moqueries lui étaient familières.
Ce genre d’attaque psychologique n’avait jamais eu le moindre effet sur Enkrid.
Il se réveilla encore et recommença cette journée. Il s’entraîna sans relâche.
Ce fut à peu près au moment où il commença à rencontrer la pointe de l’épée de Jaxon avec la sienne.
Autrement dit, à peu près au moment où il parvint à bloquer assez correctement la Visée de la pointe de l’épée d’Aisia avec la Parade de la lame.
« … Comment ? »
Aisia paraissait plusieurs fois plus stupéfaite.
« J’ai juste continué à m’entraîner. »
Ce n’était pas le genre de moment qu’on pouvait attribuer à la chance.
Un vif frisson lui parcourut le corps et fit naître un sourire sur ses lèvres.
Aisia le remarqua, ramena son épée en arrière et dit : « Ton visage aussi est une arme. »
Elle recula et pointa de nouveau son épée vers lui.
« Recommence. »
Il s’exécuta. Il rencontra la pointe et la para.
« Tu essaies de faire comme Rem ? C’est brouillon. »
Elle lâcha ces mots sans prévenir, puis se mit à faire trembler la pointe de son épée.
Qu’est-ce que c’était, cette fois ?
Il n’avait jamais vu cette technique lors de leurs précédents affrontements. Sa pointe trembla et, bientôt, le point unique devant ses yeux se démultiplia.
S’il voulait bloquer comme Rem, il devait repousser chaque pointe l’une après l’autre.
En répétant l’exercice, il finirait lui aussi par ancrer ce geste dans son corps.
Mais ce n’était pas sa voie. Il l’avait décidé dès le début.
Je dois aussi construire le processus.
Il avait déjà tiré tout ce qu’il pouvait de la méthode de Rem en l’imitant.
« Vous autres, vous n’arrêtez pas de me piquer mes techniques. Vous pensiez que j’étais facile ? »
Aisia s’exprima sur ce ton.
Elle n’avait pas l’air vexée.
La technique d’Enkrid, qui visait à parer la pointe, l’impressionnait, mais il avait copié ce que Rem lui avait montré. Elle s’était attendue à ce qu’il dissimule un talent de ce genre.
Sinon, comment aurait-il pu affiner ainsi son escrime et ses techniques corporelles ?
Quoi qu’il en soit, elle faisait partie de l’ordre des chevaliers et avait un rang supérieur à celui d’écuyer.
Elle avait relevé ce genre de défis un nombre incalculable de fois. Elle y était habituée.
« Si tu croyais que ça suffirait à m’arrêter, change d’état d’esprit. »
Tout en parlant, elle abaissa la pointe de son épée. Tous les points vacillants disparurent.
À la place, elle se mit à sautiller sur place, martelant le sol de ses pieds pour donner le rythme. Ses cheveux orange ondulaient au même tempo. Naturellement, la Visée de la pointe de l’épée n’était pas sa seule arme.
« On continue. »
Elle prit cette position en parlant.
« Évidemment. »
Enkrid hocha la tête.
Après ce bref échange, Argent, Spark et le Don du Nain dansèrent dans les airs.
En face de lui, la rapière d’Aisia reflétait une lueur bleue tandis qu’elle transperçait, tranchait, frappait et, parfois, se repliait brusquement comme si elle se courbait.
Il lui était toujours difficile de la bloquer ou de la maîtriser sans se blesser.
Mais désormais, ils pouvaient s’affronter toute la journée. Il y avait tout de même une limite de temps très nette.
Pour une raison ou une autre, cette journée s’achevait au coucher du soleil, et non à minuit.
Puis la journée recommençait simplement.
L’expérience le lui avait déjà appris.
Il devait donc toujours faire de son mieux dans le temps qui lui était accordé.
« Hff, hff… pourquoi ton niveau a-t-il bondi tout d’un coup ? »
Enkrid entendit la question d’Aisia, sourit et répondit :
« C’est amusant. »
« Espèce de cinglé. »
En le voyant ne dire que ce qui lui chantait, Aisia rit à son tour.
Elle-même avait aussi manié son épée de façon inadaptée à la situation, combattu en risquant sa vie et ressenti l’exaltation du combat.
« À la prochaine. »
Le soleil se coucha. Puis la journée recommença.
Il était bloqué. Voilà pourquoi il ne pouvait pas encore franchir cette journée.
Quand Enkrid rouvrit les yeux, il décida cette fois d’imiter la méthode de Jaxon.
« La suite. »
Marmonner ainsi pour lui-même tout en se préparant était devenu une habitude.
« La suite de quoi ? »
Andrew lui posa la question à côté de lui, tout en s’échauffant avec la Technique d’isolement.
« Il y a quelque chose. »
Après cette réponse vague, Enkrid se mit à imiter la méthode de Jaxon.
Pour contrer la Visée de la pointe de l’épée, Jaxon frappait avant même qu’elle ne commence.
Qu’est-ce que cela exigeait ?
« De l’anticipation. Il faut sentir la réaction de l’adversaire juste avant qu’elle ne commence. »
« Comment ? »
« Des choses comme un cil qui tremble ou des muscles qui se tendent sous les vêtements. »
Facile à dire. Vraiment.
« Pourquoi tu me regardes comme ça ? »
« Pour rien. »
« T’avais un regard un peu barbare, à l’instant. »
« Qu’est-ce que tu racontes, espèce de bâtard de chat errant ? Ça me vexe. »
Rem intervint.
« Tu avais un regard de charogne, comme de la vieille morue mélangée à des œufs. »
Sans prêter attention à Rem, Jaxon dit cela à Enkrid, puis fit face à une Hache de lancer.
Une Hache de lancer arriva en sifflant. Jaxon posa son épée longue contre elle et pivota. D’un geste précis, exécuté avec la force et le timing nécessaires, il fit retentir un craquement sourd, et la hache circulaire rebondit verticalement vers le haut.
Taaang !
L’échange fut rapide, et le son retentit juste après.
La technique était intégrée à la parade. Un mouvement précis de Souplesse et d’Épée fluide.
Après avoir bloqué ainsi, Jaxon prit la parole.
« À l’instant, le barbare respirait par le nez plus vite que d’habitude. »
Était-il en train de donner un exemple ?
Il avait anticipé le coup grâce à la respiration nasale ? C’était sans doute plutôt le fruit d’un sixième sens forgé par d’innombrables expériences.
Enkrid observa leur chamaillerie et leur entraînement sans réagir.
Jaxon avait toujours une longueur d’avance.
Comme il l’avait dit, au-delà du Sens de l’esquive et du Sens de l’attaque, tous ces instincts et ces sens devaient maintenant s’accorder à une technique précise de l’adversaire.
Peut-être fallait-il appeler cela le Sens de l’anticipation.
Alors qu’il commençait ce nouvel entraînement, continuait d’apprendre et cherchait à tout maîtriser…
« C’est vraiment trop amusant. »
La phrase lui échappa encore. En le voyant, le Passeur avait vraiment envie de claquer la langue.
Ce fou ne connaissait ni l’ennui, ni la souffrance, ni le désespoir.
On aurait dit qu’il était enfermé seul dans un espace clos, où il s’amusait à manier son épée.
Comme la journée recommençait, personne ne partageait ses souvenirs, mais cela lui convenait. Il s’en moquait.
En vérité, Enkrid allait bien parce qu’il avait quelque chose qui partageait tout avec lui.
Le processus de manier l’épée, la route à venir, les compétences qui s’accumulaient, tout ce qui changeait : voilà ce qui lui servait de repère. Ce qui le réjouissait.
Il partageait l’épée et cette journée, alors tout allait bien.
Il finit aussi par copier la technique de Jaxon.
Après cela, il se mit même à travailler celle de Ragna. Il continua de combattre en disant qu’il affronterait Aisia avec autre chose que la Visée de la pointe de l’épée.
Ce fut alors que la lame d’Enkrid effleura la gorge d’Aisia.
Plus précisément, il bloqua avec Argent, puis dégaina Gladius et lança un puissant coup horizontal, difficile à anticiper.
Pik. Une partie de sa peau se déchira et une goutte de sang perla. Toute la scène sembla se dérouler au ralenti.
Il avait une ouverture. S’il attaquait à présent, tout serait terminé. Il le savait. Mais sa tête le savait, tandis que son cœur refusait d’agir.
Je l’ai touchée.
Mais il ne pouvait pas la tuer.
S’il avait poursuivi son attaque à cet instant, il aurait peut-être pu la tuer, même s’il avait lui-même été touché quelque part.
Avec un peu de chance, il n’aurait eu qu’un trou dans l’épaule. Avec moins de chance, une blessure mortelle.
C’était clairement une occasion de tuer, mais Enkrid s’arrêta.
Une telle occasion ne se représenta jamais.
Clang !
Leurs épées s’entrechoquèrent et ils échangèrent leurs places. Aisia se retrouva là où Enkrid se tenait, et Enkrid là où elle se tenait.
Le sang coulait le long de son bras abaissé.
« Quand une occasion se présente, il faut la saisir. »
Aisia s’exprima ainsi.
Ils le savaient tous deux. Enkrid ne répondit pas.
Aisia rengaina son épée.
« Arrêtons-nous là. Je vais vérifier quelque chose à l’arrière, puis je te laisserai sortir. D’ici là, la raison de ta venue n’aura peut-être plus d’importance. »
Enkrid ne répondit toujours pas.
Aisia passa près de lui en frôlant son côté, sans aucune méfiance. Son épée était déjà rangée.
Après son départ, il resta assis là, hébété, à regarder le temps passer. Un peu plus tard, la journée s’acheva.
Elle se termina comme des dizaines d’autres journées avant elle.
Après l’évanouissement et l’obscurité, il rouvrit les yeux et vit une lampe violette.
Le Passeur.
Sur le bac, le Passeur ouvrit la bouche.
« Voilà le mur. »
Il se montrait exceptionnellement aimable. Ce qui se comprenait.
« Je ne t’avais pas dit que tu t’amuserais ? »
Le Passeur poursuivit.
Mais pour Enkrid, ce n’était pas très amusant.
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