Chapitre 372
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 372 : Écuyer Ropord
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Crang repassa son erreur en revue.
L’opération avait été truffée de failles dès le départ. L’erreur en elle-même n’était donc pas ce qui comptait.
Ce qui comptait, c’était de savoir ce dont ils avaient besoin sur-le-champ et de confirmer ce qu’il fallait faire.
Alors il fit exactement cela.
Dans l’immédiat, ils avaient besoin de temps et de quelque chose pour en gagner.
« Marcus Baisar. »
« Oui, monsieur. »
« Tu peux sortir et appeler à l’aide ? »
« … Je crois que je n’ai pas le choix. »
Crang était piégé dans le salon de réception qui lui avait été attribué. Ce petit salon privé était ce que le palais royal appelait une chambre de l’aile extérieure.
Les invités y logeaient lorsqu’ils se rendaient au palais ; ce n’était pas une pièce conçue pour résister à une attaque.
Il n’était pas encore grand-duc, ni même quoi que ce soit d’autre : un salon relié à une chambre constituait tout son espace.
Et à présent, il y était enfermé.
À peine Crang eut-il fini de parler que Matthew, son escorte armé d’un fouet, lança un tabouret contre la fenêtre.
Dans un fracas sec, la vitre vola en éclats.
Matthew se servit du manche de son fouet pour briser les morceaux restants et les dégager.
La fenêtre était large. Assez pour laisser passer une personne.
« Mes hommes devraient être dehors. »
Marcus se dirigea vers la fenêtre. Elle se trouvait au troisième étage. C’était haut, mais le grand arbre du jardin, juste en contrebas, lui permettrait de s’accrocher aux branches en tombant. Il ne mourrait pas.
Assis, les bras croisés, Crang ne se sentait pas perdu dans ses pensées. Au contraire, tout lui paraissait désormais simple et limpide.
Le vicomte Mernes s’était rebellé.
Une décision insensée, sans retour possible.
Mais une décision audacieuse.
Crang le reconnut. Le vicomte Mernes, qu’il avait pris pour un demi-idiot, était en réalité vif et plein de ressources.
*Utiliser tous les moyens dont je dispose ici ?*
Une manœuvre qui lui plaçait une dague acérée sous la gorge.
Tout ce que Crang avait fait depuis son arrivée au palais pour la cérémonie d’investiture du grand-duc n’avait eu qu’un seul but.
C’était simple et clair.
Rassembler les ordures et les évacuer.
C’était aussi ainsi qu’il avait résolu le problème que la reine lui avait confié.
« Ralliez tous les ministres à votre cause. »
Crang marmonna ces mots. Il avait fini par replier une jambe contre lui et l’enserrait de ses bras, parlant assez bas pour que lui seul l’entende.
En inversant la formule, on obtenait ceci :
S’ils n’étaient pas de son côté, il fallait les rassembler et les éliminer.
S’il était impossible de les trouver un par un et de les convaincre,
il n’avait qu’à les éliminer tous.
Et dès lors, le camp adverse s’unirait. Les factions se rassembleraient sous la bannière du vicomte Mernes et fondraient sur lui.
*Je pensais que les factions continueraient à se battre entre elles et ne se tourneraient vers moi que plus tard.*
De toute façon, la raison n’avait plus d’importance.
Cette lutte avait toujours exigé de prendre un risque, et Crang avait tenté le sien. Le résultat se dessinait à présent.
« J’y vais. »
Marcus se jeta par la fenêtre.
Crang bondit sur ses pieds, se pencha à l’extérieur et le suivit des yeux.
Marcus attrapa une branche juste devant lui pour ralentir sa chute, puis atterrit et roula au sol.
Sa roulade, qui répartit l’impact, fut impeccable.
Lui aussi était un soldat entraîné. Dès qu’il toucha le sol, des hommes postés près de l’aile annexe se précipitèrent sur lui.
Casques d’or, fers de lance dorés : la Garde royale.
Ceux qui auraient dû se trouver aux côtés de la reine étaient là.
« Tuez-le ! »
« Traître ! »
Mais qui était le traître, ici ?
Les fers de lance se ruèrent sur Marcus.
Il roula de nouveau au sol. Des feuilles et de l’herbe s’accrochèrent à sa joue et à son dos. Il se releva et plaça l’arbre dans son dos. La manche de sa chemise était en lambeaux jusqu’à l’avant-bras.
Après avoir repris son souffle, Marcus jeta un regard à droite, puis à gauche.
Ses propres hommes n’étaient nulle part en vue. Ils devaient être dans le vestibule du rez-de-chaussée de l’aile annexe. Ils arriveraient bientôt.
Tout en y songeant, Marcus tira une dague courte de sa ceinture.
« Allez, approchez, bande de salauds. »
Son regard ne cessait de passer de droite à gauche tandis qu’il parlait. Il affichait sa détermination : le premier qui s’approcherait mourrait, d’une manière ou d’une autre.
« En cercle, encerclons-le. »
Un commandant de la Garde royale, coiffé d’un casque gris cendré, fit son apparition et donna l’ordre.
Personne ne se rua sur Marcus.
Au lieu de cela, les gardes royaux qui l’entouraient pointèrent leurs lances vers lui en formant un cercle parfait.
Un encerclement sans faille.
Merde.
Dans cette position, les attaques simultanées étaient la spécialité de la Garde royale.
Pour parer d’une seule dague dix fers de lance qui frappaient d’un seul mouvement, au même instant, il fallait au moins être écuyer.
Une sueur froide coula dans le dos de Marcus.
« C’est là le bon chemin ? »
Crang cria depuis la fenêtre, la tête passée au-dehors. Il était isolé et acculé, mais sa dignité et son autorité demeuraient intactes.
Son autorité et sa dignité lui venaient de son caractère, de son tempérament et de ses actes.
Il posa un pied sur le rebord et se montra. Une flèche aurait pu le tuer sur-le-champ, mais rester caché tout en élevant la voix n’aurait aidé personne.
Un garde royal qui attendait là le vit et leva discrètement sa lance, avant de la saisir en prise inversée.
Il était assez proche pour lancer sa lance et atteindre sa cible.
Le commandant au casque gris cendré le vit et agita la main.
*Attends*, indiquait ce signal. Sous son casque, le soldat fronça les sourcils.
« C’est un signal. »
« La ferme. Désobéis aux ordres et tu seras exécuté sur-le-champ. »
À ces mots, le regard du soldat s’embrasa, mais il finit par abaisser sa lance.
L’homme au casque gris cendré leva les yeux vers Crang.
« Alors, quel est le bon chemin ? »
Il posa la question. Sa lance à la main, il s’immobilisa, et ses hommes se rassemblèrent à ses côtés. Ils n’étaient même pas dix.
Dans le palais, tout n’était déjà plus que chaos : des cris et des combats éclataient de partout.
« Personne d’autre ne peut décider à votre place de ce qui est juste ou non. »
Crang parla lentement, distinctement.
Qu’est-ce qui était juste, pour des hommes comme les gardes royaux ?
Protéger la famille royale. L’homme au casque gris cendré se débattit avec lui-même.
Quel était le bon chemin ?
Il avait Crang dans son champ de vision, les cheveux fouettés par le vent.
Il risquait sa vie pour gagner un bref instant, alors que la mort mettrait un terme à tout.
Pour quoi faire ?
Sauver Marcus Baisar, que le vicomte Mernes avait désigné comme un traître.
Son geste avait-il le moindre sens ?
Gagner un peu de temps changerait-il quoi que ce soit ?
Il n’en savait rien. Ce n’était pas un choix issu d’un calcul.
Il agissait parce qu’il croyait que c’était juste.
C’était du moins ce qu’il semblait. Du moins, c’était tout ce qu’il parvenait à voir.
Il avait vu Crang, l’avait rencontré, lui avait parlé. Cela l’avait forcément influencé, lui aussi.
Il ignorait encore qu’il ferait ce choix à cet instant, mais il venait de prendre parti.
« … Unité, demi-tour. Retournez vos lances. »
« Vous avez perdu la tête ! »
Le soldat qui tenait sa lance à l’envers cria, mais l’homme au casque gris cendré garda le silence.
Il avait choisi de se tenir ici pour protéger la reine. Il avait cru que cet endroit était plus honorable que d’intégrer un ordre de chevalerie.
Mais qu’était-ce devenu ?
Un poste où l’on s’agitait pour sauver la peau de quelques nobles de pacotille ?
Une position où il devait lever sa lance pour eux ?
Il ne voulait pas de ça.
À vrai dire, il aurait voulu leur dire qu’il n’en avait rien à foutre, puis leur fracasser la figure.
Bientôt, la Garde royale se scinda en deux groupes.
Elle avait été divisée dès le départ. Des fers de lance fusèrent vers l’homme au casque gris cendré.
C’était le même soldat qui avait froncé les sourcils tout à l’heure.
Il pivota de côté, réduisant la surface de son corps que la lance pouvait atteindre.
Il esquiva, dévia la lance d’un coup de la sienne, puis avança le pied gauche et abattit son arme comme un gourdin.
Vroum, crac.
« Argh ! »
Le subalterne qui avait levé le bras pour se protéger hurla. Le coup lui brisa le bras. Quand il recula, d’autres prirent sa place.
« Vous avez perdu la tête ? »
demanda un autre soldat.
« On dirait bien. »
Il répondit sans émotion, et ses hommes s’écartèrent pour laisser passer Marcus.
« Merci. »
Marcus le dit, puis s’élança. Le casque gris cendré ne répondit pas. Il se contenta de protéger ses arrières.
Marcus ne se retourna pas. Il sortit, s’empara d’un cheval et partit au galop. Mais le danger n’était pas écarté.
Il devait continuer à semer ses poursuivants.
Deux de ses hommes le rattrapèrent. L’un mourut, tandis que l’autre resta en arrière pour gagner du temps.
À la fin, même le fou venu de l’ouest s’accrocha à sa trace. Marcus n’eut pas le loisir de vérifier de qui il s’agissait.
« Où est-ce que tu crois aller comme ça ? »
Il filait à cheval, mais ce salaud le poursuivait à pied. Il allait vite. Marcus avait l’impression qu’il le rattraperait d’un instant à l’autre.
Une lance lancée par cet homme lui arracha un morceau de chair à l’avant-bras.
Sans avoir le temps de soigner sa blessure, il pressa davantage son cheval. Des gouttes de sang s’éparpillèrent à toute allure.
« Galope, tu es mon seul espoir. »
Marcus calma sa monture et fonça vers le manoir d’Andrew. C’était son dernier bastion.
À l’heure actuelle, même sa propre Maison Baisar ne pouvait être considérée comme son alliée.
* * *
Une fois tout le monde parti, Crang lança ses cris dans le vide.
« Vous savez qui est mon ami ? La seule étoile brillante de la Garde-frontière, l’ennemi d’Azpen, le fou Enkrid armé de pouvoirs démoniaques. »
Personne ne répondit. Matthew prit la parole :
« … Ça va marcher ? »
« Hein ? Ça n’a pas encore marché, pas vrai ? »
Même si son calcul avait échoué, Crang sourit. Aux paroles de Matthew, il afficha un large sourire et répondit :
« Ouvre le passage. »
Au moins avait-il assuré ses arrières avec une voie secrète pour s’échapper : une ouverture en pente qui descendait sous terre.
C’était aussi grâce aux précautions de la reine.
*Je n’ai peut-être qu’à tenir une demi-journée.*
Alors, il pourrait éliminer toutes les ordures qui s’étaient rassemblées. Autrement dit, le camp d’en face avait agi une demi-journée plus tôt que prévu.
Faire ce coup en plein jour.
Crang le savait d’instinct.
Pour survivre et mener l’opération à bien, il lui fallait une variable.
Le camp adverse en avait préparé une, mais Crang aussi.
Il était temps d’aller jusqu’au bout.
* * *
« Celui-là. »
Rem réagit.
La gravité de la blessure de Marcus, à cheval, et l’apparition de l’homme qui le poursuivait.
Dès qu’Enkrid le vit, il ouvrit la bouche.
« Tue-le. »
Rem comptait de toute façon traquer ce salaud. Celui qui poursuivait Marcus était le Fou immortel.
L’homme qui s’était enfui auparavant venait de refaire surface.
Rem bondit du haut du mur.
Le poursuivant de Marcus fit aussitôt volte-face. Il prit appui sur le sol, changea de direction d’un coup et bondit en arrière.
La lance qui fendait l’air pivota pour le suivre. Sa retraite ne trahissait pas la moindre hésitation. Rem se lança à sa poursuite.
Tous deux couraient sur les pavés de pierre bleue plus vite qu’un cheval.
« Kyaaaah ! »
Une femme au bord de la route poussa un cri sans réfléchir.
Son amant, ou peut-être son mari, le vit, l’attira dans ses bras et se plaqua contre le mur de ce qui semblait être une boutique.
En un instant, les deux silhouettes disparurent.
Rem s’évanouit entre les bâtiments, hors de vue d’Enkrid.
Enkrid se tourna vers Marcus, qui venait d’arriver juste devant lui.
Toujours à cheval, le souffle court et le bras en sang, Marcus prit la parole avec une urgence qu’Enkrid ne lui avait jamais connue.
« Aide-moi. »
Enkrid jugea qu’il était temps d’agir.
Il allait sauter du mur quand quelqu’un cria derrière lui :
« Si vous partez d’ici, la situation ne fera qu’empirer ! »
C’était un écuyer. Enkrid lui répondit par-dessus son épaule.
« Je vais au palais royal. »
L’écuyer savait entre les mains de qui se trouvait le palais en ce moment.
S’y rendre maintenant revenait à risquer sa vie.
Pour quoi faire ?
L’écuyer fronça les sourcils. Son front se plissa, l’arête de son nez se creusa.
Soudain, les questions affluèrent. Pourquoi était-il ici ? Qu’y faisait-il ? De qui avait-il reçu ses ordres ? Avait-il seulement une volonté propre ?
Il se rappela ce que lui avait dit l’écuyer qui l’avait formé.
« Ce n’est pas une question de bien ou de mal. Ce qui compte, c’est où se trouve ta volonté. »
On avait reconnu son talent à l’épée et il était devenu écuyer, mais on lui reprochait toujours son caractère.
« Alors, qu’en penses-tu ? »
Même lorsqu’il fallait choisir le menu du déjeuner, il avait tendance à s’en remettre aux souhaits de ses camarades.
Il avait le tempérament de quelqu’un qu’on tirait d’un côté puis de l’autre.
Cela aussi l’avait mené jusqu’ici.
Parce qu’il avait suivi la volonté des autres, pas la sienne. Il pouvait toujours se rassurer en se disant qu’il n’avait fait qu’obéir aux ordres, mais…
Était-ce suffisant ? En était-il satisfait ?
Il n’en savait rien.
*Pourquoi suis-je ici ?*
La brusque déclaration d’Enkrid, prononcée par celui-là même qu’il était censé arrêter, permit à l’écuyer de trouver sa résolution.
Une étrange sensation lui fit remuer les lèvres.
« Une armée rassemblée par les forces du vicomte Mernes avancera bientôt. »
Sans même s’en rendre compte, il se mit à parler avec plus de formalité. Enkrid se retourna et cligna des yeux.
Pourquoi lui disait-il cela ?
« Celui qui la mène, après avoir rallié toutes les factions, n’est autre qu’un écuyer d’un ordre de chevalerie. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
À côté d’eux, le capitaine de la sécurité saisit le bras de l’écuyer, la voix précipitée.
L’écuyer se dégagea calmement et poursuivit :
« Je vous en prie, aidez-nous. »
Enkrid se gratta la tête.
Quelqu’un venu l’arrêter lui demandait de l’aide.
Pourtant, il lui était difficile de détourner le regard tant sa requête semblait sincère.
L’écuyer baissa la tête.
À ses côtés, le capitaine de la garde de la porte Sud, coiffé d’un chapeau à plumes, fit lui aussi un pas en avant.
« Si cela continue, les habitants de la capitale seront eux aussi gravement blessés. »
L’armée qui entrerait dans la capitale resterait-elle vraiment bien sagement en garnison ?
Et ces forces n’étaient qu’un assemblage de factions disparates.
On y trouverait des lames prêtes à se vendre pour des pièces d’or, et nombre d’hommes aveuglés par la soif de sang. Les nobles n’avaient plus le luxe de faire les difficiles ; des individus de mauvaise réputation s’étaient sûrement mêlés à leurs troupes.
Pour la sécurité des habitants.
Pour protéger la capitale.
Les deux hommes s’avancèrent et s’inclinèrent.
« Ragna, tu peux les arrêter ? »
Ragna ne demanda pas pourquoi il faudrait s’en donner la peine. Il plongea simplement son regard dans celui d’Enkrid.
« Va les arrêter. Dunbakel, accompagne-le. »
Avec Ragna et Dunbakel, ils pourraient bloquer l’élite qui avançait depuis le front.
« Comment tu t’appelles ? »
Enkrid s’adressa à l’écuyer.
« Ropord. »
« Rassemble les troupes restantes et bloque l’ennemi qui approche. Tenez bon en gardant la porte de la ville dans votre dos. Ceux qui réclameront des duels seront pris en charge par mon escouade. »
S’ils sauvaient Crang avant de se faire encercler par l’armée ennemie qui déferlait, tout serait terminé.
Enkrid saisit la situation, à l’instinct comme par la raison.
Le sens qu’il avait aiguisé en revivant des centaines de fois cette même journée au milieu des forces ennemies et en s’en échappant brillait à présent.
Il savait d’instinct ce qu’il fallait faire.
Bloquer l’armée venue de l’extérieur et nettoyer l’intérieur.
Si Crang n’était pas imprudent, il avait besoin de temps.
Enkrid comprit où il devait se rendre.
« Allons-y. »
Ragna le dit après avoir entendu les ordres d’Enkrid.
Ce n’était pas une demande, mais un ordre. Ragna et Dunbakel firent demi-tour sans protester.
Tout près, Marcus haletait, la peau livide, teintée de bleu.
Jaxon rejoignit Enkrid.
Lorsqu’ils franchirent le mur, les soldats restants demeurèrent sur place, tournant la tête de droite à gauche.
Devaient-ils suivre Ragna ?
Ou arrêter Enkrid, qui s’éloignait déjà ?
Ils virent le commissaire à la sécurité à terre et, près de lui, un capitaine de la sécurité en nage.
« Vous n’avez pas levé vos lances pour protéger la capitale ? En tout cas, c’est ce que j’ai fait. Ceux qui restent ici, restez. »
Ropord, l’écuyer, prononça ces mots.
Chacun connaît un moment où il grandit et s’éveille.
Pour Ropord, ce moment était venu.
Tout était parti de cette seule phrase d’Enkrid : il allait au palais royal.
« Allons-y. »
Ropord suivit d’abord Ragna, puis le capitaine de la garde de la porte Sud qui le talonnait. Les soldats qui avaient déjà changé d’avis leur emboîtèrent le pas. Le capitaine de la sécurité resté sur place continua de jurer entre ses dents — merde, putain — avant de déclarer :
« Allons faire notre devoir. »
Pour quelqu’un comme lui, ses paroles étaient plutôt convenables.
Andrew se joignit bien sûr à eux.
Partir seul au palais ne lui servirait à rien, aussi choisit-il d’aider à tenir le mur. Lorsqu’il dit à ses cinq recrues de rester en arrière,
« Nous aussi, on s’est entraînés comme si on allait en mourir. »
lui répondit la recrue aux taches de rousseur.
Les cinq recrues se rangèrent derrière Andrew et, quand Mack voulut lui aussi les suivre, Andrew secoua la tête.
« Tu es majordome, maintenant. Garde cet endroit. »
Après quoi, tous six rejoignirent le groupe qui était déjà parti devant.
À l’avant, Ragna avançait en titubant, tandis que Dunbakel marchait à ses côtés.
« Ça avait l’air plus amusant, hein ? »
Ragna hocha la tête comme si de rien n’était.
Tout près, l’écuyer Ropord secoua discrètement la tête.
Amusant ? Ce n’était pas le moment. Il marcha encore un peu, puis prit la parole. Ils allaient dans la mauvaise direction.
« Il faut aller à la porte Ouest. »
dit Ropord.
« Hmm, par là ? »
« Non, ça, c’est le nord. »
Ropord répondit à l’épéiste qui marchait devant, puis prit lui-même la tête du groupe.
Apparemment, l’épéiste n’avait aucun sens de l’orientation.
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