Chapitre 343
NOUS AVONS ESSAYÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 343 : [On s’amuse ?]
= = =
« Suis-je en train de prendre du retard ? »
Sinar sentit poindre le danger.
La progression d’Enkrid en était la cause.
Gagner ou perdre avait-il de l’importance ? Non. Le problème, c’était que si elle se faisait repousser à ce point, elle ne pourrait pas offrir à l’homme en face d’elle les sensations fortes qu’il méritait.
Il vivait pour se battre.
Quel était le plus beau cadeau à faire à quelqu’un qui suivait la voie de la chevalerie ?
Qu’est-ce qui faisait battre le cœur de cet homme le plus fort ?
Pas une beauté sans pareille. Ça, c’était certain. Le charme romantique ne ferait pas chavirer son cœur.
Alors, quoi ?
L’épée.
Quelque chose qui s’exprimait dans le combat, la technique et les capacités.
Bien sûr, Sinar avait elle aussi une botte secrète. Seulement, elle ne s’était pas attendue à devoir la dévoiler ici.
Les elfes se nourrissaient de l’essence de la forêt pour croître et, après avoir atteint un certain niveau d’entraînement, pouvaient faire pousser un arbre d’essence à l’intérieur de leur corps.
En temps normal, il fallait des siècles pour y parvenir. C’était la norme chez les elfes.
Mais Sinar était différente des elfes ordinaires.
Elle avait du talent.
Le talent d’absorber l’essence brute elle-même et de la cultiver.
De la garder en elle, puis de s’en servir le moment venu.
Une botte secrète. Son atout maître.
Sinar la révéla. Elle voulait voir le visage stupéfait d’Enkrid et le regarder s’enflammer d’excitation.
Pourquoi ?
Peu importait.
Ah, qu’est-ce que c’est amusant.
C’était la première fois que Sinar ressentait cela.
Son cœur battait à tout rompre. L’extase lui gonflait la poitrine. Dès qu’elle avait perçu le changement dans les émotions de son adversaire, une chose avait jailli en elle.
La joie.
Le plaisir.
Des frissons lui parcoururent la peau.
« Tu t’amuses ? »
Elle le lui demanda en pensée. Tout le corps d’Enkrid réagit. Le spectacle était un pur délice.
Maîtrise tes émotions.
Elle avait entendu cela depuis sa naissance, depuis qu’elle avait pris conscience du monde qui l’entourait.
Les elfes percevaient directement les émotions d’autrui, sans filtre. Ce trait propre à leur espèce les rendait naturellement sensibles aux influences émotionnelles.
C’était le revers de leur sensibilité.
Dès qu’ils avaient compris le problème, il leur avait semblé évident qu’il fallait le résoudre.
Et c’est exactement ce qu’ils avaient fait.
Ils l’avaient affronté, puis surmonté.
Ensuite, les elfes avaient exercé leur esprit.
Ils avaient appris à gouverner et à maîtriser leur cœur.
Quoi qu’il arrive, il fallait garder son calme.
À certains égards, cela ressemblait au Cœur de la Bête.
Maîtriser son esprit, puis son corps, puis ses émotions. Sinar avait franchi chacune de ces étapes, et c’était pour cela qu’elle pouvait se tenir là, maintenant.
Si, pour une Grenouille, la condition pour quitter son pays natal était de ne pas perdre la tête à cause du mot « cœur », pour un elfe, c’était la maîtrise du corps et de l’esprit.
Ils échangeaient des coups et suaient à grosses gouttes. Elle regarda la sueur couler sur le visage d’Enkrid et tomber au sol.
Ses cheveux noirs et ses yeux bleus se plissaient doucement.
Ses yeux en croissant semblaient briller. Il était un peu plus de midi.
Le plein soleil printanier se déversait sur lui, enveloppait ses cheveux, projetait une longue ombre devant lui et assombrissait le côté gauche de son visage.
À le regarder se fondre dans le paysage, on aurait dit qu’il dégageait une aura étrange.
L’elfe percevait tout cela grâce à ses sens aiguisés : elle le voyait, le sentait, le ressentait.
Les elfes naissaient beaux.
Leurs yeux et leurs sourcils parfaitement symétriques, ainsi que la ligne droite de leur nez au milieu du visage, laissaient souvent leurs admirateurs éperdument amoureux.
L’expression « beauté inhumaine » ne venait pas de nulle part.
Les elfes étaient d’une beauté qui dépassait celle des humains.
Bien sûr, il arrivait que certains s’éloignent de cet idéal, mais la plupart avaient une apparence indéniablement elfique.
Sinar était née elfe et avait donc vu d’innombrables visages de ce genre.
Pour ce qui était du visage d’Enkrid, elle n’en était pas certaine.
L’aura de cet homme plein de vie attirait tout ce qui l’entourait. Elle l’avait souvent senti, mais l’attitude de Sinar était différente, cette fois.
Ce n’était ni de la résolution ni de la détermination. C’était simplement un mouvement naturel.
Elle allait manier son épée en se laissant porter par ses émotions.
Et c’est ce que fit Sinar. Elle se laissa guider par ses émotions au lieu de les maîtriser.
* * *
L’instinct, ou le sixième sens.
Une sensation sinistre lui effleura la nuque. Enkrid frissonna et sentit tous ses poils se hérisser.
On aurait dit que la Faucheuse s’était approchée de lui pour lui murmurer à l’oreille.
Tout ce qu’il voyait, entendait et ressentait se confondit et bascula dans le domaine du sixième sens.
Un étrange point de vue s’ouvrit à lui, comme s’il contemplait son propre corps d’en haut.
Enkrid aperçut une autre lame qui visait son dos.
À l’instant où il la vit et la sentit, il bougea.
Il se tordit sur le côté. Prenant appui sur son pied droit, il dégaina son gladius de la main gauche.
Tout en le tirant du fourreau, il tourna le poignet et intercepta la lame avec le plat de son épée.
Boum.
Le choc n’était pas lourd, mais il lui donna l’impression d’avoir été transpercé.
À un moment, Sinar avait disparu de son champ de vision.
Ses poils se hérissèrent de nouveau.
Ses pensées s’accélérèrent et Enkrid comprit ce qu’il devait faire. Non, il le sentit.
Il lui fallait une réponse proche de l’instinct. Il réagit donc ainsi.
Il lança son gladius vers la direction qui lui semblait mauvaise.
Fchou.
Alors que la lame filait en ligne droite, il dégaina Spark.
Tiri-ring !
Sans même avoir le temps de reprendre son souffle, il décrivit un large arc avec Spark. Cette épée était faite pour l’estoc. Elle n’était pas conçue pour trancher, mais cette attaque surprendrait son adversaire.
Et ce fut le cas.
Sinar ne paniqua pas, mais elle reconnut l’ingéniosité remarquable du coup d’Enkrid.
Elle intercepta la lame et la dévia.
Chiririririring !
Spark et Naidhl s’entrechoquèrent dans une gerbe d’étincelles.
Enkrid lâcha lui aussi Spark.
Puis il empoigna son épée longue d’argent à deux mains.
Hup.
Après avoir pris une courte inspiration, il poussa ses sens à leur limite et activa le Point de concentration.
Il ne savait pas comment, mais la lame de Sinar se trouvait devant lui et derrière lui.
Les deux lames étaient réelles, tangibles.
Un tour de volonté ?
Ça n’en avait pas l’air. Il ne le ressentait pas non plus.
Enkrid abattit son épée sur la Sinar qui se tenait devant lui.
Sinar leva sa lame comme pour parer, puis tout son corps se brouilla, tel un mirage.
Au même instant, Naidhl fondit sur lui de la gauche et de la droite.
Un déplacement à grande vitesse ?
Non. Chacune de ces lames était bien tangible.
Un sort ? Un mélange de magie et d’autre chose ?
Il n’avait pas le temps d’y réfléchir.
Au moment où il abattit son épée, Enkrid bondit en avant et roula au sol.
Deux lignes acérées entaillèrent le sol à l’endroit où il se trouvait.
Sinar cessa de manier son épée.
Au lieu de cela, elle se contenta de rester immobile et de reprendre son souffle en silence.
Toujours sans bouger, elle observa Enkrid, qui n’avait pas relâché sa garde.
« Qu’as-tu fait ? »
Après sa roulade, Enkrid posa un genou à terre et lui posa la question.
La lame qu’il tenait reflétait la lumière du soleil.
Il n’avait toujours pas relâché sa posture de combat. Sa seule attitude, comme la pression qu’exerçait sa lame, avait quelque chose de menaçant, mais l’œil et le jugement d’une elfe étaient loin d’être ordinaires.
« Tu comptes me demander en mariage ici ? »
De quoi parle-t-elle ?
Enkrid réalisa alors qu’il était à genoux.
« Je dis que je peux encore me battre. »
« Ah oui ? » demanda l’elfe sans sourire.
À ce moment-là, d’autres spectateurs s’étaient rassemblés autour d’eux.
Il y avait les invités venus uniquement pour croiser le fer avec Enkrid, mais aussi Rem, Audin et Ragna. Dunbakel et Teresa s’étaient naturellement jointes à eux.
Qu’est-ce qui avait attiré la Compagnie des Fous ?
La technique divine que Sinar venait de montrer.
Sa technique et sa maîtrise étaient exceptionnelles.
À tel point que même Ragna, en la regardant, comprit qu’il ne s’agissait pas d’une démonstration ordinaire.
Croyait-il que tous les elfes savaient se battre ainsi ?
Il avait beaucoup voyagé et, en chemin, passé du temps avec de nombreux épéistes elfes.
Celui qui l’avait le plus marqué était un elfe maniant deux lames et visant les points vitaux avec une précision parfaite.
La Sinar qu’il avait sous les yeux était plusieurs fois plus dangereuse que cet elfe.
Elle se tenait clairement devant Enkrid, et pourtant, on aurait dit qu’une lame avait jailli derrière lui.
Comment était-ce possible ?
Parce que son geste était précis et délicat ?
Non. C’était simplement une caractéristique de l’escrime elfique.
Elle avait clairement frappé dans le vide, et pourtant son attaque avait surgi derrière Enkrid.
Rem aussi plissa les yeux.
Qu’est-ce que cette elfe venait de faire ?
Audin observait la scène avec un grand sourire.
« De la magie ? » demanda Dunbakel, presque pour elle-même.
« Non, répondit Teresa. J’ai déjà combattu beaucoup de mages. Mon instinct me dit que ce n’est pas de la magie. »
Sinar les entendit, mais laissa leurs paroles glisser sur elle avant de regarder Enkrid.
Un léger sourire apparut sur son visage avant même qu’elle s’en rende compte.
C’était le premier sourire que Sinar adressait à Enkrid.
Avec ce sourire discret toujours aux lèvres, elle prit la parole.
« Tu t’amuses ? »
La question était simple.
La lumière du soleil, la poussière, l’air doux.
Enkrid en ressentit chaque élément et hocha la tête.
Elle lui demandait s’il s’amusait. Bien sûr que oui. Il n’avait jamais affronté une technique pareille. Il n’y comprenait absolument rien.
À l’idée d’en découvrir le principe et de la maîtriser, une vive excitation lui parcourut le corps.
Les petits poils de sa peau étaient toujours hérissés.
Enkrid se releva.
« Plus que jamais. »
« Alors, t’entraîner avec moi doit être ce qu’il y a de plus amusant. »
C’était totalement inattendu. Enkrid resta sans voix.
Ce qu’il y avait de plus amusant ?
La conversation n’était pourtant pas terminée.
Après les paroles de l’elfe, tout le monde s’arrêta pour réfléchir.
La pause fut brève, mais suffisamment longue.
Puis un bruit sourd retentit derrière l’elfe.
Boum.
Le genre de bruit qui attirait naturellement tous les regards.
Il venait de derrière Enkrid. Audin se tenait là, en garde pour un coup de poing court.
« Frère capitaine, tu commences à saisir le Coup à bout portant ? Quand tu en auras compris le principe, tu découvriras une autre forme de plaisir. Il n’y a pas de plus grande joie dans la vie que d’apprendre et de maîtriser de nouvelles choses. »
Hum ?
Les pensées d’Enkrid s’arrêtèrent une seconde.
Il se demanda ce que cette remarque soudaine pouvait bien signifier.
Audin n’avait pas fini.
À côté de lui, Ragna brandit son épée.
Fchou, fchou.
« Épée lourde et rapide. »
Une épée imprégnée de volonté. Ce n’était pas le genre de technique qu’on apprenait simplement parce que quelqu’un nous l’enseignait.
Peut-être que son ancien lui ne l’aurait pas compris, mais celui qu’il était devenu le savait.
Pour devenir chevalier, il ne suffisait pas d’imiter. Il fallait faire sienne la technique.
Il le savait mieux que jamais, car il suivait déjà cette voie.
« Tu ne pourras peut-être pas l’apprendre d’un seul coup, mais tu ne vas pas me dire que nos séances ne t’apportent rien ? » demanda Ragna, comme s’il lisait dans les pensées d’Enkrid. Il immobilisa son épée, les yeux brillants. Sa volonté se lisait clairement, pareille à une lame solide et inébranlable.
Enkrid doutait que ce soit le moment de galvaniser les troupes de cette façon.
Tandis qu’il les observait, pensif, un troisième homme s’avança.
« Écoute, j’ai vu un vieux fou faire ça une fois, et j’ai réussi à en retenir quelques bribes. Ce serait bien que tu l’apprennes. »
Rem enroulait une corde autour de sa hache.
Qu’est-ce qu’ils fabriquaient, tous ?
Ils voulaient donc lui faire comprendre que s’entraîner avec eux était amusant, lui aussi ?
« Alors, combattre Teresa l’Errante, ce n’était pas amusant ? » demanda Teresa. Dunbakel se mit à faire rouler ses épaules, prête à se jeter dans la mêlée à tout moment.
Ils semblaient tous exprimer silencieusement leur désaccord, et Enkrid laissa échapper un petit rire malgré lui.
Qu’y avait-il à dire ?
Ce n’était pas parce que la technique de Sinar l’avait fait vibrer qu’il allait perdre le goût de s’entraîner et de se battre avec eux.
On disait que si l’on réunissait cent personnes, on obtenait cent couleurs.
Enkrid avait l’impression qu’il pourrait mourir de joie rien qu’en apprenant et en découvrant de nouvelles choses.
Leur réaction ne le dérangeait donc pas le moins du monde.
Enkrid rit.
À cet instant…
« Quoi, il faut faire la queue pour parler au capitaine Enki ? »
De nombreux spectateurs assistaient à l’entraînement, des mercenaires experts en escrime aux simples soldats.
Bell et Vengeance en faisaient partie.
Ils se tournèrent vers la voix.
Elle leur était familière.
« Comment vas-tu ? »
Sa barbe et ses cheveux soigneusement taillés révélaient un travail de professionnel.
Ses vêtements aussi différaient de l’uniforme des gardes-frontières.
Un homme qui s’appuyait sur une canne courte s’avança entre les soldats.
C’était Marcus Baisar, l’ancien châtelain.
La façon dont il levait la main qui tenait sa canne lui donnait l’air d’un oisif venu faire un saut chez le voisin, mais les gardes derrière lui n’avaient rien de décontracté.
De la poussière couvrait leurs épaules. Ils avaient l’air d’être arrivés tout droit d’un long voyage, sans même avoir pris le temps de se laver.
Enkrid salua Marcus d’un salut militaire.
« Pas même une tasse de thé ? Vous laissez toujours vos invités dehors ? » demanda Marcus. Enkrid, lui, croyait que c’était au châtelain qu’on demandait du thé.
Il ne pouvait tout de même pas le renvoyer.
À en juger par leur apparence, Marcus était arrivé en ville et était venu directement le voir sans même passer par le châtelain.
« Alors, pas de thé ? » insista Marcus.
Enkrid hocha la tête.
Il était temps de mettre fin à l’entraînement.
Personne ne sembla déçu. Enkrid avait lui aussi besoin de repenser à ce que Sinar lui avait montré.
Un coup d’épée qu’on pouvait ressentir et qui avait une consistance réelle, mais qui était physiquement impossible.
Comment était-ce possible, et quel en était le principe ?
Il devait y réfléchir, repasser la scène dans sa tête et tâcher de comprendre.
« Quelle rabat-joie. »
Rem résuma la situation en une phrase.
Sinar se détourna, le visage indifférent, et dit :
« Un empêcheur de tourner en rond. Un empêcheur de tourner en rond. »
Impossible de savoir à son expression si elle le pensait vraiment.
Elle se retira néanmoins sans protester.
En voyant le sourire de Marcus, Enkrid se dit qu’il était intervenu au moment idéal.
« Allons-y. »
Il n’y avait aucune chance de boire du thé dans les baraquements. Enkrid prit la direction du réfectoire.
= = =
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>