Chapitre 329
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 329 : Un héros est apparu à la Garde-frontière de Jiraa !
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« Oyez, oyez ! Un héros est apparu à la Garde-frontière. Il a vaincu Azpen et écrasé les Cultistes ! »
« Il pourrait devenir chevalier ! »
« Débattons de ses qualités de chevalier. »
Ces seules paroles firent d’Enkrid le nom dont tout le nord de Naurillia parlait le plus.
« Il faut que je voie son visage au moins une fois. »
Bien sûr, tous les nobles des environs tournèrent les yeux vers lui.
Un héros sans pareil, né aux confins du royaume. L’histoire était trop belle.
Le public l’adorait.
Le garder près de soi, n’était-ce pas le moyen idéal de montrer son pouvoir à tous ceux qui vous entouraient ?
Et les bénéfices se limiteraient-ils au prestige ?
Mais quoi, croyaient-ils vraiment qu’il deviendrait chevalier ?
Bien peu pensaient que ses qualités suffiraient à le faire accéder à ce titre.
Seule une poignée, infime, reconnaissait vraiment la valeur d’Enkrid.
En réalité ?
« Un chevalier ?
Ridicule. »
Voilà quelle était la réaction habituelle.
Mais même s’il ne devenait jamais chevalier, ce n’était pas vraiment un problème.
Enkrid pouvait servir à bien des choses sans ce titre.
À trop de choses pour les compter.
Sa seule force martiale était déjà trop grande pour qu’on puisse l’ignorer.
Il n’était pas chevalier, mais il avait prouvé qu’il possédait réellement le niveau d’un chevalier junior, contrairement à la racaille habituelle.
N’avait-il pas sauvé le village des Pionniers d’une crise, au point qu’on avait promis d’inscrire son nom sur le mur ?
N’avait-on pas dit qu’il pouvait tenir tête à ceux qu’on appelait les mercenaires de platine ?
Même s’il ne devenait jamais chevalier, il ferait un escorteur plus que convenable.
Et les rumeurs ne concernaient pas seulement son talent.
« On dit qu’il est beau, en plus ? »
Son visage avait de quoi faire des ravages, à sa manière.
Comment son seul talent aurait-il pu faire parler de lui ?
Naturellement, quelques dames de haute naissance au cœur agité s’enthousiasmèrent elles aussi.
On disait qu’un seul regard suffisait à vous captiver, et c’était ainsi qu’il avait hérité du surnom de Chef d’escouade séduisant.
« Il faut que j’aille le voir moi-même. »
Comment ne pas être curieux après avoir entendu tout cela ?
En outre, Enkrid n’était ni châtelain ni seigneur, mais un simple commandant de compagnie.
Du moins en apparence, il semblait facile à attirer dans une maison noble.
Pour toutes ces raisons, les rumeurs se répandirent rapidement.
Et, fait assez singulier, un homme comme Enkrid pouvait aussi servir de levier politique.
« Si nous le rallions à nous… »
Ne pourrait-on pas glisser discrètement une fourchette dans les affaires de la Garde-frontière, tandis qu’elle absorbait la Perle Verte et se transformait en ville marchande ?
C’était tout à fait possible.
Pour toutes sortes de raisons, le nom d’Enkrid circula de toutes parts.
La nouvelle se répandit loin à la ronde.
Elle atteignit aussi rapidement la capitale.
Son nom fut évoqué dans un salon, puis parvint aux oreilles de la reine.
Sous les étoiles, dans la cour à ciel ouvert d’un palais dédié à leur contemplation.
« Qu’en penses-tu, Rua ? »
À la question de la reine, Ruagarne la Grenouille gonfla les joues.
Grrr-rurk.
C’était l’expression la plus pure de la joie et du ravissement.
Qu’est-ce qui pouvait bien réjouir cette Grenouille à ce point ?
« Alors, toi aussi, tu es tombée sous son charme ? »
La reine savait déjà que Ruagarne avait rencontré Enkrid, qu’elle le connaissait et avait travaillé avec lui.
Ruagarne répondit :
« Je l’ai aimé dès la première fois que je l’ai vu. »
Même si elle appartenait au royaume, une Grenouille n’était pas humaine.
Personne ne lui imposait les règles de bienséance des humains.
C’était pourquoi Ruagarne parlait si librement à la reine elle-même.
De plus, elles étaient en privé.
Elles discutaient autour d’un vin coûteux, que des mains elfes avaient touché.
Quelques serviteurs se tenaient à proximité, mais chacun gardait le silence et s’occupait de sa tâche.
« Parce qu’il est beau ? »
La reine posa la question en humectant sa gorge d’une gorgée.
Une réponse inattendue lui vint de Ruagarne, une Grenouille qui, d’ordinaire, ne convoitait pas la beauté humaine.
« Plus que son visage, c’est un humain dont le cœur renferme quelque chose qui mérite qu’on le désire. »
« Je vois. »
La reine hocha la tête.
« Et ses qualités de chevalier ? »
« Il n’en a aucune. »
Elle répondit sèchement, mais l’expression de la reine ne changea pas d’un iota.
Ruagarne ne chercha pas à lire les pensées de la reine.
Cette femme gouvernait un royaume.
Comment quelqu’un comme elle pourrait-elle dévoiler si facilement ce qu’elle avait dans le cœur ?
Et puis, déceler les intentions cachées et les projeter sur la scène politique n’avait jamais été le fort de Ruagarne.
Elle était surtout submergée par une joie pure.
« Vas-tu vraiment continuer ? »
Il n’avait aucune qualité de chevalier.
Il l’avait constaté lui-même.
Pourtant, il continuait d’avancer.
Il continuait de changer.
Il continuait de progresser.
Il se moquait du regard et des opinions des autres.
« Crois-tu vraiment pouvoir devenir chevalier ? »
Sa raison lui disait que non.
Et pourtant, avant même de s’en apercevoir, Ruagarne s’était mise à l’encourager.
À ce sentiment s’ajoutait la nouvelle qu’il avait battu à mort un évêque cultiste.
Dès qu’on parlait des Cultistes, son mécontentement la faisait gonfler les joues trois fois plus que maintenant.
Chez un humain, ce serait comme grincer des dents de toutes ses forces.
« Je vois. »
La conversation avec la reine fut brève.
La nouvelle fit le tour des cercles et parvint jusqu’à Marcus.
« Waouh, c’est vraiment… »
Il encourageait ouvertement Enkrid, d’homme à homme.
Au point de presque regretter de ne pas pouvoir l’aider directement.
Quand il avait appris que les Bandits des Lames Noires et les Cultistes marchaient sur la Garde-frontière, il avait voulu leur arracher sur-le-champ quelques hommes de talent, Enkrid compris.
Mais ils avaient gagné.
Et les pertes n’avaient même pas été si lourdes.
La lettre écrite de la main de Graham ne parlait que de deux choses : son désir de renoncer à son poste de châtelain, et cet homme, Enkrid.
« Sans Enki, tout se serait effondré. »
Marcus se caressa le menton, assis.
Au vu de la situation politique environnante, Enkrid semblait sur le point de devenir l’œil du cyclone.
Comment aurait-il pu en être autrement ?
Il ne représentait pas la ville elle-même, mais on le qualifiait déjà de héros.
« Si nous nous assurons les services d’Enki… »
Ils pourraient exercer leur influence sur la Garde-frontière.
Seul un idiot ne convoiterait pas une telle occasion.
Comment aurait-il pu laisser faire ?
Plus il préparait de moyens d’action, mieux c’était.
Pour commencer…
« Bloquons ce salaud de Molsen. »
Parmi les nobles des environs, lequel était le plus dangereux ?
Le comte Molsen lui vint aussitôt à l’esprit, et ce n’était pas simplement parce que Marcus avait l’esprit étroit.
Un homme dangereux qui se proclamait roi des confins du royaume.
Voilà pourquoi les rumeurs de guerre civile imminente continuaient de circuler.
« Molsen n’est pas le seul problème. »
Marcus décida de faire appel au pouvoir de sa famille.
Le plus beau fleuron de la famille était déjà sur place, plus près du cœur des événements que quiconque.
Ce serait bien qu’elle tombe amoureuse d’Enkrid, mais il ne se faisait aucune illusion.
Dans tous les cas, ils pouvaient commencer par surveiller Molsen.
« Si seulement j’avais amassé quelques pièces d’or. »
Les mots lui échappèrent.
Si la Garde-frontière avait assez de pouvoir pour se défendre seule, bien des problèmes seraient plus faciles à surmonter.
Derrière son surnom de fanatique de guerre, l’esprit d’un stratège politique tournait à toute allure.
Comment empêcher ces foutus nobles de lorgner la Garde-frontière — ou, plus précisément, de mettre la main sur Enkrid ?
« Des mérites. »
Il n’en manquait pas à présent, mais ses mérites passés et ceux qu’il accumulerait désormais n’auraient pas le même poids.
Chacun d’eux deviendrait un rempart pour protéger Enkrid.
Pour cela, il leur faudrait agir au sommet.
Le système des soldats-mercenaires pouvait leur servir.
« Nous lui confierons des missions directes et ferons reconnaître sa valeur par le palais royal. »
Cela servirait aussi d’avertissement : le palais a jeté son dévolu sur lui, alors que les petits poissons n’aillent même pas s’imaginer pouvoir le revendiquer.
Et si, entre-temps, la Garde-frontière se développait d’elle-même, tant mieux.
« Il ferait un meilleur seigneur qu’un châtelain. »
Après avoir même tracé les contours du projet, Marcus se leva.
« Je vais rencontrer le chef de maison. »
Il le soutiendrait du mieux qu’il le pourrait, dans l’ombre.
Enki, fais-toi plaisir et donne tout ce que tu as.
Marcus sortit, le cœur léger.
C’était la chose la plus amusante qu’il eût faite depuis quelque temps ; il avançait donc d’un pas naturellement allègre.
* * *
La chevalière junior Eisia apprit elle aussi la nouvelle et en fut surprise.
« Il avait effectivement l’air hors du commun. »
Des qualités de chevalier ?
Était-il vraiment à ce niveau ?
Le fait qu’il l’ait impressionnée en résistant à la pression d’Eisia et en progressant ne signifiait pas qu’il pouvait devenir chevalier. C’était exagéré.
Pourtant, elle ressentait une étrange attente.
« Le reverrai-je un jour ici ? »
Enkrid se tiendrait-il à ses côtés dans l’ordre des chevaliers, en tant que chevalier junior ?
Ce ne serait pas désagréable.
Elle ne l’avait pas vu souvent, mais gardait de lui le souvenir de quelqu’un qui lui avait fait bonne impression.
* * *
Contrairement à Ruagarne et à Marcus, le chef des Bandits des Lames Noires avait l’impression que son estomac se déchirait.
« Enkrid. »
Comment aurait-il pu garder son calme alors que celui qu’il devait tuer à tout prix semait le chaos ?
Le chef des Bandits des Lames Noires mobilisa les membres qui lui restaient.
Un noble dont les affaires avaient été ruinées par le passé lui servit de bras et de jambes.
Il écrivit des lettres.
Elles furent envoyées au comte Molsen et à plusieurs autres personnes.
Mais ce n’était pas tout.
Enkrid serait tôt ou tard convoqué dans la capitale, c’était certain ; le chef comptait donc employer tous les moyens possibles avant ce jour-là.
* * *
Une peau nette, des cheveux blonds, une moustache, un corps entraîné et, cette fois, une douce fourrure drapée sur les épaules.
« Cela faisait longtemps. »
Le comte Molsen.
Il s’exprimait avec un sourire tranquille.
On aurait dit qu’il venait retrouver un vieil ami.
Enkrid se dit que, pour ce qui était du culot, cet homme devait être le numéro un du continent.
« Ah, c’est vrai, il y a Rem. »
Alors, deuxième place.
Non, Ragna avait aussi un sacré culot, Jaxon et Audin n’étaient pas en reste, et quand Krona s’en mêlait, Kraiss pouvait lui aussi prétendre à la première place du continent.
Enkrid s’exclut naturellement de cette liste, ce qui lui parut parfaitement raisonnable.
Si ses subordonnés avaient entendu ça, ils auraient peut-être brandi leurs lames contre lui.
Quoi qu’il en soit, l’autre homme avait un sacré culot.
La dernière fois, il avait envoyé en secret ce dénommé Lame des chasseurs d’élite, qui était mort après quelques échanges de coups, pour tenter une manœuvre ; lors de la bataille la plus récente, il n’avait envoyé aucun renfort.
Il avait détourné le regard.
Et pourtant, maintenant qu’ils se retrouvaient face à face, il avait ajouté un « Cela faisait longtemps » avant de sortir ce chef-d’œuvre.
« Vous devriez m’être reconnaissant. Grâce à moi, vous avez échappé à la moitié de vos ennuis. »
Le comte sourit en prononçant ces mots.
Qui s’occupait de cette moustache ?
À la voir taillée aussi impeccablement chaque fois, il fallait que ce soit un véritable expert.
Enkrid pensa que ses cheveux avaient poussé et qu’il devrait lui aussi se tailler la barbe, puis répondit :
« Devrais-je vous en être reconnaissant ? »
« À force de manier l’épée, vous avez la tête qui s’est ramollie ? »
Le comte parla en ignorant à moitié la représentante de la Maison Baisar qui se tenait à côté de lui.
D’une certaine façon, c’était compréhensible.
Le marquis n’était pas venu en personne.
La personne envoyée par sa maison n’était qu’un membre d’une branche secondaire.
Mais l’ignorer ainsi n’avait rien de normal.
Cela montrait seulement à quel point le comte Molsen était arrogant.
« Même si Votre Excellence n’était pas venue, un membre de la maison du marquis est présent ; je pense que cela aurait suffi. »
Enkrid savait déjà qu’il suscitait l’intérêt depuis que son nom s’était répandu.
N’en avait-il pas entendu parler sans arrêt pendant qu’il restait cloîtré dans les baraquements pour se reposer ?
Kraiss lui avait transmis les nouvelles sans relâche.
Bien sûr, il glissait aussi ses propres commentaires entre deux rapports.
« Il est déjà difficile de vous saluer.
J’ai attendu deux jours, et pourtant Votre Excellence a pris les devants. »
Profitant d’une ouverture, la femme de la maison du marquis intervint.
« Vous avez quelque chose à redire ? »
À ces mots du comte, la femme de la Maison Baisar secoua la tête.
« Pas du tout. »
Leur échange n’était qu’un bras de fer à mots couverts.
L’atmosphère entre eux était tendue.
« Alors.
Vous avez dit que vous me cherchiez. »
Enkrid se moquait de savoir s’ils se disputaient ou non ; il en vint donc au sujet principal.
Le regard du comte et celui de la femme de la maison Baisar quittèrent leur interlocuteur pour se poser sur Enkrid.
La représentante de la Maison Baisar s’appelait Kin Baisar.
Elle était venue avec deux objectifs.
D’abord, empêcher le comte de faire pression sur Enkrid.
Ensuite, si possible, faire entrer Enkrid dans sa maison.
Le premier objectif répondait à une demande de Marcus Baisar, le fils prodigue qui était rentré au bercail.
Le second venait d’une décision du conseil familial.
Mais, à en juger par l’attitude de Marcus, Enkrid ne devrait-il pas avoir une bonne opinion d’eux ?
Pour l’instant, il avait l’air bourru.
Pas impoli, mais pas particulièrement intéressé non plus.
« Ainsi, vous savez faire autre chose que manier une épée. »
Le comte reprit la parole.
Enkrid eut envie de hausser les épaules, mais se retint.
Il n’avait aucune raison de dévoiler ses sentiments à cet homme.
Un haussement d’épaules aurait-il seulement égratigné l’humeur de ce salaud sans vergogne ?
Probablement pas.
C’était de l’instinct, et une certitude.
« Les nobles des environs me convoitent.
Ils s’imaginent qu’en s’assurant mes services, ils pourront s’emparer de la Garde-frontière, qui deviendra à coup sûr la plus grande ville de cette région en plein essor. »
« Il est malin ? »
Kin le pensa en son for intérieur.
Il avait parfaitement compris la situation autour de lui.
N’était-il pas censé s’être enfermé deux jours durant, à la poursuite d’une sorte d’illumination délirante, sans mettre le nez dehors ?
Naturellement, Kraiss l’avait informé de tout cela à l’avance.
Même sans avoir eu le temps d’analyser la situation, il lui suffisait de l’entendre pour la comprendre.
Enkrid poursuivit :
« Cela ne m’intéresse pas. »
« Cela ne vous intéresse pas ? »
« C’est ça. »
« Vous offrez donc votre loyauté au palais royal ? »
« Est-ce l’impression que je vous donne ? »
« J’espère que non. »
La pièce de réception était petite.
Les yeux du comte Molsen semblaient briller.
Assis sur un canapé, une jambe croisée sur l’autre, il la décroisa, se redressa et s’assit bien droit.
Kin eut l’impression que la pression exercée par le comte venait de changer.
Enkrid le regarda et se souvint de Crang.
C’était pareil, à l’époque.
La pression avait changé.
Le comte posa les mains sur ses cuisses.
Il adopta une posture droite et convenable.
« La nation est menacée, et pourtant nous ne parvenons pas à briser cette menace.
Alors, à qui la faute ? »
Sa voix n’était pas forte.
Mais ses paroles pesaient lourd, comme si elles transperçaient la peau.
En un instant, l’atmosphère de la pièce changea.
« Ceux qui meurent sous les coups des Créatures démoniaques, ceux qui meurent sous les coups des Bêtes magiques, et ceux qui restent derrière. »
Le comte continua de parler.
« Quand vous les regardez, ne ressentez-vous vraiment rien ? »
Un instant, Enkrid les imagina derrière le comte.
Ceux qui étaient morts.
Ceux qui avaient survécu.
Un enfant qui rêvait de devenir cueilleur d’herbes.
Une femme qui préparait de la viande séchée assaisonnée.
Une mère qui avait envoyé son enfant à l’armée.
Un soldat qui tenait une lance pour protéger sa famille.
Le soldat s’effondra, le sang coulant de ses yeux, de son nez et de ses oreilles.
« Alors je vous le demande.
Si je veux vous rallier à moi, que dois-je vous offrir ? »
Les paroles du comte étaient persuasives.
Kin observait la scène, incapable de dire un mot.
Si vous le vouliez, il vous donnerait n’importe quoi.
Et si vous souhaitiez emprunter la voie droite et juste, c’était celle-là qu’il fallait suivre. Le comte le proclamait de tout son être.
Ce n’était pas entièrement faux non plus.
Kin savait que le territoire de Molsen était plus riche que n’importe quel domaine des environs.
C’était un homme qui tenait parole.
Un homme qui rassemblait les gens autour de lui par la seule force de ses paroles et de son écoute.
« Si vous souhaitez sauver les gens, pouvez-vous affirmer que la voie que vous suivez est la bonne ? »
La voix du comte emplit la pièce de réception.
Entièrement.
On avait l’impression qu’il fallait être d’accord avec lui pour rester dans cette pièce.
Une sueur froide coula dans le dos de Kin.
Le comte avait laissé tomber son calme habituel pour dévoiler sa force.
On aurait dit qu’il leur fallait lui donner la réponse qu’il attendait.
Lui dire qu’il avait raison, et qu’ils suivraient ses paroles.
On aurait dit qu’ils y étaient obligés.
Et Enkrid…
« Jiraa… Ah, pardon.
Je me suis laissé distraire un instant. »
Jiral ?
Kin crut avoir entendu quelque chose de ce genre.
Il n’avait pas terminé le mot, mais c’était ce que cela avait donné.
Enkrid n’aimait pas ce que faisait l’autre homme.
Il en avait l’estomac noué.
Ces paroles venaient de quelqu’un qui dissimulait ses véritables intentions.
S’il fallait parler d’hypocrisie, les hommes comme lui en étaient l’incarnation.
Si Rem avait été à sa place, au lieu d’un homme ordinaire comme lui, il aurait peut-être brandi sa hache et saccagé les lieux. Mais Enkrid n’était pas de ce genre ; il répondit donc poliment.
Si cela pouvait faire naître ne serait-ce qu’un léger remous dans le cœur de l’autre, Enkrid se sentirait un peu mieux.
Il arrivait qu’il faille agir un peu selon son cœur.
C’était le seul moyen d’apaiser son cœur.
Le seul moyen de garder confiance dans la voie qu’on suivait.
La chevalerie n’était pas un vain jeu de mots. Elle consistait à préserver ce qui devait l’être.
Et parmi ces choses, il y avait le cœur d’Enkrid lui-même.
Lui aussi, il fallait parfois le protéger.
C’était le cas à cet instant.
Il ne pouvait tout de même pas déclencher une bagarre de but en blanc ; transformer ses sentiments en paroles polies était donc le mieux qu’il pouvait faire.
Au moment où Enkrid ouvrit la bouche, l’illusion tissée par le charisme du comte se brisa.
Dans le même temps, le sourire du comte Molsen s’élargit.
Kin retint son souffle un instant.
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