Chapitre 325
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSAIT ÉTERNELLEMENT
Chapitre 325 : Merci.
= = =
Ce ne fut qu’après le départ de Kraiss qu’Enkrid s’effondra sur le sol.
Ses jambes n’avaient plus aucune force. Il ne tenait plus debout.
Il atterrit sur les fesses.
Un choc violent lui remonta dans les hanches.
« C’était pire que d’être encerclé par mille soldats. »
Une journée entière à se débattre au milieu d’une foule, en poussant son corps à bout, avait été bien plus éprouvante.
Et pour cause.
Cette fois, il n’avait brandi son épée qu’une seule fois.
Pourtant, l’épuisement accumulé en un instant était brutal.
Sa tête tournait et sa bouche était sèche.
Une lassitude profonde l’envahissait.
Il avait l’impression que tous ses muscles s’étaient vidés de leur force.
Sans même parler de la douleur à son épaule démise.
Il compara cette journée à l’autre version qu’il en avait vécue.
Vu le temps écoulé, l’écart était absurde.
Le Passeur n’avait pas chanté le désespoir pour rien.
Parfois, il parlait tellement qu’Enkrid se demandait s’il ne composait pas vraiment des poèmes pour les chanter.
Quoi qu’il en soit, il avait tenu bon.
Non, plus exactement, il avait pris la situation en main et l’avait forcée à tourner en sa faveur.
Il avait renversé l’idée même de « recevoir » une attaque.
En frappant le premier, il avait échappé à cette « unique occasion ».
Au bout du compte, cela ne différait pas de recevoir l’épée du chevalier.
Après tout, son épaule démise et son corps tremblant étaient toujours en vie : la preuve qu’il avait gagné.
« La chance. »
La chance avait joué un rôle, mais le calcul et les efforts avaient compté davantage.
Enkrid essaya de s’allonger, mais quelqu’un l’en empêcha.
« Attention au brasero. »
C’était la main de Sinar.
S’il s’allongeait, la brûlure dans son dos ne ferait qu’empirer.
Sa paume lui soutint doucement l’arrière de la tête.
Tout n’avait pas brûlé, mais ses cheveux roussis s’effritaient et tombaient au sol comme de la poudre de graphite.
« Ça, c’est quelque chose. »
Sinar parlait tout en regardant l’endroit où le chevalier avait disparu.
« Oui, c’est vraiment quelque chose. »
Enkrid lui répondit en regardant dans la même direction.
« Un monstre. »
Ragna marmonna pour lui-même.
Entendre cela de la bouche de Ragna rendait la force du chevalier d’autant plus irréelle, d’autant plus inhumaine.
Ragna lui-même l’avait qualifié de monstre.
Après avoir reçu l’épée du chevalier, Ragna avait confirmé la voie qu’il suivait.
Une ouverture s’était présentée, et le chemin qu’il avait entrevu s’était précisé.
Il savait donc aussi ce qu’il lui restait à faire.
Entretenir cette ardeur.
Heureusement, il n’avait pas besoin de se forcer.
« La prochaine fois. »
Enkrid murmurait déjà ces mots.
Il venait d’affronter l’épée d’un chevalier, et parlait déjà de la prochaine fois, de gloire.
Ragna ressentit une envie féroce de ne pas se laisser distancer.
Et ça lui plaisait, curieusement.
Alors, il rit.
« Tu t’es pris un coup. Qu’est-ce qui te fait rire ? »
Le capitaine lança une remarque absurde.
« Et vous, pourquoi souriez-vous, capitaine ? »
Enkrid, lui aussi, affichait un sourire en disant cela.
Comme s’il ne souffrait pas, le dos brûlé et le corps à bout, il continuait de sourire.
« Si j’ai envie de rire, je ris.
Hahaha ! »
Dunbakel intervint depuis le côté.
Personne ne lui répondit.
* * *
Le chevalier Jamal partit sous la conduite de Kraiss.
Personne ne lui barra la route.
« Ordres du capitaine Enkrid.
Écartez-vous.
Ne lui barrez pas le passage.
Allez, dégagez. »
Kraiss prit les devants et ouvrit un passage.
Dans le camp, le nom d’Enkrid était comme une lame célèbre, capable de tout trancher.
Qui aurait osé lui faire obstacle ?
Même le commandant de bataillon Garrett n’y pouvait rien ; c’était presque comme s’il détenait un pouvoir fondé sur le respect des soldats.
Malgré tout, quelques soldats lui lançaient de temps à autre des regards féroces.
L’attitude placide du chevalier avait dû leur rester en travers de la gorge.
Les soldats à sang chaud ne manquaient pas.
« Bougez. »
Kraiss leur lança délibérément un regard noir.
Le chevalier Jamal ne prêtait aucune attention à ceux qui l’entouraient.
Pourquoi l’aurait-il fait ? Ce n’étaient que des soldats qu’il pourrait abattre s’ils se jetaient sur lui.
Frapper le premier aurait manqué d’honneur, mais si quelqu’un lui fonçait dessus, il pouvait le transpercer et le taillader sans hésiter.
Heureusement, personne ne le fit. Jamal demanda donc avec une simple curiosité :
« Il fait toujours des trucs aussi insensés ? »
Il n’avait pas besoin de préciser de qui il parlait.
Kraiss comprit tout de suite.
Quel que soit l’angle sous lequel Jamal y réfléchissait, cet Enkrid avait compris qui il était et l’avait attaqué.
Puisqu’il lui avait demandé de quel camp il venait, il ne savait sans doute pas exactement qui était Jamal, mais il avait dû évaluer son niveau à peu près.
C’était pour cela qu’il avait lancé brusquement une attaque chargée de volonté.
Une épée écrasante, abattue avec force, qu’il n’avait eu d’autre choix que de recevoir.
Il avait eu l’impression que cela faisait une éternité qu’on ne l’avait pas forcé à brandir son épée.
L’expérience avait été revigorante.
Abnair en serait stupéfait, mais certaines choses ne pouvaient pas être évitées.
Et c’est ce qui l’amena à poser la question :
Cet homme était-il toujours aussi fou ?
« Si les choses avaient tourné ne serait-ce qu’un peu différemment… »
Ce salaud d’Enkrid serait mort.
Il avait abattu cette épée en mettant sa vie en jeu.
Au-delà de toute question d’honneur, c’était une lame qui s’était frayé un passage de force dans une ouverture minuscule.
Et le chemin qu’il avait forcé ressemblait à un couloir rempli de lames.
Si Jamal avait réagi ne serait-ce qu’un peu plus lentement.
Si son angle avait dévié ne serait-ce qu’un peu.
« Il serait mort. »
Pourtant, l’épée de l’autre homme avait-elle hésité, ne serait-ce qu’un instant ?
Il l’avait abattue en jouant sa vie. Comment aurait-il pu ne pas garder une once de peur ?
Il avait appelé cela l’Épée écrasante.
L’espace d’un instant, l’épée d’Enkrid avait mérité ce nom.
Elle s’était abattue comme un poids écrasant.
Elle l’avait contraint à réagir.
Après avoir vu ça, comment Jamal aurait-il pu le considérer comme quelqu’un de normal ?
Un chevalier restait un être humain, avec ses peurs et ses instincts.
Cet Enkrid semblait appartenir à une autre catégorie que le commun des mortels.
L’œil d’un chevalier était vraiment différent.
Un seul échange d’épées lui avait suffi pour voir tout ce qu’il devait savoir.
Kraiss choisit soigneusement ses mots et répondit :
« Vous avez l’œil.
Oui, il est fou. »
Au fond de lui, Kraiss s’émerveillait de ce qu’était un chevalier.
Cette intuition était stupéfiante.
Il avait décelé la folie du capitaine en un coup d’œil.
« Je vois. »
Le chevalier s’en alla.
Jamal n’avait plus rien à demander.
La nouvelle était sombre, mais il avait transmis son message et il était temps de regagner son poste.
Est-ce que cela pousserait Naurillia à déclencher une guerre à grande échelle ?
Une épée de chevalier avait été dégainée ; les répercussions seraient considérables.
* * *
Garrett accourut jusqu’à la tente dévastée, tard dans la soirée.
Il n’était venu qu’une fois la sécurité assurée. Son instinct de survie était presque aussi développé que celui de Kraiss.
« Mais qu’est-ce qui s’est passé ? »
Il avait beau être arrivé tard, il semblait sous le choc.
Enkrid lui expliqua tout, mais Garrett ne répandit pas l’histoire.
Il ne servait à rien de raconter qu’un chevalier était venu puis reparti.
Les soldats commençaient à peine à croire qu’ils avaient gagné et que tout était terminé. Fallait-il leur dire qu’un chevalier pouvait revenir leur trancher la gorge ?
Même si on leur disait qu’il ne reviendrait pas, l’accepter émotionnellement était une autre affaire.
Quoique tous ceux qui se trouvaient ici avaient déjà l’air d’avoir chassé l’inquiétude de leur esprit.
Garrett avait une autre raison de garder le silence.
« Je dois d’abord faire mon rapport au quartier général. »
Garrett avait pris sa décision.
Kraiss venait de revenir après avoir raccompagné le chevalier. Il plissa les yeux en entendant cela.
« On pourrait laisser l’affaire de côté et passer à autre chose, non ? »
« Ce n’est pas à nous d’en décider. »
Kraiss fronça les sourcils.
Politiquement, ça sentait mauvais.
Est-ce que cela allait déclencher autre chose ?
Bien sûr que oui.
« Un levier politique. »
Azpen avait rompu le serment en premier.
Ce n’était pas un traité de non-agression, mais on leur avait tout de même dit de ne pas franchir la ligne, pour le moment.
Ils avaient ignoré l’avertissement, franchi la frontière et perdu.
Et maintenant, ils avaient même envoyé un chevalier ?
Impossible de passer cela sous silence.
Naurillia en tirerait probablement un énorme avantage politique.
Ils exigeraient sans doute qu’Azpen renonce à toute guerre immédiate, en échange de quoi ils étoufferaient l’intervention du chevalier.
Pour Kraiss, c’était évident.
Naturellement, ce n’était pas une situation qu’il pouvait vraiment maîtriser, mais il n’était pas non plus étranger à l’affaire.
Une situation puante restait puante. Tant qu’ils y étaient, ne devraient-ils pas en tirer tout ce qu’ils pouvaient ?
« Du point de vue de la Garde-frontière… »
Il y avait là un énorme bénéfice à tirer.
S’il parvenait à y mettre la main, lui aussi y gagnerait.
Son esprit se mit tout seul à chercher des moyens de gagner des kronas.
« Bon, enfin, faites-vous soigner d’abord. »
Après avoir examiné la situation, Garrett tapa légèrement dans ses mains en parlant.
Le claquement sec attira tous les regards. Il sortit, aboya quelques ordres et, après l’agitation qui s’ensuivit, un groupe de soldats entra pour déblayer la tente dévastée.
Deux soigneurs remirent l’épaule démise d’Enkrid en place.
La douleur d’une remise en place n’avait rien d’une plaisanterie, mais Enkrid resta calme.
Quand un craquement sec retentit et que les os reprirent leur place, Dunbakel grimaça malgré elle.
Le bruit était désagréable, même à entendre.
« … Ça ne vous fait pas mal ? »
Un des soigneurs posa la question sans réfléchir.
Il avait entendu parler d’une maladie rare qui empêchait les gens de ressentir la douleur dès la naissance.
Il se demanda si Enkrid en était atteint.
« Si, ça fait mal. »
« Mais vous n’avez même pas gémi. »
« Gémir ne fera pas moins mal. »
Ce n’était pas faux, mais les gens ne réagissaient généralement pas comme ça.
Quand ils avaient mal, un son leur échappait souvent malgré eux.
« Vous êtes vraiment impressionnant en tout.
Capitaine. »
Pourquoi ce type l’appelait-il capitaine ?
Enkrid n’avait pas l’énergie de répondre.
Il ne gémit ni ne cria, mais il fut en proie à la fièvre pendant deux jours.
Entre-temps, Azpen se retira et rentra chez lui.
Enkrid apprit la nouvelle à moitié endormi.
Cette fois, il avait vraiment poussé son corps à la limite.
Mais ce n’était pas une mauvaise chose.
Pendant sa fièvre, il rencontra brièvement le Passeur.
« Ne prends pas la grosse tête. »
Le Passeur le lui dit.
Enkrid se sentit un peu lésé.
Il n’avait pas prononcé un seul mot. Il s’était contenté de s’asseoir dans la barque et d’observer en silence les eaux de la Rivière Noire.
Pendant un instant, il avait simplement pensé qu’une rivière d’un noir de jais, où l’on ne distinguait rien, pouvait tout de même mériter qu’on la contemple.
Il s’était même demandé si, à supposer qu’on puisse appeler ça un paysage, il ne changeait pas selon l’état d’esprit de celui qui le regardait.
« Ne prends pas la grosse tête. »
Le Passeur répéta ces mots.
Ils n’échangèrent rien d’autre.
De toute façon, ils n’avaient pas grand-chose à se dire.
« Un jour, un mur se dressera de nouveau devant toi. »
Ce fut la troisième phrase du Passeur.
Enkrid acquiesça.
Comme toujours, cela continuerait d’arriver.
Le Passeur avait appelé ça une malédiction.
Mais Enkrid n’avait pas l’impression que c’en était une.
Pour lui, c’était une chance.
Une chance de réduire l’écart entre les doués et les autres.
Une chance qui l’avait mené jusque-là.
Une chance qui lui avait permis de recevoir l’épée d’un chevalier.
Il ne savait pas pourquoi.
Il eut soudain envie de le dire, alors il prit la parole.
« Merci. »
Comme toujours, il le dit avec sincérité.
Le Passeur n’était pas comme les gens ordinaires.
Même face à ces mots inattendus, il ne sembla pas déconcerté.
C’est tout.
Enkrid sortit de son rêve.
Quand il reprit connaissance après la fièvre, il vit Dunbakel somnoler devant lui.
Pourquoi faisait-elle encore ça ?
Il sentit quelque chose posé sur son front.
Une serviette humide.
Elle était agréablement fraîche.
Elle avait dû la changer tout ce temps.
« Hé. Allonge-toi et dors. »
« Ah, je me suis juste assoupie un instant. »
Dunbakel essuya sa bave et ouvrit les yeux.
Elle cligna plusieurs fois des paupières, bâilla à s’en décrocher la mâchoire et se gratta vigoureusement la joue.
Puis, avec timidité — même si, à vrai dire, elle n’avait pas l’air timide, mais peut-être que chez les hommes-bêtes, c’était une marque de timidité —, elle se gratta le cou avec les mêmes ongles et parla d’une voix plus basse que d’habitude.
« Ça m’a rappelé le temps où je m’occupais de mon petit frère malade, quand j’étais jeune. »
« Mais je suis plus âgé que toi, non ? »
« Bref, je vais devenir plus forte.
Assez pour transpercer même un salaud comme lui, alors ne meurs pas. »
Dunbakel avait aperçu la mort d’Enkrid l’espace d’un instant.
Son instinct de survie d’homme-bête s’était déchaîné.
Si on fonçait sur cette chose, on mourait.
Et pourtant, Enkrid avait chargé.
Il avait chargé alors que son adversaire ressemblait à la mort incarnée dès qu’on posait les yeux sur lui.
Dunbakel se reprocha de ne pas être intervenue à ce moment-là.
Le dégoût d’elle-même montait en elle.
« Je n’ai pas changé du tout. »
C’était ça, le pire.
N’était-elle pas restée ici parce qu’elle voulait vivre autrement qu’à l’époque où elle dépendait de la lame d’un bandit ?
Mais elle ne voulait pas mourir non plus.
Deux chemins, une bifurcation, et elle était incapable d’emprunter l’un ou l’autre.
Alors, que devait-elle faire ?
« Devenir incroyablement forte. »
Voilà sa conclusion.
Elle en avait assez de sombrer dans le désespoir. Il fallait qu’elle avance.
N’était-ce pas ce qu’elle avait appris de ce capitaine cinglé, Enkrid ?
« Ne meurs pas, toi non plus. »
Enkrid répondit par réflexe.
Après sa chute, ou quand il avait été incapable de bouger, Dunbakel s’était ruée encore et encore sur l’épée du chevalier, le visage crispé.
N’importe qui aurait compris qu’elle chargeait en s’attendant à mourir.
Et pourtant, elle avait continué.
Qu’est-ce qui l’avait poussée si loin ?
« C’est trop impru… »
« Je deviendrai vraiment plus forte.
Snif.
Alors, si jamais tu as besoin de la chaleur du corps d’une femme, dis-le-moi.
Je me coucherai avec toi. »
Avant qu’Enkrid ait pu finir, Dunbakel avait déjà pris les devants.
Avait-elle appris de Rem à ne dire que ce qu’elle avait envie de dire ? Voilà qu’elle se mettait aussi à l’imiter.
« Esther me suffit. »
Une panthère était déjà blottie dans les bras d’Enkrid.
Des yeux pareils à un lac bleu observèrent Dunbakel.
Dunbakel soutint le regard d’Esther de ses yeux dorés et déclara :
« Ne le garde pas pour toi toute seule. »
Qu’est-ce que ça voulait dire, maintenant ?
« Grrh. »
Esther laissa échapper une sorte de grognement.
Est-ce qu’Enkrid se faisait des idées, ou avait-on l’impression qu’elle disait : si tu veux le prendre, essaie donc ?
Dunbakel s’arrêta là et recula.
Après s’être rendormi un peu, il se réveilla au bruit de l’agitation qui régnait à l’extérieur du camp.
Azpen avait battu en retraite ; ils avaient donc gagné.
Autrement dit, la fête commençait.
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