Chapitre 317
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 317 : Lys Noir
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Tandis que son corps réclamait du repos, Enkrid revivait sans relâche la même journée, au milieu de combats incessants.
Dunbakel et Sinar se précipitèrent pour intercepter la cavalerie légère qui frappait l’arrière-garde, puis affrontèrent l’ennemi dans des combats sanglants.
Pendant que Ragna jacassait avec enthousiasme sur le déclencheur qu’il avait trouvé, qu’il appelait « la merde brune », Jaxon était lui aussi bien occupé.
« Hum. »
Pour la première fois depuis très longtemps, il sentit lui revenir les sensations propres à son métier.
Il n’y avait pas réellement d’odeur.
Les cinq sens aiguisés de Jaxon se brouillèrent et se fondirent les uns dans les autres, stimulant son Sixième Sens ; il perçut cette « odeur » comme une impression.
Des pas silencieux. Une lame qui approchait.
Ce qu’il ressentit grâce à son Sixième Sens prit forme dans son esprit.
Jaxon se glissa hors des rangs des soldats.
L’autre groupe le repéra également.
C’étaient ceux qu’on appelait un clan d’assassins.
Les fondateurs de la guilde d’assassins d’Azpen, le Marais de Monterre, et ses véritables maîtres.
Trois assassins d’un tout autre niveau que le maître de guilde de façade.
Chacun d’eux avait une confiance absolue en ses propres capacités.
Dès qu’ils identifièrent Jaxon, ils passèrent à l’action.
« Il y a un maladroit, là-bas.
Tuez-le et on continue. »
Un simple échange de regards suffit à faire converger la volonté des trois.
Jaxon laissa délibérément filtrer sa présence, fit exprès de produire du bruit et les attira à lui.
Oui, c’était bien ça.
Il les séduisait.
Il les incitait à le tuer.
Tout son corps les tentait, leur faisant comprendre qu’il avait l’habitude de ce genre de combat, mais qu’il restait plus faible qu’eux.
« Trois. »
Jaxon estima leur nombre d’après la faible intention meurtrière qui le suivait.
Il s’éloigna des rangs alliés d’un mouvement qui tenait d’une danse de séduction, et les trois hommes qui le filaient passèrent à l’attaque.
Un soldat rompit les rangs de la formation alliée.
Un vieux soldat, le casque mal ajusté, trébucha en serrant sa lance contre lui.
Il attirait le regard d’une façon étrange.
Même sa chute fit du bruit.
Boum ! Il tomba d’abord à genoux, puis lâcha même un « Ouf ! » sonore.
Soldats ennemis comme alliés, tous ceux qui se trouvaient à proximité tournèrent la tête vers le vieil homme.
Aussi ridicule que cela paraisse, il portait l’uniforme des gardes-frontières, et personne ne savait quand il l’avait dérobé.
Sans même le regarder, Jaxon sut que le vieux soldat n’avait pas fait ce bruit avec ses genoux. Il avait frappé le sol de ses gants épais.
Au même instant, il sentit une lame fuser dans son dos.
C’était une épée fine comme une brochette.
En observant le vieux soldat, Jaxon répondit par une ruse semblable.
« Ah ! »
Il fit mine de sursauter, puis s’écroula en avant.
Sa démarche maladroite était exactement celle d’une jeune recrue idiote.
« Espèce d’idiot ! »
Un commandant allié qui observait la scène de derrière cria.
À ses yeux, Jaxon avait quitté la formation et l’ennemi l’avait poignardé dans le dos.
Il avait l’air d’avoir esquivé de justesse ; il était donc logique de rabrouer un soldat qui avait quitté les rangs.
Jaxon ne fit pas durer le combat.
Il avait livré suffisamment de batailles de ce genre pour en être écœuré.
En tombant, il avait déjà lancé une dague silencieuse : la Dague au lancer silencieux.
Clac.
Le vieux soldat leva la main pour protéger sa poitrine.
La dague s’y enfonça comme une fleur dans un bouquet.
« Tu l’as bloquée. »
Jaxon marmonna sans émotion.
Il resta à demi courbé en deux.
Le vieux soldat, qui avait arrêté la Dague au lancer silencieux de sa main, vit Jaxon relever la tête, le menton rentré.
Son regard était empreint d’une indifférence absolue.
Un cercle rouge entourait ses pupilles, au centre desquelles se trouvait un brun rougeâtre profond.
À la vue de ces yeux, il eut la chair de poule.
L’homme du clan arracha l’épée qui lui avait transpercé le dos de la main et remua les doigts.
[Tuez-le.]
Un ordre en langue des signes.
Il avait agi par réflexe.
L’effroi lui avait déjà parcouru l’échine.
Les deux autres membres du clan employèrent aussitôt leurs spécialités.
Ils lancèrent des dagues empoisonnées et firent éclater des bombes de fumée toxique aux pieds de Jaxon.
Le commandant allié s’arrêta alors qu’il se précipitait pour sauver la « recrue ».
C’était l’un des gardes-frontières.
En regardant de plus près, il vit que celui qui était tombé n’était pas une recrue empotée, mais Jaxon.
En vérité, Jaxon s’était montré exprès pour lui faire comprendre de ne pas intervenir, mais le commandant ne pouvait pas le savoir.
Si quelqu’un s’approchait malgré tout et mourait après tout ça, c’était son destin.
Ce n’était pas son problème.
Il s’était éloigné suffisamment pour que personne ne meure en restant à distance.
C’était pour cela qu’il avait quitté les rangs.
Se servir de soldats alliés comme boucliers aurait facilité les choses, mais il n’en fit rien.
À ce niveau, même si Enkrid, le capitaine, le voyait, il ne le regarderait pas de travers.
Le capitaine détestait voir des soldats alliés servir de boucliers humains.
« Il se soucie de toutes sortes de choses. »
La lame dans le cœur de Jaxon s’émoussa un instant.
Mais cela n’émoussa pas les techniques gravées dans ses os.
Fssht, fssht !
Les dagues fendaient l’air et un fil d’acier avait déjà été tendu, visant ses chevilles.
Jaxon anticipa tout et esquiva chaque attaque.
Ses sens étaient monstrueux.
Évidemment.
Le Sens de l’esquive et la Porte du Sixième Sens, c’était lui qui les avait enseignés.
Par ses seules capacités sensorielles, Jaxon était un génie qui avait dépassé la perception des elfes à force d’efforts.
La suite était évidente.
Les assassins résistèrent et tentèrent de fuir, mais Jaxon les poursuivit l’un après l’autre, leur ouvrant une seconde bouche au cou ou leur plantant une dague en bouquet dans le cœur.
Bientôt, ils furent loin du champ de bataille principal.
Autrement dit, personne, ni ennemi ni allié, ne vit vraiment ce combat.
Même en se tenant juste devant, on n’aurait aperçu que des éclairs furtifs.
« Putain, tu fais partie de la Dague de Georg ? »
Cette voix venait du dernier adversaire.
L’homme déguisé en vieux soldat posa la question en mourant.
Il avait l’air de s’estimer lésé.
« Le savoir te ferait-il te sentir moins lésé ? »
« Merde. »
Du sang coulait au coin de sa bouche.
S’il gardait la dague dans la poitrine, il vivrait un peu plus longtemps.
Jaxon n’avait aucune raison de le lui permettre.
Il retira la dague, puis fit un bond en arrière.
Dans un ultime geste de résistance, l’homme cracha une aiguille qu’il avait cachée dans sa bouche.
Elle fendit le vide et s’envola inutilement.
« Espèce d’enfoiré. »
Comment cet homme faisait-il pour ne jamais baisser sa garde, pas même un peu ?
Quelle que fût l’attitude de l’assassin ou la dureté de son regard, Jaxon restait impassible.
Il se tenait à quelques pas de lui, l’observant de ses yeux indifférents.
Tandis que l’homme mourant tremblait encore, Jaxon examina ses propres blessures.
Les traces de poison étaient évidentes.
Une écume noire bouillonnait sur sa peau.
C’était un poison mortel, mais pas pour lui.
Il connaissait ce poison.
Quand il eut terminé d’examiner ses blessures, le dernier assassin était mort.
Par habitude, Jaxon fouilla le corps.
Il en sortit des aiguilles, de la poudre empoisonnée, des bombes fumigènes et d’autres outils du même genre.
Puis il aperçut un tatouage sur leur corps.
Un emblème.
Le Lys Noir, l’une des traces qu’il poursuivait.
Il ne s’était pas attendu à le trouver sur des assassins d’Azpen.
Jaxon le contempla un moment.
Il ne pouvait pas laisser passer ça.
Il était donc temps de s’absenter un petit moment.
« Un petit moment ? »
Il lui parut étrange de se rendre compte qu’il supposait déjà qu’il reviendrait.
Depuis quand avait-il un foyer, un endroit où se reposer ?
Un lieu où retourner.
Quelle réflexion de ventre plein.
Pourtant, indépendamment de cette pensée, il savait aussi qu’il ferait de son mieux pour revenir.
Pour l’instant, oui, pour l’instant, il voulait encore voir ce qu’Enkrid ferait.
Cet homme avait quelque chose qui rendait impossible de détourner le regard.
« Je devrais au moins leur dire quelque chose avant de partir. »
Il lui suffirait donc de demander une courte permission.
* * *
Enkrid alterna entre sommeil et réveil.
Quand on était blessé et qu’on souffrait, bien manger et bien dormir comptaient. Personne ne le savait mieux que lui, alors il fit exactement cela.
Surtout, chaque fois qu’il ouvrait les yeux, il avait faim.
Le corps façonné par la Technique d’isolement réclamait de récupérer.
Il le réclamait avec insistance.
Le message était simple.
La faim.
Il était affamé à un point absurde.
« Il y a quelque chose à manger ? »
Ce fut la première chose qu’il dit en se réveillant, alors qu’il était à moitié mort.
« O-Oui ?
Oui, attendez un instant, je vous prie ! »
L’infirmier discipliné s’éloigna de son chevet à toute vitesse.
Il revint avec un bol de bouillie claire.
« Je vais vous donner à manger ! »
« Inutile. »
On lui avait enveloppé les deux bras dans d’épais bandages, mais il n’était pas au point de ne pas pouvoir soulever un bol de bouillie.
Il prit le bol et la cuillère, et eut tôt fait de tout finir. L’infirmier lui dit :
« Vous ne devriez pas manger aussi vite. »
« Ça va. »
Même avant la Technique d’isolement, digérer avait été l’un de ses points forts.
Pour ne pas mourir, savoir bien dormir et bien manger était indispensable.
Ni talent ni endurance ?
La recette idéale pour mourir comme mercenaire.
Et maintenant ?
Peut-être pourrait-il digérer de la terre, sinon du fer.
« Frère, bien manger et bien chier, c’est la base. »
La Technique d’isolement était une méthode pour renforcer le corps.
Elle ne se contentait pas de durcir les muscles à l’extérieur. Elle maîtrisait aussi l’intérieur.
Il allait donc de soi qu’elle enseignait comment manger et se reposer.
Enkrid mangea, puis ferma les yeux.
Il comptait se reposer profondément.
Il continua ainsi à manger et à dormir.
Lorsqu’il ouvrit les yeux un instant, il aperçut Jaxon.
Il avait du sang séché dans les cheveux et une expression inhabituelle.
Une odeur de terre et de sang lui piqua le nez.
Enkrid s’était demandé où il était passé juste après la bataille, sans même lui dire au revoir. À voir son état, il avait dû être bien occupé quelque part.
« Je dois m’absenter un moment. »
Jaxon le lui annonça.
« Si je t’en empêchais, tu resterais ? »
Enkrid posa la question sans ciller.
Une curiosité sans intérêt.
Il ne l’aurait normalement pas demandé, mais il était à moitié ivre de sommeil.
Même alors, l’expression de Jaxon ne changea pas.
Il partirait quoi qu’il arrive.
Enkrid n’avait pas besoin d’entendre sa réponse.
« Vas-y, puis reviens. »
Les membres de son escouade, Jaxon compris, avaient des principes auxquels ils ne pouvaient renoncer.
Enkrid ignorait quels étaient les siens, mais il savait qu’ils existaient.
Il respectait cela.
C’étaient ses compagnons d’escouade, mais aussi ceux qui l’avaient mené jusque-là.
Il avait bâti sa journée sur leurs techniques et était arrivé à ce point.
En croisant le regard de Jaxon, Enkrid ajouta :
« Ne traîne pas. »
« Je ne me perds pas en chemin. »
Sa réponse n’était pas accompagnée d’un sourire, mais c’était une plaisanterie.
Ni Enkrid ni Jaxon ne sourit, mais ils se servirent de cette blague pour se dire au revoir.
Après quelques mots à peine, Enkrid fut submergé par la fatigue.
« Je dors. »
« Oui. »
Quand il rouvrit les yeux, Jaxon était parti.
À bien y réfléchir, il avait aussi fait jour lorsqu’il s’était réveillé plus tôt.
Cette fois, Sinar se tenait là, une cuillère à la main.
« Ah. »
Une elfe d’une beauté inhumaine lui tendit la cuillère, le visage impassible, et l’invita à ouvrir la bouche.
Elle voulait le nourrir.
L’intention était évidente.
« Tu n’es pas occupée ? »
Que faisait donc cette elfe ici ?
« Mon fiancé a failli mourir, puis il est revenu à la vie. Je peux bien faire au moins ça. »
Une plaisanterie à la mode des elfes.
Enkrid cligna des yeux, puis, trop paresseux pour protester, ouvrit la bouche.
L’elfe lui enfourna vraiment la cuillère.
« Tu veux que je mâche pour toi ? »
« Qui mâcherait de la bouillie pour quelqu’un ? »
« Ça veut dire que mon cœur en a envie. »
« La société des elfes est indécente. »
« C’était une insulte ? »
« Pas vraiment. »
« Je suis la seule comme ça.
Et seulement avec toi. »
Enkrid trouvait toujours les plaisanteries des elfes embarrassantes.
Au moins, il s’y était un peu habitué.
« Je te préparerai un repas à la mode des elfes, la prochaine fois ? »
« Qu’est-ce qu’il y aura dedans ? »
Il avait vu Frog manger des insectes.
« Une bouillie verte, nutritive et riche en fibres de qualité. »
« Et le goût ? »
« Rien de moins que divin. »
« Je passe mon tour. »
Il avait beau y réfléchir, ça ressemblait à un supplice pour ses papilles.
Il aimait vraiment la bouillie qu’il mangeait à cet instant.
De la viande finement hachée, de l’oignon et des épices par-dessus.
La personne qui avait préparé ça avait fait du beau travail.
Depuis son retour, ce soir-là, il était resté alité presque tout le temps.
Enkrid avait dormi plus de la moitié de la journée.
Entre deux siestes, il avait vu Jaxon partir et s’était fait nourrir de bouillie.
Lors d’un bref réveil, il avait même aperçu Ragna en train de dormir.
Dunbakel était également passée et avait grommelé.
« Ce combat manquait de piquant.
Je peux faire mieux. »
Pourquoi lui disait-elle ça, au juste ?
Oui, il savait qu’elle se battait bien.
Il suffisait de l’avoir vue se faire battre par Rem pour s’en rendre compte.
« La prochaine fois, je ferai mieux. »
Il ne comprenait toujours pas pourquoi elle insistait tant là-dessus.
Dormir, manger, se reposer, recommencer.
Son corps réclamait de récupérer.
Enkrid l’écouta.
Comme il ne restait éveillé que par brèves périodes, il n’eut pas l’occasion de repenser au combat.
De temps à autre, il se demanda où Jaxon était parti, mais le savoir n’y changerait rien, et il n’avait pas particulièrement envie de le savoir.
Si Jaxon avait quelque chose à lui dire, il le lui dirait.
Enkrid se concentra sur le fait de manger, boire et se reposer.
« Tu travailles dur là-dessus aussi ? »
Lorsqu’il se réveilla brièvement, une soldate lui posa cette question.
Enkrid cligna deux fois des yeux et se rappela son nom.
« Helma. »
À côté d’elle se tenait le soldat spécialiste de l’assaisonnement.
Ce type avait des bandages autour de la tête et de l’épaule, probablement parce qu’il avait été blessé au combat.
Un autre visage hésitant se tenait non loin.
Qui était-ce, déjà ?
« Euh, pourquoi tu nous as caché qui tu étais ?
J’ai été sous le choc. »
Helma prit la parole et le soldat à côté d’elle acquiesça.
« J-J’ai commis un crime qui mérite la mort ! »
Le troisième soldat plaqua soudain le front contre le sol.
Un peu de poussière s’éleva.
« Pour quoi ? »
« J’ai manqué de respect… »
« Ah, laisse tomber.
C’est du passé.
Tu ne savais même pas qui j’étais, alors c’est moi qui t’ai trompé. »
« N-non, ce n’est pas… »
C’était ce soldat qui n’avait cessé de l’ouvrir, un peu plus tôt.
Celui qui disait de venir sur le devant si on voulait se battre.
Enkrid n’en fit pas grand cas.
Son regard se posa plutôt sur le bol à côté d’Helma.
Une riche odeur savoureuse lui parvint.
Il avait encore faim.
« J’ai vraiment l’impression que le dieu des mendiants a élu domicile dans mon ventre. »
En réalité, son corps réclamait de récupérer le sang qu’il avait perdu.
Son corps était déjà devenu un Corps renouvelé, optimisé pour la guérison.
Audin en aurait été fier.
« Frère, on dit que la terre se raffermit après la pluie ; une fois guéri, tu seras donc plus solide.
Je devrais te casser la jambe ? »
Il aurait probablement sorti cette plaisanterie féroce sans la moindre hésitation.
Cette pensée faillit faire rire Enkrid.
Chacun de ces enfoirés de son escouade prétendait le contraire, mais ils mouraient tous d’envie de plaisanter avec lui.
Rem était le pire de tous.
Qu’est-ce qu’il dirait s’il voyait ça ?
« Hé, ça fait mal ?
Ça t’ennuie si je te plante un truc pour vérifier ? »
Probablement quelque chose du genre.
Barbare cinglé.
Enkrid maudit Rem dans sa tête, alors que celui-ci n’avait rien fait.
Il était peut-être en train de se curer l’oreille avec son petit doigt, à l’heure qu’il était.
Enkrid se perdit un instant dans ses pensées, et Helma leva le bol avant de demander :
« Tu veux manger ? »
Enkrid ouvrit la bouche par réflexe.
Ce ne fut qu’une fois la bouillie avalée qu’il se demanda pourquoi il faisait ça alors qu’il pouvait manger tout seul.
Cette drôle d’habitude lui venait de Sinar.
Mais après s’être fait nourrir une fois, c’était gênant de reprendre soudain les choses en main.
Une cuillerée, puis une autre. Celle-ci avait un goût différent.
Des haricots cuits jusqu’à être fondants et de la viande savoureuse se mêlaient sous ses dents.
« On a ajouté du poulet mijoté lentement et des haricots. »
Le soldat à côté d’elle dit cela.
Le spécialiste de l’assaisonnement avait aussi du talent en cuisine.
« C’est bon. »
« Merci. »
Il avait l’air gêné.
« Moi aussi, je veux te donner à manger. »
Le troisième soldat sortit une énormité.
Avait-il perdu la tête ?
« T’es fou ? »
Helma le rabroua aussitôt.
Bien.
Bien joué, Helma.
Enkrid ne s’était réveillé que pour un court moment.
Après avoir mangé et être resté assis un instant, il eut de nouveau sommeil.
Son corps réclamait encore du repos.
« Ce fut un honneur. »
Juste avant qu’il ne s’endorme, après avoir fini son bol, Helma dit cela.
Enkrid hocha simplement le menton.
Il somnolait de nouveau.
« Je vais demander à être transféré.
Je veux me battre à vos côtés. »
Le soldat qui l’ouvrait ajouta cela.
Qu’il demande son transfert ou non, c’était son affaire.
Juste avant que le sommeil ne l’emporte, il entendit vaguement Ragna, non loin.
« Personne ne me donne à manger ? »
Helma lui répondit :
« Tes bras ont l’air en état. »
En réalité, les bras d’Enkrid allaient bien, eux aussi.
Dans son rêve, Enkrid mania une épée avec ses orteils, sans avoir de bras.
Ragna apparut et lui demanda pourquoi ; Enkrid lui répondit qu’il n’avait pas de bras.
Un rêve absurde.
Ainsi, il continua de dormir, de se réveiller et de manger.
Le lendemain après-midi, Kraiss vint lui annoncer qu’Azpen battait en retraite.
« Bonne nouvelle. »
« Enfin, impossible de savoir s’ils ne vont pas tenter un autre coup. »
Kraiss affichait un air soupçonneux.
On aurait dit qu’il fixait quelqu’un qui lui avait emprunté ses couronnes sans jamais les rendre.
Avait-il l’impression qu’ils s’étaient fait avoir, cette fois ?
Enkrid ne posa pas la question et se rendormit.
Après s’être reposé deux jours d’affilée, il se sentit capable de bouger.
« Comment avez-vous pu… ? »
Sinar fut sincèrement surprise en voyant ça.
Bien sûr, son expression resta aussi impassible que d’habitude.
Mais surprise, elle l’était.
Quel genre de corps se remettait sur pied aussi vite ?
Une personne normale, avec des blessures pareilles, ne se serait peut-être pas retrouvée à moitié morte. Elle serait peut-être tout simplement morte.
La pommade qu’elle lui avait donnée était-elle un remède miracle qui guérissait tout au contact ?
Il avait entendu parler de remèdes préparés avec de l’eau bénite chargée de pouvoir divin, mais la pommade secrète des elfes ne contenait rien de divin.
« Tu as mangé quelque chose de bon en cachette sans m’en parler ? »
« De quoi tu parles ? »
Enkrid ignora cette remarque inutile et examina son corps.
« Voyons voir. »
Si son état habituel valait dix, il était à environ cinq.
Il n’était pas encore complètement guéri, mais il n’avait plus besoin de rester au lit toute la journée.
Il commençait aussi à s’impatienter.
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