Chapitre 316
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditrice : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 316 : Angoisse, ignorance, désespoir
= = =
Ceux qui poursuivaient Enkrid abandonnèrent.
Le commandant, tout à l’avant, resta incapable d’articuler un mot.
Son lieutenant, qui l’observait à ses côtés, prit la parole.
« Nous l’avons perdu. »
Il n’y avait rien à faire.
Ils lui avaient lancé une corde et l’avaient attrapé, croyant l’affaire réglée, mais il l’avait rompue à la seule force de ses bras avant de s’enfuir.
Une force surhumaine.
Et ce n’était pas tout.
Comme s’il ne se fatiguait jamais, il avait continué d’avancer, toujours tout droit.
Ce fou ne s’arrêtait jamais.
Ses pieds ne cessaient de bouger.
Après avoir vu ça, personne n’avait même eu le courage de continuer à le poursuivre.
La cible ne se reposait jamais et ne cessait jamais d’avancer.
Au bout du compte, il avait couru et marché, couru et marché.
À un moment, les ordres du commandant s’étaient faits plus rares, puis lui aussi s’était arrêté.
L’homme nommé Enkrid avait complètement échappé au piège tendu par Abnair.
Les Lévriers Gris s’arrêtèrent eux aussi.
Leur commandant fixa d’un air absent les traces laissées par l’homme disparu.
Non seulement il avait brisé l’encerclement, mais il s’était même enfoncé dans les lignes ennemies.
S’ils le poursuivaient à partir de là, ils seraient frappés par une contre-attaque.
C’était donc fini.
Abnair, Abnair.
Le commandant des Lévriers Gris répéta le nom de l’homme qui avait déclaré assumer seul toute la responsabilité.
N’avait-il pas dit qu’il se fichait que tous les soldats meurent, du moment qu’ils attrapaient ce salaud ?
« Très bien, vous pourrez me traiter d’idiot plus tard.
Traitez-moi de crétin qui a sacrifié mille soldats pour attraper un seul ennemi d’élite ! »
Le commandant se rappela les paroles d’Abnair, lancées avec une passion ardente.
Si tout le monde était mort, peut-être y aurait-il eu matière à discuter.
Mais même pas la moitié des troupes n’avait péri.
Non, seule une infime partie avait été perdue.
Un sorcier, deux mages, quelques mercenaires et deux épéistes Hurrier.
Le nombre de soldats réguliers perdus était faible.
L’ennemi s’était échappé.
Il s’était frayé une voie de fuite si absurde que personne ne l’aurait cru en l’entendant raconter.
Le commandant des Lévriers Gris l’admit.
Nous ne pouvons pas l’attraper.
Il ne restait plus qu’à faire son rapport.
Abnair avait-il dit qu’il sacrifierait mille hommes pour l’attraper et passerait à la postérité comme un commandant tragiquement incompétent ?
Abnair n’eut même pas droit à ça.
On lui avait aussi volé cette possibilité.
* * *
Abnair accepta que quelque chose soit arrivé à Galaf et au chevalier junior.
« Ils ne reviendront pas. »
Il prononça ces mots en regardant le champ de bataille au loin, et le lieutenant Nilf baissa la tête.
Pour cette opération, Abnair avait tout misé.
C’était presque un pari lancé au duc lui-même.
Et le dénouement approchait.
« Et ceux qui se vantaient d’être des maîtres de l’assassinat ? »
Il avait même déployé des hommes qui combattaient sans hésiter sous le couvert de la nuit.
« Nous ne parvenons pas à les contacter.
Ils ont soit fui, soit… »
« Ils ont été éliminés. »
Fuir ? Ils ne pouvaient pas s’enfuir.
Un simple geste de la main d’Abnair suffirait à ruiner toute leur lignée.
Ce qui signifiait qu’ils avaient été éliminés.
Par qui ?
C’était absurde.
Il avait été complètement surpassé.
« Hahahaha. »
Abnair éclata de rire.
Ne pas ressentir de vide en un pareil moment, c’était ne pas être humain.
« Le monde me déteste-t-il ?
La Déesse de la Fortune m’a-t-elle tourné le dos ?
Ou bien ai-je manqué quelque chose ?
Qu’est-ce que j’ai manqué ? »
Il se parlait à lui-même.
Dans ce ton calme, chaque phrase était un poignard qu’il retournait contre lui.
Nilf ne pouvait pas connaître ce qu’Abnair ignorait lui-même.
Il garda donc le silence.
Ils se trouvaient dans la tente de commandement.
Ils étaient les seuls à être restés.
Abnair s’assit sur une chaise près du brasero et baissa la tête.
La flamme brûlante lui roussissait quelques mèches.
Le brasero crépita et des étincelles jaillirent, puis s’envolèrent.
Certaines atterrirent sur le visage d’Abnair, mais il ne sembla même pas les sentir, perdu dans ses pensées, le regard fixe.
Il continua de réfléchir.
Devait-il maudire le monde entier simplement parce que rien n’avait de sens ?
Ou devait-il l’accepter ?
Accepter quoi ?
Qu’était-il censé accepter, au juste ?
Que la chance l’avait abandonné ?
Si ce n’était pas la chance, comment s’étaient-ils échappés ?
Qu’était-il arrivé à Galaf et au chevalier junior ?
C’étaient les hommes qu’il avait envoyés intercepter l’ennemi.
Ils constituaient sa deuxième mesure pour capturer la petite troupe d’élite adverse.
Mais cette mesure avait été neutralisée avant même d’entrer en action.
Il les avait envoyés tuer quelques cibles bien visibles dans les lignes ennemies, puis revenir, et ils s’étaient fait capturer à la place ?
Comment était-ce possible ?
Aya ?
Galaf, qui tenait la rivière dans le creux de sa main ?
Et qu’était-il arrivé aux membres du clan d’assassins ?
Ils étaient censés éliminer les commandants ennemis, et pourtant aucun trouble de ce genre n’avait éclaté sur leur territoire.
Ils avaient disparu sans un bruit.
Comment cela avait-il pu arriver ?
Naurillia a-t-elle envoyé un chevalier ?
« Nilf ! »
Il ouvrit la bouche dès que cette pensée lui vint.
« Un chevalier ?
Les Chevaliers à la Cape Rouge ?
Chypre ? »
Il lança des noms qui faisaient trembler Azpen, mais cela ne changeait rien.
La principale tâche de Nilf consistait à surveiller ce qui se passait à Naurillia.
La conclusion était simple.
Naurillia ne pouvait pas envoyer de chevaliers en ce moment.
« Non. »
La voix de Nilf descendit au plus bas.
Abnair referma la bouche.
Son esprit passa en revue toutes les possibilités, mais il ne pouvait trouver aucune réponse.
En vérité, sans savoir qu’Enkrid revivait cette même journée, il était impossible de comprendre.
Abnair passa les deux mains sur son front, les remonta dans ses cheveux, puis laissa échapper un long soupir avant de dire :
« J’ai perdu. »
Une défaite nette.
À en juger par les possibilités, l’ennemi avait trop de cartes en main.
Peut-être avait-il atteint le niveau d’un chevalier en plein combat.
Ou peut-être était-il chevalier depuis le début, et ils ne s’en étaient pas rendu compte.
Dans ce cas, il était logique que quelque chose soit arrivé à Galaf et au chevalier junior.
Telle était leur conclusion.
Le clan d’assassins avait été contré.
Un elfe était-il intervenu ?
Il avait entendu dire qu’un épéiste elfe se trouvait dans l’armée ennemie.
Malgré tout, même pour un elfe, cela n’avait pas dû être facile.
Soit. Admettons qu’ils aient caché leur talent.
Et puis il y avait Enkrid, Enkrid, Enkrid.
Abnair mâcha trois fois le même nom.
Cet homme, Enkrid, s’était échappé sans encombre.
C’était là ce qu’il ne parvenait vraiment pas à comprendre.
Quel genre d’homme pouvait faire ça ?
Peut-être était-il réellement né avec une chance impossible.
Sinon…
Un génie du jugement instinctif.
Un commandant qui agissait à l’instinct, pas à la réflexion.
Il n’avait entendu parler que de tels hommes.
Il croyait que ce genre de personne ne pouvait pas exister.
L’instinct était la somme de l’expérience.
On ne pouvait pas élaborer une stratégie militaire à la seule force de son intuition.
Peut-être pouvait-on avoir de la chance une ou deux fois en sentant le cours d’une bataille, mais, fondamentalement, l’instinct exigeait des connaissances.
C’était seulement alors que l’intuition pouvait servir de base au jugement.
Autrement dit, il fallait d’abord s’appuyer sur l’expérience pour seulement percevoir un mauvais présage.
Pourtant, son adversaire était un génie tardif, pas un commandant aguerri par toute une vie de guerre.
Même un vétéran parmi les vétérans n’aurait pas pu faire ça.
Même un vieux commandant qui aurait traversé mille champs de bataille, et non cent, aurait dû pouvoir l’attraper et le tuer.
Et pourtant, il s’était échappé.
« Nous ne pouvons pas abandonner simplement parce que nous ne comprenons pas. »
Abnair marmonna ces mots.
Il avait joué toutes ses cartes, mais il lui en restait une : quelque chose qu’il avait obtenu en risquant sa propre vie.
« Vous allez l’utiliser ? »
Nilf posa la question parce qu’il savait, et Abnair acquiesça parce qu’il savait.
« C’est nous qui avons lancé les hostilités, alors nous irons jusqu’au bout. »
Quand il avait emprunté des mages au duc et fait venir le chevalier junior, Abnair s’était également assuré le soutien d’un allié inattendu.
Mais s’en servir reviendrait en soi à admettre sa défaite.
À son retour dans le duché, il devrait affronter une tempête d’accusations.
Il ne pourrait probablement pas garder son poste.
Il aurait de la chance s’il échappait à l’exécution.
Malgré tout, il ne pouvait pas laisser cette affaire se terminer par une défaite.
Abnair sortit.
Je crois que c’est la première fois que je me fais écraser à ce point.
Aucun de ses plans n’avait fonctionné.
Quel était son plan initial, déjà ?
Sa priorité absolue était d’affaiblir le cœur des forces ennemies, cette petite troupe d’élite.
La première cible était Enkrid, la deuxième, ses subordonnés.
Je n’aurais jamais cru qu’Aya échouerait.
Ses yeux étaient particuliers.
À certains égards, ils étaient même supérieurs aux Yeux de lecture du talent des Grenouilles.
Ses yeux, imprégnés de Volonté, pouvaient jauger le niveau d’un adversaire d’un seul regard.
C’était pour cela qu’on l’appelait Aya qui ne livre jamais un combat perdu d’avance.
Bien qu’elle-même préférât se présenter comme la plus grande beauté d’Azpen.
Et cette Aya s’est fait battre ?
Il n’y comprenait vraiment rien, mais il devait se forcer à comprendre.
Il ne pouvait pas s’arrêter là.
La chevalière junior Aya était censée repérer et tuer la cible qui lui avait été assignée.
Galaf devait être gardé en réserve comme atout caché pour plus tard.
Enkrid devait être piégé et tué.
Tels étaient les objectifs prioritaires.
Mais ce n’était pas tout.
Il y avait encore d’autres objectifs ensuite.
Il n’avait jamais eu l’intention de sacrifier mille soldats pour tuer un seul ennemi et d’en rester là.
Il y avait aussi des objectifs secondaires.
Quel gâchis. Quel gâchis.
À tout le moins, cette bataille aurait pu permettre à Azpen de reprendre pied dans la Perle Verte.
Si les choses s’étaient déroulées comme prévu, cela aurait pu arriver.
Sa stratégie tenait compte de la suite, après la capture de l’élite ennemie, mais désormais, tout était inutile.
Il ne lui restait que son orgueil obstiné, ou un attachement tenace.
Il ne savait pas lequel des deux.
Abnair grinça des dents.
* * *
« Alors, ce n’est qu’une entorse ? »
À la question d’Enkrid, Ragna leva son avant-bras, grossièrement enveloppé de bandes de tissu déchirées.
« C’est une entorse. »
Il suffisait de l’affirmer pour que ce soit vrai ?
C’était comme ça que ça marchait ?
Audin avait appelé une fracture une entorse, et maintenant Ragna en faisait autant alors qu’il était manifestement gravement blessé.
Sans soins appropriés, son bras risquait de ne plus jamais lui servir.
Bien sûr, Enkrid lui-même n’était pas en très bon état.
« On dirait que tout mon corps a une entorse, lui aussi. »
Enkrid s’examina une fois, puis fit cette remarque.
Ragna ne sourit même pas.
En contrebas, Esther laissa échapper un grognement rauque, comme si elle trouvait cette histoire absurde.
Après cette blague inutile, Enkrid se retourna.
Il ne restait aucune trace de ceux qui le poursuivaient.
S’en était-il vraiment sorti ?
On aurait dit que oui.
Cette lourde menace qui pesait sur lui et les picotements inquiétants dans tout son corps avaient eux aussi disparu.
Et maintenant ?
Était-ce le moment de se sentir soulagé ?
Peut-être bien.
« Yaaah ! »
Un cri qui ressemblait presque à une ovation leur parvint de loin.
Une voix féminine puissante.
En plissant les yeux, il vit Dunbakel foncer vers eux.
Dunbakel était elle aussi couverte de sang.
Sa fourrure blanche était trempée et ressemblait à une peau rouge sombre.
Du blanc et du rouge sombre se mêlaient en taches sur son corps.
On dirait un chat tacheté.
Une pensée inutile traversa l’esprit d’Enkrid.
Elle courait comme si elle volait.
Derrière elle, il apercevait aussi des mouvements du côté allié.
Kraiss n’avait pas pu se retenir et avait envoyé des troupes.
« Mon fiancé, c’est toujours comme ça quand je détourne les yeux ? »
Sinar arriva elle aussi derrière Dunbakel.
Ses pas étaient légers et bondissants, mais elle allait à une vitesse incroyable.
C’était la légèreté caractéristique des elfes.
Elle s’approcha et lui lança cette remarque ; ce ne fut qu’alors qu’Enkrid le sentit clairement.
Demain.
Cette journée touchait enfin à sa fin.
Le soleil déclinant étirait de longues ombres sous les collines.
C’était l’heure où la lumière qui avait illuminé toutes choses s’affaiblissait et glissait au-delà de l’horizon occidental.
Le coucher de soleil orange disait que ce jour n’était pas comme celui de la veille.
Enkrid absorba cette lumière.
Il avait survécu, lutté et achevé de se préparer à affronter le lendemain.
« Rentrons. »
Enkrid prit enfin la parole.
Personne ne savait ce qui lui était arrivé.
Pas dans le détail.
Mais les soldats du bataillon l’avaient vu combattre.
Ils savaient qu’il avait foncé seul dans les rangs ennemis, tout à l’avant, et qu’il avait brandi son épée comme un forcené.
Pour l’homme condamné à revivre cette journée, c’était arrivé depuis longtemps.
Pour eux, cela ne datait que d’un jour ou deux.
Waaaaah !
Les acclamations déchirèrent l’air.
C’était un hymne au héros qui avait percé le centre des forces ennemies et en était revenu vivant.
« La douleur ! »
« La mort ! »
Même ce cri banal s’y mêla.
Tout cela semblait lointain à Enkrid.
Les sons paraissaient s’éloigner de plus en plus.
Il se demanda pourquoi, puis comprit que son corps penchait.
Quelqu’un le rattrapa par le côté.
Chose inhabituelle, Ragna se rapprocha et le soutint par l’épaule.
« Imbécile. »
Enkrid le lui lança.
Sur fond de soleil couchant, les deux blessés penchèrent en même temps.
Ragna n’était pas non plus en état de marcher correctement.
Le fait qu’il soit arrivé jusque-là tenait du miracle.
« Grrr. »
Esther secoua la tête en contrebas.
On aurait dit qu’elle les traitait d’humains stupides.
« Par ici. »
Dunbakel s’avança.
Elle aussi était épuisée.
Pourquoi y avait-il tant de salauds en territoire ennemi qui maniaient aussi bien la lame ?
Elle n’avait pas frôlé la mort, mais elle était à bout de forces.
Elle n’était toutefois pas assez épuisée pour s’écrouler en marchant.
Dunbakel hissa simplement Enkrid sur son dos.
La douce fourrure de la femme-bête soutint tout son corps.
« Hé, tu es toute douce. »
Enkrid le dit, alors que sa conscience s’évanouissait.
Elle était vraiment douce.
« T’as pris de la drogue en plein combat ou quoi ? »
Dunbakel grommela.
Enkrid jeta encore un regard derrière lui.
L’ennemi, visible au-delà de la colline lointaine, ne se rapprochait pas.
« Je peux le porter, tu sais. »
Sinar lança ces mots à côté de Dunbakel, mais celle-ci n’en tint pas compte et continua d’avancer.
Ragna, qui titubait en essayant de soutenir les autres, s’effondra, inconscient.
Quelques soldats à proximité s’occupèrent de lui.
Rien que le fait qu’il ait marché jusqu’ici n’avait aucun sens.
Une infime partie de son corps était indemne.
Waaah… Hein ?
Les acclamations cessèrent brusquement.
Ce n’était pas une poursuite et, à voir les hommes qui revenaient, c’était déjà incroyable qu’ils aient réussi à marcher jusque-là.
Parmi ceux qui acclamaient les soldats, les plus vifs d’esprit réagirent les premiers.
« Dégagez le passage ! »
« Emmenez-les à l’intérieur ! »
« Un médecin ! »
Les soldats s’affairèrent chacun à leur tâche.
Les commandants s’interposèrent et donnèrent les directives nécessaires.
Enkrid et Ragna furent conduits directement dans les lignes de leur unité.
Esther trottinait derrière eux. À la vue de l’état d’Enkrid, elle secoua intérieurement la tête.
Il avait l’air d’avoir franchi des dizaines de fois le seuil de la mort.
À première vue, Ragna semblait plus blessé, mais en réalité, Enkrid était dans un état pire.
Certains de ses os étaient aussi fissurés ou déplacés.
On voyait à quel point il s’était poussé à bout.
Non pas que Ragna soit en bon état, lui non plus.
De toute façon, Esther ne s’intéressait pas du tout à Ragna.
Alors que le coucher du soleil cédait la place au soir, ils purent recevoir des soins dans leur unité. Garrett arriva également, les yeux brillants, pour veiller à leur chevet.
On appelait cela veiller à leur chevet, mais il avait une tout autre idée en tête.
« Tu n’as rien à la bouche.
J’ai l’impression que tu as plein d’histoires amusantes à raconter. »
Il voulait simplement entendre des histoires.
Sinar, qui l’écoutait à ses côtés, empoigna Naidhl et déclara :
« Tu devrais apprendre à respecter les guerriers blessés qui ont mené une bataille à la victoire. »
Elle avait l’air prête à le frapper s’il insistait.
Garrett comprit vite l’ambiance.
« Nurat, j’ai dépassé les bornes, pas vrai ? »
Nurat était la lieutenante qui lui couvrait toujours les arrières.
Elle répondit aussitôt.
« Oui. Si vous restez plus longtemps, je risque d’avoir un autre supérieur. »
« Pourquoi est-ce que ça changerait ? »
« Si vous mourez, ça changera. »
« Allons-y. »
Est-ce qu’il la gardait auprès de lui pour ses répliques comiques ?
Enkrid, enveloppé de bandages, observa les deux comiques.
« Raconte-moi ça la prochaine fois. »
Garrett finit par partir sur cette phrase.
« Concentre-toi sur ta guérison. »
Sinar resta à ses côtés, quelle que fût la raison.
« Tu ne pars pas ?
J’ai sommeil. »
« Dors.
Laisse-moi profiter de te regarder dormir. »
Il n’arrivait toujours pas à s’habituer à l’humour des elfes.
Enkrid laissa lentement son esprit sombrer.
Il était revenu au milieu des acclamations, mais, à vrai dire, il ne s’en souvenait que par bribes.
Il avait poussé son corps à ce point.
Il entra dans la tente des soigneurs, avala un peu de bouillie, puis s’allongea, couvert d’onguents et de plantes médicinales.
Il avait l’impression que tout son corps dégageait de la chaleur.
Pour ce qui était de la résistance physique, il n’avait pas son pareil.
Enkrid s’endormit.
Il ferma les yeux et vit une rivière noire.
C’était le Passeur.
« La première, c’est l’Angoisse ; la deuxième, l’Ignorance ; la troisième, le Désespoir. »
Enkrid ne comprit pas ce que cela signifiait.
Le Passeur avait aujourd’hui une gravité plus profonde que d’habitude, et Enkrid était si épuisé que même en rêve, il n’arrivait pas à bouger les lèvres.
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