Chapitre 312
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 312 : Qu’est-ce qu’un mur ?
= = =
« J’ai pris le mauvais chemin. »
Dans son paysage mental, Enkrid se gratta l’oreille.
J’ai mal entendu ?
« Fais face au mur. »
Le Passeur poursuivit.
Le doute vint d’abord, mais les mots restèrent parfaitement clairs.
Fais face au mur.
Regarde-le bien.
Qu’était-ce, un mur ?
Le nombre d’hommes qui lui barraient la route.
La qualité de leurs troupes.
Les épéistes de la Famille Hurrier, les mercenaires, les Lévriers Gris, les mages, les sorciers.
Même le terrain lui-même.
Voilà la réponse à laquelle Enkrid était parvenu jusque-là.
Devenir plus fort par la force et se frayer un passage.
Et, chaque fois, un nouvel obstacle l’attendait.
À peine croyait-il avoir réussi à s’échapper une fois…
« Les Lévriers Gris ne lâchent jamais leur cible. »
Des salauds encore plus obstinés que Rem lui barraient la route.
Même décapités, leurs corps continuaient de se jeter sur lui.
Les Lévriers Gris étaient arrivés, toujours aussi acharnés.
Une fois qu’il les avait vaincus, ils s’ajoutaient eux aussi à cette journée.
Ils en faisaient désormais partie.
Au début, il y avait eu le mercenaire Cent et trois épéistes Hurrier. Puis les mages, ensuite le sorcier et, une fois tout ce beau monde vaincu, les Lévriers Gris avaient fait leur apparition.
Au milieu de tout ça, les soldats ordinaires chargeaient sans cesse.
Il revivait ce qu’il avait déjà connu, et pourtant chaque aujourd’hui était différent.
L’ordre dans lequel ils arrivaient changeait, tout comme leur manière de combattre.
Enkrid n’était pas un expert en stratégie militaire.
Une chose était pourtant sûre.
Quelque chose le retenait prisonnier.
Que devait-il faire, alors ?
Comment sortir d’ici ?
Il pensait toujours que la réponse était la force.
Certains jours, il ne croisait pas les Lévriers Gris. D’autres, il s’en tirait sans rencontrer le sorcier ni les mages.
Parfois, il ne tombait même pas sur Cent.
À ce stade, le voir était presque une bonne surprise.
Bien sûr, les jours où il le rencontrait étaient plus nombreux.
« Oh, c’est Cent. Content de te voir. »
« Tu me connais ? »
L’Épée de mercenaire du Style de Vallen, avec son faux air de connaissance.
Cent était un excellent partenaire d’entraînement pour l’Épée Illusoire.
Enkrid transperça le cou de Cent avec Spark et se fraya un passage à travers le mur humain qui se refermait de toutes parts,
mourut de nouveau,
fit de nouveau face à cette journée,
mourut en descendant une falaise à tâtons, à la recherche d’une issue en contrebas,
et se jeta même dans le torrent de la vallée, pour finir roué de coups par les mages.
C’est à peu près à ce moment-là qu’Enkrid décida qu’il y avait cinq murs.
Le mercenaire Cent et sa troupe.
Trois épéistes de la Famille Hurrier, dont il connaissait maintenant les noms.
Rochi, Merier et LeBlanc.
Les quatre mages étaient ceux qui invoquaient des fantômes d’eau ou lançaient des canons à eau.
Le fouet d’eau était particulièrement dangereux.
S’il s’enroulait autour d’un bras, le tourbillon déchiquetait les brassards en un instant. Même ceux qui le maniaient finissaient à bout de souffle.
Il les avait vus pâlir plus d’une fois.
Et puis, il y avait le sorcier.
Il utilisait surtout un sort appelé « Force invisible » et, comparé aux autres, il n’était pas si difficile à affronter.
Invisible ne voulait pas dire sans présence.
Le Sens de l’esquive suffisait à l’éviter.
Ses tours étaient tout de même nombreux et agaçants.
Il rendait soudain le sol poisseux sous ses pieds, comme si on y avait étalé de la colle, et avait quantité d’autres astuces irritantes.
En plus, le sorcier était toujours accompagné d’une importante formation d’infanterie lourde, armée de longues lances, ce qui rendait la situation particulièrement pénible.
Enfin venaient les Lévriers Gris.
En matière de force brute, ils semblaient les plus faibles.
Mais, pour ce qui était de l’acharnement et de la cruauté, ils arrivaient en tête.
Pour leur ténacité et leur méchanceté, ils méritaient un pouce levé. Non, deux pouces.
Quoi qu’il fasse, ils finissaient par l’attendre dans cette journée.
Ces cinq murs.
Les mercenaires, les Hurrier, les mages, le sorcier, les Lévriers Gris.
On aurait dit qu’il devait simplement venir à bout des cinq à la fois.
Impossible.
Peu importe comment il voyait les choses, c’était impossible.
Puis des archers, des arbalétriers, des lanciers et de l’infanterie lourde s’en mêlèrent aussi.
Certains étaient des elfes à la visée remarquable, d’autres des hommes-bêtes aux mouvements imprévisibles.
Au moins, il n’y avait ni Grenouilles, ni draconiens, ni géants.
Devait-il parler de six murs, alors ?
Devait-il compter ces troupes aussi ?
Pas bon.
Contrairement à ce qu’il marmonnait, Enkrid prenait toujours plaisir à tout ça.
Il profitait pleinement du temps qu’on lui avait accordé, répétant encore et encore cette journée.
Il luttait, puis luttait encore.
Il mettait à profit ce qu’il avait appris, puis recommençait.
Sous un soleil d’hiver doux pour la saison, voilà ce qu’il avait obtenu en donnant tout ce qu’il pouvait.
Ce n’était pas bon.
L’expérience du massacre.
Tuer et mourir lui étaient devenus parfaitement familiers.
Il tua encore et encore, jusqu’à ce que l’odeur du sang lui engourdisse le nez.
Mais il ne voyait toujours pas comment sortir de cette journée.
Les paroles du Passeur s’étaient donc profondément gravées dans son esprit.
Il fixa droit les cinq murs, ou six.
Cela changea-t-il quoi que ce soit ?
Non.
Alors, entre deux journées répétées, il rêva, et le Passeur lui dit :
« Si tu ne sais pas, tu ne peux pas le franchir.
Il n’y a qu’un seul mur. »
Enkrid prit ces mots à cœur.
Plusieurs journées passèrent.
Les prendre à cœur ne changea pas tout d’un coup.
Il ne pouvait que réfléchir.
Puis il retrouva le Passeur.
« Hé, ça ne t’ennuie pas ? »
Cette fois, le Passeur racontait n’importe quoi.
« Plus que ça ne m’ennuie, je trouve ça difficile. »
C’était justement pour ça que ça ne l’ennuyait pas.
Un avenir incertain lui rongeait-il l’esprit ?
S’il avait été du genre à s’effondrer pour si peu, il n’aurait jamais rêvé, pour commencer.
Enkrid retourna ses pensées dans tous les sens.
Qu’était-ce, le mur ?
Il venait tout juste de revenir à la case départ.
« Combien de fois dois-je te mâcher le travail, et jusqu’où dois-je aller avant que tu comprennes ? »
Le Passeur parlait avec un mépris manifeste.
Étonné de parvenir à lire cette émotion, Enkrid lui demanda :
« Tu te moques de moi, par hasard ? »
Peut-être avait-il mal compris.
« Il faut aussi que je te le dise à voix haute ? »
Le Passeur afficha aussitôt un air écœuré, parfaitement impassible.
Il ne savait que c’était du dégoût que parce que le Passeur le lui avait fait comprendre.
Comme son chemin était barré et qu’il rencontrait le Passeur de plus en plus souvent, Enkrid décida de satisfaire une vieille curiosité.
« Pourquoi une barque ? »
Un gardien qui traînerait des chiens de l’enfer ne lui irait-il pas mieux ?
Pourquoi un fleuve, pourquoi une barque, pourquoi un Passeur ?
« Parce qu’une barque peut aller partout. »
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Ce n’est pas à toi de comprendre ces mots. »
À force de le rencontrer, Enkrid finit par tirer une conclusion.
Le Passeur avait plusieurs personnalités.
Son caractère changeait à sa guise.
« Ne sois pas curieux. »
Certains jours, il prenait inutilement un ton grave.
« Je te traite de fils de pute. »
D’autres jours, son humeur faisait le yo-yo.
« As-tu fait face au mur ? »
Il y avait aussi un Passeur qui ne parlait que du mur, peu importe ce qu’on lui disait.
« Tu es vraiment curieux. »
Et il y avait un Passeur plus aimable, qui daignait au moins répondre.
Quand Enkrid lui demanda ce qu’il faisait d’ordinaire, le Passeur aimable répondit :
« Je rame. »
Il avait répondu, mais cela ne rendait pas sa réponse plus compréhensible.
« Je vois. »
« Toi aussi, tu rameras. »
Le Passeur le lui dit, et Enkrid n’insista pas.
Après plus de trois cents journées, Enkrid sentit les limites de sa technique.
Il avait du mal à progresser davantage.
Il avait déjà ressenti la même chose face à ce maniaque de la botte d’estoc.
Il y avait une limite à ce qu’il pouvait apprendre sur le moment, dans une situation donnée.
Tant qu’il n’atteindrait pas demain, rien ne changerait.
Il lui fallait donc franchir le mur qu’était aujourd’hui.
Cinq murs, ou six.
Non, un seul mur.
Transformer les cinq en un ?
Les rassembler au même endroit et les affronter tous d’un coup ?
Il essaya tout ce qui lui passait par la tête, tout ce qui lui semblait juste.
Il parvint à peine à rassembler les cinq groupes et à les combattre ensemble.
Il mourut.
Les quatre mages et le sorcier travaillaient bien ensemble.
Ils ne semblaient pas se connaître, mais ils s’étaient accordés rapidement.
Il confirma aussi le talent particulier de Cent.
Il était meilleur pour poignarder dans le dos que pour combattre de face.
Enkrid l’avait forcé à l’affronter de face à chaque rencontre.
À bien y réfléchir, Enkrid l’avait toujours repéré le premier grâce à ses sens.
Cent avait donc visé son dos à chaque fois.
Enkrid ne l’avait pas compris.
Il ne l’apprit qu’après plus de trois cents journées.
Quoi qu’il en soit, ce n’était pas la solution.
Ensuite, il enleva un soldat ennemi.
En général, les soldats ennemis se déplaçaient par groupes de dix, mais ceux qui allaient se soulager y allaient par trois.
« Faut que je pisse. »
Voilà ce qui résulta de ses efforts pour se cacher et tenir bon dès son réveil.
« On y va tous les trois. »
Enkrid leur emboîta le pas, suivant l’ordre de celui qui avait l’air d’être un chef d’escouade.
Parmi les trois soldats, il brisa la nuque de celui qui urinait, puis transperça la gorge des deux autres avec Spark.
Enkrid dissimula les morts dans les broussailles, puis enleva l’un de leurs uniformes.
Se changer lui demanda plus d’efforts que de les tuer.
Après avoir enfilé tant bien que mal les vêtements du soldat,
Enkrid improvisa.
« On nous attaque ! »
Il cria aussitôt et partit dans une direction différente de celle de son unité.
Que se passerait-il s’il s’échappait ainsi ?
Est-ce que ça serait considéré comme une fuite et le renverrait au début de cette journée ?
Devait-il vraiment franchir ces cinq murs pour que cela compte ?
Mais le Passeur avait dit qu’il n’y avait qu’un seul mur.
Il avait dit que si l’on ne savait pas, on ne pouvait pas le franchir.
Qu’est-ce qui lui échappait ?
Il l’ignorait lui aussi.
Sa joie s’éteignait peu à peu, mais le désespoir ne prit pas sa place.
Enkrid chercha partout une solution.
Errer, creuser et endurer faisaient aussi partie de ses points forts.
« C’est toi qui as crié ? »
C’est alors qu’il tomba sur une autre unité.
Le soldat ennemi ne lui laissa aucune ouverture.
Il resta sur ses gardes.
Pourquoi ?
Ils portaient le même uniforme.
Chaque soldat connaissait-il vraiment le visage de tous les autres ?
Ce n’était pas ça.
« Fleur fanée. »
Il y avait un mot de passe.
Pourrait-il le trouver en répétant quelques journées de plus ?
Quoi qu’il en soit, il était démasqué.
Il était temps de lutter de nouveau.
Une bataille acharnée s’ensuivit.
Puis, le jour suivant, il vola des vêtements ennemis de la même façon et prit les devants pour poser la question.
« Fleur fanée. »
« Ennemi ! »
L’autre camp cria aussitôt.
Qu’avait-il fait de travers ?
Enkrid ne voyait pas ce qui avait changé.
La vérité était simple.
Abnair ne sous-estimait pas Enkrid.
Il continuait de l’étudier sous toutes les coutures.
Il s’était penché sur l’homme nommé Enkrid.
Et voici ce qu’il en avait conclu :
« Il est doué pour les ruses.
Il sait tromper les autres, c’est un tacticien né. »
C’était l’une des mesures prévues au cas où Enkrid tenterait de s’échapper par la ruse.
Le mot de passe ne consistait pas à dire « Fleur fanée », mais à faire le geste correspondant.
Il fallait prononcer les mots et faire le geste en même temps.
Une fois le geste vu, il suffisait d’indiquer son unité et de donner la réponse.
Ce n’était pas compliqué, mais impossible à deviner sans le savoir.
Abnair ne laissait rien au hasard.
Il empêchait Enkrid d’entendre le mot de passe par hasard et de s’en servir pour s’échapper.
En même temps, il avait fait en sorte que les unités voisines apprennent à reconnaître leurs membres.
Il avait également introduit des différences entre les uniformes pour permettre de vérifier les identités.
Enkrid ne pouvait pas apprendre tout ça en répétant simplement la journée.
Plus que tout, après quelques tentatives, même Enkrid le sentait au fond de lui.
Ce n’était pas la bonne voie.
Ça, c’était un vrai casse-tête.
Enkrid reprit calmement ses esprits.
Qu’est-ce qui lui avait échappé ?
Réfléchir, repasser les événements en revue.
Il recommença parce qu’il n’oubliait pas ses propres forces.
Il se repassa les paroles du Passeur.
Ce n’est qu’après avoir répété cette journée et vécu la mort encore et encore qu’Enkrid put s’en rendre compte.
Il n’y a qu’un seul mur.
Qu’est-ce qu’un mur ?
Quelque chose à franchir.
Il n’y a qu’un seul mur.
À force de répéter cette phrase, il comprit.
Il comprit enfin pourquoi le Passeur avait dit ça.
« J’ai compris. »
« Quoi ? »
La révélation lui vint alors qu’il se trouvait juste devant Cent.
Le mercenaire écarquilla les yeux de surprise.
Ça allait lui servir à quoi de le fixer, maintenant ?
Enkrid fracassa la mâchoire de Cent avec la main qui tenait son épée.
Crac !
L’os se brisa et les dents jaillirent dans les airs.
Puis il trancha le cou de ce salaud avec son glaive.
Tranché !
La tête décapitée roula au sol.
« Tuez-le ! »
Il combattit encore, et encore.
Juste avant de mourir, il repoussa ses ennemis à plusieurs reprises pour reprendre son souffle.
Il maîtrisait désormais l’art de livrer un long combat.
Chaque fois qu’il reprenait son souffle, ses pensées s’éclaircissaient.
Enkrid devait trouver comment avancer.
Si tu ne sais pas, tu ne peux pas franchir le mur.
Bien sûr.
Ce qu’il devait d’abord comprendre, ce n’était pas le mur, mais la méthode.
Il ne s’agissait pas de cinq murs.
La stratégie.
Ou la tactique, ou l’art de la guerre : voilà le genre de mur auquel il avait affaire.
Il devait s’échapper du piège tendu par le commandant ennemi.
Comment ?
Il n’était pas Kraiss.
Alors, que devait-il faire ?
Enkrid fouilla dans ses souvenirs.
Il avait déjà eu une conversation semblable avec Kraiss.
Quand il s’en souvint, la solution lui revint aussi.
Non, le chemin restait long, mais il voyait maintenant comment trouver la méthode.
« À mon avis, les gens qui se servent de leur tête se divisent en deux catégories.
Les premiers prévoient tout et se préparent.
Les autres agissent d’instinct, dans l’instant.
Mais les deux ont besoin d’un esprit vif. »
Kraiss avait ensuite ajouté :
« Capitaine, vous êtes clairement dans la deuxième catégorie.
La première, ce n’est pas du tout votre genre. »
Enkrid ne lui avait pas demandé pourquoi.
Et pourtant.
Il repassa une à une les plus de trois cents journées qu’il avait vécues.
Des instants qu’il avait survolés, trop occupé à combattre comme un fou, s’accumulèrent dans son esprit.
Des choses qui avaient glissé entre les mailles de ses sens et déclenché en lui un signal d’alarme.
Pourquoi les avait-il laissées de côté ? Pourquoi ne leur avait-il pas prêté attention ? Pourquoi avait-il dû le faire ?
Parce qu’il devait franchir le mur devant lui.
Son champ de vision ne se rétrécit pas.
Cette fois, c’était différent.
Il n’avait échoué à franchir le mur que parce qu’il ne le connaissait pas.
À l’instant où il l’aperçut, Enkrid comprit ce qu’il devait faire.
Combattre le moins possible. Se battre pour survivre.
Au lieu de lutter à l’aveuglette, il devait s’appuyer sur son intuition, son instinct et son Sixième Sens pour déjouer la stratégie militaire ennemie.
Voilà le chemin.
Il n’était pas obligé de les combattre tous.
C’était ce qu’Abnair n’aurait jamais pu savoir.
Et ce qu’il avait mal évalué.
D’abord, Enkrid répétait cette journée.
Ensuite, son esprit était plus affûté et plus rapide qu’Abnair ne l’avait prévu.
« Ah. »
Lors de sa trois cent soixante-dix-huitième journée, à peu près,
Enkrid trouva la voie.
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