Chapitre 309
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 309 : Essaie donc d’en abattre mille à toi seul.
= = =
Une nuit entière passa, et Enkrid n’était toujours pas revenu.
À un moment, les lignes ennemies commencèrent à reculer comme la marée descendante.
Ragna n’était pas revenu, et Jaxon avait disparu lui aussi.
Kraiss comprit à quel point la situation était grave.
Non, un mauvais pressentiment lui vrillait la tête à chaque instant.
« Où se trouve le point culminant le plus proche ?
Un endroit d’où l’on puisse observer les environs. »
Malgré tout, il garda son calme.
La panique avait peut-être sa place avant que tout explose. Pas après. Une fois le mal fait, il n’y avait plus le temps de s’agiter.
Et Enkrid avait disparu.
Qui sait, si le capitaine meurt, je pourrais bien mourir aussi.
Que se passerait-il si Enkrid revenait sous forme de cadavre ?
Il imaginait déjà Rem lui lancer une hache à la tête.
C’était une sombre plaisanterie qu’il se faisait, mais tout de même.
Ça sent mauvais.
Même s’il ne mourait pas, rien de bon ne pourrait en sortir.
Si le capitaine disparaissait maintenant, les problèmes surgiraient de toutes parts.
S’il fallait les énumérer clairement, il lui faudrait du temps pour y réfléchir. Pourtant, il le sentait bien.
Une chose était certaine.
La Compagnie des Fous était fichue.
Qui pouvait maîtriser Rem, Ragna, Jaxon et Audin ?
Personne.
Autrefois, ils auraient pu placer un épouvantail à leur tête, mais le temps les avait changés, eux aussi.
À présent, ils n’obéissaient qu’à leur capitaine.
Sans ces hommes, la Garde-frontière pourrait-elle vraiment repousser la prochaine offensive d’Azpen au printemps ?
Pas la moindre chance.
Alors, je partirai sans me retourner.
Il n’était pas patriote. Pourquoi rester ici et mourir ?
Kraiss se tenait à l’ombre d’un arbre, perdu dans ses pensées.
Nurat, qui avait étudié le terrain alentour à partir de cartes et de ses souvenirs, prit la parole.
« Suivez-moi. »
Dans cette ombre, Kraiss avait presque l’air d’un fantôme.
Nurat le pensa, mais ne dit rien.
Quelque chose clochait.
Parce qu’Enkrid n’était pas là ?
La pensée lui vint soudain.
L’instinct d’une femme.
Elle avait vu juste.
Avec Enkrid à ses côtés ou sans lui, Kraiss semblait être deux hommes différents.
« Dépêchons-nous. »
Kraiss la pressa.
Nurat amena deux chevaux. Ils montèrent en selle et partirent au galop.
Après avoir dépassé plusieurs monticules, le chemin devint accidenté.
Ils durent grimper en s’agrippant à la pente.
Aucune dame ne détestait un corps robuste et des muscles bien entraînés.
Les jolies dames s’intéressaient naturellement à la beauté physique, alors Kraiss n’avait jamais négligé son entraînement.
Grâce à cela, il gravit rapidement le sentier escarpé.
Nurat était une guerrière aguerrie ; elle grimpa donc avec encore plus d’aisance.
Une fois arrivé au sommet, Kraiss scruta l’horizon.
« Quels enfoirés. »
Le soleil matinal éclairait la région, révélant les formations ennemies.
Elles s’étaient glissées entre les monticules.
Fallait-il les poursuivre plus loin ?
Fallait-il les attaquer par-derrière ?
Mauvaise idée.
Et s’ils les suivaient pour tomber dans une contre-attaque ?
Le terrain se prêtait trop bien aux embuscades et aux raids surprises.
Le moral était au beau fixe et ils avaient remporté une grande victoire lors de la bataille précédente, oui, mais tout de même.
Nous ne sommes toujours pas largement supérieurs en nombre.
Un seul coup dur suffirait à renverser la situation en un instant.
Cela dit, leur objectif avait été simple depuis le début : les chasser et remporter la victoire.
Tel avait toujours été le plan.
L’hiver jouait en leur faveur.
Comment vont-ils supporter ce froid ?
Et le ravitaillement ?
Pourquoi Azpen tenait-il tant à la Perle Verte ?
Au-delà des plaines contrôlées par Naurillia s’étendait une terre hostile.
Des monticules et des vallées, des montagnes escarpées et des terres où rôdaient les Créatures démoniaques.
Il était difficile d’y survivre à l’hiver. Maintenir les lignes de ravitaillement l’était tout autant.
Quatre ou cinq jours, tout au plus.
C’était le temps que l’ennemi pourrait tenir.
La bataille était donc gagnée.
Il ne leur restait plus qu’à rester à l’intérieur, à continuer de tirer des flèches et à tenir bon.
Il ne subsistait qu’un seul problème.
Enkrid avait disparu.
Ont-ils vraiment abandonné tout ce champ de bataille pour attraper un seul capitaine ?
Ils ont renoncé à un front entier pour tuer quelques hommes ?
L’audace était une chose.
Là, c’était excessif.
On utilisait de petites unités d’élite pour remporter des batailles.
Mais si l’on abandonnait le champ de bataille lui-même, que restait-il ?
L’avenir. Voilà ce qu’il fallait s’emparer.
Étaient-ils vraiment allés jusque-là ?
Son sombre pressentiment trouvait une réponse, mais Kraiss avait encore du mal à y croire.
Leur manœuvre était trop extrême.
« Encore un jour. »
Kraiss attendit son capitaine.
Pour Nurat, ces mots sonnaient comme un mauvais présage, mais elle ne pouvait pas le contester.
L’homme aux yeux écarquillés qui avait perdu son capitaine dégageait une étrange pression.
* * *
Abnair laissa passer une journée.
Inutile de se précipiter.
Lui aussi avait besoin de temps pour se préparer.
L’endroit où il avait acculé Enkrid se trouvait entre trois monticules, coupé par une vallée et une falaise.
C’était aussi un terrain préparé depuis le début, où des pièges avaient été disposés partout.
Un investissement destiné uniquement à tuer quelques personnes bien précises.
Y a-t-il des variables ?
Il avait semé des graines et les avait fait mûrir.
Il ne restait plus qu’à récolter.
La récolte coûterait beaucoup de sang, mais Abnair estimait que le jeu en valait la chandelle.
Il ne pouvait donc pas se permettre d’échouer.
Il y réfléchit encore et encore.
Il porta à ses lèvres une gorgée de thé noir sucré.
Le sucre lui gardait l’esprit vif.
Quelle variable pouvait encore se présenter ?
Aucune erreur jusqu’au bout.
Aussi habile que fût sa cible, si elle n’était pas chevalier, elle ne pouvait pas s’échapper.
Abnair avait tout prévu.
Après sa précédente défaite, il avait passé la Garde-frontière au crible.
Avait-il perdu parce que l’ennemi avait sorti son atout : le chevalier junior ?
Non.
Il repassa la bataille dans sa tête et trouva la réponse.
La défaite était déjà consommée avant l’apparition du chevalier junior.
Il en trouva la cause.
Il disséqua l’engagement.
Il décortiqua le champ de bataille morceau par morceau.
C’est ainsi qu’il trouva leurs noms.
Enkrid et les membres de la Compagnie des Fous.
Leurs combats sur le flanc extérieur, leurs attaques qui avaient détruit les réserves : tout cela s’était additionné pour brosser le tableau de la défaite.
Chaque fois qu’il entendait parler plus tard de leurs exploits, il en frissonnait.
Les poils de sa peau se hérissaient.
Même dans les villes, ils ne passaient pas inaperçus.
Partout où la Famille Hurrier portait son regard, des assassins étaient taillés en pièces, et le nom d’Enkrid ne présageait que des échecs.
C’étaient des fantômes insaisissables.
Alors.
Je vais les attraper.
Abnair était un stratège qui préparait ses coups.
C’est exactement ce qu’il fit.
Il exploita ses points forts.
Il se prépara, réfléchit sans relâche et accula ses adversaires.
Tout commença avec les bandits et les Cultistes.
Par chance, une bonne carte lui était tombée entre les mains.
Il était évident qu’il l’utiliserait.
Les Bandits des Lames Noires et les Cultistes ne plaisantent pas non plus.
Il était impossible que cela n’ait eu aucun effet sur les forces de la Garde-frontière.
Abnair avait délibérément évité le combat direct, attendant qu’ils se séparent.
Il aurait été encore mieux que les Bandits des Lames Noires ou les Cultistes en tuent quelques-uns, mais la chance n’alla pas jusque-là.
Ils se séparèrent tout de même.
Enkrid laissa Rem, Audin et Teresa derrière lui.
Les attraper alors qu’ils sont tous ensemble, c’est le travail d’un amateur.
Mais surtout, Abnair avait déjà gravé son propre « art » dans cette terre.
Pour Enkrid, il avait créé le Sceau triangulaire et l’avait pris au piège.
Pour les autres membres de la Compagnie des Fous, il avait envoyé des lames à leur mesure.
Il avait même sorti l’atout du clan des assassins.
Avec ça.
Les tuer.
Il avait la bouche sèche ; il reprit une gorgée de thé.
Il avala et remit de l’ordre dans ses pensées.
Les pertes seraient lourdes.
Si tout se déroulait comme prévu, il ne gagnerait que quelques têtes.
Aux yeux des autres, ce ne serait que quelques soldats d’élite.
Pour Abnair, c’étaient les têtes des hommes qui deviendraient la plus grande menace pour Azpen à l’avenir.
Une fois sa réflexion terminée, il ne restait plus qu’à passer à l’action.
Le rabat de la tente était grand ouvert, laissant entrer à la fois le soleil et le vent d’hiver.
Le vent n’était pas si froid.
Le temps était clément aujourd’hui.
« Commencez. »
Abnair reposa sa tasse d’un petit clic et donna l’ordre.
D’abord, la tête d’Enkrid.
* * *
Enkrid ne considérait pas cela comme une crise.
Ce n’était même pas un danger.
Aucune lame ne se trouvait encore sous sa gorge.
Il se cachait dans les broussailles et se concentrait sur son repos.
Quoi qu’il arrive, le corps d’abord.
Son endurance pouvait déjà être qualifiée de surhumaine.
Une seule nuit suffisait à récupérer ce qu’il avait dépensé.
Il ne serait peut-être pas en pleine forme, mais il retrouverait assez d’énergie pour être opérationnel.
Tel était le corps qu’il avait désormais.
Grâce à la Technique d’isolement. Grâce à Audin.
Devrais-je le remercier ?
Cette pensée lui vint de nulle part.
À son retour, il serait juste de lui dire qu’il lui en devait une.
Mais l’endurance reste l’endurance.
Indépendamment de sa récupération, son corps était toujours éprouvé.
Il avait passé la journée à manier son épée.
Son corps aurait été bien plus étonnant s’il n’avait pas été exténué.
De minuscules vaisseaux avaient éclaté dans ses deux avant-bras, laissant des ecchymoses.
Et il n’avait pas fait que manier l’épée. Il avait aussi donné des coups de poing et de pied.
Il ne pouvait pas se contenter d’attaquer.
Il avait plongé seul dans les rangs ennemis.
Il ne pouvait pas parer tous les coups non plus.
Grâce au Sens de l’esquive, il avait bloqué ou évité les attaques dangereuses, puis encaissé les autres avec son corps.
Plus précisément, il les avait déviées avec ses épaulières, ses gantelets et ses protège-tibias.
Pour la plupart des gens, c’était de la folie. Enkrid avait appris des techniques auprès d’Audin ; à ses yeux, cela ne méritait même pas d’être qualifié de folie.
Un vrai chevalier ne trouverait sans doute pas ça difficile non plus.
Tout en repassant brièvement la bataille dans sa tête, Enkrid mâcha de la viande séchée et trouva un ruisseau pour se désaltérer.
L’eau était limpide.
Il la but sans la faire bouillir. À ce degré de clarté, si elle lui donnait mal au ventre, c’est que quelqu’un l’avait empoisonnée.
Au loin, il entendit le grondement d’un cours d’eau plus important ; une vallée ne devait pas être loin.
Je me repose un jour, puis je sors demain.
Même sans aucun sens de l’orientation, il y avait toujours un moyen de s’en sortir.
Choisir une direction au hasard et continuer tout droit.
Même s’il se trompait, une fois son sens de l’orientation revenu, il ne serait pas difficile de retrouver son chemin.
C’est ce que pensa Enkrid.
Comment s’est déroulée la bataille ?
Ce n’était jamais le genre de combat où il pouvait se retourner pour évaluer la situation en avançant.
Il avait fait de son mieux.
C’était cette concentration sur le combat immédiat qui avait abouti à ce résultat.
Il l’ignorait, mais l’issue de la bataille avait déjà basculé.
Ce front s’achèverait par la victoire de Naurillia.
On ne pouvait rien pour les morts entre-temps.
Enkrid ne connaissait pas non plus la situation exacte sur le champ de bataille, mais il comprenait une chose.
Il n’avait pas besoin de continuer à semer le chaos ici.
Azpen était devenu un cerf mis en pièces par une bête.
Il n’avait ni coordonné ses actions ni observé l’ensemble du champ de bataille, mais il en sentait le cours.
Enkrid trouva un arbre au tronc assez large et étala des feuilles mortes sous ses branches.
Il choisit un endroit à l’abri du vent et ferma les yeux.
Il avait besoin de dormir.
Le sommeil était indispensable au repos.
Il ouvrit les yeux à l’aube.
Un corps entraîné pendant de longues années se mettait en état de combattre dès le réveil.
Crac.
Il entendit des pas dans l’herbe.
Heureusement qu’il n’avait pas allumé de feu.
Sinon, il aurait gentiment annoncé sa position.
Non, c’était mieux ainsi.
Il pouvait trouver l’ennemi, lui demander où il se trouvait et le forcer à le guider vers la sortie.
Enkrid retint son souffle et écouta.
Il se concentra sur les sons.
En même temps, en commençant par un seul doigt, il détendit lentement ses muscles.
Il réchauffa son corps froid et raidi, puis se prépara.
Ses oreilles suivirent leurs déplacements.
Crac.
D’abord sur la gauche.
Froufrou.
Cette fois, sur la droite.
Il commençait à sentir leur présence.
Cela signifiait qu’ils étaient proches.
Enkrid, tout à l’écoute, releva la tête.
Qu’est-ce que c’est que ça ?
Ce n’était pas une petite équipe de reconnaissance, mais une troupe nombreuse.
Ils fouillaient les broussailles à coups de fers de lance.
Boum, boum, boum : ils poignardaient les buissons les uns après les autres.
Trop d’yeux pour les compter.
Un rapide coup d’œil aux environs lui révéla des ennemis partout.
Inutile de les dénombrer.
Il était tout naturel qu’on le découvre dans ces conditions.
« Là ! »
Son regard croisa celui d’un ennemi.
Il avait l’œil perçant, lui aussi.
Enkrid se releva complètement.
« Attrapez-le ! »
Les troupes ennemies fondirent sur lui.
Combattre n’était pas toujours la meilleure solution.
Enkrid battit en retraite.
Il n’était pas idiot.
Kraiss disait souvent que son capitaine était malin.
Ce n’était pas faux.
Enkrid réfléchit.
Mieux valait prendre ses jambes à son cou et forcer le passage plutôt que de les affronter…
Tududududung !
Avant qu’il ait pu terminer sa pensée, une pluie de flèches s’abattit d’un côté.
Vous êtes cinglés.
En tirant comme ça, ils toucheraient aussi leurs propres hommes.
Enkrid leva son épée et repoussa les flèches qu’il ne pouvait éviter, puis courut se mettre à l’abri derrière un grand arbre.
Boum !
Plusieurs flèches se plantèrent dans le tronc.
« Aah ! »
« Argh ! »
Comme prévu, certaines flèches atteignirent leurs propres hommes.
Malgré cela, les tirs ne cessèrent pas.
« Tirez ! »
« Encore ! »
Les flèches continuaient de voler.
Enkrid jeta un rapide coup d’œil à sa lame, puis frappa violemment l’arbre.
Une Entaille tournoyante de toute sa puissance.
Boum !
La détonation retentit.
Son épée s’écrasa contre l’arbre et la moitié du tronc se fendit comme si elle avait éclaté.
Au même instant, une fissure apparut sur sa lame.
Elle avait déjà été endommagée pendant la bataille.
Sur le tronc à moitié fendu, il tira son glaive.
Le Cœur de la Force surhumaine battait à coups redoublés.
Les muscles qui propulsaient son coup réagirent et gonflèrent.
Puis sa lame émoussée, mais robuste, fracassa le reste du tronc et le fendit en deux.
Craaaac !
L’arbre bascula.
« Hein ? »
Le soldat ennemi qui se tenait juste en dessous paniqua et resta figé.
Un instant plus tard, les branches se brisèrent en pluie et l’arbre s’effondra.
« Bougez ! »
« Putain ! »
Le groupe ennemi fut plongé dans le chaos.
Enkrid profita de l’ouverture et détala.
Il courut dans ce qu’il supposait être la direction du sud.
Il se débarrassa de son épée fissurée, garda le glaive en main et déplaça Spark de sa hanche gauche à sa hanche droite.
« Où crois-tu aller ? »
Il vit alors de lourds fantassins en armure lui barrer la route.
Ils n’avaient que d’épais boucliers en main et se tenaient sur son chemin.
Ils étaient bien plus de cinquante.
S’il tentait de les contourner, d’autres ennemis affluaient des deux côtés.
Pourquoi sont-ils si nombreux ?
Beaucoup trop nombreux.
D’autres que lui étaient-ils également pris dans ce filet ?
Enkrid recula.
S’il fonçait comme ça, il pourrait en tuer la moitié. Mais après ?
Enkrid était devenu celui qu’il était aujourd’hui parce qu’il n’avait pas laissé passer un seul jour à la légère.
Il ne s’engageait pas sur une route où la mort était certaine.
Il battit de nouveau en retraite et se remit à courir.
En courant, il projeta un caillou du pied.
D’un petit clic, il l’envoya en l’air et le frappa du plat de son glaive.
Ta-ang !
Le caillou fila plus vite qu’une flèche, en sifflant.
Paf !
Il frappa un soldat à la tête au moment où celui-ci levait son arbalète.
Je passe par là.
Il aperçut une brèche, là où les arbalétriers étaient regroupés.
Enkrid se jeta dans les rangs ennemis.
C’était un prédateur qui plongeait au milieu d’un troupeau d’herbivores.
De sa main droite, il taillada et fracassa avec le glaive.
Avec Spark, il porta des coups d’estoc.
Spark n’avait jamais été une lame faite pour trancher.
Après en avoir tué cinq ou six et forcé le passage, il aperçut un chemin.
On aurait dit un passage aménagé entre les broussailles.
Je suis sorti.
C’est ce qu’il crut, l’espace d’un instant.
« Feu. »
Des carreaux surgirent de la gauche et de la droite.
C’était un piège où une unité d’arbalétriers servait d’appât.
Celui qui a conçu ça…
C’était cruel.
Enkrid roula en avant.
Un carreau se planta dans son armure.
Il ne pénétra pas jusqu’à la chair, mais Enkrid n’avait pas le temps de l’arracher.
Il continua de courir.
Il bondit sur le côté et en abattit sept ou huit.
Il fit un bond en arrière et en tua une quinzaine.
Il recommença : taillade, estoc, combat, fuite, encore et encore.
Le combat, commencé au lever du soleil, dura jusqu’au crépuscule.
Où qu’il aille, il ne parvenait pas à s’échapper.
Il avait l’impression d’être pris au piège dans un labyrinthe.
Plus tard, il aperçut même des murs construits avec des pierres empilées délibérément.
Quand avaient-ils préparé tout ça ?
C’était absurde.
Aucun endroit ne semblait pouvoir être forcé.
Pas avec toute une traînée de soldats ennemis à ses trousses.
« Mais qui êtes-vous, bordel ? »
Il n’était pas gravement blessé, mais ses bras et ses jambes tremblaient.
Il avait couru et frappé sans s’arrêter.
Tout le monde avait ses limites.
On disait qu’un chevalier pouvait en abattre mille à lui seul.
Et un chevalier junior, alors ?
Un chevalier junior ne pouvait pas en abattre mille à lui seul.
C’était pour cela qu’il était un chevalier junior.
Tandis qu’Enkrid haletait et courait, Abnair marmonna pour lui-même.
« Essaie donc d’en abattre mille à toi seul.
Alors, peut-être que tu pourras sortir d’ici vivant. »
Sinon, il mourrait.
Le stratège d’Azpen en était certain.
* * *
Fouhouboubouk !
Des dizaines de flèches.
Après les avoir évitées encore et encore, après avoir couru, combattu, puis combattu davantage jusqu’au bout.
Derrière lui se tenaient trois épéistes de la Famille Hurrier.
Devant lui, des dizaines de soldats aux lourds boucliers lui barraient la route.
Et, en plus, des dizaines de flèches s’abattaient sur lui.
Il n’avait aucune place pour esquiver. L’une le frappa au ventre, l’autre à l’épaule.
La flèche qui visait son ventre fut arrêtée par son Armure intérieure, enroulée de bandages, mais il para mal celle qui le frappa à l’épaule : il ne pouvait plus lever le bras gauche.
Son épaulière avait disparu depuis longtemps, et il ne lui restait plus que le gantelet droit.
Ses bottes étaient également déchirées.
Un vent glacial s’engouffrait par les ouvertures de son armure en lambeaux.
Il était en pièces.
Jusqu’à la dernière seconde, Enkrid tua deux épéistes de la Famille Hurrier avec Spark et trancha le bras du troisième.
Le manchot le fixa, les yeux injectés de sang.
« Je trouvais que c’était de l’acharnement », dit-il.
Enkrid n’eut pas le temps de répondre.
« Tuez-le. »
La scène finale fut ponctuée par des dizaines de flèches.
Non, en vérité, ils en tirèrent cent cinquante.
Cent cinquante archers au longbow tirèrent sur une seule cible.
Enkrid courait, une épée dans chaque main.
Un combat désespéré.
« Où crois-tu aller ? »
L’homme de la Famille Hurrier qui n’avait plus qu’un bras se jeta en avant.
Tandis qu’Enkrid lui fendait le crâne avec le glaive, des dizaines de flèches transpercèrent son corps.
Pouf-bouboubouk !
Il fut touché à la cuisse et à l’épaule. Le pire, c’était la flèche qui lui effleura le cou et lui arracha une poignée de chair.
Son genou heurta le sol dans un bruit sourd, puis il s’effondra la tête la première.
Quels enfoirés.
Ce n’est qu’alors qu’Enkrid comprit.
Ils avaient tout préparé et rassemblé toutes ces forces uniquement pour le capturer.
C’était de la folie.
Il en fut un peu agacé. Un tout petit peu, vraiment.
C’était la première fois qu’il mourait ainsi, lui aussi.
Quand il ferma les yeux, son corps se mit à trembler.
Il avait perdu trop de sang pour réguler sa température.
La mort arriva bientôt.
L’obscurité envahit son champ de vision.
Sa température baissa et il eut l’impression de mourir de froid.
Il mourut ainsi, puis, lorsqu’il ouvrit de nouveau les yeux…
Il tanguait.
Au bruit de l’eau du fleuve, il aperçut le Passeur.
Il se trouvait sur un bac qui tanguait sous une lampe violette.
« Tu prends du plaisir à tout ça ? » demanda le Passeur.
= = =
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