Chapitre 308
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 308 : Pris au piège
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Pris au piège.
Quand on parlait d’un duel entre mages, on disait que chacun ouvrait son propre Monde des sorts.
Les sorts qu’ils avaient accumulés dans ce monde leur servaient d’armes.
Galaf fit jaillir le fleuve qui coulait dans son propre monde.
« Écrase-la ! Réduis-la en miettes ! »
Un bâton apparut dans la main de Galaf sans que personne s’en aperçoive.
Une partie du fleuve jaillit de la gemme blanche et brillante qui en ornait l’extrémité.
L’eau s’aggloméra rapidement en une masse énorme, puis fila vers l’avant comme un obus d’artillerie fait de gouttelettes.
« Tu crois pouvoir me battre alors que tu es maudite ?
Espèce de sale conne ! »
Galaf hurla en lançant le projectile d’eau.
À peine avait-il donné cet ordre qu’Esther se mit elle aussi à former des signes avec les mains.
Au lieu d’exprimer ses émotions, elle lança un sort.
Fwoosh !
Dès que ses doigts s’immobilisèrent, des flammes s’allumèrent dans ses yeux. Un orbe incandescent se forma là où elle regardait et partit à toute vitesse.
Deux sorts d’éléments différents s’entrechoquèrent dans les airs.
Boum !
Une explosion assourdissante retentit, et de la vapeur s’éleva dans un sifflement.
L’orbe de feu disparut, tandis que la masse d’eau déviait de sa trajectoire et s’écrasait au sol.
Kaboum !
La terre s’effondra et la vapeur envahit les alentours.
Elle masquait la vue comme un épais brouillard.
Ne plus se voir ne signifiait pas que les deux mages s’étaient perdus de vue.
Depuis le début, ils se repéraient grâce au flux de mana ; la vue n’avait donc aucune importance.
« Espèce de sale conne ! »
Il n’arrêtait pas de la traiter d’idiote, ce qui ne faisait que la rendre plus déterminée.
Esther décida de ce qu’elle lui dirait après l’avoir tué.
Ce n’était pas le moment.
Tout en parlant, Galaf avait envoyé en douce deux disciples derrière Esther.
Il avait chargé les autres d’un « travail », mais avait gardé ces deux-là avec lui.
Aucun des deux n’était doué en magie, mais ils maniaient bien l’épée.
Espèce de sale conne.
Galaf se répéta les mêmes mots en pensée et continua d’incanter un sort après l’autre.
Les deux disciples se rapprochèrent à pas feutrés.
La vapeur leur dissimulait parfaitement le corps ; il aurait donc dû être presque impossible de sentir leur présence.
Ces deux-là n’étaient même pas capables de créer un Monde des sorts. Esther, qui suivait le mana, n’avait donc aucun moyen de les détecter.
Les deux disciples de Galaf traversèrent la vapeur brumeuse et avancèrent.
L’un d’eux resserra sa prise sur son épée et la chercha du regard.
Il promena les yeux autour de lui, prêt à la transpercer dès qu’il l’apercevrait, quand quelque chose surgit brusquement juste devant lui.
Paf !
Le disciple qui s’était avancé le premier fut soudain plongé dans le noir.
Quelque chose lui enveloppa le visage, et une pression commença à lui broyer le crâne.
« Ghk ! »
« Espèce d’ordure ! »
Le disciple derrière lui tira sa lame et frappa.
Clang !
Ting !
« Argh ! »
Il avait l’impression de frapper un rocher.
La pointe rebondit et il lâcha son épée.
Sa main était engourdie.
Saisis !
Une énorme main jaillit du brouillard et empoigna la gorge du second disciple d’un seul geste.
Par réflexe, le disciple agrippa la main autour de son cou et tira dessus.
Cela ne servit à rien.
Même les tranchants des épées rebondissaient sur cette chose.
« Ghk ! »
Les deux disciples restèrent suspendus dans les airs, incapables de pousser le moindre cri.
Leur souffle se bloqua et aucun mot ne sortit de leur bouche.
L’un avait la tête broyée dans une poigne, l’autre la gorge serrée. Tous deux se débattaient, mais aucun ne parvenait à se libérer.
Le visage de celui qu’on tenait par la gorge commença à virer au violet.
Ses voies respiratoires étaient obstruées.
Entre ses lèvres plus sombres que son visage, sa langue glissa lentement et pendit mollement.
Pendant ce temps, Esther reprit calmement son incantation.
« Faux de Dmueller. »
Le même sort, une seconde fois.
Tandis que le sort tranchant le vide fendait l’air, la vapeur qui avait tout dissimulé se dissipa un instant.
« Encore la même ruse ! »
Galaf le bloqua de la même façon.
Une barrière bleue arrêta la lame de vide, puis se dispersa.
Alors il aperçut ce qui se tenait silencieusement devant Esther.
« Un golem ? »
Il avait bien trop l’air humain pour qu’on puisse le qualifier de golem ordinaire.
Il vit également ses deux disciples morts.
L’un avait la langue pendante ; l’autre gisait effondré, le sang coulant de ses oreilles, de ses yeux et de son nez.
Son crâne était fracassé et son visage déformé.
« Une invocation ? »
« Je l’ai ramassé en chemin. »
Esther n’avait toujours pas le moindre sourire.
Galaf grinça des molaires.
Il ne pouvait pas se permettre de perdre contre une sotte à moitié formée, incapable d’ouvrir ne serait-ce que la moitié d’un monde des sorts.
Esther, elle, le trouvait risible.
Pourquoi le conflit avait-il été associé à son titre depuis le début ?
Parce qu’elle se battait bien.
Son Monde des sorts avait vu le jour au combat.
« Ah, ça faisait longtemps. »
Voilà un adversaire à sa mesure.
Après ça, elle devrait rester une panthère pendant plus d’un mois.
Mais cette distraction en valait le prix.
* * *
Boum !
S’ils s’approchaient, il les frappait.
S’ils s’éloignaient, il fondait sur eux et les écrasait.
Enkrid était une arme de siège à lui tout seul, abattant le mur que formaient les soldats ennemis.
Et il le prouvait sous leurs yeux.
Certains soldats ennemis perdirent visiblement courage et reculèrent.
« Ne reculez pas ! »
Alors un commandant derrière eux tira son épée.
S’ils reculaient, les leurs les tueraient.
Les soldats se ressaisirent et serrèrent de nouveau les dents.
En observant leurs réactions, Enkrid réfléchit.
Comme toujours, il songea à l’escrime.
À la manière de manier l’épée.
À la manière de combattre.
Le capitaine Sinar a apporté une épée faite pour me contrer.
Pourquoi ?
Parce qu’elle avait choisi le bon moyen pour la situation.
Alors, que devait-il faire, lui ?
Revoir ce qu’il possédait, le repasser dans sa tête, l’incorporer à son corps.
Comme toujours.
Il était pleinement absorbé et s’apprêtait à frapper de nouveau quand cela arriva.
Ffff.
L’intention meurtrière effleura sa poitrine avant le vent.
Enkrid ramena l’épée qu’il tendait vers l’avant.
Il adopta une posture défensive du Style de l’Épée correcte, encore sans nom.
Il plaça le pied droit derrière le gauche, pivota le corps et leva la lame pour protéger son axe central.
Clang !
C’était le bon geste.
Une lame heurta le milieu de l’épée d’acier d’Enkrid.
S’il avait été ne serait-ce qu’un peu plus lent, cette entaille l’aurait profondément ouvert.
La lame qui avait frappé l’épée d’Enkrid se retira.
Il vit l’homme qui l’avait maniée se remettre en garde.
L’homme était assez petit pour que son front arrive au menton d’Enkrid. Il ne portait pas de casque, avait une carrure trapue et de grands pieds.
Enkrid le déchiffra d’un coup d’œil.
Un style d’attaque fondé sur des charges explosives.
En termes d’escrime, il appartenait à la famille de l’épée rapide et de la lame prompte.
Dans la langue des confins du Grand Sud, on appelait cela le jeongjunghwan-gwaeyu.
Dans la langue du continent, cela signifiait :
épée droite, épée lourde, épée trompeuse, épée rapide, épée fluide.
L’escrime se divisait en gros en ces cinq catégories. En y mêlant différents déplacements et d’autres éléments, on créait de nouveaux styles.
L’épée de son adversaire appartenait à l’une de ces catégories.
Il combinait la vitesse des pieds à celle des mains.
Une épée rapide, toujours plus rapide.
L’adversaire bondit sur place à quelques reprises, puis repartit à l’attaque.
Ses mouvements étaient fulgurants.
Il abattit ensuite la lame qu’il tenait, une épée semblable à un cimeterre.
Si ce tranchant courbe vous touchait, il semblait capable de tout couper.
Enkrid joua des pieds et recula.
Boum !
Tat-tat-tat !
Boum !
Deux, trois, quatre, cinq. Il continua de parer coup après coup, mais l’adversaire ne s’arrêta pas.
Il ne respirait pas bruyamment, et pourtant ses attaques s’enchaînaient sans relâche.
Elles ne ralentissaient pas non plus.
Comme s’il pouvait frapper ainsi toute la journée.
Enkrid s’en moquait.
C’était plus lent que Lykanos.
Après avoir paré exactement neuf coups et reculé de dix pas,
Enkrid ne tint plus son épée que de la main droite et tenta de dévier le coup suivant.
L’adversaire sembla vouloir abattre son épée, mais il la ramena en arrière et s’accroupit brusquement.
Enkrid garda la main droite où elle était, posa la gauche sur le ceinturon à son flanc droit et dégaina l’épée qui s’y trouvait.
Elle s’appelait Spark. Extrêmement légère, elle était d’autant plus difficile à manier.
Mais pour une seule estocade, c’était le meilleur choix.
L’adversaire se déplaça si vite que l’homme qui lui faisait face se retrouva soudain dans les airs.
Aucun bruit de pieds quittant le sol.
Il semblait être apparu de nulle part au-dessus de sa tête.
Une prouesse proche de l’acrobatie.
En plein vol, il fendit l’air de son épée en l’abattant.
Une frappe aérienne, tout le poids porté par la vitesse, le timing et une vélocité supérieure d’un demi-temps aux neuf coups précédents.
Le coup décisif, préparé pour tuer.
Enkrid ne recula pas.
Il bougea plutôt la main gauche.
La frappe descendante venue d’en haut et l’éclair ascendant venu d’en bas se frôlèrent en diagonale.
Pik !
La lame courbe entailla la poitrine d’Enkrid.
Mais elle ne lui trancha pas la chair.
Il lui manquait un rien de force.
« Kh, tu es plus rapide que moi ? »
L’adversaire ne put enchaîner correctement son attaque, car l’épée d’Enkrid était enfoncée dans sa poitrine.
Sa lame ne fit donc que râper la poitrine d’Enkrid.
Elle déchira le cuir et le gambison, mais ne parvint pas à trancher l’armure intérieure qui le protégeait dessous.
L’armure qu’il avait reçue en sauvant Odd-Eye s’avéra utile à tous les égards.
L’homme, la poitrine percée, s’effondra et se tordit au sol.
« Ces derniers temps, je m’entraîne avec quelqu’un de vraiment rapide. »
Enkrid s’adressa à l’homme qui agonisait.
L’homme cligna des yeux à quelques reprises, puis cessa de respirer.
Il était mort.
C’était étonnant qu’il ait réussi à parler avec le cœur transpercé.
Enkrid fit siffler son épée dans les airs pour en faire tomber le sang.
Sa poitrine pulsait encore sous l’effet du dernier coup.
De nettes entailles marquaient le gambison et la cuirasse de cuir.
Mais la couche d’armure en dessous n’était pas coupée : la lame ne l’avait donc pas éventré.
Ses os lui faisaient encore mal ; le coup avait donc bel et bien été puissant.
Enkrid ignorait qui il avait tué, mais le commandant d’Azpen le savait.
C’était Janus Main Vive.
Parmi les mercenaires actifs à Azpen, il comptait parmi les meilleurs.
Ses coups rapides et ses mouvements légers avaient été un cauchemar pour beaucoup.
Ce cauchemar prenait fin ici.
« On continue ? »
Enkrid lança ces mots aux soldats ennemis et s’avança.
Ses alliés observaient depuis l’arrière.
Un soldat en particulier, celui qui n’avait cessé de geindre et de raconter des inepties jusqu’au bout, ne parvenait pas à détourner les yeux.
C’est moi, l’idiot.
Il se battait comme un dément.
Non, il se battait incroyablement bien. À vous en dégoûter.
Il n’avait jamais été en mesure de juger un homme de ce calibre.
Les ennemis qui chargeaient n’étaient ni des bottes de paille ni des bûches pourries, et pourtant ils tombaient dès qu’ils s’approchaient.
Ah, face à un type pareil…
Tout ça, c’était à cause de Helma.
Il l’aimait en secret, et cela le dérangeait qu’elle semble complètement sous le charme de cet homme.
Il avait été jaloux.
Il avait eu honte.
Il s’était senti humilié.
Il aurait voulu se terrer dans un trou de rat et s’y cacher.
Quelles conneries avait-il bien pu raconter au sujet d’un homme pareil ?
« Tiens la première ligne ?
Tu sais seulement te battre ? »
Il lui avait aussi lancé un tas de piques déguisées.
Il n’arrêtait pas de se demander pourquoi ce salaud jacassait toujours à côté de lui.
« Ah, merde. »
Le soldat transforma sa rage et sa honte en force brute.
« Tuez-les tous ! »
Il se déchaîna comme un forcené.
Il n’était pas le seul.
Les exploits d’Enkrid plongèrent tous les soldats dans une sorte de fièvre guerrière.
« Où croyez-vous foncer comme ça ? »
Helma cria elle aussi.
La ligne ennemie plia.
Sur le papier, Azpen avait davantage de forces brutes, mais ses hommes perdaient en moral et en puissance réelle au combat.
Bien sûr, le cours de la bataille s’était inversé à cause d’un seul homme, Enkrid ; l’avantage était donc du côté de Naurillia.
Pourtant, quelque chose clochait.
Les mouvements de l’ennemi étaient étranges.
Ils combattaient en se déplaçant comme s’ils suivaient des règles fixes.
Quiconque aurait observé tout le champ de bataille depuis les airs aurait trouvé cela bizarre.
Enkrid avançait vers l’intérieur des lignes, et les troupes ennemies cédaient du terrain.
Pourtant, elles continuaient de reculer en formation lâche, et les ennemis entre Enkrid et ses alliés étaient de plus en plus nombreux.
Personne ne sentait encore le danger.
La bataille semblait si fermement sous leur contrôle.
Un combat de ce genre s’achevait dès que l’ennemi cessait de résister et battait en retraite.
Enkrid continuait d’avancer.
Après Janus Main Vive, deux autres mercenaires réputés l’attaquèrent.
« Je m’appelle Joy Hurrier. »
Un épéiste de la Maison Hurrier le défia à son tour.
Enkrid les abattit tous en cinq à sept échanges.
« Espèce de monstre ! »
Le cri de l’ennemi ressemblait à un aveu de défaite.
À un moment pareil, personne ne pouvait prétendre que Naurillia était en train de perdre.
L’unité d’Azpen qui se repliait autour d’Enkrid ne cessait de se tortiller dans sa propre masse.
En maintenant leur formation et leurs rangs, ses soldats séparaient discrètement Enkrid de ses alliés.
De loin, Abnair observait le cours de la bataille et se répétait intérieurement :
Enfonce-toi davantage. Encore plus loin.
Si l’avant était une plaine ouverte, l’arrière était constitué de collines ondoyantes.
De petites buttes se dressaient çà et là.
Une vallée s’étendait vers le fleuve. À droite, il y avait une forêt.
Abnair avait pris des dispositions dans chaque recoin.
* * *
Kraiss bloqua les troupes qui tentaient de contourner les lignes par l’arrière.
Avoir gardé en réserve des atouts comme Sinar et Dunbakel avait été une bonne décision.
« On les a bloqués ! »
Nurat accourut et cria.
Kraiss serra discrètement le poing.
Bien.
Il ne leur restait plus qu’à imposer une impasse à partir de là.
Même dans cette situation, l’ennemi continuait de se battre sans relâche.
On aurait dit qu’il n’avait aucune intention de battre en retraite.
C’était insensé.
Ils comptent se battre toute la nuit ?
Cela ne ferait qu’entraîner d’énormes pertes des deux côtés.
Plus précisément, les pertes d’Azpen seraient plusieurs fois supérieures.
Cette seule bataille leur infligerait des dégâts dont ils ne pourraient jamais se remettre.
Et pourtant, ils ne décrochaient pas.
Naurillia ne pouvait pas non plus battre en retraite la première.
Ils gagnaient.
Sans aucun doute.
Mais qu’est-ce qui se passe, bon sang ?
Kraiss n’arrivait pas à comprendre ce que l’ennemi cherchait à faire, et cela le rongeait.
Même s’il gagnait, son visage restait sombre.
* * *
« Bloquez-le avec vos corps. »
Des membres du Lévrier Gris avaient reculé avant de se rabattre sur les arrières d’Enkrid.
Leur plus grande arme était leur acharnement.
« Poussez-le jusqu’au bout. »
Ces salauds sont cinglés.
Voilà ce qu’Enkrid se disait en continuant de frapper.
Il était en train de reculer.
Azpen tenait à peine en sacrifiant des vies et en jetant toujours plus d’hommes dans la ligne.
Si la journée suivante se déroulait de la même façon, les chances pencheraient nettement en faveur de Naurillia.
Pourtant, l’ennemi refusait de renoncer.
Le Lévrier Gris n’était pas le seul problème.
À un moment donné, le regard des soldats ennemis tout proches changea lui aussi.
Leur élan était anormal.
« Tuez-le ! »
« À mort ! »
Enkrid l’ignorait.
Certains avaient des familles prises en otage, d’autres étaient des criminels.
Des hommes qui sacrifiaient leur avenir au présent.
S’ils survivaient ici, leurs crimes seraient pardonnés.
S’ils survivaient ici, leurs familles recevraient des kronas.
Et s’ils tuaient un seul homme, ils recevraient plus de kronas qu’ils n’auraient jamais osé en rêver.
Une unité suicide qui se battait pour la récompense.
Bien sûr, même ces hommes avaient essayé de fuir après avoir affronté Enkrid quelques fois.
Face à lui, ils ne faisaient qu’offrir leur vie.
Mais ils ne pouvaient pas fuir.
« Abattez tous ceux qui reculent. »
S’ils faisaient un pas en arrière, les lances et les flèches des leurs les frappaient aussitôt.
Une arrière-garde punitive.
Une unité qui poignardait sans pitié dans le dos ses alliés en retraite.
S’ils voulaient vivre, ils devaient avancer.
Alors, ils avancèrent.
L’atmosphère devenait de plus en plus étrange.
Enkrid ne cessait de frapper, de combattre et de tuer. Il tenta de se dégager, mais ne parvint pas à regagner facilement ses propres lignes.
« Je suis Dolce Hurrier. »
Un autre épéiste Hurrier l’attaqua, des mercenaires s’en prirent à lui, et des hommes prêts à sacrifier leur vie lui barrèrent le passage de leurs corps.
Les muscles d’Enkrid commencèrent à trembler.
Le mur humain était trop épais pour qu’il puisse le traverser par la seule force.
Pendant ce temps, l’armée principale de Naurillia tentait elle aussi de faire avancer le front, mais Azpen résistait avec une force désespérée.
À la fin, tout s’emmêla.
Enkrid fut isolé.
Plusieurs raisons expliquaient cela.
D’abord, l’ennemi acceptait de se sacrifier.
« Putain, c’est quoi, ce délire ? »
Kraiss fut le premier à comprendre.
Ils avaient sacrifié des centaines de vies pour isoler un seul homme : Enkrid.
Certains membres du Lévrier Gris continuaient même de charger les soldats réguliers de la Garde-frontière sur un terrain défavorable, jusqu’au bout.
Tout ce qu’ils obtenaient en subissant de telles pertes, c’était de séparer Enkrid de ses alliés.
Ensuite, la détermination de l’ennemi.
C’était aussi celle d’Abnair.
Les hommes qui s’accrochaient à Enkrid tendaient les bras même en mourant.
Ils l’agrippaient et s’y cramponnaient.
Cela rendait le chemin du retour bien plus difficile que prévu.
Ils risquaient leur vie pour lui entraver les pieds.
Enfin, le terrain, la formation et les préparatifs.
Abnair avait tout prévu, entre autres choses.
En essayant de se débarrasser de l’ennemi pour revenir, Enkrid finit par perdre son chemin.
La sorcellerie s’en mêlait, mais personne ne pouvait s’en rendre compte.
C’était bien normal.
Ces préparatifs avaient été mis en place un à un, au fil d’une lente progression.
Tout avait été prévu pour piéger un petit groupe d’hommes.
Certaines pièces du dispositif étaient des hommes ; d’autres, des formations appelées réseaux de combat dans les confins de l’Extrême-Orient et du Grand Sud.
Même en levant les yeux vers le ciel, Enkrid ne parvenait pas à trouver son chemin.
Le sortilège occultait la lumière des étoiles.
Sans qu’il s’en aperçoive, le soleil s’était couché et la nuit était tombée.
À l’instant où Enkrid se retrouva piégé au milieu de collines couvertes de broussailles épaisses,
Abnair prit la parole au campement, comme s’il proclamait une victoire.
« On l’a eu. »
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