Chapitre 305
NOUS AVONS ESSAYÉ DE TRADUIRE
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 305 : Manger, boire et se reposer
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Quand il demanda quel était ce morceau de viande qui fondait dans la bouche,
« C’est de l’anguille. »
Ce n’était pas un serpent, précisa-t-elle, mais un long poisson d’eau douce.
Une soldate répondit tout en épluchant grossièrement la peau à l’aide d’un petit couteau.
Tout le monde s’activait. Et tous travaillaient de concert.
« Quand on retournera en ville, je songe à apporter du poisson de la rivière pour le vendre ici. Qu’en pensez-vous ? »
Un soldat qui badigeonnait l’anguille de sauce lui posa la question. Enkrid lui adressa discrètement un pouce levé.
Tout en levant le pouce, il imagina la route commerciale entre la rivière et cet endroit.
Si la route restait en bon état, il faudrait deux jours en chariot.
Et s’ils pouvaient se procurer un Objet de sortilège qui diffusait de l’air froid même au cœur de l’été, la fraîcheur ne serait plus un problème.
Les artefacts étaient des reliques antiques, tandis que les Objets de sortilège étaient des outils magiques fabriqués et vendus par des établissements comme les guildes de mages.
Certains produisaient un froid constant.
C’était ainsi que les grandes villes pouvaient manger des glaces pilées même au plus fort de l’été.
Bien sûr, ces objets coûtaient une fortune, si bien qu’on en voyait rarement dans un trou perdu comme la Garde-frontière. Mais si le commerce se développait davantage, les choses pourraient changer.
Il savait déjà que des marchandises comme la soie arrivaient jusque-là.
Sans la guerre, le commerce aurait prospéré bien plus vite, mais on n’y pouvait rien.
« C’est la première fois que je goûte quelque chose comme ça. »
Enkrid savait exprimer une sincérité désarmante.
Il avait de la sauce autour de la bouche, mais cela n’atténuait en rien ce qu’il ressentait. Au contraire, ça le décuplait.
Le soldat qui badigeonnait l’anguille grillée de sauce eut un grand sourire. Il n’avait pas vraiment l’air sympathique, mais son sourire était sincère.
Une joie pure se lisait sur son visage. Il semblait heureux de voir quelqu’un apprécier sa cuisine.
« Tu crois que ça se vendra ? »
« Un carton. »
« Rien que de t’entendre dire ça, ça me fait plaisir. »
« Hé, quand ce jour arrivera, tu m’emmèneras aussi, hein ? »
Le soldat qui faisait griller les anguilles à côté de lui intervint. Il avait de la suie sur le visage, et, allez savoir pourquoi, ça lui allait bien.
Aucun des deux ne semblait bien vieux.
« Helma ! Tu as fini de faire griller tout ça ? »
Quelques soldats s’approchèrent en criant. La soldate qui avait observé Enkrid s’appelait Helma.
« Ouais. Vous avez attrapé quelque chose ? »
Helma répondit sans même se retourner.
D’après les bribes de conversation qu’il avait saisies, ils avaient dégagé une route jusqu’à la rivière Pen-Hanil. Dès qu’ils s’ennuyaient, ils s’y rendaient et en rapportaient de quoi manger.
L’un des soldats qui arrivaient posa une grosse besace.
De fins éclats de glace s’en échappèrent dans un cliquetis. Le froid avait formé une pellicule de glace sur le sac de cuir.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Des écrevisses. »
Quand ils ouvrirent la besace, des crustacés aux pinces apparurent.
La soldate qui préparait la sauce passa sa langue sur ses lèvres et dit :
« C’est bon même simplement grillé. »
Enkrid se fondit parfaitement dans le groupe. Il mangeait et profitait de l’instant comme s’il avait toujours été des leurs.
« Tu veux goûter ? »
« Volontiers. »
Helma lui tendit de l’alcool. C’était du whisky à l’odeur un peu rance.
« Ce n’est pas du haut de gamme, mais ce n’est pas mauvais, hein ? »
Parfait pour se réchauffer par ce froid.
Le soldat doué en cuisine fit griller les écrevisses, leur fendit la tête et étala les viscères sur la chair, comme une sauce.
« Goûte comme ça, tu vas halluciner. »
Il essaya.
Il en fut presque stupéfait. Pas la moindre odeur de poisson, juste une explosion de saveurs.
Une douceur pure lui enveloppa la langue et lui martela le cerveau.
« Tu devrais ouvrir un restaurant. »
Enkrid le répéta deux fois.
Ensuite, ils passèrent à la truite. La rivière avait déjà vidé les poissons ; il ne restait qu’à les faire griller. Un peu de sel et de poivre suffisait à en faire un autre délice.
« Alors, tu viens d’où ? »
Une autre soldate posa la question. Ce n’était pas Helma. Il y avait quelques femmes soldats dans l’unité, ce qui n’avait rien d’inhabituel.
Naurillia encourageait vivement les femmes à servir dans l’armée.
« Fille de serf ? Envie de changer de vie ? Engage-toi dans l’armée. »
Le système de service militaire féminin.
C’était la troisième politique militaire de Naurillia, après le système des grades de soldat et celui des soldats-mercenaires.
Comme il avait fait ses preuves, les soldates étaient nombreuses.
« Je suis un renfort. »
« De la Garde-frontière ? »
« Ouais. »
« C’est comment, là-bas ? Votre commandant est vraiment aussi beau qu’on le dit ? J’entends cette rumeur partout. Plus beau que toi ? Hein ? »
Enkrid portait une barbe. À vrai dire, il n’avait pas eu le temps de se raser. Cela aurait dû lui donner l’air négligé, mais ses traits restaient visibles.
Helma ne cessait de lui jeter des coups d’œil en douce.
« Non, c’est moi le plus beau. »
Enkrid éluda la question avec une plaisanterie.
Plusieurs soldats éclatèrent de rire.
Quelques-uns lui lancèrent des regards jaloux.
D’autres appréciaient son naturel.
« Évite de trop te faire remarquer, d’accord ? »
Plusieurs soldats lui adressèrent des remarques de ce genre. De l’envie, de la jalousie et des sentiments contradictoires se mêlaient dans leurs voix.
« Ouais. D’accord. »
Enkrid prit la chose avec calme.
À quoi bon se battre pour ça ?
Si ça avait été Rem, il aurait commencé par leur fracasser le crâne. Mais Enkrid n’était pas Rem.
Après avoir mangé et bu, il regagna les baraquements qui lui avaient été assignés et y trouva Esther, assise tranquillement à l’attendre.
On racontait que quelques soldats en étaient tombés amoureux au premier regard.
Avec ses longs cheveux noirs soyeux et sa fourrure épaisse, elle attirait tous les regards des soldats alentour. Ajoutez-y le mage et Sinar, et il n’en fallait pas plus pour attirer leur attention.
Était-ce pour cela qu’elle n’était pas sortie ?
Sans doute pas. Esther ne s’était jamais beaucoup souciée des gens qui l’entouraient.
La mage regarda Enkrid et prit la parole.
Son ton plat était d’une franchise abrupte.
« Je dois m’absenter un moment. »
« D’accord. »
Enkrid n’avait aucune raison de la retenir.
Esther partit sans autre forme de procès. À l’aube du lendemain, Kraiss lui demanda, les yeux injectés de sang :
« Tu ne crois pas que les sortilèges ou la magie pourraient nous aider ? »
Pourquoi l’avoir laissée partir sans rien dire ? Voilà ce qu’il voulait savoir. Elle avait maintenant forme humaine et pouvait donc se rendre utile.
Enkrid y avait aussi pensé.
« Non. »
« Pourquoi pas ? »
« Si elle pouvait faire quelque chose, elle serait déjà intervenue depuis longtemps. »
En temps normal, Kraiss l’aurait compris de lui-même. Esther conservait sa forme humaine pendant de longues périodes.
Si elle avait pu se servir de sortilèges, elle l’aurait déjà fait.
Mais ce n’était pas le cas. Il devait donc y avoir une raison.
Enkrid le savait, alors il l’avait laissée partir. Il s’était dit qu’elle avait quelque chose à faire.
Et puis, il ne pensait pas avoir besoin d’elle pour l’instant.
Si elle voulait les aider, c’était une chose. La forcer risquait de faire plus de mal que de bien.
Ce n’était pas une réflexion, mais une impression.
Enkrid s’était simplement fié à son intuition.
« Pourquoi tu n’es malin que dans des moments pareils ? »
Kraiss grommela. C’était sa façon d’admettre qu’Enkrid avait raison.
Ensuite, Enkrid s’échauffa comme d’habitude, puis commença à s’entraîner.
La Technique d’isolement : solliciter chaque muscle un à un, le contracter, l’étirer, le torturer, puis manier l’épée.
Cette fois, il avait tué Lykanos et pris son épée.
Il avait désormais deux épées accrochées à la hanche gauche.
« Ça ne te gêne pas ? »
Sinar, qui était venue assister à l’entraînement dès le matin, lui posa la question.
« Non, on s’y fait. Et elle est plus légère que je ne le pensais. »
« Ah oui ? »
« Un petit combat ? »
« Pourquoi pas. »
Clang.
La Lame-feuille de Sinar était souple, fluide et rapide.
En équilibre sur la pointe des pieds, elle bondissait vers lui et frappait. Ses attaques semblaient légères, mais il était difficile de les dévier proprement.
« Tu te prépares à affronter mes techniques ? »
« Tu comprends vite, fiancé. »
Chaque fois qu’il essayait d’accompagner son coup pour le détourner, elle était déjà repartie.
Enkrid adopta le Style de l’épée lourde. Il frappait avec tout son poids, tranchait avec force, puis ajoutait de la vitesse.
Ce n’était pas les cinq coups en un pas que Ragna lui avait montrés autrefois.
Mais Enkrid parvenait à frapper deux fois en un pas.
À force d’observer, d’étudier et d’y réfléchir, il avait pu l’imiter.
« Pas mal. »
Sinar l’admira. Sa Lame-feuille changea elle aussi : ses coups rapides et secs se muèrent en une Épée fluide qui accueillait les attaques.
Son style changeait sans cesse. L’épée de l’elfe était à la fois acérée et souple.
Enkrid l’observa également et s’en imprégna.
En y repensant plus tard, il aurait quelque chose à en tirer.
Il en retiendrait forcément quelque chose.
Son bras droit n’était pas encore complètement guéri, mais ce combat d’entraînement ne se jouait pas à la vie à la mort.
Ni l’un ni l’autre ne le prenait très au sérieux.
Après avoir croisé le fer un moment, Sinar essuya une goutte de sueur sur son front et demanda :
« Tu connais le nom de cette épée ? »
« Elle a un nom ? »
Il tenait de la main gauche l’épée dont Lykanos s’était servi.
Enkrid la contempla.
De la garde à la soie jusqu’à la pointe, sa forme rappelait presque celle d’un poinçon.
La lame était argentée. La poignée était entourée d’une matière rugueuse, mais elle ne le gênait pas.
Elle tenait bien en main sans qu’on ait besoin d’y ajouter du cuir et, lorsqu’il la saisissait, elle épousait parfaitement sa paume, comme une épée légère faite sur mesure.
Il avait donc compris qu’elle n’avait rien d’ordinaire.
Un motif gravé près de la poignée ressemblait à une sorte d’écriture codifiée.
Ce n’était peut-être pas un secret, car Sinar poursuivit d’un ton calme :
« C’est une épée fabriquée par les elfes. Elle s’appelle Spark. »
« Elle est célèbre ? »
« À sa manière. »
Il avait déjà compris qu’elle n’était pas ordinaire.
Solide et légère.
Elle n’était donc pas faite de fer ordinaire.
Spark avait été forgée par un artisan elfe réputé.
Il existait deux sortes d’épées elfiques, les Naidhl et les Needle, et celle-ci était une épée nommée de la lignée Needle.
Donner un nom à une arme témoignait de la confiance qu’on lui accordait.
Il avait entendu dire qu’elle avait disparu dix ans plus tôt. Et voilà qu’elle était réapparue ici.
Légère, solide, conçue pour l’estoc.
Parmi les Needle, elle était de première qualité.
Combien d’épées avaient disparu à l’époque, déjà ?
L’artisan qui avait forgé Spark en avait aussi créé plusieurs autres, et elles avaient toutes disparu lors du même incident.
On appelait cela un incident, mais en réalité, elles avaient été perdues à cause d’une lignée indigne.
Patience, Destruction, Spark.
Il y en avait probablement d’autres.
Elle ne se souvenait pas de tous leurs noms. Si elle se rendait dans une cité elfique, ils devaient sûrement être soigneusement consignés parmi les objets à récupérer, avec des informations sur ces vils voleurs humains.
Un épéiste elfe était mort dans une embuscade, et toutes ces épées avaient disparu.
Voilà ce qui arrivait quand on confiait des épées à quelqu’un qui n’en était ni digne ni capable.
Cela n’aurait jamais dû arriver, mais c’était arrivé.
Il suffisait qu’une personne digne les porte.
À ses yeux, il allait donc de soi qu’Enkrid porte Spark.
« On dirait une épée célèbre. Il y a un problème ? Il faut la rendre, par exemple ? »
« Si on ne l’examine pas de près, même les elfes ne peuvent pas la reconnaître. Juste sous la garde, son nom est gravé en langue elfique. Cache-le et tout ira bien. »
Sinar lui répondit ainsi, puis se détourna. Enkrid comprit parfaitement.
Sers-t’en, mais cache-la bien.
C’était ce qu’il comptait faire. Il avait trouvé une bonne épée. Inutile d’aller la rendre exprès.
Enkrid avait son petit faible pour les épées.
Après avoir transpiré lors d’un échange avec Sinar, il eut de nouveau faim.
Il se lava, puis flâna dans le camp, aménagé presque comme un village.
Il n’y avait pas de forge, mais il vit des gens faire griller des choses et raccommoder des vêtements un peu partout.
Tout le monde semblait occupé.
Cette fois, il emmena aussi Ragna et Dunbakel. Ils avaient assisté en silence au combat d’entraînement. Aucun des deux ne semblait avoir autre chose à faire.
« Vous venez avec moi ? »
« Bien sûr. »
« Je croyais que tu avais déjà mangé quelque chose hier. Tu sentais la nourriture à plein nez. »
Dunbakel appartenait au peuple des hommes-bêtes. Son odorat était fin et sensible, et elle disait apprécier elle-même la bonne cuisine.
« Allez, viens. »
Enkrid retrouva un coin où s’installer et goûta un peu de tout.
Il ne révéla pas qui il était exactement.
Il ne l’avait pas dit à l’avance, mais après avoir vu Enkrid discuter avec les soldats, Dunbakel improvisa vite une histoire : elle aussi faisait partie des renforts.
« Qui a préparé ça ? C’est incroyable. »
« C’est moi. »
« Ouais, beau travail, gamin. »
Sans réfléchir, Dunbakel tapota la tête du soldat, dont les joues rougirent un instant.
Quelques soldats posèrent aussi des questions à Ragna, mais il resta silencieux.
Il avait l’air plongé dans ses pensées, ou peut-être de chercher quelque chose.
Les soldats gardaient leurs distances avec prudence.
« Pourquoi ils ont l’air d’avoir un pet au casque ? »
Un soldat avait visé juste, mais personne ne releva.
Enkrid l’entendit et comprit.
Lui, ça allait, mais les membres de son unité avaient effectivement quelque chose d’un peu bizarre.
« Hé, je t’ai dit de ne pas te faire remarquer. Pourquoi tu ramènes des potes bizarres et tu fous le bordel ? »
Un soldat prit un ton hargneux, mais Enkrid laissa couler, toujours aussi calme.
« Ouais, je ferai attention. »
« Espèce d’abruti, tu ne fais que parler… »
« Hé, ça suffit. »
« Non, cet abruti… »
« J’ai dit, ça suffit. »
« Bon sang. »
« Arrêtez de vous comporter comme des idiots. »
Ils détestaient qu’il dise une chose avant de faire ensuite ce qui lui chantait, mais ils ne pouvaient pas déclencher ouvertement une bagarre.
Les soldats alentour les retinrent.
Les quelques-uns qui bouillonnaient de colère finirent eux aussi par se taire.
« Fais gaffe à toi. »
C’était tout ce qu’ils dirent.
En voyant cela, Enkrid se dit que la discipline était solide ici.
La situation n’avait pas encore dégénéré, mais ils avaient largement de quoi lui tomber dessus par rancune.
S’ils l’avaient fait, il n’aurait eu d’autre choix que de remettre ce soldat à sa place, comme Rem l’aurait fait.
« Tss. »
Comme il claquait la langue, Helma le dévisagea d’un drôle d’air.
Enkrid fit aisément semblant de ne pas le remarquer, puis retourna manger et traîner dans le camp.
La truite grillée, les écrevisses grillées et l’anguille grillée à la sauce finirent même par attirer le regard de Ragna sur le soldat qui les avait cuisinées.
La lueur dans ses yeux était intéressante.
Même ce difficile réagissait ainsi ; c’était donc du sérieux.
« Cette sauce, c’est le secret de notre famille. C’est ça, le truc. »
La sauce du soldat avait vraiment l’air d’une recette secrète. Il surveillait sans cesse la réaction de Dunbakel.
Elle avait des goûts particuliers.
Enkrid s’entraîna juste assez, puis mangea, but et se reposa.
Son corps n’avait pas encore entièrement récupéré.
À l’arrière du camp, les soldats s’affairaient à fabriquer des choses et à préparer à manger. Du côté du front, l’ambiance était différente, et quelques soldats se distinguaient du lot.
Le bataillon de Garrett comptait peu de combattants prêts à partir au combat. Ce groupe était le meilleur d’entre eux.
C’était l’unité d’éclaireurs des plaines, les Rangers de Perle Verte.
« Vous partez en reconnaissance ? »
« Qui es-tu ? De quelle unité ? »
Il était clairement de leur côté, mais une mission de reconnaissance était dangereuse. Ils ne pouvaient pas répondre simplement parce qu’un inconnu venait leur poser la question. Quelques soldats le dévisagèrent avec méfiance.
« Je viens en renfort. »
Enkrid le dit en leur montrant l’insigne sur son épaule.
On y voyait l’emblème de la haute tour de guet de la Garde-frontière.
« Je ne vois pas en quoi ça te regarde. »
Un soldat prit la parole. D’après le système des grades de soldat de Naurillia, il était au moins de classe élite.
Il était petit, mais semblait rapide.
Enkrid évalua sa vitesse, son équipement léger et son centre d’équilibre naturel.
Couper la ligne avec le jeu de jambes, puis achever par des estocs.
Un stylet pendait à sa ceinture.
Ce qu’il avait appris grâce à la Technique d’isolement et ce qu’il avait appris auprès d’Audin.
En observant la condition physique de l’homme, Enkrid parvint à cette conclusion.
« Mange. »
Enkrid sortit de la viande séchée assaisonnée et la lui lança. Le soldat d’élite l’attrapa, toujours méfiant, et demanda :
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Goûte. C’est bon. »
Le soldat en arracha un morceau, le goûta, puis déchira la viande séchée.
« Tu as du pain ? Trempe ça dedans. »
Enkrid tendit aussi de la marmelade au soldat qui se tenait à côté.
C’était une spécialité de la Garde-frontière. Si quelqu’un trouvait ça mauvais, c’est que sa langue était fichue.
Les provisions ne manquaient pas, mais elles n’étaient pas abondantes non plus.
Comme ils gardaient une région étroite, la chasse était difficile. Et les monstres causaient parfois des problèmes, si bien qu’ils devaient régulièrement nettoyer les environs.
À part quelques archers chargés de garder les tours, la principale force de cette unité était constituée des Rangers.
Ils n’avaient pas de cavalerie.
« C’est bon. »
Un des éclaireurs marmonna. Le soldat qui semblait être leur capitaine, celui de classe élite, renifla.
« Je ne sais pas pourquoi tu fais ça, mais tu as prévenu ton supérieur direct avant de te promener partout ? »
Ce n’était pas le cas. Il pouvait toujours le faire maintenant.
Enkrid rendit compte à son supérieur. Autrement dit, il se rendit compte à lui-même dans sa tête, reçut une réponse, puis répondit à son tour.
« Vous travaillez dur, alors je vous en donne. Mangez, c’est tout. »
« T’es un drôle de type. »
Après cela, Enkrid continua de faire le tour du camp, se consacrant à manger et à se reposer.
Il pouvait déjà en apprendre beaucoup en observant les lieux.
Les tours de guet avaient été regroupées dans une zone étroite.
Une zone de défense resserrée était plus facile à tenir, mais aussi plus vulnérable aux attaques de flanc. Il fallait bien accepter les compromis.
Le quatrième jour d’Enkrid au camp, au crépuscule, un messager arriva en courant.
Tout le monde se tourna vers lui.
« L’ennemi est à nos portes ! »
La nouvelle du messager se répandit depuis la tente de commandement.
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