Chapitre 304
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 304 : N’importe quand.
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304. N’importe quand
Seul dehors, Ragna repensait au passé.
« Mille fois. Ne pense même pas à rentrer avant de les avoir toutes faites. »
Donner mille coups d’épée vers le bas ne lui paraissait pas difficile.
Mais Ragna était curieux.
Pourquoi est-ce que je dois manier une épée ?
Son bras lui faisait mal. Son corps lui faisait mal. Ce n’était pas amusant. L’avait-il trouvé amusant, la première fois qu’il avait tenu une épée ?
Il n’en savait rien et ne s’en souvenait pas.
« Pourquoi ? Tu demandes pourquoi ? Si tu es né dans la Maison Zaun, c’est tout naturellement ce que tu dois faire. »
On disait que c’était naturel. Mais était-ce vraiment une raison ?
Les mêmes choses se répétaient sans cesse.
Pourquoi devait-il faire ça ?
« Fais honneur à la Maison Zaun. »
Pourquoi le devait-il ?
« Deviens chevalier. »
Pourquoi devait-il devenir chevalier ?
« Tue. »
Pourquoi devait-il tuer ?
Depuis son enfance, Ragna n’avait jamais trouvé sa voie.
Pour lui, trouver sa voie avait toujours été le plus difficile.
Pourquoi cela avait-il été si dur ?
Parce qu’il ignorait quel était le bon chemin. Parce qu’il n’en connaissait aucun. Ragna n’avait pas de destination.
C’était pour cela qu’il était toujours aussi curieux.
Comment un homme comme Enkrid pouvait-il être ainsi ?
Tout le monde ne devrait-il pas, au moins une fois, douter du chemin qu’il empruntait ?
Se demander si la route était la bonne. Si c’était une raison valable, si elle suffisait à justifier une vie.
Jusqu’alors, jamais Ragna n’avait vu dans les yeux d’Enkrid la confusion de celui qui a perdu sa direction.
N’importe qui pouvait s’égarer parfois, mais pas Enkrid.
Il était toujours sûr de lui. Alors Ragna voulait lui poser la question.
Pourquoi veux-tu devenir chevalier ?
* * *
Enkrid regarda Ragna et se gratta le menton par habitude.
La réponse en elle-même était évidente.
Il ignorait seulement si c’était celle que l’autre voulait entendre.
Rem est franchement plus facile à gérer.
Rem avait l’esprit souple. Difficile de s’en apercevoir, vu qu’il était cinglé, mais il savait plier sans jamais rompre.
Audin, lui, était solide. Son endurance mentale était telle que personne ne pouvait lui être comparé.
Au début, il avait l’air instable.
Il vacillait encore parfois, mais son hésitation dissimulait un acier affiné.
C’était sans doute la meilleure façon de le dire : il avait une solidité qui vous convainquait qu’il ne s’effondrerait jamais.
Jaxon était imperturbable. Et comme il l’était, il était froid. Quoi qu’il arrive, il ne laissait pas facilement paraître sa passion. Pourtant, de temps à autre, une chaleur brillait au cœur de cette froideur, assez ardente pour brûler rien qu’en la regardant.
Voilà comment Enkrid percevait ses compagnons d’escouade.
Et Ragna ?
Une lame capable de tout trancher, mais tout aussi facile à briser.
Il était instable et dangereux. C’était celui qui méritait le plus le mot « talent », et celui qui en faisait l’usage le plus précaire.
Enkrid ne choisit pas ses mots avec soin.
Il ne se donna pas non plus la peine de réfléchir longuement.
« Ça vient d’ici. »
Il se contenta de se tapoter la poitrine en parlant.
Ragna s’immobilisa en entendant ces mots. Il avait peut-être oublié de respirer un instant, car il retint son souffle un long moment.
Enkrid l’observa en silence. Un peu plus tard, Ragna expira lentement et prit la parole.
« C’est pour ça que tu veux devenir chevalier ? »
Enfant, cela avait été un rêve. En grandissant, une aspiration. Puis, à un moment, une obsession. À présent, c’était le chemin qu’il avait déjà parcouru et qu’il continuerait d’emprunter.
Le Chevalier qui met fin aux guerres, celui qui les terminait, était d’abord né d’une chanson de barde avant de devenir son rêve.
S’il devait le dire à voix haute, voilà pourquoi.
Mais au fond de lui, en creusant davantage, il savait que c’était ce que son cœur lui disait de faire.
Sauver les enfants, protéger les faibles, tenir ses serments : tout cela revenait au même.
Comment pouvait-il n’y avoir qu’une seule raison de vouloir devenir chevalier ?
Alors voilà sa réponse.
« Est-ce que mon “pourquoi” a vraiment de l’importance ? »
Il répondit à une question par une autre. Ragna se plongea de nouveau dans ses pensées.
Ses yeux étaient posés sur Enkrid, mais son esprit dérivait ailleurs. Enkrid le devina d’instinct.
Rem, Audin, Jaxon, Ragna : ils étaient tous pareils. Ils le regardaient et cherchaient des réponses. Ils recevaient quelque chose de lui. Esther aussi était un peu comme ça.
S’il n’avait pas eu un minimum de jugeote, jamais il ne serait devenu le capitaine d’une escouade de fauteurs de troubles. Il aurait fini en repas pour corbeaux, dans un coin du champ de bataille.
« Je rentre le premier. »
Une question amusante, une réponse amusante. C’était ce que se disait Enkrid.
Alors qu’il se remettait en marche, une pensée paranoïaque lui traversa l’esprit : s’il laissait Kraiss seul, celui-ci pourrait comploter avec Garrett et trouver un plan pour s’échapper. La voix de Ragna lui parvint alors de derrière.
« Après cette bataille, faisons un duel. »
« N’importe quand. »
« En mettant plus de la moitié de nos vies en jeu. »
Il parlait d’un vrai combat.
« N’importe quand. »
Enkrid répéta la même réponse, puis entra dans la tente.
Resté seul, Ragna sentit silencieusement l’explosion et l’éruption monter en lui.
C’était presque comme si un volcan entrait en éruption.
Quelque chose bouillonnant au creux de son ventre lui heurta la poitrine et martela son cœur.
Pourquoi suis-je en vie ?
Quand la question de savoir pourquoi il devait manier une épée l’avait conduit à celle du sens de sa vie, Ragna avait perdu toute motivation.
Il était devenu paresseux. Une brebis égarée. S’il n’avait jamais rencontré de berger, il aurait vécu ainsi pour toujours.
« Battons-nous. »
Ragna s’adressa au vide. Aucune réponse ne lui parvint. Celui qui aurait pu lui répondre était déjà entré dans la tente.
Ragna se concentra sur la voix qui s’élevait en lui.
C’était la voix de son esprit. Le cri de son monde intérieur.
Hé, tu m’entends enfin ?
Il l’entendait. Le cri qu’il avait ignoré jusque-là, le reproche, lui parvenait clairement.
À un moment donné, même affronter des adversaires de valeur avait cessé d’être amusant.
Alors, c’était ça, tuer.
Il n’y voyait plus un échange de coups d’épée. Il voyait des hommes qu’il tuait en suivant une route toute tracée. Ce n’était pas un duel, c’était un travail.
Pas qu’il se sentît coupable de tuer.
Quand quelqu’un prenait une arme et se lançait dans la bataille, ne devait-il pas toujours garder la mort à l’esprit ?
L’adversaire avait lui aussi dégainé son épée. Il devait donc en accepter les conséquences.
Ragna avait cru qu’il errerait toute sa vie et mourrait dans un champ anonyme, mais la vie ne se déroulait pas toujours comme prévu.
Imbécile, tu comprends enfin ?
En entendant cette voix réprobatrice en lui, Ragna rit. Un sourire s’étira sur son visage.
« Ah, ouais. Je comprends. »
Il marmonna même ces mots pour lui-même.
En se tournant vers son être intérieur, Ragna affronta son propre désir. Il confirma son aspiration. Il trouva sa voie.
Il voulait affronter un adversaire qui ferait battre son cœur à tout rompre.
Je veux me battre contre quelqu’un qui me poussera dans mes retranchements.
Sinar était sortie de la tente un peu plus tôt et avait entendu toute leur conversation, à l’écart.
L’ouïe des elfes avait quelque chose de magique : la distance ordinaire ne l’arrêtait pas.
À ses yeux, la question de Ragna était étrange, tout comme la réponse d’Enkrid.
Et voir Ragna marmonner tout seul était encore plus étrange.
Tout était étrange.
Pourtant, elle ne parvenait pas à expliquer pourquoi écouter ces deux hommes lui faisait tant de bien.
Les entendre lui paraissait nouveau. Cela lui réchauffait la poitrine. En ressentant cette émotion pour la première fois depuis très longtemps, Sinar sourit sans s’en rendre compte.
Si quelqu’un l’avait vue, il aurait assisté à un sourire qu’elle n’aurait jamais montré à personne.
* * *
Il examina la carte et en étudia le terrain.
Dans sa tête, Kraiss passa en revue des dizaines d’issues possibles et retint les plus probables.
Ce n’est toujours pas suffisant.
Ils manquaient de forces, et les renseignements sur l’ennemi étaient eux aussi bien trop lacunaires.
Comment gagner ? Non, il suffit de tenir pour remporter cette bataille.
Il suffisait que la palissade ne tombe pas. La réponse était donc évidente : défendre. Pas pousser l’ennemi, mais tenir la position.
Non.
S’ils ne faisaient que défendre, ils perdraient. À moins qu’Azpen ne soit peuplé que d’imbéciles.
S’ils étaient aussi stupides, ils auraient déjà attaqué leurs arrières depuis le début.
Ses pensées s’enchaînèrent, puis s’emmêlèrent.
« C’est pour ça que ça ne marche pas. Malgré tout, la meilleure option reste la défense. »
C’était ce que disait Garrett Gairo, commandant de bataillon. Derrière lui, le garde appelé Nurat marmonna quelque chose.
Kraiss ne l’entendit pas.
Il commençait à avoir le vertige en se demandant combien de fois cette situation s’était déjà produite, rien que dans cette bataille. Il aurait été plus facile de fuir.
Pourquoi devons-nous protéger cette ville ?
Pourquoi ne pouvaient-ils pas s’enfuir ?
La chose la plus importante au monde, c’était sa propre vie.
La deuxième, c’était les couronnes.
En troisième position, quelque part, il y avait Enkrid.
Tout ça, c’était donc la faute du capitaine.
« Ah, peu importe. »
En fin de compte, Kraiss renonça complètement. Cette réunion stratégique avait commencé sans crier gare.
Ils transpiraient et se disputaient depuis déjà trois ou quatre heures.
Quand il se retourna, Enkrid était là. Il était sorti, puis revenu et les avait écoutés.
« La meilleure option, c’est de défendre et de tenir jusqu’à la fin de l’hiver. Alors, vous pensez qu’Azpen l’ignore et continue malgré tout d’avancer vers nous à pas de loup ? »
Garrett posa la question.
« Oui. C’est pour ça que j’ai estimé que leur lente progression était le véritable problème. »
Kraiss répondit. Répéter les mêmes arguments faisait partie de la recherche d’une solution.
Ce fut le premier échange entre Kraiss et Garrett lorsqu’ils s’étaient rencontrés.
« À quelle vitesse avancent-ils ? »
« Lentement. »
« C’est mauvais. »
« Très mauvais. »
Voilà la conversation qu’ils avaient eue.
Garrett avait dit qu’ils avançaient lentement. Kraiss avait répondu que c’était mauvais.
Pourquoi était-ce mauvais ?
Parce que s’ils avançaient lentement alors qu’ils savaient que le terrain favorisait les défenseurs, cela signifiait qu’ils préparaient quelque chose en secret.
Enkrid les avait observés en silence, puis avait demandé : « Quel est le pire scénario ? »
« Un dragon surgit au-dessus de nos têtes et se met aussitôt à cracher du feu. »
Kraiss répondit sans hésiter.
« Un dragon, c’est exagéré. C’est impossible. »
Nurat intervint.
Garrett ne la reprit pas. Kraiss poursuivit.
« Autre possibilité : une force de chevaliers qui surgit tout à coup. »
« Nous avons suivi autant que possible les mouvements des forces de chevaliers. »
Cette fois, Garrett répondit.
« À cette allure, ils nous atteindront dans quatre ou cinq jours tout au plus. D’ici là, nous devons tenir, nous organiser et envoyer des unités de reconnaissance. »
Enkrid examina à son tour la carte.
Il saisit la disposition du terrain et la mémorisa dans les grandes lignes. Depuis son enfance, il avait toujours eu une bonne mémoire. De plus, il avait servi comme éclaireur, alors retenir quelques itinéraires lui était facile.
« De quoi avons-nous le plus besoin, pour l’instant ? »
« De variables. »
La réponse fusa. Quand on ne savait pas ce qu’il y avait dans un tonneau, on le secouait. Kraiss était du même avis, mais qu’entendait-il par variables, dans ce cas ?
Fallait-il sacrifier des soldats simplement pour observer la réaction de l’ennemi ?
Ce serait tout bonnement idiot.
Alors, que fallait-il faire ? Attaquer leurs lignes de ravitaillement ? Ça ne marcherait pas non plus. Leurs préparatifs étaient irréprochables. S’ils avançaient lentement, c’était précisément pour cette raison.
Ils avançaient littéralement en vérifiant le sol, en examinant chaque caillou, en sondant, en fouillant et en ramassant tout ce qu’ils trouvaient.
Il y avait un proverbe sur le continent : quand on traversait un pont de pierre, si le fait de le sonder ne rassurait pas, il valait mieux rebrousser chemin et prendre une autre route. Si quelque chose semblait louche, il ne fallait pas s’y risquer, même si cela prenait du temps.
Mieux valait être minutieux que rapide.
C’était exactement ce que faisait l’ennemi à présent.
Alors, leur meilleure option était de tenir, puis de les déstabiliser.
« Parfois, il suffit d’observer la réaction pour deviner les intentions. »
« Bonne méthode, mais à votre avis, est-ce si facile ? »
Garrett croisa les bras en parlant. Nurat ajouta :
« Ils avancent très lentement, sans laisser la moindre ouverture. Nous avons formé une unité de Rangers et l’avons envoyée attaquer leurs convois de ravitaillement, mais ça n’a servi à rien. Aucun n’en est revenu vivant. »
Enkrid hocha la tête. Lui non plus n’avait pas de solution miracle.
« Nous devrions nous reposer et nous préparer. »
Voilà la décision qui fut prise. Garrett approuva d’un signe de tête.
« Quand cette bataille sera terminée, accepteriez-vous de me raconter des choses de votre passé ? »
À la fin de la réunion, Garrett vint le trouver pour lui demander cela.
Quel genre d’homme était-ce ? Ce n’était pas un homme ordinaire.
C’était lui qui avait construit les défenses de la Perle Verte et réorganisé l’armée dès l’apparition d’Azpen. Sa préparation était solide et fiable.
« Quelles histoires voulez-vous entendre ? »
« Vos combats, ce qui s’est passé dans l’Escouade des Fauteurs de troubles, le moment où vous êtes finalement devenu capitaine de compagnie, la bataille qui a suivi… Tout. »
Les yeux de Garrett brillaient. Il avait l’air enthousiaste, comme quelqu’un qui attendait une bonne histoire. Enkrid se gratta le menton.
Il aurait beaucoup à faire après la bataille.
Mais survivre passait d’abord.
Enkrid avait aussi des choses auxquelles réfléchir.
Si Azpen avançait de cette manière, que pouvaient-ils faire pour donner du fil à retordre à son commandant ?
« Oui, plus tard. »
Il répondit distraitement, l’esprit ailleurs. Garrett sembla satisfait et hocha la tête.
Peut-être était-ce une chance que Garrett ne soit pas un traître.
Du point de vue d’Enkrid, le mieux qu’il aurait pu faire, c’était de passer à l’ennemi. N’aurait-il pas été bien plus simple de rejoindre Azpen et de pointer sa lame vers eux ?
Enkrid posa la question sans cacher ce qu’il avait en tête.
« Si fuir est votre seule option et que, dans le meilleur des cas, on vous traite en criminel de guerre, pourquoi n’avez-vous pas rejoint l’ennemi ? Azpen a dû vous faire une offre. »
La question aurait pu être délicate, mais Garrett n’en eut cure.
« Le romantisme. »
« … Quoi ? »
« Parce que le romantisme est ici. »
Qu’entendait-il par romantisme ?
Garrett rêvait de devenir poète. Il avait même un véritable talent pour le rythme.
À ses yeux, tout ce qui se passait à la Garde-frontière était matière à écrire. C’était une histoire. Du romantisme. Son rêve.
Et Enkrid, en particulier, ressemblait exactement au héros d’une pièce de théâtre.
Il aimait les héros. Alors, impossible de ne pas apprécier Enkrid, même si celui-ci ne faisait rien.
Plus il se renseignait et creusait, plus Enkrid enchaînait les exploits impossibles.
« Vivre comme ça et mourir comme ça, ça a l’air plusieurs fois plus amusant. »
Garrett sourit. D’une certaine manière, c’était un fou comme Enkrid.
En gros, s’il trouvait aujourd’hui l’inspiration pour réciter un poème romantique, il se fichait de mourir le lendemain.
Enkrid ne connaissait pas tous les détails, mais il savait d’instinct que cet homme ne les trahirait pas.
Si Garrett avait brandi la lame de la trahison, ils ne se trouveraient même pas dans cette situation.
« Il est un peu comme le capitaine. »
« Quoi donc ? »
« Ça, vous savez… Là. »
À côté de lui, Kraiss prononça ces mots en se tapotant la tempe de l’index. Pour une raison quelconque, cela agaça Enkrid, qui lui enfonça le coude dans le crâne.
« Aïe ! »
Kraiss se prit la tête et se roula par terre. Nurat le vit et accourut pour l’aider, lui demandant s’il allait bien.
« Ça va. Ah, vous êtes Nurat, c’est ça ? On prend le thé et on discute ? »
Même dans cette situation, il draguait. Oui, c’était bien Kraiss. Au moins, il ne tournait pas en rond en paniquant, ce qui était déjà ça.
Enkrid ignorait s’il agissait ainsi parce qu’il avait en partie renoncé ou parce qu’il croyait qu’ils avaient encore une chance.
Il sortit de la baraque. Il comptait aller voir les fortifications bâties par Garrett.
En observant les alentours, il repéra un groupe de soldats.
Ils avaient allumé un feu et faisaient griller quelque chose. L’odeur était incroyable.
En s’approchant, il aperçut de longs morceaux de viande embrochés sur de longues branches.
L’un badigeonnait la viande d’assaisonnement tandis que l’autre la faisait griller.
Ils se répartissaient le travail à merveille.
« Laissez-moi m’asseoir avec vous. »
Enkrid se glissa dans le groupe.
« Hein ? Je ne vous ai jamais vu. »
« Je suis arrivé aujourd’hui. »
Plus de la moitié des soldats ne reconnaissaient pas Enkrid.
Ce bataillon était spécialisé dans le ravitaillement. Tout le monde travaillait avec des gestes bien rodés.
L’unité de Garrett avait toujours été comme ça. Sa force, c’était le soutien, pas le combat.
« D’accord, je vous en donne un morceau. »
Il y avait une soldate parmi eux, et elle dévisageait Enkrid. Elle avait peut-être de bonnes raisons de se montrer amicale. Le visage d’Enkrid pouvait parfois servir d’arme.
« Arrête de le regarder, tu vas l’user. »
Un soldat qui badigeonnait la viande la taquina.
« Hé, ce sont mes yeux. Laisse-moi profiter de quelque chose d’agréable. À force de vous voir tous les jours, j’avais les yeux qui pourrissaient. »
« Tu racontes n’importe quoi. »
Ils se traitaient avec chaleur. Le fait qu’ils continuent à travailler en parfaite synchronisation tout en discutant ainsi prouvait qu’ils s’entendaient bien. Enkrid se fraya un passage parmi eux.
Même avec d’épaisses couvertures étalées au sol, le froid remontait encore.
Peu après, il fourra dans sa bouche un morceau de viande tout juste grillé.
Il s’attendait à mâcher de la viande de serpent, mais dès la première bouchée, la chair fondit tendrement dans sa bouche.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Le soldat qui faisait griller la viande lui répondit avec un grand sourire.
« C’est bon pour les hommes. »
Enkrid jugea cette unité un cran au-dessus de celle qui faisait cuire le pain à Martai.
C’était dire si c’était bon.
Il apprit aussi une autre chose : Garrett gérait son unité à la perfection.
On dit que le combat n’est pas son fort.
Ses soldats avaient de la marge. C’était une unité bien gérée.
Enkrid attrapa et avala encore plusieurs morceaux de viande sur-le-champ.
« Vous mangez bien. »
La soldate le lui fit remarquer. Enkrid se contenta de hocher la tête, trop occupé à se remplir la bouche de viande.
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