Chapitre 303
NOUS AVONS ESSAYÉ DE TRADUIRE
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 303 : « Vraiment » n’est pas la question. « Pourquoi », si.
= = =
« Quel genre d’homme est-ce ? »
À la question de son lieutenant, Graham se redressa sur son siège. Une douleur aiguë lui remonta de la colonne vertébrale jusqu’au crâne.
Sinar.
Il avait entendu dire que l’elfe avait donné à Enkrid un onguent efficace contre les blessures.
Il était le châtelain et, même sans cela, n’étaient-ils pas pratiquement de vieux camarades ?
Alors pourquoi n’avait-il rien reçu, pas même une seule racine d’herbe, encore moins de l’onguent ?
Cette pensée parasite toujours en tête, Graham répondit :
« Qui ? »
« Perle Verte, capitaine. »
L’un était sans tact et stupide, mais l’autre était au-dessus de la moyenne. Même sa question était différente.
Ou est-ce seulement une question de comparaison ?
Peut-être n’avait-il l’air intelligent que parce que ce lieutenant idiot se tenait à côté de lui. Malgré tout, Graham ne pouvait pas se débarrasser d’un lieutenant sans tact.
Jusqu’où pouvait-on aller pour quelqu’un d’autre ?
Ce lieutenant ne risquerait peut-être pas sa vie, mais il sacrifierait un bras pour le sauver. Graham ne pouvait donc pas le jeter aux orties.
« Garrett Gairo. »
Graham prononça le nom d’un homme qui avait autrefois été son supérieur, mais qui avait désormais le même rang que lui.
Ce nom lui restait encore en travers de la langue.
Le bataillon de Garrett avait d’abord été la deuxième unité de réserve des gardes-frontières. Mais après avoir remporté la bataille de Perle Verte, il était devenu un bataillon nouvellement constitué et s’était installé dans les plaines de Perle Verte.
« On dit que c’est un opportuniste, le genre d’homme prêt à tout pour le profit, et que si Azpen n’a pas envahi, c’est parce que le commandant de bataillon Garrett a déjà vendu la mèche. »
Enkrid n’était pas le seul à avoir entendu cette rumeur.
L’oreille de Graham le démangea soudain ; il se la gratta avec son auriculaire.
« Quelqu’un est en train de parler de moi quelque part ? »
Il se méfia soudain de ce lieutenant imbécile qu’il avait chassé et envoyé attendre dehors.
« Si Azpen passe à l’attaque, la ville elle-même sera en danger, capitaine. »
Graham, à la fois capitaine et châtelain, hocha la tête.
« Comme si je ne le savais pas. »
Comment décrire Garrett Gairo ?
« M’a-t-il trahis ? Je ne crois pas. Si tu me demandais de miser des kronas, je parierais que non. »
Il était tout le contraire de ce lieutenant imbécile, qui devait le maudire en ce moment même. Fuyant, rusé, perspicace, oui, mais le trahir ? Non.
« À ton avis, pourquoi Marcus l’a-t-il placé là-bas ? »
* * *
Le commandant de bataillon était un homme remarquablement beau, aux cheveux blond terne.
Il avait l’air d’avoir passé la quarantaine. Il avançait à grandes enjambées.
Enkrid évalua instinctivement la distance.
Deux pas et demi.
S’il le voulait, son épée pouvait l’atteindre en un quart de souffle.
« Si tu le juges hostile, abats-le, maîtrise-le ou saisis-le d’abord par la tête et prends aussitôt le commandement de ses troupes. »
C’était ce que Kraiss lui avait dit avant leur départ. Enkrid était d’accord.
Il avança le pied gauche et termina de se « préparer ».
Une estocade rapide ; ou, si l’autre attaquait le premier, une contre-attaque suivie d’un désarmement avec l’Épée du Serpent.
Son bras droit avait à moitié guéri ; il pouvait donc encore parer et frapper.
La main droite dévie, la gauche transperce. Même son esprit était prêt.
Il alla à la rencontre du commandant de bataillon en gardant toutes ses options ouvertes.
Derrière le commandant, il aperçut des archers, des fantassins et des soldats d’escorte.
Tous semblaient étrangement tendus.
Le commandant de bataillon Garrett s’approcha à grandes enjambées.
« Marcus, espèce de salaud ! »
Puis il cria :
Son ton avait quelque chose d’étrange.
« Tu m’as manqué ! »
Garrett s’approcha et lança ces mots d’une voix tonitruante.
Minutieux en tout, opportuniste, prêt à tout pour en tirer profit.
C’est ainsi que le décrivaient ceux qui connaissaient Garrett.
Non, ça ne collait pas du tout. Vraiment pas.
« Il est vraiment plus beau que moi, Nurat. Qu’en penses-tu ? »
« Il est beau. »
Quelqu’un de l’escorte répondit au cri de Garrett : une femme noire à la peau sombre.
Le commandant de bataillon Garrett savait sourire. Il afficha un sourire franc et lumineux.
Puis il ajouta :
« À présent, c’est toi l’homme le plus beau des gardes-frontières. »
« Je suis d’accord. »
Kraiss marmonna derrière lui. Un instant plus tôt, il avait l’air inquiet et tendu ; à présent, il lâchait cette remarque impassible.
Enkrid se détendit lui aussi un peu.
Si l’autre avait calculé jusqu’à ça, il serait juste de le qualifier de plus machiavélique que Jaxon.
Bien sûr, Jaxon n’aurait jamais accepté ça s’il l’avait entendu.
« Entrez. »
Garrett se retourna. Même s’il avait dissimulé ses compétences, montrer son dos avait tout de même une signification.
Garrett ne les avait pas trahis. Enkrid le comprit autant par la raison que par l’instinct.
« Reste quand même sur tes gardes. »
Kraiss s’exprima derrière lui.
Et si Garrett les avait trahis et comptait les attirer à l’intérieur pour les capturer ?
Mais pour un piège de ce genre…
Il a l’air trop détendu.
Enkrid se gratta le menton et suivit Garrett.
Si Rem avait été là, il l’aurait probablement traité de sacré bonhomme.
Rem, Audin et Teresa étaient restés en arrière.
« Il faut aussi des gens pour garder nos arrières. Si ça tourne mal, on doit pouvoir fuir. »
Telle était la raison de Kraiss.
Celle d’Enkrid était un peu différente.
« À moins que tu comptes mourir en combattant, à quoi bon ? »
Tout le monde était blessé. Quand venait l’heure de se reposer, il fallait se reposer.
« Ce genre de blessure, ça guérit avec un peu de salive. »
Rem protesta, mais malgré ses paroles, il s’était barbouillé d’une bonne quantité de l’onguent de l’elfe.
Il avait aussi lorgné avec avidité la collection d’herbes de Jaxon et avait failli déclencher une bagarre.
« Même l’onguent elfique est gâché sur toi. Va plutôt te préparer de la boue et t’en tartiner. »
Jaxon ne s’était pas privé de le piquer à son tour.
À présent, séparer ces deux-là était presque devenu un geste qu’Enkrid pouvait accomplir dans son sommeil.
Après les avoir éloignés l’un de l’autre, Enkrid donna son ordre :
« Restez là. »
Ce seul mot coupa court à toute idée de le suivre de force. Il avait même mobilisé sa Volonté de Refus pour le prononcer.
C’était dire toute la volonté qu’il y avait mise.
« Si tu vas mourir là-bas, je porterai moi-même la hache de la vengeance. »
Rem renonça le premier, et Audin se contenta de rire doucement. Ce n’était pas un rire de bon cœur.
« C’est mon corps fragile qui a causé ce problème. »
Il tenta de jouer sur la conscience d’Enkrid avec ces mots pleins d’autodérision.
« Oui. Alors tu ferais peut-être mieux de t’entraîner davantage ? »
Enkrid prit la plaisanterie avec naturel. Il avait depuis longtemps une langue digne d’un chevalier.
« Si tu crois pouvoir le battre avec des mots, il va te retourner la situation. Ours, je le sais déjà, alors ne viens pas me jouer du bec. »
Rem lui donna ce conseil depuis le côté. Audin l’ignora, bien entendu. Il se mit simplement à prier tout seul.
« As-tu vu l’arrogance de ce pauvre petit capitaine, Père ? Même s’il entre au paradis, je t’en prie, ne le fais pas trop travailler. »
Cette prière oscillait entre bénédiction et malédiction.
« Merci pour la prière de consécration. »
Enkrid ajouta une dernière réplique et remporta une victoire parfaite.
Audin sourit et secoua la tête.
Enkrid se retint : s’il insistait, il avait l’impression qu’Audin finirait par lui dire que le rang n’y changerait rien et qu’ils allaient régler ça.
Autrement, il avait encore bien des choses à dire.
Teresa fut la seule à ne pas protester. Ses blessures étaient trop graves, dès le départ.
Elle dit tout de même que la mort de l’Évêque-Loup l’avait soulagée.
Enkrid ignorait ce qui s’était passé entre eux, mais il devinait qu’ils ne s’étaient pas entendus.
« Beau travail. »
Il la félicita, laissa Rem et Audin derrière lui malgré eux, puis vint jusqu’ici.
À présent, il était avec Esther la mage, Kraiss, qui avait dit qu’il faudrait fuir en cas de besoin, Ragna, qui marchait en silence, l’esprit impénétrable, et Jaxon, qui avait déclaré sans sourire qu’il était content que Rem soit resté en arrière.
« On dirait que quelqu’un lui a enduit le visage d’huile. »
Ah, Sinar était là elle aussi. Le commandant de compagnie elfe n’avait que quelques égratignures à l’avant-bras.
« Il a l’air huileux. »
Sinar s’approcha et le lui murmura une nouvelle fois. Elle parlait de Garrett, mais, quoi qu’Enkrid fasse, il ne lui trouvait rien d’huileux : il était simplement beau.
« Ah bon ? »
Peut-être avait-il eu de la chance que Garrett ne l’entende pas.
À moins qu’il n’en eût eu cure de toute façon.
Il avait l’air du genre d’homme qu’on ne pouvait jamais vraiment cerner.
« Pour l’instant, tu es ma supérieure. »
« C’est plus agréable de parler ainsi. »
Sinar avait insisté tout le long du trajet pour qu’il s’adresse à elle comme à une supérieure.
« Tu aimes qu’on te donne des ordres et qu’on te mette la pression ? »
Il ne put s’empêcher de le dire.
« La pression d’une fiancée, voilà qui est intéressant. Je me demande ce que ça ferait. »
Quelle absurdité insensée.
Même pour une plaisanterie à la mode des elfes, c’était dépasser les bornes.
« C’était une plaisanterie. »
Sinar n’affichait toujours pas le moindre sourire. Sa demande concernant le ton à employer ne reposait pas seulement sur quelque raison bizarre. À vrai dire, ce n’était même pas une exigence.
« Si la chaîne de commandement s’effondre, ce sera un problème. »
Voilà quelle était la véritable raison.
« Ça ira. »
Parfois, Enkrid avait l’impression que Sinar ne se rendait pas compte de l’effet que son apparence produisait sur les autres.
Elle inspirait toujours le respect. Ses gestes, ses pas, son ton : tout rappelait aux gens qu’elle était une elfe.
« Quel âge as-tu ? Si tu es plus jeune que moi, je te tutoierai. »
« La chaîne de commandement ne me concerne pas. »
Sinar détourna le regard, le visage toujours aussi impassible.
Enkrid pénétra dans le camp que Perle Verte avait établi.
Qu’est-ce que c’était que ça ?
« On dirait un petit village. »
Ils avaient abattu d’immenses arbres pour construire une palissade. La plupart des gens vivaient sous des tentes, mais on apercevait aussi des maisons en bois çà et là.
On voyait également des travaux inachevés.
La guerre, et l’hiver, avaient dû interrompre le chantier.
« Si nous avions jusqu’à l’hiver prochain, nous pourrions bâtir un vrai village. »
Garrett dit cela en entrant dans la plus grande tente, au centre du camp.
Il s’assit à une large table. Plusieurs soldats de son escorte se tenaient derrière lui, dont la femme noire qu’Enkrid avait vue plus tôt.
On pouvait croiser quelques personnes noires à l’est du continent, mais elles étaient rares dans cette région.
« Tu sais à quel point j’avais envie de te rencontrer ? »
Garrett lança ces mots sans crier gare. Enkrid inclina simplement la tête.
« Bon sang, cette bataille… J’en ai entendu parler dans les moindres détails. Depuis la bataille de Perle Verte jusqu’à la fin de la guerre, les récits des soldats, les moments palpitants… Raconte-moi tout ça en détail… »
« Capitaine. »
Garrett était assis, et Nurat se tenait derrière lui.
Nurat, la femme noire, s’adressa à son capitaine en s’inclinant.
« Ah, ce n’est pas le moment pour ça, si ? »
« Non, en effet. »
« Azpen est juste devant nous, capitaine. »
Un autre soldat de l’escorte prit la parole. C’était un grand homme qui, à première vue, avait l’air calme.
Sa mâchoire carrée et sa bouche hermétiquement close lui donnaient de la prestance.
« C’est vrai, c’est une affaire personnelle. »
L’attitude de Garrett changea en un instant.
Son sourire ne changea pas. Son expression non plus.
Pourtant, quelque chose avait changé. L’atmosphère s’était transformée. La pression qu’il dégageait avait pris une tournure étrange.
Comme Kraiss, lorsque des kronas étaient en jeu.
Comme Audin, face à quelqu’un qui insultait son dieu.
Comme Ragna, quand il s’enflammait pour une épée.
Comme Rem, quand il mettait son cerveau de côté pour faire une folie.
« À mon avis, le mieux serait de renoncer et de battre en retraite. Qu’en dis-tu ? »
Aux paroles de Garrett, Enkrid sentit Kraiss tressaillir.
Il allait adorer ça. Il suffisait de parler de fuite pour qu’il s’enthousiasme.
« Pourquoi ? »
Enkrid posa la question.
« Je ne peux pas prévoir ce qu’ils vont faire. »
« C’est ça, la raison ? »
« Oui. »
Kraiss intervint. Il croyait que c’était son heure. Enkrid ne l’arrêta pas.
À la place, il lui adressa un léger signe de tête pour l’inviter à poursuivre. Garrett reporta lui aussi son regard sur Kraiss.
« Nous avons donc un homme intelligent. Ton nom ? »
« Kraiss. »
« Dans ma vie, je crois que c’est la première fois que je demande le nom d’un bel homme avant celui de deux beautés. Alors, tu vas m’expliquer pourquoi ? »
Garrett avait du rythme dans la voix. L’entendre n’était pas désagréable. On aurait dit que ses paroles suivaient presque une mélodie.
Kraiss l’avait déjà expliqué une fois, mais il jugeait nécessaire de reprendre les choses depuis le début.
« Qu’il s’agisse des Bandits des Lames Noires ou des cultistes, Azpen s’est contenté d’observer pendant que nous combattions en première ligne. »
« Ça suffit à justifier cette décision ? »
Sinar, qui s’était contentée d’observer jusque-là, posa la question. Enkrid était officiellement le commandant en chef, mais en pratique, Sinar était presque son égale.
« La voix d’une elfe ressemble à un instrument de musique. »
Garrett semblait incapable de s’empêcher de débiter des absurdités, au point qu’on aurait dit que sa langue allait se couvrir d’épines.
Sinar l’ignora complètement.
« C’est une raison. Si nous avons tout vu, Azpen aurait dû nous attaquer en premier. Nous sommes en hiver. Nous avons relié Perle Verte à nos lignes de ravitaillement et, même si elles ne sont pas encore parfaitement sûres, nous pouvons tenir une position défensive. Même sans château, la défense ne sera pas difficile. Combien de tours de guet ? »
« Huit. »
« Elles sont éloignées les unes des autres ? »
« Non, rapprochées. »
Enkrid peinait à suivre la conversation entre Garrett et Kraiss. Il attendit. Ils finiraient bien par lui réexpliquer.
« Et Azpen ? Le ravitaillement ? Leur avancée ? La construction du camp ? »
Kraiss posa de nouveau la question. C’était moins une question qu’une insistance sous forme interrogative.
Ravitaillement, avancée, construction du camp. Rien de tout cela n’était facile. Il y avait un monde entre ceux qui se préparaient par beau temps et ceux qui ne le faisaient pas.
« Le temps et les conditions nous favorisent, et pourtant Azpen s’est contenté d’observer. »
Kraiss le pensa en son for intérieur. Dans le camp ennemi, il devait y avoir un stratège d’une intelligence monstrueuse.
Autrement, rien de tout cela n’avait de sens.
« Ça signifie qu’ils sont venus préparés. »
« C’est ça. À vrai dire, je me demandais s’ils allaient simplement observer avant de se retirer. Mais non. »
« Ils arrivent ? »
« Oui. »
« À quelle vitesse ? »
« Lentement. »
« C’est mauvais. »
« Oui. »
Nurat, qui écoutait derrière eux, s’inclina et s’adressa à son capitaine :
« Personne ne peut comprendre. »
« Kraiss, parle en langage courant. »
Enkrid intervint au bon moment.
Garrett fit un geste, et Kraiss expliqua.
Azpen ne s’était pas emparé d’un terrain avantageux et n’avançait pas à marche forcée.
Ils progressaient délibérément.
Pour deux raisons.
« Premièrement, ils connaissent parfaitement notre force. »
Kraiss parla le premier.
« Deuxièmement, ils sont certains de pouvoir gagner. »
Garrett poursuivit.
Kraiss et Garrett échangèrent un regard. Puis, sans décider lequel commencerait, ils tendirent tous deux la main et claquèrent légèrement leurs paumes l’une contre l’autre.
Le claquement résonna dans la tente.
« Capitaine. »
Nurat s’inclina de nouveau.
« Ah, ce n’est pas le moment de s’enthousiasmer, n’est-ce pas ? »
« Non, en effet. »
Garrett était un homme étrange, mais il avait assurément l’esprit vif. Et il ne semblait pas les avoir trahis.
Enkrid résista lui aussi à l’envie de taper derrière la tête de Kraiss.
« Alors, si nous nous replions ? Si nous fuyons maintenant ? »
Il interrogea Kraiss, mais Garrett répondit :
« La ville tombe, nous devenons des criminels de guerre et nous sommes envoyés devant un tribunal royal. Alors oui, il faudrait fuir, mais plus maintenant. »
Quand Garrett et Kraiss levèrent de nouveau les mains, Enkrid plaqua celle de Kraiss sur sa tête.
Puis il déclara :
« Alors, trouvons un moyen de gagner. »
Se servir de sa tête n’était pas son fort.
C’était la spécialité de Kraiss.
« Ce n’est pas en le disant qu’on va le faire apparaître. Il faut d’abord étudier le terrain alentour… »
« Nurat. »
À la demande de Garrett, on sortit une carte. Une carte militaire représentant sommairement le terrain des environs.
« Un problème avec le ravitaillement des alliés ? »
« Aucun. Pour atteindre la ligne de ravitaillement, ils devraient franchir quatre tours de guet étroitement espacées. »
Kraiss et Garrett reprirent leur échange technique réservé aux spécialistes ; Enkrid se mit donc complètement en retrait.
Il les observa un moment, mais il aurait déjà de la chance s’il comprenait la moitié de ce qu’ils disaient.
Sinar était déjà sortie la première.
Enkrid quitta lui aussi la tente. Il voulait respirer l’air frais de la montagne.
On avait versé de l’huile dans le brasero et l’air de la tente était devenu étouffant.
Dehors, il aperçut Ragna, qui était déjà là.
Ragna regarda Enkrid d’un air absent.
Il semblait avoir quelque chose à dire.
Quand Enkrid s’approcha, Ragna inclina la tête, leva les yeux vers le ciel au-delà de la palissade et demanda :
« Pourquoi veux-tu devenir chevalier ? »
La question lui tomba dessus sans prévenir.
Et elle lui plut.
Ce n’était pas « vraiment », c’était « pourquoi ».
Il ne lui demandait pas s’il voulait vraiment devenir chevalier. Il voulait savoir pourquoi il le voulait.
Le sens de cette simple question était tout autre.
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