Chapitre 298
NOUS AVONS ESSAYÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 298 : Je ne perdrai pas la guerre des mots.
= = =
« Ce maudit salaud. Je peux enfin bouger un peu. »
Rem maudit quelqu’un qui n’était même pas là, puis se redressa.
Il avait toujours les côtes en bouillie et la cheville qui claquait, mais…
Je vais te tuer, c’est certain.
Ce corps ferait l’affaire. Il n’avait pas besoin de s’accrocher à lui pour lutter au corps à corps.
Surtout, s’il tardait davantage, ce salaud mourrait sous les coups d’un autre ou tuerait quelqu’un d’autre avant.
Qu’un voyou des ruelles, un fainéant, un géant ou un homme-bête meure, ça lui était égal. Mais pas le capitaine.
Ce serait du gâchis qu’il meure maintenant.
Ce serait du gâchis que ce fou qui rêvait de devenir chevalier meure ici.
Le voir se démener et lutter était divertissant. Pour le moment, du moins. Rem était toujours curieux de savoir si cet homme réussirait vraiment à devenir chevalier.
Enfin, il ne se laissera probablement pas tuer facilement.
Mais cet adversaire était dangereux. Il avait le dessus sur lui, pour ainsi dire.
S’ils se battaient maintenant, Rem risquait fort de mourir. Et de perdre, aussi. C’était donc à lui de l’affronter.
Surtout, l’homme qu’on appelait le Fou éternel, obsédé par l’idée de ne jamais vieillir, se méfierait de lui.
Après m’avoir laissé m’échapper une fois, il ne se déchaînera pas à l’aveuglette.
Non. Il serait trop inquiet pour ses arrières. À la moindre ouverture, il se ferait frapper.
Sur cette pensée, Rem balaya les environs du regard. Par chance, il repéra un arbre qui ferait l’affaire.
Il en arracha l’écorce, la frotta et la tordit entre ses mains, puis la tressa comme une corde pour en faire un long cordon.
Ensuite, il recommença.
Quand il avait faim, il attrapait des serpents ou des blaireaux pour les manger. En chemin, il eut même la chance de tomber sur un ours qui n’était pas encore entré en hibernation.
Pour les autres, c’était une bête sauvage. Pour Rem…
« Un repas de choix ? »
Ce n’était que de la viande de qualité et une peau épaisse.
Il lança en l’air sa seule hache, la rattrapa et la projeta droit devant lui.
La hache fendit l’air dans un sifflement aigu, ouvrit le crâne de l’ours en deux et s’y enfonça.
L’ours vacilla, puis s’effondra lourdement.
Le sol trembla. La bête était aussi grande qu’Audin.
Rem aurait voulu la dépouiller et porter sa peau, mais il n’avait pas l’énergie de la tanner, et ses côtes lui faisaient encore mal : impossible de gaspiller ses forces à ce genre de travail.
Il tua donc l’ours, lui arracha la vésicule biliaire qu’il mangea crue, s’humecta la gorge avec son sang, puis fit rôtir de la viande et la dévora.
Ça empestait, mais que pouvait-il y faire ?
Il découpa une partie de la peau en carrés, en superposa deux ou trois morceaux et perça des trous dans les coins.
La hache qu’il avait fabriquée en débitant la hallebarde du chef centaure se révélait particulièrement utile dans ces moments-là.
Il avait laissé dépasser la pointe de lance au-dessus de la tête de la hache pour équilibrer le poids, et ça s’avérait payant.
Il se servit de cette pointe pour percer la peau.
Ensuite, il y passa des cordons d’écorce.
Il tailla l’extrémité qui pendait pour qu’elle fasse à peu près la largeur de ses bras écartés.
Il la souleva et la fit tourner dans les airs à plusieurs reprises.
Pas mal.
Il transporta le venin qu’il avait tiré des serpents dans une bourse grossière.
Ensuite, il ramassa plusieurs pierres de taille similaire et les emporta.
Il confectionna aussi de petites bourses en peau d’ours et en peau de serpent, puis les transforma en un sac qu’il pouvait porter.
C’était une besace en bandoulière, qui lui traversait la poitrine d’une épaule à l’autre côté.
Quel boulot. Un vrai boulot.
Ça faisait longtemps qu’il ne s’était pas épuisé à la tâche au point de ruisseler de sueur.
Même en hiver, la sueur lui coulait sur le front. Ce ne fut qu’alors qu’il trouva un ruisseau.
Il détestait le froid par-dessus tout, mais s’il restait dans cet état, il tomberait malade. La propreté passait avant tout.
Il alluma un feu et prit une profonde inspiration.
« Ouf… Allez, on y va. »
Il lui fallait du courage. Dès qu’il trempa les orteils dans l’eau glacée, tout son corps frissonna.
Ah, espèce d’enfoiré.
Plus le froid s’intensifiait, plus sa haine grandissait. Il pensa à celui qui l’avait poussé jusque-là. Ce salaud de Fou éternel.
Je vais te tuer. Je vais te tuer comme un chien.
Plus il restait dans l’eau glacée, plus sa rancune s’enracinait.
Les molaires serrées, il se lava, écrasa des herbes et se les frotta sur le corps, puis se réchauffa près du feu de joie.
Clac, clac, clac.
Sa mâchoire tremblait. Ses dents de devant s’entrechoquaient sans merci.
Rem avait une force anormale, mais ça ne le rendait pas insensible au froid.
J’aurais dû apprendre la sorcellerie.
Dans ces moments-là, il le regrettait.
Il gelait à pierre fendre. S’il avait hérité ne serait-ce que d’un peu de sorcellerie, il n’aurait pas eu aussi froid.
Mais il était trop tard pour y changer quoi que ce soit.
Rem tint bon en serrant une Pierre chaude. Quand son corps eut un peu séché et qu’il se fut de nouveau enveloppé dans la peau réchauffée, il eut enfin l’impression d’être humain.
Waouh, je vais vraiment te tuer.
Sa rancune était toujours là. Non, elle n’avait fait que s’aggraver.
Quand il eut terminé ce qu’on pouvait appeler ses préparatifs,
Rem se dirigea vers le gros des troupes. Il n’était pas Ragna. Revenir sur ses pas ne lui posait aucun problème, et suivre des traces était l’un de ses points forts.
Peu à peu, des cris de guerre lui parvinrent.
Il évalua la distance, vérifia la situation, sortit de la forêt et s’approcha du champ de bataille d’un pas rapide.
Le secteur grouillait de Bêtes magiques. Des loups aux yeux rouges le fixaient.
Certains grognèrent et chargèrent, faisant régner la terreur.
Leur férocité sauvage se mêlait à une énergie démoniaque ; tout leur corps affichait leur brutalité.
Des gens ordinaires auraient paniqué, et même des soldats aguerris auraient perdu leur sang-froid. Mais pas Rem.
« Dégagez. »
Rem libéra sa pression. Elle différait de celle qu’avait manifestée le chevalier junior, mais, dans sa forme, elle lui ressemblait : il écrasa l’atmosphère autour de lui.
Par la seule force de sa volonté, il proclama qui il était.
Quelques Bêtes magiques hésitèrent, sans pour autant fuir. Rem poursuivit sa marche et balança sa hache avec des mouvements aussi réduits que possible.
À la verticale, à l’horizontale, en diagonale.
Trois coups brefs abattirent quatre Bêtes magiques. Pas trois : quatre.
Le deuxième coup horizontal emporta deux têtes d’un seul coup.
Après en avoir tué quelques-unes, il aperçut enfin celui qu’il cherchait.
L’homme qui faisait flotter des lances de jet dans les airs.
Il avait déjà compris le truc.
Des fils élastiques entouraient les lances. Ce n’étaient pas des fils venus de l’Ouest. Enfin, qui imiterait une Arme héritée avec une astuce pareille ? Voilà pourquoi il ne l’avait pas reconnue au premier coup d’œil.
Maintenant qu’il avait compris, il saisissait aussi la personnalité de l’homme et sa façon de se battre.
Il y avait toujours une raison pour que certains se présentent avec autant d’assurance.
Cette arme constituait à la fois la force et la faiblesse de l’homme. C’était du moins le jugement de Rem.
Alors, tout ce que ce continent t’a appris, c’est des tours bon marché, espèce de salaud.
Les fils étaient difficiles à voir, ce qui donnait l’impression que les lances flottaient.
« Hé ! »
Rem cria. L’homme qui courait devant lui regarda en arrière.
Il tourna la tête à moitié, les pupilles dilatées.
Quand il me poursuivait, il courait comme un dératé. Et maintenant, il vient à moi de son plein gré ?
C’était ce que semblait dire son visage.
« T’es mort. »
À ces mots, le Fou éternel esquissa un sourire incrédule sur son visage partagé entre jeunesse et vieillesse.
Il s’était précipité parce que l’Évêque-Loup semblait sur le point de tomber.
Quelques fanatiques à proximité chargèrent Rem.
« Infidèle ! »
« Ooooh, pour le Seigneur ! »
La hache dans la main droite de Rem bougea de nouveau. Deux coups rapides, et deux têtes jaillirent dans les airs.
Le regard du Fou suivit les mouvements de Rem dans leurs moindres détails.
Impossible qu’il se soit entièrement remis de ses blessures.
Il avait aiguisé la lame de sa hache à part ? Elle était absurdement tranchante.
Toujours affublé de son sourire ahuri, le Fou éternel s’arrêta.
Puis il se retourna. L’une des forces de l’Évêque-Loup était son incroyable vitalité. Il ne mourrait pas facilement. Autant s’occuper d’abord de celui-là tant que l’évêque tenait bon. Il ne pouvait pas combattre en exposant son dos.
Quelques fanatiques les observèrent, indécis.
À bien y regarder, ce n’était pas leur combat.
Rem se massa les côtes et vérifia sa cheville.
Il planta les orteils et fit pivoter son pied.
Pas mal.
« Alors, tu es venu ici pour mourir », dit le Fou éternel.
« Ouais. Je suis venu te tuer. »
Rem ne perdrait pas la guerre des mots.
* * *
Le Fou éternel faisait flotter des lances dans les airs.
Vu de côté, le spectacle relevait du pur mystère.
La sorcellerie, c’était ainsi qu’on appelait la magie de l’Ouest.
À ce niveau, on pouvait dire qu’il avait hérité d’une véritable branche de cette magie.
Bien sûr…
« Hé, ce n’est pas une Arme héritée non plus, pas vrai ? »
Quand on comprenait le truc, ce n’était pas si impressionnant.
« Sale taré. »
Le vétéran de la ville natale de Rem nia et lança une lance.
Même sans voir les fils, une fois qu’on connaissait le principe, il n’était pas difficile de suivre la trajectoire. Du moins, pas pour Rem.
Des fils invisibles projetaient la lance vers l’avant. Ils étaient probablement reliés à ses avant-bras et à ses doigts.
Clang !
Rem détourna la pointe de la lance avec sa hache, et une douleur lancinante lui traversa le flanc.
Au moment où il abaissa sa posture comme pour charger, le Fou tira une deuxième lance.
Et il ne s’arrêta pas là.
Les lances se multiplièrent. Deux devinrent trois, puis trois devinrent quatre.
Il fit flotter toutes les lances qu’il portait dans son dos.
Joli tour. Sacré sournois.
Rem ajouta la douleur lancinante de son flanc à sa rancune.
Il avait mal parce qu’il avait paré, tout ça à cause de ce salaud.
« Crève, pauvre imbécile. »
Quatre lances, auxquelles s’ajoutaient des avant-bras d’ours et des jambes de léopard.
Ne pas avoir hérité de la sorcellerie ne l’empêchait pas de la reconnaître.
C’était la trace d’une descente d’esprit.
Il avait élevé le maniement de la lance au rang d’art en y mêlant la sorcellerie.
« Espèce de fils de pute, à piquer de loin. »
Rem lança ces mots en guise d’admiration et de louange pour la technique de son vétéran, et le Fou ricana.
Ce crétin avait un sens du combat déplorable. Et il était bête, en plus.
Les guerriers de l’Ouest avaient-ils perdu de leur valeur ? Peut-être.
À son départ, il avait tué trop d’hommes réputés capables.
Et, par-dessus le marché, ils avaient versé trop de sang dans leurs luttes intestines.
Quoi qu’il en soit…
Si tu voulais gagner, tu aurais dû te rapprocher.
C’est ce qu’il aurait dû faire.
Bien sûr, il avait aussi prévu cette éventualité.
Il s’agissait de l’homme qui n’avait pas réussi à parer deux lances lors de leur précédent combat.
À cette distance, une quinzaine de pas environ, ses lances étaient à leur pleine puissance.
Autrement dit, le Fou éternel n’avait jamais perdu ce genre de combat.
Rem recula lentement le pied. Le Fou l’observa.
Un peu plus loin, ce serait mieux.
La portée des lances reliées par des fils dépassait vingt pas.
Pas une Arme héritée ?
Imbécile. À force d’expérience et d’entraînement, ma lance est devenue une arme divine, supérieure à une Arme héritée.
Le Fou était certain de l’emporter.
Les quatre lances réagissaient aux fils attachés à ses doigts.
Boing, boing : elles flottaient avec légèreté, deux de chaque côté de sa tête, et deux de chaque côté de ses avant-bras. Quatre lances parcouraient les airs.
Dans leurs mouvements de va-et-vient, elles semblaient tressaillir, impatientes de jaillir et de transpercer le corps de leur adversaire.
Et cet imbécile ose me foncer dessus sans sorcellerie.
Le Fou éternel était un vagabond qui avait passé sa vie à chercher un moyen de ne pas mourir.
Il avait plus de cent ans.
Au cours de tout ce temps, il avait acquis beaucoup de choses.
Une partie de la sorcellerie qu’il avait obtenue autrefois était aujourd’hui à l’origine de son arme favorite.
Graver des incantations sur des fils avait été un travail éprouvant, mais…
Regarde.
Il en avait fait une arme capable de maintenir ses adversaires sous pression et de les tuer, comme une Arme héritée.
Rem l’observa en silence.
Il croit déjà avoir gagné.
Certain de sa victoire. Imprudent, parce qu’il pensait être à la bonne distance.
« Quel putain d’idiot. »
Sur ces mots, Rem sortit l’arme qu’il avait préparée.
Pas de sorcellerie, pas de fil invisible. Mais si la seule force de ses muscles pouvait propulser un projectile dix fois plus vite que ses lances de jet, alors Rem était lui aussi à la bonne distance.
Il sortit une arme qu’il avait fabriquée en tressant de la peau d’ours et de l’écorce.
Une fronde.
Rem prit une pierre dans le sac de cuir grossier qu’il portait, la plaça dans la poche et se mit à faire tourner l’arme.
Le cuir tournoya autour de son épaule, de son bras et de sa main, puis s’éleva au-dessus de sa tête.
Chargée d’une pierre et de force centrifuge, la fronde forma un disque tournoyant au-dessus de Rem.
Fiiiiou !
Le bruit déchira l’air.
Pour Rem, la fronde était un jouet avec lequel il s’amusait depuis l’enfance.
Autrement dit, c’était une arme qu’il connaissait par cœur.
Il n’avait donc aucune chance de rater.
Il visa et tendit le bras. La pierre partit, sa force destructrice décuplée par la puissance centrifuge.
Même Rem ne parvenait pas à voir correctement la pierre en plein vol.
Non. Personne ici ne le pouvait.
« Hein ! »
Surpris, le Fou redressa d’un coup ses quatre lances, qui formèrent un mur.
Réflexes immédiats et esprit vif.
Et il eut de la chance.
Boum !
La pierre s’écrasa contre les lames des lances.
Le caillou gros comme un poing se brisa en dizaines de fragments qui retombèrent sur le Fou.
Les éclats frappèrent son épaisse armure de cuir et ricochèrent.
« Espèce de taré ! »
Les mains du Fou s’agitèrent dans la panique.
Le choc avait violemment repoussé le mur de lances. Une simple pierre avait déployé une force supérieure à celle de la sorcellerie.
Non, c’était seulement possible, ça ?
Peu importait l’adresse du lanceur : avec une seule pierre ?
La force seule ne pouvait pas suffire.
Il fallait manier une fronde comme le prolongement de sa main pour réussir un tel exploit.
Comment pouvait-on lancer aussi précisément à une telle vitesse ?
Il était encore sous le choc, même en parant.
Fiiiiou !
Un deuxième disque s’éleva au-dessus de la tête de Rem. Le son terrifiant lui martela les oreilles.
« Tu es juste là pour regarder ? »
Sur ces mots, la deuxième pierre partit.
Le Fou se baissa. Les lances s’écartèrent à gauche et à droite, puis s’abaissèrent avec lui.
Même avec une visée parfaite, une cible plus basse était plus difficile à atteindre.
Il lança aussi deux pointes de lance.
Elles rasèrent le sol. Une technique de lancer qui s’élevait depuis le bas : Aile de libellule.
Il lança deux lances et en garda deux pour se protéger, au cas où.
Fou éternel. Un surnom né de son refus de vieillir et de mourir.
Son corps lui était plus précieux que tout.
Rem détourna les lances qui arrivaient avec sa hache.
Cette fois, c’était différent.
Avec un minimum de mouvement, il les dévia et les guida à l’écart.
Un maniement de la hache proche de l’Épée fluide.
À la base, cet art relevait du maniement des armes et ne se limitait pas à l’escrime.
Malgré tout, ce genre de technique fluide ne convenait pas très bien à Rem.
« Où as-tu appris un tour pareil ? » marmonna le Fou.
« J’ai un salaud juste devant moi qui n’arrête pas de faire glisser ma hache. »
Rem était un génie. Il avait vu cette technique des dizaines de fois de près, et on l’avait utilisée contre lui à plusieurs reprises. Rien ne l’empêchait de l’apprendre.
Rien ne l’obligeait non plus à en faire son style principal, alors il ne l’avait jamais montré.
Pour l’instant, il s’en servait en défense, avec un minimum de mouvements.
Avec quatre lances, la situation aurait peut-être été différente. Mais il n’y en avait que deux. Il en avait déjà paré deux. Pas de quoi représenter une véritable menace. Il connaissait déjà cette attaque.
Après avoir aisément dévié les deux lances,
Fiiiiou !
Un troisième disque s’éleva.
Le visage du Fou prit une teinte bleuâtre.
Aussi fort qu’un ours et rapide qu’un léopard, aucun des deux ne pouvait rivaliser avec cette pierre en vitesse et en puissance.
Rem avait jugé l’issue de ce combat dès le début.
À quoi bon se battre au corps à corps alors que son corps était couvert de blessures ? Aucun intérêt.
Le fait que son adversaire soit un abruti aidait aussi.
Putain d’idiot.
S’ils s’étaient rapprochés et battus en risquant chacun la moitié de leur vie, même Rem n’aurait pas pu dire qui l’aurait emporté. Ces bras d’ours et ces jambes de léopard étaient issus d’une sorcellerie de descente d’esprit, précisément conçue pour ça.
Mais qu’est-ce que c’était que ça ?
Il était en train de faire la démonstration du parfait abruti ?
S’il avait pris son courage à deux mains, comblé la distance et combattu lance en main, en frappant et en lançant, qui sait ce qui aurait pu arriver ?
S’il avait sacrifié une partie de son avant-bras ou de son corps pour foncer et se rapprocher, Rem n’aurait pas pu le toucher si facilement avec sa fronde, surtout face aux jambes de léopard conférées par la descente d’esprit.
Mais son adversaire tenait à son corps et ne faisait que parer.
Il gardait ses distances et se battait comme un petit enfant timoré.
Non, même les enfants de l’Ouest ne se battaient pas comme ça.
Il avait vécu trop longtemps et amassé trop de choses ; désormais, il ne pouvait plus rien abandonner.
Le combat s’était joué d’abord dans les esprits.
Ah, l’idiot.
Si ça avait été Enkrid, il aurait risqué sa vie et chargé.
Cet adversaire était un crétin. Un crétin qui avait oublié comment se battre correctement.
« Pour un crétin qui ne sait même pas se servir de la sorcellerie ! »
Le Fou rugit de colère, mais c’était un mensonge. Il n’était pas en colère. Il avait peur.
Enkrid ne montrait jamais sa peur, quelle que soit la situation.
C’était un pèlerin qui avançait, un vagabond qui ne s’arrêtait jamais, un errant à la recherche d’un panneau indicateur.
Et c’était donc aussi un fou qui suivait sa propre voie.
« Tu ne lui arrives pas à la cheville. »
Rem prit la parole. La comparaison sautait aux yeux.
L’homme avait aligné ses lances et bloqué une nouvelle fois la troisième pierre.
Sous l’impact, la poussière de pierre se mêla au grésil dans les airs, forma un étrange tourbillon gris, puis disparut.
Fiiiiou !
Rem fit tourner un quatrième disque. Crac. Mais la lanière se rompit avant qu’il ait pu accomplir son office.
Cette arme devait résister à la force de Rem, à laquelle s’ajoutait la force centrifuge.
C’était normal.
La lanière rompue pendait sur le côté. Quand le Fou la vit, la joie remplaça la peur dans ses yeux.
« Imbécile ! Une bonne arme fait aussi partie de ta force ! Et tu m’as défié avec un déchet pareil ! Hahaha ! »
Mais qu’est-ce qu’il racontait ?
Laissant là cet idiot ravi, Rem sortit une deuxième fronde de sa poitrine.
Il croyait vraiment que Rem n’avait pas prévu que l’une d’elles puisse casser ?
La besace en bandoulière était pleine de pierres.
Il en avait au moins cinq autres de la même forme cachées sous ses vêtements.
Elle a quand même tenu trois lancers.
Il avait cru qu’elle casserait après deux tirs.
« Hein ? Hein ? Tu en as d’autres ? »
Les yeux du Fou tremblèrent.
« Imbécile. »
Rem ricana.
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