Chapitre 296
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
LE CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 296 : J’interroge le Père céleste.
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J’interroge le Père céleste.
Audin s’agenouilla et pria en silence.
De cette posture, il vit Enkrid tourner la tête d’une façon impossible.
Puis il vit le sprint qui le fit douter de ses propres yeux, la charge, le coup d’épée, le parchemin, le sort et l’explosion.
Kyaaaak !
À cette vue, Esther bondit aussitôt, mais Audin ne prit pas la peine de la retenir.
Ce n’était pas une panthère incapable de se débrouiller seule.
Il vit aussi Ragna s’élancer à son tour.
Le bretteur un peu lent d’esprit, qui se perdait à chaque tournant, courait droit vers Enkrid.
Ses pas semblaient d’une légèreté absurde.
Était-il jaloux ?
De ce soldat blond, un peu lent d’esprit, qui accourait là-bas ?
« Teresa l’Errante demande : quand est-ce qu’on se bat ? »
Quel agneau, assoiffé de bataille.
Pourtant, Audin ne se détourna pas de ce qu’il avait dans le cœur.
« On dit que les fruits trop verts sont acides et âpres. Le Père nous a dit que l’attente les faisait mûrir, tout comme elle faisait mûrir le cœur. Il a dit qu’Il voulait vous offrir de bonnes choses. Alors, Il nous a demandé de tenir bon, puis de tenir bon encore. »
« La patience, oui. »
Teresa s’agenouilla doucement à ses côtés.
Même agenouillée, elle restait grande par rapport aux soldats alentour. C’était pareil pour Audin.
On aurait dit deux ours attendant leur heure en silence.
Apprendre à patienter, puis avancer.
Audin adressa une brève bénédiction à Teresa en son for intérieur, puis reprit calmement sa prière.
Que faisaient en ce moment le berger et l’agneau fou à la tête de la Compagnie des Fous ?
Les saintes Écritures enseignaient qu’il fallait aider les jeunes et les faibles. Elles disaient au berger de protéger et de guider les moutons de son troupeau.
Son capitaine semblait précisément s’y employer.
Il avait sauvé l’enfant, l’avait repéré d’une manière ou d’une autre, avait tranché la chose sinistre qui l’enveloppait et l’avait fait exploser.
Père.
Tandis qu’il murmurait sa prière, au loin, des groupes de Bêtes magiques relevèrent soudain la tête et se mirent à foncer toutes ensemble.
Un nuage de poussière jaune-brun s’éleva sous le ciel sombre.
« Si elles percent avec ces Bêtes magiques, on est tous morts ! Arrêtez-les ! »
Au cri de Graham, l’infanterie lourde se mit en mouvement.
Audin entama une nouvelle prière, brève et directe.
J’interroge le Père céleste. Auriez-vous besoin d’un chien pour garder vos côtés ?
Il n’obtint aucune réponse. Pourtant, il se dit que oui.
Pour une Bête magique, être envoyée auprès de Dieu serait la plus grande des bénédictions.
Audin se releva.
« Je devrais aller lui accorder cette bénédiction moi-même. »
« Teresa l’Errante vous accompagne. »
Audin s’avança, suivi de Teresa.
Tous deux marchèrent vers la horde de Bêtes magiques. Les soldats alliés qui attendaient derrière eux s’écartèrent naturellement pour leur ouvrir le passage.
Ces deux grandes silhouettes s’engagèrent dans l’allée ainsi dégagée.
* * *
Aouuu ! Grrrrr ! Krrng !
Trois ou quatre loups, agrandis par leur transformation bestiale, bondirent pour barrer la route aux soldats.
« Tenez bon ! »
Boum !
Un loup abattit sa patte avant sur le bouclier rectangulaire qui couvrait plus de la moitié du corps d’un soldat. Le choc lui engourdit l’avant-bras.
« Piquez ! »
Bloquer et piquer. Le b.a.-ba de la tactique de l’infanterie lourde.
Les lances de soldats robustes embrochèrent plusieurs Bêtes magiques. Certaines eurent la tête éclatée dans un bruit humide, d’autres furent transpercées à la poitrine.
Il y avait trop de Bêtes magiques. La scène donnait le vertige. On pouvait parler d’une véritable vague de Bêtes magiques.
Paul, un soldat originaire d’un village côtier, savait à quel point la mer pouvait être terrifiante.
Il plaisantait souvent avec les autres, disant que même si une vague géante leur tombait dessus, un vrai homme de la mer devait la vaincre.
C’était exactement ce qui se passait en ce moment.
Ce n’était ni la mer ni la côte.
Mais des monstres leur déferlaient dessus comme une vague.
« Aaaaaah ! »
Paul puisa sa force au plus profond de son ventre.
Dans son village, rares étaient ceux qui pouvaient rivaliser avec lui.
S’il n’avait pas perdu son sang-froid et à moitié estropié le fils du chef du village, il ne se serait jamais retrouvé ici.
À présent, cette même force, celle qui avait à moitié estropié ce salaud, lui servait d’arme et de rempart pour rester en vie.
Il abattit de toutes ses forces, jusqu’à la dernière goutte d’énergie, le morceau de fer qu’il tenait à la main.
C’était une masse à tête ronde.
Fouu, paf !
Le loup qui se trouvait au sommet de la vague fut frappé de plein fouet et projeté au loin.
Du sang et de la cervelle giclèrent de son crâne fracassé et lui éclaboussèrent le visage.
Paul cligna une fois des yeux, ramena sa masse et frappa de nouveau.
« Haaaat ! »
Avec un cri, il l’abattit au-dessus de sa tête.
Boum ! Crac !
La masse écrasa l’épaule d’une Bête magique, puis dévia sur le côté. Son arme frappa le sol ; cette fois, il la fit remonter d’un coup sec.
Paf !
Elle fracassa alors la mâchoire d’une autre créature qui attendait une ouverture, plus bas.
Kkiing !
La mâchoire brisée, la créature roula sur le côté. Une autre Bête magique prit sa place.
« Aaaaaah ! »
Après en avoir tué trois à la force brute, Paul poussa un rugissement.
« Putain, Paul ! »
« Bien joué, espèce de bouseux ! »
« Tenez bon ! Tenez bon ! »
Paul était allé si loin qu’il avait jeté son bouclier et continuait de se battre sans lui.
Quelques soldats à ses côtés couvraient ses ouvertures avec leurs boucliers.
Il reprit son souffle et se prépara à recommencer encore et encore cette foutue tâche, quand soudain, tout bascula.
« Maman ! »
Un camarade d’ordinaire silencieux et sans peur cria après sa mère avant d’être projeté dans les airs.
La moitié de son corps avait été arrachée.
Ploc, ploc. Des entrailles et du sang tombèrent du ciel, mêlés au grésil.
Qu’est-ce que c’était que ça, maintenant ?
Grrrr.
Parmi les Bêtes magiques, Paul aperçut quelque chose d’effroyable.
Qu’est-ce que c’est ?
Son corps faisait deux fois la taille des autres. Non, cette comparaison n’avait aucun sens. Même accroupi, il dépassait son niveau de vue. Paul devait lever la tête pour voir son visage. Une Bête magique géante ?
Non.
Ce n’était pas une créature de ce genre.
Les Bêtes magiques étaient des animaux altérés après avoir été contaminés par l’énergie démoniaque.
Ce qu’il avait devant lui, c’était une Créature démoniaque. Un monstre qui portait en lui l’énergie démoniaque des temps primordiaux, l’ennemi naturel de l’humanité.
Une Créature démoniaque, un Loup sinistre.
La Créature démoniaque au pelage gris baissa ses yeux rouges sur Paul.
Un camarade qui protégeait la ligne de front se mit à trembler de tout son corps.
Le simple fait de la voir leur inspira une peur écrasante. L’envie de fuir les submergea aussitôt.
Pourtant, ils tinrent bon et levèrent leurs boucliers.
Ils résistèrent parce qu’ils s’étaient entraînés des années durant, jusqu’à cracher du sang.
Rien que pour cela, ils méritaient des éloges.
Grrrr.
Quand le Loup sinistre laissa échapper un grondement sourd et puissant, les jambes des soldats se mirent à trembler encore plus fort.
Ils voulaient résister, mais ne parvenaient pas à vaincre leur peur instinctive. Tout leur corps tremblait.
Paul aussi.
La main qui serrait sa masse tremblait. Ses genoux fléchissaient. Sa peau se hérissait. La peur assombrissait sa vision.
Je vais mourir ?
Paul pensa à la tisserande.
Je l’aimais.
S’il rentrait chez lui, il avait prévu de la demander en mariage.
Si elle acceptait un homme comme lui, il voulait lui proposer de vivre avec lui.
Il voulait quitter son village natal et s’installer ici, pour vivre auprès d’elle dans la tendresse et la chaleur.
Un jour, il voulait lui montrer la mer.
Il voulait aussi avoir des enfants.
Il voulait leur apprendre à pêcher.
Il lui restait tant de choses à faire.
Paul sentit la mort venir.
Il allait mourir.
Sans cet homme semblable à un ours qui s’avançait derrière lui, il serait bel et bien mort.
La main de l’ours se posa sur l’épaule de Paul.
« Que le Seigneur nous protège. »
Étrangement, ces quelques mots suffirent à faire disparaître la pression écrasante qui pesait sur tout son corps.
« Hou, hou, hou. »
Paul haletait, couvert de sueur froide, quand l’ours reprit la parole.
« Même aux petites créatures souillées par le mal, j’accorde ma bénédiction. »
Une bénédiction ? De quelle bénédiction parlait-il ?
Il eut à peine le temps de s’interroger. Le gigantesque soldat fou, Audin, bondit en avant.
Pour un homme de sa taille, sa vitesse était absurde. Aux yeux de Paul, Audin se brouilla soudain, puis sembla disparaître.
Plus de dix Bêtes magiques ressemblant à des loups lui barraient la route vers le Loup sinistre, mais c’était inutile.
Bam ! Jappe ! Crac ! Craque ! Crac ! Boum !
Qu’est-ce que c’était que ça ?
La confusion se lisait dans les yeux de Paul. À juste titre.
Audin, qui avait disparu, se tenait déjà au milieu des Bêtes magiques.
Ce ne fut qu’alors que Paul parvint à suivre son mouvement.
Sans ralentir sa course, Audin lança ses poings et ses pieds.
On aurait dit un chariot de guerre.
Ou plutôt un chariot d’assaut cuirassé.
Ces deux coups de massue portés par ce corps lancé à pleine vitesse transformèrent la meute de Bêtes magiques en cabots errants — non, en clébards abandonnés qui roulaient sur le sol d’un marché.
Leurs têtes étaient des tomates. Il les écrasait, les faisait éclater, les fracassait.
Paul en avait tué trois à la force de ses bras. Audin en abattit cinq ou six en passant simplement au milieu d’eux.
Certains furent projetés dans les airs.
Puis Audin, qui s’était déchaîné, se brouilla de nouveau et disparut.
Il avait accéléré un instant, comme pour épater quelqu’un. Comme s’il voulait montrer ce que signifiait vraiment la vitesse.
Crac, boum !
Il ne resta que ses empreintes. La terre jaune s’affaissa, laissant une profonde marque à l’endroit où il avait disparu.
Sa charge portait une force monstrueuse.
Les yeux du Loup sinistre suivirent Audin, qui avait disparu.
Fouu. Sa patte avant s’élança. La Créature démoniaque se déplaçait à une vitesse qui ne convenait pas à son immense carcasse.
Sa patte massive s’abattit avec une force explosive.
Alors, le corps du monstre qui se faisait passer pour un homme percuta celui du monstre qui se faisait passer pour un loup.
Craaaang !
La collision des deux monstres libéra une onde de choc.
Un cercle de terre se répandit dans toutes les directions.
Tous virent le monstre-loup et le monstre-homme se faire face.
À cet instant, comment appeler le sentiment qui remplaça la peur et l’effroi ?
Certains grands personnages étaient difficiles d’approche en temps normal. Mais sur un champ de bataille, quand ils se tenaient à vos côtés, rien n’était plus rassurant.
La Compagnie des Fous d’Enkrid était exactement cela.
« Bénédiction ! »
Audin cria de nouveau et lança son poing.
Le Loup sinistre esquiva d’un jeu de jambes anormalement vif, puis bondit pour le mordre.
Crang.
Le poing et la griffe s’entrechoquèrent à un cheveu près. Audin avait abandonné ses bâtons depuis longtemps. Alors, pourquoi le poing qui frappait la griffe d’une Créature démoniaque produisait-il ce bruit ?
Et quelle était cette bénédiction dont il parlait ?
La bénédiction évoquée par Audin consistait manifestement à envoyer le loup au ciel.
Et ce qu’il tenait dans sa main, à présent, c’était précisément cette bénédiction.
De la violence fondée sur la force brute.
Pour une Créature démoniaque, la plus grande des bénédictions était de mourir et de demeurer aux côtés de Dieu.
Audin comptait la lui accorder lui-même.
« Vous allez rester plantés là à regarder ?! »
Le rugissement du commandant, depuis la ligne d’infanterie, éclata.
À ce cri, Paul leva sa masse qui pendait à son côté.
« Écrasons-les tous ! »
« La ferme, idiot, formez les rangs ! Le premier qui se jette en avant y passe ! »
« Paul, espèce de bouseux. Si tu veux rentrer régler tes comptes avec Desiang, ferme-la et tiens ta formation ! »
Le chef d’escouade rugit de colère.
Paul lui obéit.
Ce ne fut qu’alors que la joie d’être encore en vie l’envahit.
Bien sûr, ce n’était pas encore le moment de s’en réjouir.
La bataille faisait toujours rage, et il se trouvait en plein milieu.
Pourtant, Paul avait l’impression qu’il ne mourrait pas.
Il s’était tenu juste devant un Loup sinistre et avait survécu.
Pas question qu’il meure sous les crocs de ces Bêtes magiques miteuses, pareilles à des cabots.
« Levez les boucliers ! »
« Levez les boucliers ! »
L’infanterie lourde, fière troupe permanente de la Garde-frontière, déploya de nouveau son impénétrable défense de fer.
Ce n’étaient pas de véritables soldats d’assaut lourd. Leur meilleur choix, à présent, était donc de défendre leur position et de garder leur formation.
Leurs efforts furent bientôt récompensés.
« Si vous avez quelque chose en réserve, utilisez tout. »
C’était ce que Kraiss avait dit lors de la troisième bataille.
Graham fit exactement cela.
« Déployez-vous. »
À ce seul mot, des pointes de lance fondirent sur le flanc de la meute de Bêtes magiques.
« Vous croyez être les seuls à avoir un atout dans votre manche ? »
Hiiii !
La cavalerie apparut enfin ; jusqu’ici, elle n’avait jamais été envoyée en première ligne.
« Fiiiiou ! »
Un ancien mercenaire chevauchant en tête siffla longuement.
À ce signal, les chevaux chargèrent.
Ceux qui étaient cachés derrière le rempart surgirent en file indienne.
Boum, boum, boum, boum, boum !
À mesure que les chevaux s’élançaient les uns après les autres, leurs sabots faisaient trembler le sol.
C’était une unité improvisée, composée de mercenaires qui maîtrisaient le combat à cheval.
Improvisée, certes, mais pas dépourvue de mobilité.
Ils manquaient d’entraînement et leur technique laissait à désirer, mais cela suffisait de charger et de fracasser l’ennemi.
Surtout…
Hiiii !
Un cheval sauvage, plus grand que les chevaux de guerre ordinaires qui venaient de rejoindre le combat, prit la tête et fit quelque chose d’insensé.
Qu’est-ce que c’est que ça, maintenant ?
Le mercenaire en resta stupéfait, mais ses mains et ses jambes, aguerries par toute une vie passée à tuer contre de l’argent, continuèrent de faire leur travail.
Il accompagna la charge du cheval sauvage et abattit son espadon.
Il inclina la lame selon son élan, et une Bête magique s’y empala par la tête.
Paf !
La bête décapitée fut projetée sur le côté.
Pour une raison ou une autre, le cheval sauvage avait l’air ravi. Il fonça tête baissée sur une Bête magique, fit volte-face, puis reprit de la vitesse et chargea de nouveau sur une courte distance.
Il répéta la manœuvre plusieurs fois et, à vrai dire…
De sa vie, le mercenaire n’avait jamais vu un cheval pareil.
C’est un numéro de cirque ?
Le mercenaire n’en revenait pas, mais il n’y prêta pas plus attention : le cheval était un allié, et c’était celui d’Enkrid.
Chercher à le comprendre ne ferait que lui donner mal au crâne.
Au milieu de la mêlée chaotique, Teresa passa près de la meute de Bêtes magiques et se dirigea vers l’arrière.
Quelques bêtes la virent avancer seule et lui foncèrent dessus, la prenant pour une proie facile.
Teresa s’en débarrassa sans bruit.
Elle bloqua avec son bouclier, empoigna sa lame et balança son épée comme une massue pour les repousser.
Jappe !
Plusieurs des bêtes touchées tournèrent autour d’elle. De petits salauds sans peur.
Devait-elle les tuer avant de continuer ?
Teresa y réfléchit brièvement, mais comprit qu’elle était déjà trop tard.
« Toi. »
L’Évêque-Loup se tenait devant elle. Elle n’avait aucune idée de quand il était arrivé. La rumeur était-elle vraie ? Était-il vraiment né et avait-il grandi dans le Royaume démoniaque ?
Cette pensée lui revint.
Mais surtout, c’était lui qui l’avait envoyée ici.
« Sale pute apostate. »
L’évêque lança l’insulte, et Teresa lui répondit :
« Je suis Teresa l’Errante. De quoi parlez-vous, tout à coup ? »
Elle prétendit ne pas le connaître. Teresa était plus effrontée qu’il ne l’aurait cru. Du moins, ce n’était pas la Teresa que l’évêque connaissait. Celle-là était morte.
Elle pouvait donc se permettre d’être effrontée, désormais.
« Quoi ? »
« Je ne vous connais pas. Je ne comprends donc pas pourquoi vous me parlez ainsi. »
L’Évêque-Loup explosa de rage.
« Espèce de salope ! »
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