Chapitre 295
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 295 : Quel est ton rêve ?
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Enkrid s’arrêta en sortant et leva les yeux. Un ciel blafard, chargé de nuages ternes, pesait au-dessus de lui.
« On dirait que quelque chose va tomber. »
Combien de fois cette journée s’était-elle écoulée, maintenant ?
Cette fois, c’était différent. Avant, quel que soit le nombre de répétitions, il gardait toujours le compte des « aujourd’hui ».
Il se souvenait de chaque journée d’une manière différente.
Mais pas cette fois.
Pourquoi était-ce différent ? Pourquoi l’avait-il vécue autrement que les précédentes ?
Parce que son champ de vision s’était rétréci.
Parce qu’il avait eu l’impression de pouvoir régler d’un seul coup ce qui se trouvait juste devant lui, puis continuer d’avancer.
Enkrid était un homme, lui aussi, et l’impatience s’était insinuée en lui.
Cette impatience avait rongé sa vision. Elle lui barrait la vue et l’empêchait de comprendre la situation dans son ensemble.
Il se sentait comme un cheval de course.
Comme si on lui avait mis des œillères pour l’obliger à courir droit devant lui.
Qui avait fait ça ? La situation elle-même.
Et le Batelier y avait ajouté une cuillerée d’assaisonnement.
S’était-il fait manipuler ?
Ou avait-il appris quelque chose ?
Il avait appris. On avait toujours quelque chose à apprendre de tout.
Enkrid contempla le ciel sombre, sentit le vent et huma l’odeur du champ de bataille qui persistait depuis deux jours entiers.
Il ne s’était pas contenté de voir, d’entendre et de sentir.
Il avait oublié les regards posés sur lui. Il avait même oublié un instant où il se trouvait. Il avait relégué la situation présente à l’arrière-plan.
Puis il fit le point.
Il repassa encore et encore toutes les journées qu’il avait vécues.
Même pour Enkrid, c’était une première.
Même si un enfant courait lentement, le trajet ne durait pas si longtemps.
En ce bref laps de temps, son examen avait commencé et s’était achevé.
« Les paroles du Batelier étaient aussi un problème, mais… »
La faute la plus grave lui revenait : il n’avait regardé qu’une seule chose et s’y était enfermé.
« Le Point de concentration peut aussi brouiller la vue. »
Tous ceux qui l’observaient ne comprenaient pas ce qu’il faisait.
Qu’il soit sorti parce qu’un enfant accourait était déjà assez étrange.
Qu’il soit parti seul, comme pour accueillir quelqu’un, l’était encore plus.
Et puis il ne s’était même pas dirigé vers l’enfant : il était resté planté là. C’était le plus étrange de tout.
Pour tous les spectateurs, chaque geste était donc plus absurde que le précédent, au point de leur embrouiller l’esprit.
« Mais qu’est-ce qu’il fout ? »
grommela un soldat ennemi.
« Regarde, c’est tout. »
Un mercenaire des Bandits des Lames Noires lui tapota la tête en répondant.
Alliés ou ennemis, tous trouvaient la scène déroutante.
Et pour cause.
D’un côté, un enfant avait surgi. De l’autre, un homme qui combattait le commandant ennemi, celui qu’on appelait le héros de la Garde-frontière, s’était élancé.
C’était absurde, mais tout le monde s’attendait à ce qu’Enkrid protège l’enfant.
Sinon, il le prendrait pour un ennemi et l’abattrait.
On observait une situation et on devinait ce qui allait suivre. C’était ça, une attente.
En cet instant, Enkrid captait tous les regards par son comportement imprévisible.
« On dirait de la neige. »
Enkrid marmonna seul au milieu du champ de bataille, mais personne ne l’entendit.
Qu’est-ce qu’il fabriquait, au juste ?
La confusion et l’incrédulité s’entremêlèrent et clouèrent les deux camps sur place. Ils ne pouvaient que regarder.
Le vieux mage, qui maintenait le fil de sortilège relié au parchemin pour pouvoir l’activer, restait plongé dans une concentration absolue.
S’il détournait les yeux ne serait-ce qu’un instant, le fil de pouvoir magique relié au parchemin disparaîtrait.
Il ne pourrait alors plus l’activer à distance.
L’enfant n’avait pas le loisir de regarder autour de lui.
Il courait simplement parce qu’on lui avait dit de courir.
Je veux vivre.
L’enfant le souhaitait de toutes ses forces. Dès sa capture, il avait instinctivement compris qu’il n’y avait aucune issue, mais un lambeau d’espoir le poussait encore à avancer.
Peut-être qu’il y avait un moyen. Il ne savait pas lequel, mais peut-être pourrait-il vivre. Qui sait, la déesse de la Fortune verserait peut-être une larme pour lui.
La chance était toujours une variable.
Je dois vivre, quoi qu’il arrive.
L’instinct de survie de l’enfant faisait avancer ses jambes à la place des larmes.
Et dès qu’Enkrid avait compris la situation et l’avait passée en revue, plusieurs éléments qui lui avaient échappé lui sautèrent aux yeux.
Le parchemin.
Quelqu’un m’observe et l’active. Il n’est pas loin. Il est dans mon champ de vision. Cette manœuvre n’a jamais reposé sur de grandes attentes. Malgré tout, c’est une sacrée bonne saloperie. Comment ? Ils me connaissent.
Son intuition s’embrasa de nouveau.
Ce n’était pas le moment de se concentrer uniquement sur le combat.
Si quelqu’un l’observait, il lui suffisait de dissimuler ses intentions et de gagner du temps.
Comment dissimuler ses intentions à son adversaire ?
Attirer son regard par un geste inattendu.
C’était la base de l’Escrime à l’épée de mercenaire du Style de Vallen.
Enkrid mit donc son escrime en scène.
Il y mêla aussi ce qu’il avait appris en observant Crang.
Crang savait capter l’attention des gens et imposer son autorité à l’atmosphère.
Enkrid l’imita.
Un geste, de légers mouvements du corps, son pied blessé tiré en arrière, le poids chargé sur son pied droit pour le Pas claudicant.
À le regarder, on aurait cru qu’il allait bondir en avant.
Si Crang captait l’attention par ses discours,
Enkrid, lui, attirait tous les regards par ses mouvements.
Dans une posture qui semblait prête à exploser vers l’avant, il posa la main sur la poignée de son épée.
Il va dégainer.
Il va frapper.
Ses mouvements le faisaient croire à tout le monde.
Ce n’est qu’alors que l’enfant aperçut enfin Enkrid.
Ah, je vais mourir.
L’enfant renonça à vivre.
Ses pas ralentirent.
Enkrid entra dans le champ de vision du mage. Celui-ci se prépara à activer le parchemin. Il élargit son champ de vision et ajusta sa visée.
Il comptait déclencher le sortilège après cinq pas de plus de l’enfant.
Depuis cette posture, Enkrid exécuta une technique.
On appelait cela de l’escrime, et pourtant, c’était autre chose.
Pouvait-on vraiment appeler ça de l’escrime ? Difficile à dire.
Vallen l’avait décrit tantôt comme une technique, tantôt comme un art.
Épée de mercenaire du Style de Vallen : feinte de diversion.
Un sursaut.
Enkrid, prêt à bondir, eut un brusque tressaillement de l’épaule et tourna la tête sur le côté. Il était trop loin pour qu’on distingue son expression, mais tous eurent l’impression qu’il avait été surpris et qu’il venait de pivoter la tête.
Il n’était pas nécessaire de parler pour communiquer une intention. Les gestes suffisaient.
On ne cache pas ses intentions : on les couvre.
Il lui fallait seulement une brève ouverture.
Même le mage perdit un instant sa concentration lorsque Enkrid tourna la tête.
Y avait-il quelque chose là-bas ?
Pendant ce bref instant, l’attention de tous se détourna sur le côté.
Lykanos et tous les ennemis firent de même.
Graham, leur commandant allié, Audin et même la Compagnie des Fous tombèrent dans le panneau.
C’était parfait.
Et il n’y avait rien.
Seulement un vent sec et âpre, qui cinglait la peau et charriait de la poussière.
« On s’est fait avoir ! »
cria Lykanos.
Dans cette ouverture, Enkrid fonça.
Le Sens de l’esquive était un réflexe instinctif.
Enkrid y superposa son intention.
En rassemblant tous ses aujourd’hui, il lança l’épée la plus rapide.
Il maîtrisa la force de chaque articulation des doigts de sa main gauche, tandis que les muscles qui se déployaient vers l’avant restaient souples et détendus.
Son corps, en revanche, lui paraissait lourd.
L’air pesait sur lui comme s’il était prisonnier de la boue.
Dans cette pression épaisse comme de la boue, sa tête et ses yeux brûlaient.
Il vit les yeux écarquillés de l’enfant, la morve qui coulait et la bouche entrouverte.
Tout semblait lent.
Dans un monde où tout avait ralenti, Enkrid fut le seul à tendre son épée.
Le vent fut repoussé dans un grondement sourd.
La lame trancha le lien qui retenait le parchemin. Elle jaillit, puis balaya les côtés, coupant tous les points d’ancrage.
Après son passage, de petites entailles apparurent sur le corps de l’enfant.
Ce n’était pas un travail de précision. C’était un maniement de l’épée reposant entièrement sur la vitesse et le poids.
Il ne pouvait pas accomplir le miracle de ne couper que les vêtements.
Tic.
Le parchemin tranché s’envola dans les airs.
Sans s’arrêter, Enkrid attrapa l’enfant et bondit sur le côté comme s’il s’envolait.
La plaie sur son tibia gauche se rouvrit sous l’effort, mais ce n’était pas le moment de s’en soucier.
Le vieux mage n’avait pas complètement détourné les yeux, mais une faille s’était ouverte dans son attention.
Cela retarda un peu l’activation du sortilège.
Flash : le parchemin s’embrasa de nouveau.
Enkrid, l’enfant dans les bras, roula au sol.
Une chaleur brûlante lui râpa le dos. On aurait dit une langue de feu en train de le lécher.
Son dos le brûlait, mais il était vivant. L’enfant qu’il tenait dans ses bras aussi.
« Huaa. »
Il expira une fois, et son souffle chaud effleura les cheveux de l’enfant.
Il était étendu de travers sur le sol.
« … Ah. »
Tout le monde se tut. Personne ne trouvait les mots pour décrire ce qu’Enkrid venait de faire.
Ses alliés n’étaient pas en reste.
À cet instant, toujours en tenant l’enfant, Enkrid reprit son souffle et demanda :
« Quel est ton rêve ? »
« … Hein ? »
L’enfant était si abasourdi qu’il ne savait même pas s’il était vivant ou mort. Il ne parvenait pas à répondre correctement.
Il semblait s’être fait dessus, aussi.
La cuisse d’Enkrid était mouillée.
Sans se soucier de la saleté qui lui coulait dessus et souillait son armure, Enkrid répéta sa question :
« Qu’est-ce que tu veux faire, quand tu seras grand ? »
C’était une question banale. Il cherchait à calmer l’enfant, et elle lui était venue avec un souvenir du passé.
Elle n’avait rien de profond.
« J-je… Je veux devenir cueilleur d’herbes. Je serai cueilleur d’herbes, comme ma mère. »
L’enfant répondit. Ces yeux, ces yeux qui avaient été remplis d’effroi, parlaient de vie.
Ils parlaient des jours à venir.
Un enfant courageux. Un enfant qui avait couru vers la mort tout en s’accrochant de toutes ses forces à la vie.
Enkrid avait voulu devenir chevalier.
Ce rêve d’enfant, né il y a longtemps, l’avait mené jusqu’ici.
Il se demandait souvent pourquoi il brandissait son épée.
La réponse n’était jamais la même.
Mais aujourd’hui, son épée serait au service d’un enfant qui avait un rêve.
« Alors, fais-le. »
Il se releva. Il repoussa l’enfant derrière lui, presque en le jetant en arrière.
« Ton dos… ton dos… »
marmonna l’enfant d’une voix tremblante.
« Cours. Ne te retourne pas. »
En réponse à ces mots, Enkrid cria sans même prendre le temps de reprendre son souffle :
« Ragna ! »
Viens me couvrir.
Il n’avait pas besoin d’en dire davantage. Ragna comprendrait.
Enkrid reporta son regard devant lui. Le sortilège venait d’échouer.
Lykanos chargeait, le visage déformé par la sauvagerie.
Autour de lui, des hommes aux yeux injectés de sang accouraient, armés d’épées fines comme des broches. Ils avaient l’air anormaux, comme s’ils avaient pris de la drogue. Leurs yeux étaient injectés de sang et les muscles de leurs membres, plus gonflés qu’avant.
Ils frappèrent le sol de leurs jambes épaissies et se ruèrent sur lui.
« Tuez-le ! »
cria Lykanos en jetant son fourreau de fer.
Il avait vu cette frappe, à l’instant. S’il l’affrontait à la légère, c’était lui qui serait touché.
La blessure de son adversaire n’avait aucune importance.
Enkrid leva lui aussi son épée.
La longue épée bleutée qu’il tenait dans la main gauche pointa vers l’ennemi.
Il en aligna la pointe et fit face à l’assaut.
Des épées fines comme des broches surgirent de quatre directions — à gauche, à droite, au-dessus et en dessous — tandis que Lykanos arrivait de face.
À première vue, les lames semblaient frapper toutes en même temps, mais ce n’était pas le cas.
De légères différences les séparaient.
Il les vit.
Des points et des lignes apparurent et se relièrent à nouveau dans le champ de vision d’Enkrid. Alors, il contracta ses muscles et frappa.
Clang ! Clang ! Clang ! Clang ! Clang !
Cinq épées furent déviées.
Les lames, terriblement rapides, attaquaient avec une précision implacable, mais pas une seule ne toucha Enkrid.
Lorsque les cinq coups partirent, Enkrid utilisa ses jambes avant son épée.
Il étira son pied gauche sur le côté, prit appui sur le droit et fit un pas en biais.
Son corps pivota naturellement à demi.
À mesure qu’il se décalait vers la gauche, il dévia les deux lames qui venaient de ce côté.
Puis il bougea de nouveau les pieds, recula d’un pas et demi et écarta les deux coups qui venaient de la droite.
Enfin, il se servit du plat de sa lame pour dévier l’estoc de Lykanos et le laisser glisser.
Quelle erreur !
Après avoir bloqué les quatre hommes de main, Enkrid aurait dû laisser une ouverture, que Lykanos aurait dû exploiter d’un coup d’estoc. Mais il n’avait pas lancé son épée la plus rapide.
Selon ses propres critères, il avait frappé à une vitesse tout juste moyenne.
C’est pourquoi Enkrid avait bloqué les cinq épées.
Plus encore, en voyant la vitesse de la lame de son adversaire, Lykanos faillit en avoir le cœur qui s’arrêtait.
« Espèce d’enfoiré !
Comment ta technique a-t-elle pu progresser à ce point, d’un seul coup ? »
En matière de vitesse pure, Enkrid n’avait jamais atteint un tel niveau. Et voilà qu’il venait soudainement d’égaler celui de Lykanos, à ses yeux.
En vérité, il avait progressé grâce aux innombrables répétitions de ces journées et à toute l’expérience accumulée au fil du temps, mais son adversaire ne pouvait pas le savoir.
On aurait seulement dit qu’Enkrid avait observé une fois le talent particulier de Lykanos et l’avait copié.
Bien sûr, Lykanos avait forgé sa propre technique de la même manière : en observant les autres et en s’entraînant encore et encore.
Est-ce que cela avait la moindre importance, à présent ?
La seule chose qui le préoccupait, c’était ce qu’il venait de voir.
Lykanos était certain qu’en frappant encore quelques fois, il pourrait tuer Enkrid.
Mais rien ne se déroulait jamais tout à fait comme prévu.
Boum !
Un impact net lança l’assaut.
Tranché !
Le bruit de la peau et de l’armure qui se faisaient couper ensemble.
Boum !
« Aaah ! »
Un cri d’agonie suivit le vacarme.
Quelque chose déboula sur le côté et écrasa ses alliés dans son sillage.
Ce n’était pas une force en formation.
C’était un seul homme, qui chargeait tout seul.
Des cheveux blonds fouettaient l’air. Sans casque, un homme brandissait une épée aussi longue et immense que lui, tel un ouragan.
Ses yeux rouges traçaient des lignes dans l’air. Ses cheveux blonds les traversaient, puis l’épée suivait.
Il frappait si fort que même cette gigantesque épée à deux mains, massive et épaisse, semblait se tordre.
Fouu, crac !
Il abattit son arme, la fit tournoyer sur le côté, pivota et lança une estocade.
Chacun de ses coups était une technique mortelle.
L’unité que Lykanos avait lui-même constituée fut massacrée sans répit.
« Kghaa ! »
Même après avoir pris de la drogue juste avant la bataille, ils se faisaient repousser. Leur adversaire était un monstre, lui aussi.
« Je m’occupe de ce côté. »
lâcha Ragna en passant devant lui. Du sang coulait sur ses cheveux blonds. Un instant plus tôt, il avait fendu un soldat en deux d’un coup ascendant, faisant gicler ses entrailles et son sang.
« Putain. »
Les yeux de Lykanos s’écarquillèrent. C’était une crise. Un danger. Une menace.
Mais ça ne pouvait pas être la fin.
Les Bandits des Lames Noires n’étaient pas la seule force présente ici.
* * *
« Maintenant ! »
L’Évêque-Loup jugea que s’ils tardaient davantage, ils n’en tireraient pas grand-chose.
« Détruisez les mécréants ! »
À son cri, les fanatiques se levèrent.
Ils n’étaient pas si nombreux, en réalité.
La force principale de ce côté-là était constituée des bêtes magiques louves.
L’Évêque-Loup donna un ordre à la bête meneuse, reliée à lui.
« Tuez-les tous. »
Les bêtes se déchaînèrent bientôt comme une vague.
Elles étaient plus de deux fois plus nombreuses que ne l’avait estimé la Garde-frontière.
Des centaines d’entre elles surgirent sur le champ de bataille et chargèrent.
« Toi aussi, tu dois bouger. »
L’évêque se tourna vers l’homme qui se tenait à côté de lui et s’adressa à lui. C’était un hérétique d’origine barbare qu’ils avaient recruté comme une sorte de mercenaire.
L’homme resta là, l’air absent, fit tournoyer sa courte lance quelques fois et répondit :
« Ce n’est pas encore mon tour. »
« Espèce de… »
L’Évêque-Loup le détestait profondément, mais reconnaissait malgré tout son talent.
Il prétendait être venu ici pour obtenir quelque chose qui lui permettrait de vivre éternellement et de ne jamais vieillir ?
Quelle plaisanterie.
S’il voulait vraiment quelque chose, il n’avait qu’à se consacrer à la secte.
Essayer d’obtenir des choses par un marché, quelle absurdité.
L’évêque se moqua de lui et suivit la horde de bêtes.
Bientôt, il aperçut les troupes ennemies qui chargeaient.
« Infanterie lourde, en avant ! »
Quelques imbéciles s’avancèrent pour barrer la route, mais c’était risible.
« Frère. »
Lorsqu’il appela le frère auquel il était lié par l’esprit, une bête bien plus grande que les autres se dressa parmi les bêtes magiques louves.
« Awooooo ! »
Un hurlement de loup éclata. Ce n’était plus le hurlement d’une bête magique, mais celui d’un loup démoniaque ; il écrasait l’air et déversait une vague de pression.
Un monstre qui vous faisait fléchir les genoux rien qu’en le regardant.
Un loup né créature démoniaque : un Loup sinistre.
Son pelage noir mat engloutissait la lumière alentour.
Tout autour de lui paraissait plus sombre encore.
De la neige fondue tombait alors du ciel, mais la chaleur que dégageait le Loup sinistre faisait fondre les flocons en plein vol avant qu’ils ne puissent toucher son corps.
On aurait dit leur propre avenir. Comme s’ils allaient, eux aussi, fondre et disparaître.
En voyant la bête, le soldat de tête de l’Infanterie lourde déglutit péniblement.
Est-ce qu’on peut seulement arrêter ça ?
Le doute s’empara de lui.
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