Chapitre 284
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 284 : S’ils manquaient d’expérience, il fallait la leur faire acquérir ; s’ils avaient des faiblesses, il fallait les éliminer
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Quelques escarmouches avaient étrangement changé l’ambiance sur le champ de bataille.
Ils veulent se battre, oui ou non ?
C’était ce que les Bandits des Lames Noires et l’armée des cultistes auraient voulu demander.
Ils s’étaient attendus à des affrontements brutaux, mais l’élan retombait sans cesse. Ce genre de combat s’était déjà produit plus d’une douzaine de fois.
Malgré tout, se lancer à l’assaut les premiers était risqué.
« Le Maître de la Terre Maudite a dit de ne jamais faire confiance aux voleurs. »
Les Lames Noires semblaient prêtes à leur jouer un tour dans le dos. L’armée du baronnet Tarnin ne valait pas mieux.
« Ne chargez pas les premiers. Tenez vos positions pour l’instant. »
« Ah, ils chargent encore aujourd’hui ? Ces salauds ne se lassent donc jamais ? »
Aux paroles de Lykanos, Tarnin répondit en fourrant du jerky dans un morceau de pain.
Ce salaud ne cessait jamais de manger, pas même un instant.
La tension d’autrefois avait disparu.
L’Armée permanente de la Garde-frontière faisait des choses si saugrenues que tout le monde s’était naturellement détendu.
Lykanos, lui, était différent.
Qu’est-ce qu’ils cachent ?
Il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus, mais son instinct, aiguisé par des années passées sur les champs de bataille, lui soufflait une chose.
Le plan de l’ennemi n’avait rien d’ordinaire.
Il sentait le danger. Un danger profond, terriblement inquiétant.
Le porc de baronnet à côté de lui se remit à jacasser.
Il devait encore débiter des sottises du genre : « Écrasons-les tout de suite, nous sommes largement plus nombreux. »
« La ferme. »
Lykanos n’était pas assez idiot pour ignorer son propre instinct.
Le baronnet lui lança quelque chose en couinant, mais Lykanos ne releva pas.
« En position défensive. »
Lykanos n’avait pas d’autre choix que de maintenir la même stratégie.
Il n’avait pas le choix. Il ne pouvait faire confiance ni aux cultistes ni au camp d’Azpen.
Un couteau dans le dos ?
Alors le nom des Lames Noires en serait couvert de honte.
Le groupe auquel il appartenait était destiné à devenir la plus grande bande de brigands du continent.
Un groupe pareil ne pouvait pas se laisser entraîner dans une affaire qui les conduirait à une mort certaine.
Ainsi, en ce jour d’hiver où les nuages s’étaient dissipés et où une lumière pure tombait du ciel, une nouvelle journée de bataille se leva.
* * *
« La douleur qui me tue se dresse devant moi ! »
« À mort, la douleur ! »
Bell trouvait que leurs slogans devenaient de plus en plus étranges, mais, sans même s’en rendre compte, il contribuait à les rendre pires encore.
« La douleur qui tue, ça fait un bien fou ! »
Le tout avait pris une tournure encore plus sinistre, mais les slogans n’étaient pas les seuls à avoir changé.
Les soldats se déplaçaient autrement, désormais.
Ils n’avaient plus besoin d’ordres à moitié insultes, à moitié commandements.
Évidemment que non.
Ces hommes étaient déjà entraînés. La Compagnie des Fous les avait tourmentés et roués de coups.
Quiconque n’avait pas suivi l’entraînement de base n’avait même pas été placé dans les rangs au départ.
C’était aussi l’idée de Kraiss.
Comme si on ne manquait pas déjà d’hommes.
Bell avait trouvé que c’était encore une belle connerie. Il avait eu envie de dire que les vrais champs de bataille ne fonctionnaient pas comme ça.
Finalement, il n’avait rien dit.
« Faites comme ça. »
Enkrid se tenait derrière eux, et Graham avait donné son aval.
« L’idée est simple. S’ils manquent d’expérience, faites-la leur acquérir. S’ils ont des faiblesses, éliminez-les. C’est à ça que ça sert. »
Si des soldats mal entraînés se mêlaient aux autres, toute l’armée s’en trouvait affaiblie.
Il fallait rassembler ceux que l’entraînement avait endurcis, puis continuer à les marteler. Comme le fer qui se renforce sous les coups, ils se fortifieraient au contact du véritable combat.
La théorie de Kraiss était devenue réalité, et Bell en était l’un des résultats.
Un soldat après l’autre, ces hommes avaient surmonté un entraînement qui tenait de l’enfer, avant d’être trempés au marteau des combats réels.
« La fleur du champ de bataille, c’est… »
« L’infanterie ! »
« La fleur de la douleur, c’est… »
« La putain de joie ! »
Les chants dévoyés, la chaleur, les acclamations et l’élan qui bouillonnait dans leurs poitrines les embrasaient.
« Tuez-les tous ! »
Bell poussa un cri.
Si, lors des dernières batailles, ils n’avaient fait qu’un pas, cette fois ils en faisaient deux. Plus question de tâter le terrain et de traîner en longueur. Ils attaquaient les premiers, et de toutes leurs forces.
Bell se tenait au premier rang.
Il croisa le regard meurtrier d’un mercenaire des Lames Noires qui se ruait sur lui, des yeux étincelants sous un casque de fer enfoncé jusqu’aux sourcils.
L’homme abattit son épée à deux mains au-dessus de sa tête.
Le coup, lourd de poids et de puissance, s’écrasa vers lui. Bell ne réagit pas.
À ce rythme, il aurait dû mourir.
Au lieu de parer, Bell planta son pied gauche dans le sol, rejeta les hanches en arrière et concentra toute sa force dans ses deux bras.
Ses muscles se gonflèrent sous l’effort, tendus à craquer. Il se concentra, força davantage et pointa sa lance vers l’avant.
Il avait élaboré cette attaque après des jours de réflexion : une estocade qui engageait tout le corps dans une torsion.
Le mercenaire paniqua. Ce salaud est complètement fou ? Malgré tout, il acheva son geste.
C’était à peu de chose près un échange de coups mortels.
Il lui suffisait de frapper le premier. Il comptait taillader Bell tout en esquivant la lance dans le même mouvement.
Mais l’épée qui s’abattait n’atteignit jamais son but.
Deux soldats s’étaient déjà placés de part et d’autre de Bell et avaient couvert l’espace au-dessus de sa tête avec leurs lourds boucliers ronds.
Bang !
La lame s’écrasa contre le métal du bouclier.
Puis un coup, qu’aucun gambison, cuir ou mailles ordinaires n’aurait pu arrêter, explosa contre le torse du mercenaire.
Boum !
La pointe aiguisée de la lance transperça le gambison et le cuir, ouvrant un trou dans son ventre.
Le manche ressortait de son abdomen comme un ornement grotesque.
« T-tu… espèce de cinglé. »
Le soldat ennemi parla, le sang jaillissant de sa bouche.
Il lâcha son épée, agrippa le manche qui lui traversait le corps, chancela, puis tomba en arrière.
Crriiiic. La pointe de la lance racla le sol tandis qu’il s’effondrait ; son corps bascula et s’affaissa sur le côté.
Il mourut, le corps de travers.
« Ça s’appelle une stratégie, espèce de singe débile. »
Bell lâcha la lance en parlant.
La retirer lui prendrait trop de temps. Il recula et saisit une nouvelle lance.
Trois hommes formaient une équipe.
L’un transperçait les corps ennemis de ses estocades. Les deux autres bloquaient et tenaient bon.
« Un lancier et deux soldats capables de manier des boucliers. Voilà une unité. »
Une tactique improvisée, à une échelle inférieure à celle de l’escouade.
Improviser ne voulait pas dire que c’était impossible. La plupart des entraînements qu’ils avaient suivis en suant et en saignant, ceux qui avaient travaillé leurs corps comme si on les façonnait en golems, visaient à améliorer leurs capacités physiques individuelles.
La tactique elle-même n’avait rien de compliqué non plus.
Après environ deux semaines d’adaptation, la première grande bataille entre l’Armée permanente de la Garde-frontière et les forces du baronnet Tarnin repoussa nettement l’ennemi.
« Fendez-les en deux, bordel ! Enfoncez leurs boucliers ! Éclatez-leur le crâne à coups de masse ! »
« Archers ! Vous allez rester là à regarder ? »
Jusque-là, les deux camps s’étaient affrontés à l’infanterie, selon un accord tacite. L’ennemi déploya ses archers en premier.
« À d’autres, putain. Tuez-les. »
Les archers de Vengeance, qui n’attendaient que ça, se mirent en mouvement.
Un peloton d’hommes agiles et à la vue perçante encocha rapidement ses flèches, puis lâcha une volée furieuse sur les cordes tendues.
Vroum-vroum-vroum !
Cinquante arcs longs.
Une pluie de flèches s’abattit sur le flanc ennemi.
« Reculez ! Reculez, vite ! »
Bell cria en plein combat. Les soldats de l’Armée permanente de la Garde-frontière battirent rapidement en retraite.
Quiconque aurait assisté à la scène n’aurait pu qu’admirer leur manœuvre.
Les effectifs des deux camps n’étaient pas si différents.
L’armée permanente comptait à peine plus d’un millier d’hommes.
Les forces du baronnet Tarnin avaient, d’une manière ou d’une autre, dépassé les deux mille cinq cents soldats.
Des troupes étaient arrivées de tous côtés et s’étaient agglutinées là.
Bien sûr, aucun des deux camps n’avait engagé toutes ses forces.
Chaque armée n’avait envoyé au combat qu’une partie de ses troupes.
L’Armée permanente de la Garde-frontière avait déployé environ deux cent cinquante hommes, tandis que le baronnet adverse en avait engagé près de quatre cents.
Le nombre jouait en leur défaveur, et plusieurs mercenaires célèbres étaient dispersés dans les rangs de Tarnin.
Leurs officiers de l’arrière-garde punitive se tenaient derrière eux, lames dégainées et prêts à tuer. Les soldats combattaient donc en étant prêts à mourir.
Malgré tout, l’issue était claire.
« Une armée entraînée l’emporte sur des individus. »
Sur une colline, Kraiss murmura ces mots.
Finn, qui le gardait, lui répondit :
« C’est quoi, ces conneries ? »
Il ne pouvait pas comprendre.
« Je dis ça comme ça. »
« Je devrais être affecté au capitaine, pas à cette garde à la con. »
Finn grommela.
Au même moment, Enkrid faisait lui aussi sa part.
* * *
« Nous y voilà. »
Jaxon avança d’un pas lourd et l’annonça. Enkrid prit la parole à son tour.
« Ragna ? »
« Pourquoi tu m’appelles ? »
Parfait. Il était arrivé. Avec Ragna, ils avaient tout ce qu’il leur fallait.
Il aperçut Teresa, le visage caché sous son casque.
Est-ce qu’elle va bien ?
Il lui avait dit qu’elle pouvait rester en retrait, mais elle avait refusé.
« Je suis Teresa la Vagabonde. Je ne marche que sur le chemin que doivent suivre mon épée et mon bouclier. »
Sous la conduite de Jaxon, la Compagnie des Fous avança sans même chercher à se cacher.
Ils n’en avaient pas besoin.
Une bataille de grande ampleur faisait rage, et tous les regards étaient tournés vers elle.
Aussi, sur leur chemin, ils tuèrent chaque éclaireur qu’ils rencontrèrent.
Pas d’yeux pour voir, pas de langues pour raconter.
Tandis que les Lames Noires et l’armée permanente se battaient et perdaient leur sang, la compagnie d’Enkrid atteignit le campement des cultistes.
« J’ai cru que j’allais mourir d’ennui. »
Rem prononça ces mots, les yeux brillants. Il avait l’air de quelqu’un à qui il poussait des épines dans la bouche s’il ne tranchait pas de gorge tous les trois jours.
« Allons-y. »
Enkrid s’avança vers la palissade grossière.
Dès qu’il s’en approcha, il entendit un grognement. Une odeur bestiale, âcre, lui frappa les narines.
Il tourna les yeux. Des prunelles jaunes le fixaient.
Une Bête magique lupine se campa sur ses quatre pattes et montra les crocs.
Grrrrrr !
À peine les eut-elle vus qu’elle bondit en avant avec un grondement sourd.
Le loup fila comme un trait droit sur eux, les crocs à découvert.
Il venait de la gauche, où se tenait Dunbakel.
Au moment où la Bête magique lupine toucha le sol, un tintement métallique retentit.
En plein vol, la bête rencontra une ligne d’argent.
Naturellement, c’était l’œuvre de Dunbakel.
Le cimeterre qu’elle avait tiré de sa taille traça un croissant de lune.
La lame d’argent oblique fendit la bête de l’épaule droite jusqu’au-dessous de la patte gauche.
Dans une éclaboussure humide, le sang et les entrailles se répandirent au sol tandis que le corps fendu tressaillait et s’affalait.
Le sang gicla partout.
« Essaie de tuer proprement. »
Rem lança cela après avoir regardé. Dunbakel fit tournoyer son cimeterre dans les airs. Des gouttes de sang retombèrent en crépitant. Puis elle répondit :
« C’est assez propre comme ça. »
« Cette gamine n’y connaît rien. »
Rem renifla.
Grrrrrr !
Avant même qu’il eût fini de parler, des yeux jaunes apparurent de toutes parts.
On était en plein jour, pas au cœur de la nuit, et ils venaient tout juste de faire irruption après avoir éliminé les éclaireurs.
La puanteur était si forte qu’elle anesthésiait les narines. L’odeur de crasse et de déjections rendait déjà la respiration pénible.
Ce n’était pas que l’armée des cultistes avait deviné les mouvements de la Compagnie des Fous.
Personne n’aurait pu prévoir ça. Ils avaient frappé au moment précis où tout le monde s’était dit : « Ils n’attaqueront jamais par ici. »
La sortie en masse des Bêtes magiques lupines n’avait donc rien d’une anticipation.
Les loups étaient simplement chargés de garder la palissade.
Le camp des cultistes se trouvait entre des monticules inégaux, et le terrain alentour était accidenté.
Des collines basses et bosselées, pleines de cachettes.
Des meutes de loups apparurent les unes après les autres entre les reliefs. Des têtes aux yeux jaunes surgirent. De tous côtés, des bêtes souillées par l’énergie démoniaque montrèrent les crocs.
Grrr !
Rem leva ses deux haches à l’horizontale.
« Regardez. Voilà ce que c’est, tuer proprement. »
Puis il s’élança.
Personne n’eut le temps de parler. Sa charge précéda d’une demi-seconde la réaction des loups.
Il combla la distance en un instant et surgit juste devant la bête la plus proche.
Il se rua sur elle et frappa. Son bras armé de la hache sembla se plier, puis, boum, une tête de loup s’envola. D’autres suivirent.
Rem se battait comme à son habitude.
Il tailladait, fendait et hachait tout ce qui se trouvait à portée.
« En quoi c’est propre ? »
Dunbakel le regarda faire et posa la question. Enkrid était d’accord avec elle.
Ce n’était pas propre du tout. Mais c’était dévastateur.
« Quelle vigueur admirable, mon frère. »
Audin murmura ces mots. C’était exactement ça.
Fidèles à leur rôle de gardiennes, les Bêtes magiques lupines se firent faucher par dizaines.
Après quoi, Enkrid vit des cultistes apparaître derrière la palissade et rajusta son ceinturon d’épée.
Une petite préparation. Quel que soit l’adversaire, quel que soit le combat, il se préparait à donner le meilleur de lui-même.
Il ajusta son ceinturon.
« C’est un raid ! »
Il regarda le soldat ennemi qui criait, puis prit une posture qui lui permettrait de dégainer son épée et de se jeter dans la mêlée d’un seul mouvement.
Des soldats ennemis le remarquèrent et levèrent leurs arbalètes.
« Le Maître de la Terre Maudite veille sur nous ! »
Avec des cris fanatiques, les cultistes chargèrent leurs armes et visèrent.
Depuis sa posture de dégainement, Enkrid jeta les deux mains de part et d’autre.
Le geste semblait aléatoire, mais le résultat ne l’était pas.
Fiiiiou !
Un sifflement déchira l’air, suivi de la gorge de quatre arbalétriers.
« Khk ! »
L’un d’eux porta la main à son cou et s’effondra. Une nouvelle ouverture, assez grande pour qu’on la voie de l’extérieur, lui perçait la gorge ; le sang en coulait à flots au lieu de l’air.
Les quatre soldats cultistes armés d’arbalètes tombèrent au sol.
« Il les mène vraiment bien en bateau. »
Jaxon lança ces mots depuis l’arrière.
Difficile de savoir s’il le félicitait ou se moquait de lui.
Enkrid s’en moquait.
Faire semblant de dégainer son épée, puis lancer des Dagues sifflantes : c’était une excellente tactique.
Il avait tout fait pour ce seul mouvement : rajuster son ceinturon et prendre cette posture.
La posture était une préparation, elle aussi. Tromper l’adversaire en était une autre.
Aouuuuuuu !
Un hurlement de loup glaçant s’éleva du fond du campement des cultistes.
Il portait une puissance magique qui raidissait les corps l’espace d’un instant.
« Hé, on peut arrêter ces putains d’aboiements ? »
Rem lança cela, couvert de sang noir de bête.
Il sourit, les dents de devant apparentes ; ses dents blanches, ses haches et le sang noir formaient ensemble un pur symbole de terreur.
Personne ici ne se figea en entendant un hurlement.
Même Dunbakel se contenta de maugréer.
« Ce n’est pas parce que tu fais sauter des têtes que c’est propre. »
« Ô, ô, ô, dieu de la Terre Maudite… »
Un fanatique les regarda, la mâchoire tremblante.
« Hein ? Qu’est-ce que tu racontes ? Je n’entends pas les adorateurs d’un dieu à la cervelle de merde. »
Rem dit cela, une hache à la main, en se penchant pour tendre l’oreille.
Après ça, il se déchaîna de plus belle.
Du point de vue de l’ennemi, c’était comme si la folie venait d’être lâchée.
Enkrid et les autres faisaient également leur part.
Jaxon mit le feu aux tentes et aux provisions, Ragna abattit les ennemis qui chargeaient Enkrid dans le dos, et Teresa et Dunbakel coururent à droite et à gauche, fracassant et broyant les crânes des bêtes comme des humains.
Inutile de faire durer le chaos.
Dès qu’il vit la fumée noire s’élever, Enkrid donna le signal.
Il lança une Dague sifflante dans le ciel.
Fiiiiiiiiiiiiou !
Au long sifflement, toute la compagnie se replia. Depuis le début, leur objectif était de frapper fort, puis de se retirer aussitôt.
Tandis que le commandant ennemi renforçait sa garde du corps pour se protéger, eux brûlaient les provisions et décampaient.
Simple, mais efficace.
« Rem ! »
Enkrid cria en battant en retraite.
« Partez devant ! »
Rem ne le suivait pas. Enkrid l’appela donc, et voilà ce qu’il répondit.
Était-il simplement trop emballé ?
C’était la moitié de la raison. L’autre moitié, c’était qu’il fallait bien que quelqu’un protège l’arrière-garde.
À ce moment-là, quatre autres Bêtes magiques, chacune deux fois plus grosse que la normale, chargeaient vers eux.
Quelqu’un devait les abattre, ou au moins les retenir avant de se replier.
« Espérons qu’il y passe une bonne fois pour toutes. »
Jaxon dit quelque chose qu’il ne pensait pas.
« Alors, je vais rester. »
Ragna dit quelque chose d’inacceptable.
S’il restait, est-ce qu’il serait seulement de retour avant la fin de l’hiver ?
Enkrid ne s’inquiétait pas pour Rem.
C’était Rem, après tout.
Il n’aurait aucun mal à s’en tirer vivant.
« On y va devant. »
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