Chapitre 283
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 283 : Heureusement, ils étaient stupides.
= = =
« Euh, hum, pas mal. »
Debout sur l’estrade, Enkrid déclara qu’il enverrait un assassin.
Bien sûr, il n’en était pas question. Plus exactement, pas encore. S’ils en envoyaient un maintenant, ce ne serait qu’un petit poisson.
Kraiss le savait mieux que quiconque.
Il tira donc le meilleur parti de cette phrase d’Enkrid.
Que se passerait-il si la rumeur se répandait qu’ils allaient bientôt trancher la tête du commandant ennemi ?
À sa place ?
Il hésiterait à prendre l’initiative. Renforcerait son escorte et posterait davantage de gardes.
Et une fois cela fait, il serait encore moins enclin à ordonner une attaque générale.
Ils redoubleront de prudence.
Ils firent même mine de déplacer des troupes pendant la nuit. Ils laissèrent aussi filtrer l’information discrètement, pour que ces salopards d’espions courent la rapporter.
Kraiss exploita jusqu’à la dernière goutte les paroles d’Enkrid.
Encore mieux.
Cette stratégie reposait depuis le début sur les deux camps qui se surveillaient sans oser s’engager les premiers.
Elle avait déjà de bonnes chances de fonctionner, mais la déclaration d’Enkrid la rendait encore plus efficace.
Il a vraiment l’esprit vif.
Il faisait comme s’il détestait se creuser la tête, mais leur capitaine réfléchissait en profondeur.
Et il avait du flair.
Et, comme prévu, ça marcha.
Ces salauds se méfiaient déjà les uns des autres ; à présent, ils ne lançaient plus du tout la charge. Ils se contentaient de renforcer leurs défenses.
Les torches qui illuminaient la nuit se multiplièrent.
Les éclaireurs alliés filaient dans toutes les directions, poussant leurs chevaux et eux-mêmes jusqu’à sembler près de s’effondrer.
Malgré tout, Kraiss ne parvenait pas à chasser son inquiétude.
Que pouvait-il faire, alors ? Voir les choses de ses propres yeux calmait toujours un peu ses craintes.
Ce dont il avait besoin, maintenant, c’étaient des yeux.
Et sur un champ de bataille, cela signifiait des éclaireurs.
« L’issue de cette bataille dépendra de l’équipe de reconnaissance. »
Kraiss prononça ces mots, et Vengeance hocha la tête avec plus d’énergie que jamais.
« Pas un mot de plus ! »
Après ça, il poussa son équipe de reconnaissance comme un forcené.
« Courez, tous autant que vous êtes ! Si vous traînez, d’autres soldats mourront. La douleur, c’est… ! »
« La mort ! »
Leurs slogans devenaient de plus en plus étranges, mais leur effet était évident.
Ils bougèrent.
Les troupes alliées se regroupèrent, se réorganisèrent et consacrèrent toute la journée à se préparer de nouveau.
Puis, à l’aube, sous un ciel blafard, elles franchirent la porte et se mirent en marche.
« En avant, toutes les unités ! »
Les voix des vétérans qui constituaient le cœur des troupes résonnèrent sur toute la ligne.
Kraiss observa la scène, mais son mauvais pressentiment ne le quittait pas.
C’était toujours pareil. Toujours de mauvais augure. Toujours inquiétant.
Ça va aller.
Il se le répéta.
Si les choses tournaient mal, il pourrait fuir. Cette petite consolation l’ancrant dans le présent, son esprit pouvait continuer à fonctionner.
Un navire à l’ancre ne se laisse pas si facilement ballotter par les vagues.
À l’ouest de la Garde-frontière, les troupes avançaient sur une terre aride, impropre à la culture.
Un peu plus au sud, sur une petite colline, Kraiss observait le champ de bataille, protégé par deux escouades.
Que se passerait-il ?
Les choses suivraient-elles le plan ? Ou bien un imprévu surviendrait-il ?
Ou l’ennemi devinerait-il ses intentions et les contrerait-il ?
Et s’ils nous prenaient en tenaille pour lancer une offensive générale, là, tout de suite ?
Ce serait le pire scénario. Rien ne pourrait l’arrêter.
Même dix Enkrid n’y suffiraient pas.
« Je m’ennuie, Grands Yeux. »
Rem grommela, posté là pour assurer sa protection.
Une hache reposait sur son épaule et ses yeux baissés brillaient d’une envie de tuer.
Sa posture comme son regard indiquaient qu’il n’attendait qu’une chose : foncer dans la mêlée.
Kraiss n’était pas dans son état habituel.
Sans y prêter attention, il répondit : « Attends. Tu vas te battre jusqu’à en avoir marre de te battre. »
Pour l’instant, son esprit tournait à plein régime.
Les intentions ennemies, les pensées de leurs commandants, leur caractère, leurs schémas de décision : il entassait tout cela dans sa tête et le passait au crible.
Il avait l’air si affûté que cela en devenait presque impoli, mais, chose inhabituelle, Rem garda le silence.
Même lui voyait bien que Kraiss était différent aujourd’hui.
Ce salaud peut donc servir à quelque chose.
Rem n’avait l’air d’un imbécile qu’en apparence. Lui aussi savait réfléchir.
Il ramenait simplement tout à sa propre façon de voir les choses.
Kraiss ne remarqua même pas que Rem se taisait.
Son esprit continuait de tourner.
Quoi qu’il en soit, tout reposait sur les petites unités d’élite.
La manière de les employer déciderait de la victoire ou de la défaite.
Au milieu de toute cette anxiété et de cette inquiétude, Kraiss ressentit une étrange exaltation.
Si ça marche comme prévu…
Ils pourraient tenir bon. Il laissa de côté les variables mineures. C’était aux soldats sur le terrain de les gérer.
Tout naturellement, il se mit à penser à la suite.
Comment pourraient-ils remporter une victoire plus facile ? De quoi avaient-ils besoin ?
Et si nous harmonisions les rôles et l’équipement des troupes, ici ?
Une idée en entraîna une autre tandis qu’il se représentait l’avenir. Du matériel standardisé, puis des troupes réorganisées et entraînées à appliquer les mêmes tactiques.
Des soldats solides, qui bougeaient comme les mains et les pieds d’un commandant ; une armée façonnée selon une norme unique par l’entraînement.
Il avait entendu dire que les troupes impériales combattaient ainsi.
Alors pourquoi l’Armée permanente de la Garde-frontière ne pourrait-elle pas faire de même ?
Il garderait à part les groupes d’élite exceptionnels.
Mais toutes les autres unités devraient avoir une force uniforme. Une force homogène.
Si les rôles et l’équipement des troupes sont uniformisés…
Même un soldat qui risquait de perdre un duel
l’emporterait dans les combats à l’échelle d’une compagnie et au-delà.
Les affrontements entre petites unités d’élite comptaient, mais les grandes batailles aussi.
Pour remporter les grandes batailles, l’homogénéité était essentielle.
Perdre en duel, perdre à dix contre dix, peu importe. Gagner à cent contre cent.
Cette nouvelle idée lui était venue en regardant les troupes alliées se rassembler.
Tandis qu’il classait ses idées sous des rubriques comme épéistes, lanciers et porteurs de boucliers, Kraiss mit discrètement de l’ordre dans ses pensées.
Il se dit que cette nouvelle approche lui serait utile un jour, ou qu’il pourrait au moins la vendre.
* * *
Le baronnet Tarnin fut saisi d’effroi dès que l’Armée permanente de la Garde-frontière sortit.
« La douleur, c’est… ! »
« La joie ! »
« Venez nous affronter ! »
À première vue, ils semblaient plus nombreux que ses hommes et mieux équipés.
« N’ayez pas peur. C’est exactement ce qu’ils veulent. »
Lykanos, un guerrier des Bandits des Lames Noires, prit la parole.
La poignée d’une arme dépassait au-dessus de son épaule, tandis qu’une masse était attachée en diagonale dans son dos.
À son extrémité, près de sa hanche, pendait une boule de fer hérissée de pointes acérées. Rien qu’à la regarder, on sentait son poids.
L’avant-bras de Lykanos était aussi épais que la cuisse d’une femme de taille moyenne, et il portait des gants de cuir renforcés de plaques métalliques.
Il avait l’air du genre d’homme capable de broyer un crâne sans effort.
Et, en effet, il pouvait faire presque tout ce que Tarnin s’imaginait.
Comme écraser une tête à mains nues.
En bref, c’était l’un des combattants les plus remarquables des Bandits des Lames Noires.
À part le chef de la bande, personne ne pouvait lui donner d’ordres.
« Non, qu’est-ce qu’ils foutent, ces Cultistes ? »
« Ces Cultistes ? Ils restent là, à regarder. »
Lykanos se battait bien et c’était un excellent guerrier. Mais il n’était pas intelligent.
Tarnin l’était encore moins.
Un noble qui attendait qu’on lui donne la parole ouvrit prudemment la bouche.
« Les rumeurs qui circulent dans la Garde-frontière sont mauvaises. Les gens sont sur le point de fuir en masse. »
C’était un noble qui avait fui ce territoire.
Tarnin fronça les sourcils.
Si la situation y était vraiment aussi pourrie et désastreuse, alors qu’est-ce que c’était, devant eux ?
« La douleur ! »
« L’agonie ! »
« Je veux souffrir ! »
« Faites-moi souffrir ! »
Ils étaient tous complètement fous, ou quoi ?
Ils avaient tous pris de la drogue quelque part ?
« … Quand je suis parti, l’armée n’était même pas correctement sous contrôle. »
Le noble s’interrompit.
Lykanos avait envie de lui fendre le crâne sur-le-champ, mais il se retint.
De toute façon, cela ne changeait rien.
« Contentez-vous de répliquer sans trop vous engager ! »
S’ils lançaient toutes leurs forces dans la bataille, les Cultistes réagiraient-ils ?
Et Azpen, de l’autre côté du territoire ?
Probablement pas. Tous ces types étaient de sales ordures.
Si leurs propres effectifs fondaient ici, ils risquaient de ne plus pouvoir agir ensuite.
Ils ne pouvaient pas se permettre de se faire poignarder dans le dos par ces foutus Cultistes.
« Ces vermines de merde, défoncez juste ceux qui chargent ! »
Il estimait que c’était la réaction la plus raisonnable.
L’un des subordonnés du baronnet Tarnin remua les lèvres.
Si nous lançons une offensive générale maintenant, l’unité des Cultistes et Azpen se joindront toutes deux au combat. Et là, c’est fini.
Il réfléchit un instant, puis se tut.
S’il disait ça maintenant, on le traiterait sur-le-champ d’espion obsédé par les Cultistes.
« Toi, tu es un espion ! »
Le porc de baronnet Tarnin giflait déjà le noble qui avait passé la frontière depuis la Garde-frontière.
Sa large paume s’abattit sur la joue maigre de l’homme avec un claquement sonore.
Clac !
« Aïe ! Par les dieux ! Non, non ! Ce n’est pas vrai ! Quand je suis parti, le moral de l’armée était au plus bas ! »
Le noble giflé s’effondra au sol et se mit à pleurer tout en parlant.
« Arrête de raconter des conneries ! »
Tarnin déversa toute sa colère sur le noble.
Celui-ci implora qu’on lui laisse la vie sauve.
En voyant un homme se faire écraser de la sorte, tous les autres ravalaient leurs paroles.
Les gens au-dessus d’eux s’en chargeraient.
Il renonça à parler.
Lykanos fit exactement ce qu’il avait dit. La bataille suivit le schéma d’une riposte mesurée aux seules attaques ennemies.
« Laissons-les s’affronter et perdre un peu de sang. Ensuite, on y va. »
L’Évêque-Loup partageait le point de vue de Lykanos.
Inutile que le sang des fidèles coule en premier.
L’unité des Cultistes resta en retrait.
L’unité d’assassins n’était pas venue hier, mais qui avait dit qu’elle ne viendrait pas aujourd’hui ?
Un messager des Bandits des Lames Noires arriva et débita des inepties, promettant de leur venir en aide sans tarder.
« Nous devons aussi surveiller la garnison de Martai et nous préparer à une tentative d’assassinat. »
Refus catégorique. En entendant cela, Lykanos sentit les veines de son front gonfler, mais il ne pouvait rien faire dans l’immédiat, tandis que les hurlements de Tarnin, qui lui donnaient envie de lui arracher la gorge, continuaient de résonner.
« Si on se fait frapper comme ça, on est foutus ! »
Lykanos fut saisi par l’envie d’arracher d’abord la gorge de ce porc braillard, mais ce porc était à la fois la cause et le prétexte de cette guerre.
Un porc qu’il ne pouvait pas tuer.
* * *
Azpen dépensait des ressources pour suivre jusqu’aux événements qui se déroulaient au-delà de son territoire.
Ils avaient recours à tout, des espions et des équipes de reconnaissance à la sorcellerie et à la magie.
« Nous bougeons ? »
À la question de son subordonné, un homme repoussa ses cheveux en arrière.
Les mèches vertes qui lui couvraient le front glissèrent en arrière, puis retombèrent.
Sentant leur douceur lui frôler la peau, il prit la parole.
« Ce n’est pas encore notre tour. »
Ses yeux brillaient d’un éclat froid.
Le brillant stratège d’Azpen, qui avait été rétrogradé pendant un temps après avoir perdu la guerre précédente, s’appelait Abnair.
Il avait défini clairement l’objectif de cette bataille.
La tête d’un seul homme était la priorité absolue.
L’expansion du territoire pouvait attendre.
Il avait préparé des montagnes de choses pour cette occasion.
Son cœur battait même plus vite. Combien de temps cet homme tiendrait-il ?
Il n’était pas du genre à aimer tourmenter les gens, mais, en tant que stratège, rien ne le satisfaisait davantage que de voir jusqu’où ses préparatifs le mèneraient.
* * *
« Bande de cinglés ! Qu’est-ce que je vous ai dit ? Mes paroles sont celles de Dieu ! Elles sont légères ! Hein ? Chargez ! Écoutez-moi quand je parle ! »
À la question hurlée par le chef d’escouade, ses hommes répondirent d’une seule voix.
« Aaaah ! »
Chacun d’eux était au bord de la panique. Et pour cause : en peu de temps, on leur avait appris à obéir sans discuter.
Plus les recrues étaient nouvelles, plus on les poussait dans leurs retranchements.
Ce n’était pas par méchanceté.
On avait fait appel à des chefs d’escouade et des chefs de peloton aguerris. Ils se contentaient d’obéir aux ordres.
« Je vais les faire se battre avec fougue, mais sans qu’ils se laissent emporter par la chaleur du combat. »
Kraiss était venu aboyer ça, mais, naturellement, personne ne l’écouta.
Alors Enkrid intervint.
Cheveux noirs, yeux bleus, le fou du champ de bataille prit la parole.
« Frappez-les à moitié à mort s’il le faut, mais forcez-les à écouter leurs commandants. Et vous autres, obéissez à vos supérieurs. Sinon, vous mourrez. Rem et moi nous relayerons pour vous entraîner et vous cogner. »
Quel que soit leur grade précédent, intelligents ou non, s’ils avaient servi comme soldats, mieux valait leur parler simplement.
Ils suivirent les ordres d’Enkrid.
Bell était parmi eux.
À présent chef de peloton, Bell hurla à pleins poumons :
« Vous voulez tous creveeeeer ?! »
« Aaaah ! »
« Ne sortez pas ! J’ai dit : ne sortez pas ! »
C’était le bord de la bataille. Le cri de Bell éclata tout à l’avant.
Kraiss l’avait demandé à Graham et avait organisé les choses ainsi exprès, mais la plupart des soldats déployés cette fois étaient des recrues qui livraient leur première bataille.
Un bleu ne parvenait plus à entendre les bruits autour de lui.
Tout ce qu’il voyait, c’était une armée ennemie démoniaque qui fondait sur eux.
Des lances, des épées, des boucliers, des marteaux, des masses, des fléaux : tout remplissait son champ de vision.
Ah.
Étais-je prêt ? Mon jugement était-il assez sûr ? Devais-je frapper maintenant ? Lever mon bouclier pour parer ?
Les pensées s’accumulaient et, juste au moment où son esprit se vida,
Paf !
Quelqu’un le frappa derrière la tête.
Le coup fut assez violent pour lui faire voir des étoiles. Les couleurs revinrent dans son esprit blanchi.
Le monde autour de lui retrouva sa netteté.
« Petit con, tu ne répètes pas les ordres ? »
Un juron lui déchira les oreilles. C’était le cri du chef de peloton.
« Oui ! »
« Premier rang, en avant ! »
« Premier rang, en avant ! »
Ils firent exactement ce qu’on leur disait. La plupart des recrues pointèrent leurs lances vers l’avant.
« En arrière ! Reculez ! Retirez-vous, retirez-vous, bande d’enculés ! Toi, on en reparlera à l’intérieur ! Je vais te tuer ! »
Les cris des vétérans devenus chefs d’escouade retentissaient de toutes parts.
C’est ainsi que se déroula le premier petit affrontement.
Ils étaient partis au lever du soleil, avaient marché lentement, rencontré l’ennemi à midi, puis engagé le combat.
Nombre total d’ennemis : quatre-vingts. Des fantassins, soit environ deux pelotons.
Blessés alliés : six.
Aucun mort.
Ils frappèrent fort, tinrent leurs positions avec leurs boucliers, gardèrent leurs distances et battirent en retraite.
À vrai dire, ils le durent au commandement allié, et non à la retenue de l’ennemi.
« Pourquoi ils chargent, puis s’arrêtent ? »
Un mercenaire des Bandits des Lames Noires posa la question, déconcerté.
Son sang venait de commencer à bouillir et il était prêt à se déchaîner, puis l’ennemi avait battu en retraite.
Naturellement, il ne pouvait pas le poursuivre tout seul.
Les Bandits des Lames Noires reçurent alors, eux aussi, l’ordre de se retirer.
Le lendemain, un autre affrontement similaire eut lieu.
Seuls les visages changeaient. Les soldats alignés étaient différents.
Lors du deuxième affrontement, un soldat malchanceux des Bandits des Lames Noires ne parvint pas à parer un coup ; la pointe d’une lance lui entailla le cou et il mourut.
C’était un serf du territoire du baronnet Tarnin.
Autrement dit, un membre d’une troupe assemblée à la hâte.
Graham et les commandants de première ligne comprirent aussitôt la situation de l’ennemi.
L’armée du baronnet Tarnin était mal organisée et tenait à peine debout.
Malgré cela, ils ne foncèrent pas tête baissée.
Lors du troisième affrontement, ils ouvrirent la porte sud et provoquèrent plutôt les Cultistes.
« Il te manque quelques neurones, mon garçon ? Charge donc, à moins que tu sois venu pour regarder ! »
Tout commença par une provocation lancée dans un dialecte du Nord.
Un autre affrontement similaire suivit.
Tantôt trois compagnies, tantôt deux : elles entraient dans la mêlée à tour de rôle, combattaient, puis se retiraient au bon moment.
Quatre fois, cinq fois, six fois… douze petits affrontements au total.
Nombre total de morts : six.
Et maintenant, plus de la moitié des soldats encore en vie comprenaient au moins à peu près ce qu’était une bataille.
Surtout, c’étaient des hommes qui avaient enduré l’entraînement d’Enkrid.
Le combat réel combla leurs lacunes en un instant.
Et, comme Kraiss l’avait voulu, l’Armée permanente de la Garde-frontière paraissait bien plus nombreuse.
Du côté ennemi, leur manière de combattre semblait anormale.
Et pour cause.
Qui organiserait un entraînement au combat réel en pleine crise ?
« On dirait qu’on a eu de la chance. Ils sont tous idiots. »
Kraiss laissa échapper un soupir de soulagement en regardant Sinar et Enkrid.
« Maintenant, il ne te reste plus qu’à accomplir la vraie mission. »
Sinar tourna vers Enkrid un regard calme et ajouta :
« Pour un divertissement avant le repas, c’était un peu excessif, non ? »
« Quel repas ? »
« La cérémonie de nos fiançailles, évidemment. »
Encore la même plaisanterie elfique inutile.
Enkrid saisit le porte-torche au milieu de la tente des baraquements.
Sinar réagit. Elle déplaça le pied gauche vers l’extérieur de la tente.
Cette elfe était étrangement sensible au feu.
« Ça va ? »
« Quelle plaisanterie ! Cruelle, en plus. »
L’elfe prononça ces mots sans changer d’expression, puis sortit de la tente.
Enkrid esquissa un bref sourire, rentra et vérifia son équipement.
« Euh, hum, c’est une mission. »
Il prononça ces mots, et tous se levèrent.
Une meute de bêtes était là, impatiente de se battre après plus de dix jours sans combat.
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