Chapitre 282
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 282 : La douleur qui me tue ne fait que me rendre plus fort.
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« Tout le monde est rassemblé. »
Tous étaient présents, à l’exception des soldats partis en patrouille.
Enkrid se tenait sur l’estrade installée sur un côté du terrain d’exercice.
Le visage impassible, il promena son regard sur les troupes rassemblées.
Est-ce que ça va seulement marcher ?
Il en doutait. Une partie de lui se demandait si tout cela ne rimait à rien.
Un discours sorti de nulle part.
C’était Kraiss qui l’avait demandé.
Vers la fin de la réunion stratégique, Kraiss avait posé la question :
« De quoi un groupe au bord du gouffre, une force menacée, a-t-il le plus besoin en ce moment ? »
Puis il y avait répondu lui-même.
« C’est simple. Notre territoire a besoin d’un centre. »
Tout en parlant, il avait balayé la pièce du bras. Son geste avait quelque chose de théâtral, comme celui d’un acteur sur scène, mais il tombait juste.
C’était le genre de mouvement qui attirait tous les regards.
Pendant que Kraiss expliquait son idée, Enkrid avait tourné les yeux vers une place, celle qui se trouvait en bout de table, dans la salle de réunion.
Au fond de la table disposée en biais était assis un homme épuisé, les yeux cernés, le commandant accablé par le poids de ses responsabilités.
« Commandant de bataillon ? »
Un chef d’escouade marmonna ces mots, hésitant même en les prononçant.
« Hum, toutes mes excuses au commandant de bataillon Graham, mais pour le moment, personne ne s’est fait un nom ici autant que le Commandant de la Compagnie des Fous. En plus, certains ne restent sur ce territoire que grâce au capitaine Enkrid. Je ne crois pas que vous ayez dit qu’ils combattraient tous forcément à nos côtés. »
Kraiss ne s’éternisa pas et ne chercha à embarrasser personne. Il alla droit au but, tout en veillant à ne pas entamer la dignité de Graham.
Et Kraiss avait raison.
Comme Marcus l’avait voulu, ils avaient distribué de l’or et enrôlé la plupart des mercenaires dans l’armée, mais pas tous.
Quelques-uns gardaient un pied dedans et l’autre dehors.
Ils pouvaient rester dans l’expectative pour le moment, puis s’enfuir si la situation tournait mal, voire rejoindre l’ennemi.
Combien d’épées à louer vivaient comme des chauves-souris, toujours prêtes à se suspendre du côté qui leur convenait ?
« Et nous avons aussi un problème de moral dans nos rangs. »
Kraiss prononça ces mots en levant l’index droit près de son visage.
Les rumeurs délibérément répandues par les Cultistes et les Lames Noires :
Azpen allait envahir le territoire d’un instant à l’autre. Marcus préparait une rébellion et finirait décapité. Les Cultistes pouvaient envoyer des Bêtes magiques cette nuit même, s’ils le souhaitaient.
Les forces de sécurité avaient pris leurs gourdins pour écraser les rumeurs qui se propageaient dans le territoire.
Est-ce que ça allait marcher ?
Non.
Enkrid estimait lui aussi que c’était un vrai problème.
On ne pouvait pas faire taire les gens à coups de poing.
Et on ne pouvait pas non plus leur bâillonner la bouche avec les mains.
Alors, comment étaient-ils censés empêcher ces rumeurs de circuler ?
Kraiss replia son doigt en poing, l’abattit d’un geste sec et poursuivit :
« Pour étouffer les rumeurs, il faut des actes encore plus marquants. »
Il leur fallait donc un centre.
On pouvait bien lui donner ce vieux nom embarrassant qu’on trouvait dans l’histoire, les légendes et les mythes : un héros.
Après la dernière bataille, surtout aux yeux de ceux qui avaient combattu à ses côtés, Enkrid pouvait parfaitement passer pour un tel héros.
L’homme qui, autrefois, traînait péniblement derrière eux était désormais commandant de compagnie indépendante, un symbole de puissance militaire.
On aurait dit une scène tirée d’une épopée héroïque.
Quelques soldats qui connaissaient la musique avaient même composé des chansons.
Mais elles n’étaient pas assez bonnes pour qu’on ait envie de les écouter.
« Ah, c’est vrai. »
Vengeance lâcha ces mots sans réfléchir, puis détourna aussitôt le regard pour vérifier la réaction du commandant de bataillon.
Il n’aurait pas dû dire ça devant lui.
Mais Graham était d’accord, lui aussi.
À vrai dire, il s’était demandé plus d’une fois : Et si ce salaud devenait tout simplement commandant de bataillon ?
Était-il dépourvu d’ambition ?
Non, ce n’était pas ça.
Dans une situation aussi merdique que celle-ci…
N’était-ce pas justement le moment où ils avaient besoin d’un lunatique de ce genre ?
Plus que tout, il faisait confiance à Enkrid. Avec lui, Graham pourrait lui confier le bataillon, voire la responsabilité de tout le territoire.
Il n’y avait pas de grande raison à cela. Il avait simplement envie que ce cinglé s’en sorte.
Si on lui demandait si cela suffisait pour céder sa place, sa réponse devenait moins claire, mais le Commandant de la Compagnie des Fous n’était pas homme à faillir à ses devoirs.
Rien que du point de vue de l’administration du territoire, ce ne serait peut-être même pas un mauvais choix.
Des pensées inutiles.
« Continuez. »
La fatigue sur le visage de Graham s’atténua légèrement.
Le sujet en lui-même le soulageait.
Et, en temps normal, les nobles auraient rempli la salle de leurs bavardages, mais aucun n’était là.
C’était également plus facile ainsi.
« Vous croyez que ça ira ? »
Paltor avait essayé de l’en empêcher une fois, mais il s’était contenté de protester à voix haute.
Lui aussi pensait qu’ils devaient agir sans attendre.
Que cela marche ou non, ils devaient bouger.
C’est ainsi qu’Enkrid monta sur l’estrade.
« Dis simplement qu’on doit se battre de toutes nos forces. Ça suffira. »
Juste avant qu’Enkrid ne monte, Kraiss lui avait donné ce conseil, auquel il avait acquiescé.
« Pour l’instant, nous devons empêcher autant que possible les espions de s’infiltrer et montrer aux étrangers que nous tenons toujours bon. Pour cela, il faut donner aux soldats quelque chose en quoi croire et qu’ils puissent suivre. Commandant de bataillon, reposez-vous un peu d’abord. Ensuite, pendant le discours, tenez-vous derrière nous, l’air parfaitement serein, et applaudissez. Après ça, vous aviserez pour la suite. »
C’était comme une pièce de théâtre. Une manœuvre calculée pour remonter le moral des troupes et briser les desseins de l’ennemi.
Enkrid décida de jouer son rôle.
C’est ainsi qu’il se retrouva sur l’estrade.
Parmi les soldats qui bavardaient, il aperçut des vétérans. Certains visages lui étaient familiers, d’autres non.
La neige n’était pas tombée, mais le ciel restait sombre.
Puis, l’espace d’un instant, les nuages s’écartèrent et la lumière du soleil se déversa. Enkrid prit alors la parole.
« Vous pensez qu’on va perdre ? »
Personne ne répondit. Ils se contentèrent de le regarder, l’air hébété.
Trop de soldats s’étaient rassemblés. Même en criant, sa voix n’aurait pas porté clairement jusqu’à chacun d’eux.
Derrière lui, Esther, sous forme humaine, fit un geste de la main.
C’était un sort qui amplifiait sa voix et la propageait au loin.
Enkrid pensa à Crang.
La brève impression que Crang lui avait laissée l’avait profondément marqué.
Il ne se contentait pas d’écouter attentivement : il saisissait tout ce qui l’entourait.
Boum.
Son cœur battit fort, tandis qu’une chaleur bouillonnait au creux de son ventre.
« Je ne pense pas que je vais perdre. »
Une phrase courte et simple résonna sur le terrain.
Elle n’exprimait qu’une certitude absolue.
Comment pouvait-il être comme ça ?
La question qu’ils se posaient au sujet d’Enkrid rejoignait celle qu’ils se posaient toujours.
Comment pouvait-il s’entraîner aussi durement, tous les jours ?
Comment quelqu’un pouvait-il être comme ça ?
« Nous ne perdrons pas. Protégez la Garde-frontière. »
Après sa troisième phrase, un soldat cria :
« Comment tu fais pour tenir ? Comment tu fais pour t’entraîner comme ça ? »
C’était l’une des nouvelles recrues, celle qui tremblait pendant les entraînements après s’être fait rouler dessus sans arrêt.
Il avait passé sa vie à voler et à commettre de petits délits, puis il était entré dans la Guilde de Gielpin et avait ensuite vu Enkrid combattre dans le territoire.
Après ça, il s’était engagé.
Il avait décidé de faire partie de l’armée.
Enkrid savait qu’il n’était pas fait pour être un grand orateur.
Alors il se contenta de parler franchement. C’est pour cela que la question lui plut : elle fit jaillir ses véritables pensées avant même qu’il s’en rende compte.
« La douleur qui me tue ne fait que me rendre plus fort. »
Qui se souciait du sens exact de la phrase ?
Le silence tomba. De nombreux soldats méditèrent ses paroles.
Le soleil perça les nuages, et ses rayons semblèrent tomber du ciel assombri.
Les soldats baignés par cette lumière en ressentirent une faible chaleur.
Le silence dura un court instant.
Enkrid commença à se demander s’il devait ajouter quelque chose.
Soudain, un soldat cria :
« Moi aussi, la douleur ! »
Qu’était-il censé vouloir dire ?
Enkrid baissa les yeux sans rien dire. Quoi qu’il ressente à l’intérieur, son visage resta calme, et cette expression impassible inspira aux soldats un étrange sentiment de réconfort et de confiance.
« Moi aussi, je supporterai la douleur ! »
Un autre soldat cria à son tour.
« Moi aussi, je peux le faire ! »
Un nouveau cri.
« La douleur qui me tue ! »
« Me rend plus fort ! »
Un chant étrange venait de naître.
Heureusement, les choses se déroulèrent exactement comme Kraiss l’avait prévu.
Le moral des soldats commença à s’enflammer à vue d’œil.
Rem, qui observait la scène de côté, cligna des yeux et demanda :
« Ce ne serait pas plutôt : “La douleur qui ne peut pas me tuer me rend plus fort” ? J’ai l’impression d’avoir déjà entendu ça quelque part. »
Il avait raison. Enkrid s’était trompé.
Cette phrase lui était venue parce qu’il savait que la mort elle-même le rendait plus fort.
« Tant qu’on a obtenu le résultat qu’on voulait, ça suffit. »
marmonna Paltor.
Les soldats qui rugissaient et poussaient des cris déchaînés n’étaient plus les mêmes que la veille.
Les rumeurs et les manigances les avaient presque poussés à déserter, mais le discours d’Enkrid les avait remplis d’une ardeur brûlante.
La douleur ne faisait que les rendre plus forts.
Même une douleur assez terrible pour les tuer ne faisait que les rendre plus forts.
En vérité, une douleur assez intense pour le faire mourir le rendait plus fort, mais ce n’était pas le sujet.
Les soldats se laissèrent emporter par l’élan.
Les entraînements épuisants qu’ils avaient endurés y étaient aussi pour quelque chose.
N’avaient-ils pas déjà vu à quel point ils avaient eux-mêmes changé ?
Certains connaissaient Enkrid personnellement, et d’autres connaissaient sa Compagnie des Fous.
Même ceux qui ignoraient leurs exploits en avaient au moins entendu parler.
Ces paroles venaient d’un homme de cette trempe.
Alors que les cris et les acclamations retombaient un bref instant, Enkrid remarqua parmi les soldats une sorte de courant sinistre.
« On ne peut pas empêcher tous les espions d’entrer. On ne peut qu’en démasquer autant que possible. »
Les paroles de Kraiss lui revinrent à l’esprit.
Même Enkrid ne pouvait pas identifier tous les espions cachés parmi les troupes.
Mais peut-être pouvait-il exercer sur eux une influence écrasante.
Une idée lui traversa l’esprit.
Au milieu des acclamations, la voix d’Enkrid s’éleva, claire et puissante.
« Je m’appelle Enkrid ! Commandant de la Compagnie des Fous ! À partir de maintenant, je vais prendre la tête du commandant ennemi ! Ce soir, oui, ce soir même ! Tenez-vous prêts ! »
Un geste digne d’un cinglé.
Derrière lui, Rem chuchota de nouveau :
« On y va ce soir ? »
Ouuaaaah ! Le rugissement des soldats fit trembler l’estrade. Jaxon sentit la vibration sous ses pieds. En entendant la question de Rem, il réfléchit, jugea la situation et parvint à une conclusion.
Lui aussi avait perçu cette atmosphère viciée dans leurs rangs.
« Non, on n’y va pas, espèce de barbare stupide. »
Jaxon comprit aussitôt l’intention de son commandant.
Rem l’ignora et lança :
« Laissons ce salaud derrière nous. Il ne sert à rien, hein ? »
Peu importait ce qu’ils racontaient derrière lui, Enkrid les ignora et dégaina son épée.
Chiririririrring !
Une faible lueur bleue fendit la lumière du soleil et s’élança vers le ciel.
« Toutes les unités, à vos postes ! »
Ouuaaaaaaaaaah !
Les acclamations redoublèrent.
« La douleur ! »
« Donnez-nous de la douleur ! »
« Ooooh, la douleur ! »
Le chant enfla lui aussi.
Graham se demanda si tout cela était vraiment une bonne idée, mais, au vu du résultat, le moral avait rapidement remonté.
Bien au-delà de ses attentes.
Kraiss se disait parfois qu’Enkrid ne se rendait pas compte de la position qu’il occupait.
À bien y réfléchir, c’était tout à fait normal.
À l’intérieur de la Garde-frontière, Enkrid leur paraissait deux fois plus fou et deux fois plus monstrueux qu’aux yeux des étrangers.
Et que se passait-il lorsque ces gens apprenaient que ce monstre fou était de leur côté et qu’il les mènerait au combat ?
Ils s’enflammaient.
Le moral remontait.
Tout se déroulait exactement comme prévu.
Graham ne se souciait pas des pensées intimes de Kraiss.
Mais il savait une chose : c’était le moment.
Le moral était remonté, et les hommes scandaient des slogans dans une sorte de fièvre.
À cet instant, ils avaient davantage besoin de ferveur que de sang-froid.
Quant au jugement réfléchi, les vétérans de première ligne s’en chargeraient eux-mêmes.
Graham cria :
« Toutes les unités, garde à vous ! »
À peine les soldats alignés sur le terrain d’exercice, les formations se mirent à partir les unes après les autres.
L’opération de jour et de nuit venait de commencer.
* * *
Gielpin jeta un coup d’œil au visage de Grenouille et resta sur ses gardes.
Si les choses tournaient mal, c’était lui qui se ferait battre à mort.
« Tout va bien. L’accord est conclu. Il fait maintenant partie de la guilde. »
Pour une raison ou une autre, Kraiss, le véritable maître de la guilde, avait accepté Grenouille parmi ses membres.
Ça clochait.
Grenouille n’était-il pas déjà venu deux fois au manoir de la guilde pour tout saccager ?
Mais c’était un ordre. Gielpin était un homme consciencieux. Les ordres de Kraiss lui avaient-ils déjà attiré des ennuis ? Jamais.
On lui avait demandé de creuser un trou à chien, alors il l’avait creusé.
On lui avait demandé d’accueillir Grenouille, alors il l’avait accueilli.
Il suivait fidèlement les consignes de Kraiss.
« Par ici. »
Maelrun, en revanche, ne montrait aucune prudence.
« J’ai faim. »
« Tiens. »
À peine sorti de prison, Maelrun regarda un humain chauve et engloutit un ragoût d’insectes.
Il mâcha les larves dans un craquement répugnant et retrouva aussitôt le sourire.
Il mangeait aussi des fruits et de la nourriture humaine, mais rien ne valait le ragoût d’insectes.
Il était aussi nutritif que savoureux.
Après trois jours passés à manger et à paresser, Gielpin s’adressa prudemment à Maelrun :
« Pourrais-tu garder un œil sur les allées et venues ? »
« Euh, bien sûr. »
Maelrun se leva aussitôt.
Les conditions proposées par Kraiss lui plaisaient beaucoup.
Ce qu’il appréciait par-dessus tout, c’était l’absence de pacte forcé.
Ce salaud de Fromshel m’avait d’abord obligé à conclure un pacte.
Fromshel connaissait les faiblesses des Grenouilles et avait appuyé exactement là où ça faisait mal.
Kraiss, lui, était tout le contraire.
« Mange ce que tu veux et fais ce que tu veux. Du moment que tu restes sur ce territoire. »
« Pourquoi je ferais ça ? »
« Qu’est-ce que tu veux faire ? Je ferai en sorte que tu puisses le faire autant que tu veux. »
Maelrun ne répondit pas tout de suite.
Les Grenouilles étaient une race menée par le désir. Kraiss était malin, et encore plus doué pour lire les gens.
Il avait décelé la méfiance de Maelrun.
« Pourquoi je te le dirais ? »
« Tu pourras partir après me l’avoir dit, non ? C’est si difficile à dire ? Si tu me le dis, je commencerai par te libérer. »
Kraiss fit le premier pas en arrière, et Maelrun finit par parler.
« L’accomplissement. L’instant de la victoire. Voilà ce que je désire. »
Kraiss était intelligent. Il comprit aussitôt l’essentiel. Maelrun parlait de victoire et d’accomplissement, mais pas du combat en lui-même.
Beaucoup de gens voulaient le résultat plus que l’effort.
Rien ne disait qu’une Grenouille devait être différente.
« Dans ce cas, tu aimerais avoir plein de cibles faciles. »
« Les combats d’entraînement ne me satisfont pas. »
Il tira sa longue langue et le dit avec un dégoût manifeste.
Il voulait dire qu’il aimait l’instant précis de la victoire, dans un véritable combat, sans fioritures.
« Ah, parfait. La Garde-frontière en voit passer beaucoup, des comme ça. Si quelqu’un te semble trop pénible, dis-le-nous. On a des gens qui s’occupent de ce genre de cas. »
Par exemple, Rem, ou Rem, ou quelqu’un comme Rem.
Un homme qui aimait voir des lunatiques se jeter sur lui.
Pour le reste, ceux qui maîtrisaient les arts martiaux ou l’épée, ce serait l’affaire d’Enkrid et des siens.
Il y avait encore beaucoup d’épéistes, de mercenaires et de marchands qui venaient en ville.
La moitié environ était attirée par la renommée d’Enkrid.
Il fera aussi un bon filtre.
Si Grenouille massacrait la plupart de ces gens, c’est exactement ce qui arriverait.
« Tu veux que j’aille où je veux dans le territoire ? »
« Ce serait encore mieux si tu repérais ceux qui ont l’air de cacher leur talent et que tu les battes, non ? »
Qu’était-ce qu’un vrai combat ? Tout dépendait de l’adversaire.
Il lui fallait donc des gens capables de lui tenir tête comme il se devait.
Et la satisfaction de les écraser.
La simple idée donna des frissons à Maelrun.
Sa peau réagit, laissant suinter une huile visqueuse.
« Sans pacte ? »
« Sans pacte. »
Kraiss sourit. En quoi un pacte était-il nécessaire ?
Les Grenouilles ne concluaient des pactes que pour maîtriser leurs désirs.
Alors, si le désir et la convoitise passaient avant tout, elles restaient même sans pacte. Maelrun était naïf.
C’est ainsi qu’il rejoignit la guilde et se mit à courir partout dans le territoire.
Gielpin sentit que, dans les ruelles, un mouvement se préparait contre les leurs.
Quelques nouveaux visages firent leur apparition, prétendant vouloir créer une nouvelle guilde.
Parmi eux, il repéra l’épéiste qu’ils présentaient comme leur champion.
Un homme au visage barré de deux profondes cicatrices.
Il portait une lourde masse. Si elle vous frappait, dire « ça fait mal » aurait été un euphémisme.
Au premier coup d’œil, Balafré n’avait rien d’un combattant ordinaire.
Malgré tout, le niveau d’un écuyer n’était pas si courant, alors il était plutôt moyen.
Tout au plus, il devait se situer au niveau d’un ancien de la Garde-frontière.
Il ne faisait pas le poids face à Grenouille.
« Ah ouais ? Tu vas t’en prendre à moi ? »
Maelrun afficha un sourire en coin. L’adversaire avait l’air parfait. S’il jouait un peu avec lui avant de gagner, ça devrait être amusant.
« Pourquoi Grenouille est là ? »
L’autre homme leva les yeux au ciel en parlant.
« Ça change quelque chose ? »
Maelrun répondit et leva son Épée en boucle.
L’homme paniqua à l’apparition inattendue de Grenouille. Inutile de préciser comment le combat se termina.
* * *
« Un échec ? »
L’Évêque-Loup, qui dirigeait les Cultistes, s’interrompit au milieu de sa mastication.
Un morceau de viande à moitié mâché atterrit sur la table.
« Oui. Nous avons perdu le contact avec le groupe envoyé prendre le contrôle des ruelles. »
« Envoyez-en d’autres. »
L’évêque trouvait la situation ennuyeuse, mais il se disait aussi qu’il ne pouvait pas bouger le premier.
Ils comptent se contenter de s’observer ?
Celui qui avait déclenché tout ça ne devrait-il pas tirer son épée le premier ?
Et surtout, ils avaient appris qu’une unité d’assassins ciblerait les commandants cette nuit.
Devait-il rester là sans bouger et se laisser faire ?
« Comment osent-ils s’en prendre à nous ? »
Ce serait amusant de couper la tête de tous les intrus, de les planter sur des pieux et de charger en les brandissant.
L’Évêque-Loup éclata d’un rire grinçant.
Pourtant, cette nuit-là, aucun assaillant ne vint.
À la place, le lendemain matin, l’Armée permanente de la Garde-frontière franchit les remparts en marchant.
Elle se dirigeait vers le camp des Lames Noires.
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