Chapitre 281
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 281 : La Lame Noire excelle dans l’intrigue (3)
= = =
« Grands Yeux. »
Enkrid interpella Kraiss, qui marmonnait dans sa barbe.
Clignement de paupières.
Le soldat cligna des yeux et le regarda.
Pourquoi se laissait-il dévorer par l’angoisse ?
Parce que la vie l’avait malmené depuis l’enfance. Un faux pas, et c’était la mort ou une blessure qui s’en approchait.
Et j’ai entendu dire que si ça tourne mal, certains salauds s’en prendront à toi.
Enkrid se gratta la joue.
Le monde n’accueillait pas à bras ouverts ceux qui restaient sans tache.
Les gens purs se salissaient facilement.
Renversez de l’encre sur une toile blanche, et elle ne retrouvera jamais sa pureté. Kraiss était pareil.
Pour éviter le pire, il s’attendait toujours au pire.
Et à force d’imaginer des catastrophes, il perdait tous ses moyens dès qu’il se retrouvait acculé. Son esprit se bloquait.
C’était déjà arrivé la première fois, quand il était resté planté au milieu du champ de bataille, l’esprit vide, et avait failli mourir.
Enkrid le savait par expérience. Ce salaud avait encore perdu la tête.
Bien sûr, tout cela n’était que supposition. S’il se trompait, tant pis. S’il avait raison, il serait facile de le calmer.
« Ça suffit, le vacarme. Si on se bat, on se bat. Si on meurt, on meurt. »
Dunbakel, qui écoutait à proximité, lâcha ces mots d’un ton bourru.
Ça avait probablement fini par les agacer. Kraiss parlait comme si tout le monde allait mourir d’une seconde à l’autre.
Eh bien, c’était possible.
Sur un champ de bataille, se faire faucher par une lame perdue n’avait rien d’exceptionnel.
Enkrid le savait aussi.
On pouvait mourir, ou s’en sortir.
Rien ne se déroulait exactement comme on le voulait. On faisait seulement de son mieux pour orienter les choses dans ce sens.
Et pour ça, il avait besoin de Grands Yeux.
Plus précisément, il avait besoin que Grands Yeux retrouve ses esprits.
« Ce salaud est ensorcelé. Collez-lui une gifle pour le ramener à la raison. »
Rem dit cela, allongé sur sa couchette comme une chenille, roulé sur le côté.
L’hiver transformait ce barbare en chenille. C’était toujours le même spectacle, chaque année.
Il y avait une certaine logique là-dedans, mais la violence était inutile.
Il avait déjà essayé.
Même sur le champ de bataille, une gifle ne lui avait pas rendu ses esprits.
À côté, Audin joignit les mains et déclara :
« Priez. Si vous priez, tout s’arrangera. »
Bien sûr, la prière ne réglerait pas le problème.
Même en utilisant son pouvoir sacré, il ne pourrait probablement pas rétablir Kraiss dans son état actuel.
Heureusement, Enkrid savait ce qui fonctionnait. Il s’en servit donc.
Il ouvrit la bouche.
« Hé, si ça tourne mal, on s’enfuit ensemble. »
« … Hein ? »
Kraiss cessa de cligner des yeux, le dévisagea, incrédule, et arrêta aussi de trembler des jambes.
« Si tout part complètement en vrille, ce sera facile de te tirer de là et de filer. Pareil pour Rem et les autres. Tu crois vraiment qu’ils vont tous mourir ici ? »
Il fallait le rassurer, pas l’effrayer davantage.
Ses doigts, qui flottaient près de sa bouche tandis qu’il hésitait à se ronger les ongles, retombèrent le long de son corps.
Kraiss tourna la tête.
Son regard passa de Rem à Ragna, puis à Jaxon et Audin.
Peu importe comment il les regardait, ils n’avaient pas l’air de gens qui mourraient facilement.
Et puis, il y avait Teresa.
Même dans les baraquements, elle portait un masque de fer et marmonnait : « Je suis Teresa la Vagabonde. » Ce Demi-Géant allait-il vraiment mourir si facilement ?
Quant à Dunbakel, eh bien… cette personne en avait l’air.
« Même si une femme-bête meurt, ça n’a rien à voir avec toi. »
Enkrid intervint au moment opportun. L’esprit de Kraiss, rendu fou à force de ressasser les pires scénarios, commença à retrouver son calme.
Sa vue s’éclaircit. Le brouillard devant ses yeux se dissipa.
Ses jambes tremblantes s’immobilisèrent. Ses mains agitées aussi. Ses yeux cessèrent de cligner et se remirent à briller comme d’habitude.
Ses pupilles tremblantes se stabilisèrent et retrouvèrent leur acuité. Dans le même temps, ses yeux brun clair se plissèrent doucement.
« Ah, c’est vrai. Dunbakel, tiens bon. Si tu ne veux pas mourir, fais plus d’efforts. »
Il dit cela avec un grand sourire.
« Je devrais peut-être te tuer en premier ? »
Dunbakel sortit ses griffes dans un chuintement.
« Rem, la femme-bête me cherche des noises. »
« Et alors ? »
Kraiss avait retrouvé ses esprits. Grands Yeux se mit à se plaindre auprès de Rem, lui demandant comment il pouvait dire ça, puis vit la chenille se tortiller dans sa direction et se réfugia aussitôt derrière Enkrid.
« Capitaine, vous ne devez pas vous rendre au conseil de guerre ? Le commandant de bataillon Graham va finir par exploser. »
« Si, j’y vais. »
« Allons-y ensemble. »
« Hum. »
S’il laissait Kraiss derrière lui, il risquait fort de revenir et de trouver d’élégantes marques de griffes sur son visage.
Enkrid emmena rapidement Kraiss avec lui.
Parmi ceux qui étaient restés, Audin fut le premier à glousser avant de prendre la parole.
« Les frères commandants de compagnie sont vraiment des gens fascinants. »
À quel moment avait-il compris que la prière comptait, sans pour autant tout accomplir ?
Ce n’était pas lorsqu’il travaillait comme inquisiteur.
Tout avait commencé ici, sur ce champ de bataille et dans ces baraquements. Tout était parti d’un homme.
Cet homme ne battait jamais en retraite et savait aussi prendre soin de ceux qui l’entouraient.
Son épée ne servait pas qu’à le protéger, lui.
Qu’est-ce qu’un chevalier ?
Qu’est-ce qu’un prêtre ? Qu’est-ce qu’un serviteur de Dieu ?
Cette révélation soudaine plongea Audin dans une profonde réflexion.
Personne, dans cette unité, ne se morfondait en songeant aux batailles à venir ou à la guerre.
Qui que ce soit, ils se battraient. C’était aussi simple que ça.
La plupart d’entre eux raisonnaient de cette manière toute simple.
Rem redevint donc une chenille et s’enfonça tranquillement dans une sieste.
Ragna dégaina de nouveau son épée.
On aurait dit qu’il ne pourrait pas se retenir s’il ne la faisait pas tournoyer sur-le-champ.
Ce n’était pas parce qu’il avait vu le capitaine s’entraîner comme un forcené.
Il l’avait simplement vu calmer Kraiss en quelques mots, puis partir.
C’était tout. Malgré cela, quelque chose l’avait touché. Quelque chose qu’il ne parvenait pas à exprimer lui grattait la poitrine.
Chacun était perdu dans ses pensées.
Une nouvelle envie de se battre bouillonnait en Teresa.
Je veux me battre.
Pour l’instant, ce n’était pas forcément contre Enkrid. Le sang des géants la poussait vers le champ de bataille, et l’air, qui se transformait lentement, faisait frissonner jusqu’au moindre poil de sa peau.
« Peu importe. »
Dunbakel avait toujours l’air de ne penser à rien, mais en cet instant, cela ressemblait presque à une force.
Jaxon gardait son expression impassible habituelle.
Bien sûr, au fond de lui, il était d’accord avec Audin.
Un humain fascinant.
Avant que quiconque ne la remarque, Esther était entrée dans les baraquements et s’était allongée dans un coin, à observer la scène.
Parmi tous ceux qui se trouvaient là, c’était elle qui avait été la plus stupéfaite par l’étrange nature d’Enkrid.
En une seule phrase, il avait rétabli l’esprit de quelqu’un.
Si ce qu’il venait de dire n’était pas un sort, qu’est-ce que c’était ?
Kyarr.
Esther lécha sa patte avant. Elle avait pris cette habitude après s’être transformée en panthère. Puis elle étira les pattes avant et s’allongea de tout son long. La chaleur de sa fourrure tiède monta et se répandit agréablement dans son corps.
* * *
Tous les soldats de la compagnie sentaient que l’atmosphère changeait dans le territoire.
Non, c’était dans tous les baraquements que l’on sentait le changement.
Pourtant, rien ne bougeait. Ceux qui auraient fui la bataille à venir étaient partis depuis longtemps.
On s’en rendait compte dès qu’on entrait dans la salle du conseil de guerre.
« On dirait qu’il manque du monde. »
Le commandant de bataillon Graham avait transformé la compagnie d’infanterie lourde en compagnie indépendante et l’avait placée sous son propre commandement.
En échange, il avait nommé Paltor commandant de la 1re compagnie et désigné des commandants pour les 2e et 3e compagnies.
C’est ainsi que Vengeance était devenu commandant de la 3e compagnie.
Ils avaient recruté en masse auparavant, alors la structure gardait une certaine marge.
Assez pour transférer le noyau de l’infanterie lourde dans une compagnie indépendante.
Ce furent les premiers mots de Vengeance en tant que commandant de compagnie fraîchement nommé.
À ses yeux, plus de la moitié des visages présents à la réunion précédente avaient disparu.
« Ils se sont enfuis. »
« Pardon ? »
« Ils ont emballé leurs affaires et déguerpi en pleine nuit. »
Paltor lui répondit. Il était le commandant de compagnie chargé du maintien de l’ordre dans le territoire.
« Vous les avez laissés partir ? »
Vengeance posa de nouveau la question. Comme ça, sans plus ? Ils n’auraient pas dû les traquer pour leur faire la peau ?
Des nobles qui abandonnaient leur territoire en pleine crise.
Et ils laissaient cette racaille filer.
Rendre dix fois chaque rancune : telle était la devise de Vengeance.
Paltor plissa les yeux.
Ce salaud mettait-il en doute sa façon de faire son travail ?
La tension emplissait déjà la pièce. Une étincelle, et les flammes jailliraient.
Alors, au milieu de cette atmosphère tendue, une voix claire retentit.
« Il vaut mieux les laisser partir. »
Depuis l’arrière d’Enkrid, tous les regards se tournèrent vers Kraiss. Il estimait inutile de perdre du temps en querelles stériles.
Le capitaine a dit que si ça tournait mal, il me tirerait de là.
Il n’allait pas mourir. Au moins, sa sécurité était assurée.
Et même sans le capitaine, il avait déjà préparé un moyen de quitter le territoire.
Pourtant, il n’avait cessé d’imaginer le pire, et son anxiété avait grimpé en flèche.
Bon, ces idées étaient absurdes.
Comme celle d’imaginer des dizaines de Bêtes magiques de type loup gardant le passage secret qu’il avait creusé pour s’échapper.
Ou encore celle d’un espion aux ordres de la Lame Noire qui l’attendait à cette sortie pour le tuer.
Tout ça était ridicule.
Mais sur le moment, l’effroi lui avait complètement embrouillé l’esprit. Maintenant ? Il allait bien.
Grâce à ça, son esprit fonctionnait de nouveau à plein régime.
« Vous croyez vraiment que ces trois-là vont s’allier ? »
« Quoi ? »
Il venait de planter la lame du véritable enjeu dans une conversation sur la fuite des nobles.
Puis il reprit avec aisance le sujet précédent. Enkrid trouvait que Kraiss avait vraiment le sens de la formule.
« Si quelqu’un menace la cohésion interne, mieux vaut le renvoyer au plus tôt. Le commandant de bataillon Marcus voulait tous les mettre dehors, de toute façon. Vous ne le saviez pas ? »
Vengeance l’ignorait. Il n’était pas particulièrement brillant, même s’il était tenace, loyal et savait rendre la pareille.
« C’est exact. »
Graham acquiesça. On aurait dit qu’il n’avait pas dormi depuis des jours. Des cernes assombrissaient ses yeux. Il regarda Kraiss.
« Vous êtes dans la compagnie indépendante. »
« Je suis Kraiss. »
La compagnie indépendante d’Enkrid était célèbre à bien des égards, mais ce qui frappait le plus, c’était sa force de combat brute.
Kraiss se fondait dans cette puissance, un visage que seuls certains reconnaissaient.
Graham le connaissait.
Mais c’était tout. Qu’avait-il dit, à l’instant ? L’attention de Graham se reporta entièrement sur Kraiss.
Kraiss poursuivit d’un ton égal :
« Azpen ne bougera pas tout de suite. S’ils essaient de démolir un par un tous les palissades et les ouvrages défensifs construits autour de la Perle Verte, les pertes seront trop lourdes. »
« Le commandant de bataillon stationné à la Perle Verte a demandé des renforts, affirmant que le danger était imminent. »
Kraiss quitta naturellement le côté d’Enkrid.
Marcus avait disparu et la situation était très, très, très, très, très mauvaise.
Pour éviter le pire du pire, Kraiss devait lui aussi faire sa part.
C’était pour cela qu’il était là.
Il devait au moins savoir ce que pensait le haut commandement.
Ou peut-être ne pensaient-ils pas du tout.
En tout cas, ils ne réfléchissaient pas clairement.
À vrai dire, Graham avait fait de son mieux.
Il avait rassemblé les troupes, étouffé les rumeurs pour préserver le moral, renforcé les patrouilles et déployé des équipes de reconnaissance.
Les soldats chargés de la sécurité qui répandaient des ragots ou des rumeurs inutiles se faisaient battre à coups de gourdin sur-le-champ.
Et il n’y avait pas que la sécurité : même à présent, des groupes improvisés au niveau des escouades observaient les environs.
À part ça, il ne leur restait qu’à attendre.
« Le commandant de bataillon de la Perle Verte dit ça parce qu’Azpen est juste en face de lui. Mais la situation la plus urgente est ici. Et puis, je ne crois pas que ces trois-là soient très proches. »
La réunion finit par s’articuler autour des propos de Kraiss.
Enkrid tira une chaise et s’assit.
Il prit place à côté de Vengeance.
« C’est qui, lui ? »
demanda Vengeance. Enkrid répondit, les bras croisés :
« Kraiss. »
« C’est pas le type qui vendait des trucs, avant ? »
Aux yeux de Vengeance, c’était un soldat qui gagnait un peu d’argent de poche avec des combines dans les ruelles.
« C’est ça. »
Vengeance, toujours aussi obstiné, inclina la tête et continua de regarder Kraiss sans expression.
Bon, écoutons ce qu’il a à dire. C’était probablement ce qu’il pensait.
La plupart des autres raisonnaient de la même façon.
Seuls Graham et Paltor froncèrent davantage les sourcils.
Au moins, ces deux-là réfléchissaient vite.
« S’ils ne sont pas proches, c’est qu’ils se surveillent mutuellement. Dans ce cas, il faut donner l’impression que nous sommes plus forts que nous ne le sommes. »
Il était temps de montrer à l’ennemi dans quel état ils se trouvaient.
Étaient-ils terrifiés par la Lame Noire, le culte et Azpen ?
Si c’était le cas, ils deviendraient la proie de leurs ennemis, qui s’insinuaient peu à peu.
Mais s’ils montraient les crocs ? S’ils tenaient des lames cachées et attendaient le bon moment ?
« Alors, ils n’attaqueront pas à la légère. »
« Et si nous gagnons du temps de cette façon, qu’est-ce qu’on pourra en faire ? »
Kraiss cligna de ses grands yeux. À la question de Graham, il sourit.
Des fossettes se dessinèrent, et les commissures de ses lèvres comme de ses yeux s’incurvèrent avec douceur. Arborant le sourire qui avait fait pleurer tant de femmes, il déclara :
« Nous pourrons acquérir une véritable expérience du combat. Et peut-être réussirons-nous à trancher la tête de leur chef. »
À quoi Kraiss pensait-il, en ce moment ?
Enkrid jugeait que c’était nécessaire, lui aussi.
L’expérience du combat.
Autrement dit, ils avaient des hommes forgés et reforgés par l’entraînement.
La force ainsi constituée n’était pas faible.
Marcus n’avait pas ricané sans raison en voyant les forces de la Lame Noire se rassembler.
Il était persuadé que ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils ne tranchent la gorge de ce porc de Tarnin.
Mais beaucoup d’entre eux manquaient encore d’expérience du champ de bataille.
Les troupes permanentes des gardes-frontières avaient été entraînées par Enkrid.
Une armée puissante, façonnée par un entraînement sans relâche.
Kraiss le savait bien.
Leur seul point faible était leur manque d’expérience du combat.
Certains vétérans avaient survécu à des batailles contre Azpen.
D’autres venaient du mercenariat, et d’autres encore s’étaient engagés après avoir entendu parler de la compagnie indépendante d’Enkrid.
Parmi les nouvelles recrues, beaucoup avaient encore peu d’expérience du champ de bataille.
Or, le champ de bataille était déjà un endroit où l’on mourait facilement.
Il faut connaître ses faiblesses.
C’était le seul moyen de les dissimuler et de combattre en s’appuyant sur ses points forts.
Cela ressemblait à l’escrime, songea Enkrid en écoutant.
Masquer ses faiblesses et combattre en s’appuyant sur ses points forts semblait évident, mais c’était difficile à mettre en pratique.
Et dans une situation pareille, rares étaient ceux capables d’aller aussi loin dans leur réflexion.
La plupart des tactiques du continent se résumaient à foncer dans le tas ou à envoyer des espions s’infiltrer.
Kraiss était allé un peu plus loin.
S’ils manquaient d’expérience, il fallait la leur donner.
S’ils avaient une faiblesse, il fallait l’éliminer.
« Nous divisons les forces en deux unités. Une de jour et une de nuit. L’unité de jour combat, l’unité de nuit se repose. Ensuite, celle de nuit combat et celle de jour se repose. Nous alternons, sans nous engager dans des batailles à grande échelle. »
« … Vous voulez dire que nous ne nous battrons que dans de petits affrontements localisés ? »
Graham l’interrompit pour poser de nouveau la question. Son ton était grave. Peut-être n’en avait-il l’air qu’à cause de son épuisement.
« Si nous nous lançons directement dans une bataille à grande échelle, les pertes seront énormes. Avant ça, nous devons nous préparer. »
Kraiss avait posé une main sur la table.
Il écarta les doigts et désigna un côté de la carte militaire.
« Nous nous battrons ici. Nous nous replierons là. »
Il ne faisait que coucher sur la table ce qu’il avait en tête. Kraiss n’hésitait pas.
Sans s’en rendre compte, Enkrid se laissa entraîner à son tour et comprit ce qu’il devait faire.
Dans les petits affrontements localisés, Enkrid n’avait aucun rôle à jouer.
Plus précisément, la compagnie indépendante n’en avait aucun.
« La compagnie elfe et la Compagnie des Fous avanceront séparément. »
Parce qu’il avait été rongé par l’angoisse, parce que l’angoisse l’avait englouti, il avait imaginé le pire du pire.
Cette imagination s’appuyait sur des informations. À partir de celles-ci, il avait prédit ce qui se produirait et la réaction de l’ennemi.
Une étrange ardeur commença à transparaître dans la voix de Kraiss.
C’était la première fois qu’il s’occupait vraiment des opérations d’une unité, mais il ne semblait pas près de se retrouver dans une impasse.
« Encore une chose. Il y a quelque chose que le capitaine doit faire. »
À la fin, Kraiss se tourna vers Enkrid et le lui annonça.
Enkrid acquiesça.
Qu’il s’agisse de manier l’épée ou de partir seul abattre des dizaines de Bêtes magiques, il était prêt à faire ce qu’il faudrait.
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