Chapitre 280
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 280 : La Lame Noire excelle dans l’art de l’intrigue (2)
= = =
Pourquoi Marcus avait-il dû obéir à la convocation de la capitale ?
« Ces salauds de ma famille auraient dû me couvrir et me servir de bouclier dans un moment pareil, mais ils m’ont jeté en pâture pour que je prenne les coups à leur place. Les manœuvriers politiques sont tous les mêmes. »
Voilà ce qu’avait dit Marcus.
Un instant, Enkrid se demanda si Marcus ne jurait pas contre lui-même, mais ce n’était pas le moment de le lui faire remarquer.
« Vu de la capitale, élever des chevaux de guerre et entraîner des archers ici, avec une partie de la garde-frontière, ça peut passer pour des préparatifs de rébellion. Pourquoi rassemblez-vous des forces dans le nord ? Et pourquoi une grande famille noble de la capitale s’en mêle-t-elle ? »
« Une grande famille ? »
« La mienne. »
Enkrid ne demanda pas de quelle famille il s’agissait.
L’essentiel était là.
Marcus avait prévu de réorganiser le nord autour de la garde-frontière.
Mais, depuis la capitale, on se demandait : « Qu’est-ce que tu cherches exactement à faire en rassemblant des forces là-haut ? »
« On essaie de gérer correctement le nord. »
Telle avait été sa réponse.
« Ça n’en a pas l’air. Monte d’abord nous voir et parlons-en. Et puis, à l’origine, tu viens d’une famille chargée de protéger la capitale, non ? Monte. On fera de toi un fonctionnaire de la capitale. »
« Et si je refuse ? »
« Hein ? Alors, ça ressemble vraiment à un complot contre le royaume. Tu refuserais ça ? »
« Je te dis que ce n’est pas une rébellion. »
« Alors viens dans la capitale. Viens discuter. Cesse de harceler les territoires voisins. Tu as dit que tu ne faisais que défendre le tien, pas vrai ? Dans ce cas, ils ne te toucheront pas non plus. »
« Si je te fais confiance et que je pars, ils attaqueront. Laisse-moi d’abord régler ça, ensuite je viendrai. »
« Ouais, ça, c’est une rébellion. Espèce de traître. »
« Non. »
« Alors viens. »
Si l’on faisait abstraction des fioritures, des titres et du reste, voilà en gros à quoi se résumait leur conversation.
Marcus avait résisté, mais en vain.
On l’avait forcé à rentrer dans la capitale.
« Ça ne s’arrêtera pas là. Il y a ces salauds de bandits derrière tout ça. »
C’était Marcus qui parlait, politicien né.
Mais pourquoi était-il venu jusqu’ici pour dire tout ça ?
Avant qu’Enkrid puisse poser la question, Marcus prit la parole.
Il se décolla du pilier auquel il était adossé et se redressa.
Il se tenait au garde-à-vous, le dos raide et droit.
Un instant, on aurait dit que Marcus aspirait l’air qui l’entourait.
C’était ainsi qu’il réglait sa respiration.
« Aide Graham et protège le territoire. »
Ce n’était pas un ordre. Aux oreilles d’Enkrid, cela ressemblait plutôt à une requête.
« Oui. »
Enkrid répondit. Marcus ouvrit la bouche, l’air épuisé.
« … Tous mes soucis n’auront donc servi à rien. »
« Mon commandant ? »
« Rien. »
Marcus se détourna. Le commandant de bataillon Marcus avait traîné plusieurs inquiétudes jusqu’ici.
Cet homme appelé Enkrid resterait-il dans le territoire jusqu’au bout ? Devait-il abandonner cet endroit et le faire venir dans la capitale à la place ? Ou bien Enkrid suivrait-il simplement sa propre voie ?
« Ah, ces bureaucrates pourris de la capitale… »
Marcus avait de nouveau envie d’insulter les nobles et les fonctionnaires corrompus.
Il les maudissait déjà tous les jours, mais là, il aurait voulu leur percer le front à chacun.
Il aurait voulu engager un assassin assez célèbre pour figurer dans les livres d’histoire.
Celui qu’on appelait Point Rouge, parce qu’il tuait ses victimes en leur laissant une marque rouge sur le front. Ou Redot, pour faire court.
À moins que ce ne soit Tache Rouge ?
Peu importe. Il voulait arracher cette pourriture et la jeter au loin.
« Très bien. Je m’en vais. »
Il n’avait aucune intention de courir dans la capitale juste parce qu’on l’avait convoqué, pour ensuite s’y tenir tranquille.
Il retrouverait chacun de ces salauds que la Lame Noire avait manipulés et les écraserait.
Mais pour déployer une telle force, il fallait que cet endroit tienne bon. L’ennemi s’acharnait à prendre la garde-frontière pour cible.
Alors, que pouvait faire Marcus ?
Quoi d’autre ?
Comme toujours.
Laisser les combats à ceux qui savaient se battre.
Et s’occuper de ce qu’il savait faire.
Avant de partir, Marcus décida qu’il devait écrire encore quelques lettres.
Il lui fallait prendre toutes les dispositions possibles avant son départ.
Au milieu de tout cela, ses pensées revinrent à Enkrid, la plus grande inconnue.
Restera-t-il ?
En politicien qu’il était, il était venu autant pour sonder Enkrid que pour le convaincre, mais la réponse lui était venue trop facilement.
Enkrid avait répondu sans hésiter. Il n’y avait là ni mensonge ni sens rigide du devoir, et pourtant Enkrid protégerait cet endroit.
C’était tout simplement dans sa nature.
Marcus ignorait quel feu brûlait dans la poitrine d’Enkrid, mais il était bien là, et ne se laissait pas facilement voir.
S’il voulait vraiment devenir chevalier, il aurait dû se rendre depuis longtemps dans la capitale ou au palais royal et se battre pour intégrer un ordre de chevalerie.
Alors pourquoi était-il encore ici, même après avoir éveillé sa Volonté ?
La question lui revint.
« Quel genre de chevalier veux-tu devenir ? »
La prochaine fois qu’ils se verraient, Marcus voulait lui poser la question.
Il se sentait plus serein. Cette frustration étouffante s’était dissipée. Comme si un fil emmêlé venait de se démêler.
Il ne savait toujours pas pourquoi, et ne pouvait toujours pas savoir tout ce qui allait arriver, mais malgré tout…
« Il ne tombera pas facilement. »
C’était étrange. Graham, le commandant de la 1re compagnie, pouvait suer sang et eau et se donner tout le mal du monde : cela ne le rassurait pas autant qu’une seule phrase d’Enkrid.
« À cause de l’écart de niveau ? »
Il le savait désormais. Enkrid était devenu un épéiste redoutable. Il était en route pour devenir chevalier. Il avait même éveillé sa Volonté.
Était-ce pour ça ?
Non. Ce n’était pas ça. Marcus le savait d’instinct.
De retour à son bureau, il y trouva Graham, le commandant de la 1re compagnie, qui l’attendait.
« Désolé. Il n’y aura même pas de cérémonie officielle pour ta nomination et, en plus, nous ignorons toujours ce que prépare le commandant du bataillon de la garnison de la Perle Verte. Si ce salaud est lui aussi passé dans le camp adverse, ça va se compliquer. »
« Ne vous inquiétez pas. Nous ne perdrons pas contre la Lame Noire. »
Graham était lui aussi un soldat remarquable et un homme solide.
Et pourtant, Marcus se demanda encore pourquoi ces paroles ne lui inspiraient pas autant confiance que le simple « Oui » d’Enkrid.
Marcus secoua intérieurement la tête et tapota l’épaule de Graham.
Tout partait en enfer, et lui devait s’en aller. C’était amer.
Sa résolution se raffermit d’elle-même.
Il abattrait à coup sûr celui qui tirait les ficelles.
* * *
« Les Cultistes se soulèvent dans le sud de Martai ! »
Voilà ce qu’on entendait partout où se rassemblaient colporteurs et voyageurs.
On racontait qu’un homme appelé évêque du Culte était apparu dans le sud, accompagné d’une meute de Bêtes magiques.
La rumeur courait partout que l’Évêque-Loup, une figure bien connue des Cultistes, était sorti à la tête de ses troupes.
Bien sûr, ce n’était pas qu’une rumeur.
[L’hiver étant désormais arrivé, je proclame cet endroit terre sacrée pour ceux qui grelottent et meurent de faim dans le froid.]
Les paroles de l’évêque furent mises par écrit et diffusées partout.
Elles parvinrent aussi à la garde-frontière.
« Oh, allez, c’est quoi, ces conneries ? »
Certains soldats claquèrent la langue en lisant le message.
Celui-ci déclarait ouvertement que Martai et la région de la garde-frontière étaient une terre sacrée pour le Culte.
En clair : « Défiez-nous et vous mourrez. Alors débarrassez le plancher et fichez le camp. »
C’était un grave problème.
Après le départ de Marcus, le commandant de la 1re compagnie, désormais seigneur et commandant de bataillon, eut des sueurs froides en voyant cette nouvelle vague de problèmes s’abattre sur lui.
Pourquoi les Cultistes étaient-ils apparus tout à coup ? La situation était grave. Leurs effectifs étaient manifestement insuffisants, tandis que la Lame Noire et les Cultistes les pressaient de deux côtés différents.
« Ce salaud de Marcus s’est enfui la queue entre les jambes ? »
Le baronnet Tarnin redoubla de provocations. Dans le même temps, il avançait discrètement ses troupes.
Une vague odeur de bataille se répandait dans l’air.
« Je devrais envoyer quelqu’un auprès du comte Molsen pour lui demander du soutien. »
Graham passa aussitôt à l’action.
Les fils du grand noble qui avait le plus d’influence dans la région se trouvaient justement dans le territoire.
Ça ne le pousserait-il pas à les aider ?
Il lui fit même savoir que ses deux fils étaient là.
La réponse arriva.
« Les Cultistes se soulèvent aussi dans le comté et, avec l’arrivée de l’hiver, les monstres sont trop nombreux. Débrouillez-vous seuls. »
Bam !
Le commandant de la 1re compagnie abattit son poing contre le mur.
Le mur était en briques solides ; il ne céda pas.
Une vive douleur lui remonta des doigts le long des nerfs, mais était-ce important, à cet instant ?
« Bon sang ! Votre territoire sera le prochain ! »
Dans une situation pareille, le territoire du comte Molsen ne pouvait pas non plus rester indifférent.
Derrière ce gros porc de Tarnin se cachaient les bandits de la Lame Noire.
Non, à ce stade, ils ne se cachaient même plus.
Plusieurs épéistes connus sans le moindre doute comme membres de la bande s’étaient montrés.
Ils étaient donc pleinement engagés dans l’affaire.
Les troupes qui remontaient du sud tout en surveillant Martai étaient des Cultistes, mais les deux camps ne pénétraient pas sur le territoire l’un de l’autre, presque comme s’ils avaient conclu un pacte de non-agression.
Tout semblait coordonné.
Et si c’était le cas, alors ça l’était vraiment.
Les deux groupes allaient-ils donc occuper la garde-frontière et s’arrêter là ?
Allaient-ils se taper sur le ventre avant de se disperser en disant : « Bon, ça suffit comme ça » ?
Pas question. Si ça arrivait, ils ne feraient que se déchaîner davantage.
Graham envoya aussi des corbeaux et des pigeons à la capitale.
Aucune réponse ne vint.
D’autres nouvelles arrivèrent à la place.
« Commandant de bataillon. »
Avait-il dit qu’il était désolé de lui transmettre le poste dans un moment pareil ?
Aucune cérémonie officielle n’avait eu lieu, mais Graham comptait profiter de cette crise pour consolider sa position de commandant de bataillon.
Tel était le plan.
Puis il se rappela ce que Marcus lui avait dit avant de partir.
« Si la situation tourne vraiment trop mal, fais ce que tu peux et file. »
Il commença à se demander si ce moment n’était pas arrivé.
Le rapport qui lui parvint plongea le nouveau commandant de bataillon dans le désespoir. Le regard de Graham s’assombrit.
« Azpen a bougé. »
Il y avait un homme qui, à l’origine, avait été commandant d’un bataillon de réserve.
Il avait stationné des troupes dans les plaines de la Perle Verte, entraîné des chevaux de guerre, défriché de nouvelles terres agricoles et construit des villages.
La fortification passait avant tout. Il avait donc commencé par bâtir des casernes et des palissades de bois. Il transformait ce village en territoire, dépassant le cadre d’une simple garnison pour en faire une véritable terre de Naurillia.
Un messager arriva de la Perle Verte.
Azpen avait rassemblé ses troupes, rompu l’accord et franchi la frontière.
C’était une invasion.
Azpen n’avait jamais été du genre à perdre une fois puis à se taire pour toujours, à sucer son pouce en attendant.
Mais pourquoi maintenant, parmi tous les moments possibles ?
Il fallait du soutien de la capitale pour régler ce problème. La garde-frontière seule ne pourrait jamais y faire face.
Le soutien finirait par arriver. Azpen avait lancé son offensive.
Mais…
Bien sûr, cela ne comptait que s’ils survivaient jusque-là.
À peine nommé commandant de bataillon, le voilà qui voulait déjà prendre la fuite.
Les intrigues de la Lame Noire se muèrent en une lame impitoyable qui se mit à déchirer la garde-frontière.
Ils avaient chassé Marcus, fait venir les Cultistes et même poussé Azpen à agir.
Le ciel était sombre. De lourds nuages d’orage masquaient le soleil, même en plein jour.
Des nuages noirs planaient aussi au-dessus du territoire.
* * *
« Alors, qu’est-ce qu’ils vont faire, maintenant ? »
Un cadre de la Lame Noire ricana dans sa barbe. Il avala une gorgée d’alcool fort et se délecta de la situation.
Comment osaient-ils s’en prendre à nous ?
Ils avaient fait jouer toutes leurs relations et déversé des pièces d’or.
Voilà le résultat.
Les troupes du baronnet Tarnin et de la Lame Noire.
Les troupes des Cultistes au sud de Martai.
Et à l’est, au-delà des plaines de la Perle Verte occupées par la garde-frontière, Azpen qui se soulevait.
Alors, qu’allaient-ils faire, maintenant ?
* * *
Les nouvelles affluant de toutes parts, les colporteurs cessèrent peu à peu de se rendre dans le territoire.
« Il paraît que la guerre approche. »
« J’ai entendu dire que les Cultistes envahissaient aussi la région. »
« Non, non, ce n’est pas ça. Il paraît que l’unité de la Perle Verte a changé d’avis. Qu’ils se sont dit : pourquoi le nommer commandant de la garde-frontière, lui ? »
« J’ai entendu dire que la capitale avait trouvé cet endroit gênant et l’avait abandonné… »
« Tu crois que c’est tout ? J’ai entendu dire que le comte Molsen nous avait aussi tourné le dos. »
Quand la garde-frontière allait-elle tomber ?
Enkrid laissa ces rumeurs lui passer au-dessus de la tête.
Bien sûr, tout le monde n’en était pas capable.
Graham, commandant et nouveau commandant de bataillon, sentit son souffle se bloquer.
Il avait l’impression qu’on lui pressait une lame sous la mâchoire.
S’il convoquait un conseil de guerre pour repousser le baronnet Tarnin, ses arrières seraient trop exposés.
Il envoya un messager au bataillon de la Perle Verte, et la réponse aggrava encore la situation à l’arrière.
« Les forces ennemies sont nombreuses. À moins que vous ne vouliez voir les soldats d’ici massacrés jusqu’au dernier, vous devez envoyer des renforts. »
Des renforts, mon cul.
Ils manquaient déjà tellement d’hommes ici qu’il aurait voulu lever en urgence une sorte d’armée de fortune sur-le-champ.
Sa barbe hirsute et ses yeux injectés de sang reflétaient son état d’esprit.
« Putain, Marcus. »
Graham finit par maudire Marcus.
Qu’y avait-il à célébrer, à devenir commandant de bataillon et seigneur, quand tout ressemblait à ça ?
Alors que le dirigeant du territoire avait un pied dans la panique, l’un des hommes de la compagnie d’Enkrid sombrait dans un état similaire.
« Capitaine, capitaine, ce serait pas le moment de se tirer ? »
Qu’est-ce que ça voulait dire ?
« Vous n’avez pas prêté serment de loyauté à la reine, pas vrai ? Nous non plus. Alors on n’a aucune chance de les arrêter tous : les Cultistes, la Lame Noire et Azpen. »
Ce n’était pas son genre, d’habitude.
Enkrid observa Grands Yeux un instant.
Ses jambes tremblaient sans arrêt. Il essaya de se ronger les ongles, puis cracha et continua de cligner des yeux.
Même là, sous le regard d’Enkrid, il cligna des yeux trois ou quatre fois ; ses pupilles tremblaient visiblement.
Il n’était pas dans son état normal.
Enkrid ne prétendait pas connaître le passé de tous ses hommes ni avoir parfaitement cerné leur personnalité.
Mais il y avait des choses qu’il savait.
Rem détestait le froid, et Ragna était un paresseux qui n’avait aucun sens de l’orientation. C’étaient des choses qu’on finissait naturellement par remarquer.
Jaxon cachait beaucoup de choses et laissait parfois entrevoir quelque chose de glaçant, sans qu’on sache clairement vers qui cela était dirigé.
Et il connaissait aussi les habitudes de Kraiss.
Ce camarade aux grands yeux n’avait pas eu la vie facile, autrefois.
Cela dit, qui ici avait vécu en paix ?
Les gens comme eux n’auraient jamais échoué jusqu’ici sans raison.
Il y avait une raison pour laquelle cette unité avait été surnommée l’Escouade des Fauteurs de troubles dès le départ.
Kraiss était lui aussi un fauteur de troubles.
« C’est la pire des situations. »
Kraiss marmonna et énuméra ce qui allait suivre.
« Même si on retient le gros des forces de la Lame Noire en s’abritant derrière les murs, qu’est-ce qu’on fait des Cultistes qui remontent du sud ? Ce type qu’on appelle l’Évêque-Loup est très connu. J’ai moi-même récolté des informations sur lui. »
Il avait le visage blême et parlait sans même esquisser un sourire amer.
« Il commande des centaines de Bêtes magiques ressemblant à des loups. Une prime est déjà offerte pour sa capture, et un type pareil s’est déplacé en personne. Qu’est-ce que ça nous apprend ? Molsen ou pas, le royaume a abandonné cet endroit. Je ne sais pas ce qu’ils ont reçu en échange, mais en nous sacrifiant, ils ont dû obtenir tout ce qu’ils voulaient. La reine a abandonné cette terre. Regardez : Azpen a déployé ses troupes au grand jour, et pourtant aucun renfort n’arrive. On aurait au moins dû voir débarquer une partie d’un ordre de chevalerie. Mais personne ne vient. Qu’est-ce que ça signifie ? De la politique. Ont-ils payé un prix pour céder la Perle Verte ? Ou ont-ils passé un accord avec les Cultistes ? Au minimum, la Lame Noire… »
Il n’en finissait plus. Enkrid en comprit la moitié et laissa le reste couler.
Enkrid regarda autour de lui.
Il vit leurs regards posés sur lui. Une chose lui apparut clairement.
Ils feraient tout ce qu’il leur demanderait.
S’il leur disait d’abandonner le territoire et de partir sur-le-champ, ils le suivraient tous.
Rem, Ragna, Audin, Jaxon, Dunbakel, Teresa et, enfin, Kraiss, rongé par l’angoisse.
La panthère qui s’était glissée là sans bruit ferait de même.
Eux huit, plus lui.
Neuf en tout, une force qu’on aurait pu sacrifier en temps normal.
Mais maintenant ?
Sur le champ de bataille précédent, Marcus avait dit que leur victoire facile était due au fait qu’il avait dissimulé les véritables capacités de cette compagnie.
C’était l’analyse de Kraiss.
Enkrid était d’accord.
Alors, que se passerait-il s’ils se repliaient maintenant ?
Qu’arriverait-il ? Tout s’effondrerait.
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