Chapitre 278
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 278 : [Tout commence avec Jaxon]
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« Espèce de lâche, sale ordure, va pourrir en enfer, fils de pute ! »
Un cadre des Lames Noires cracha du sang et maudit Marcus.
Bien sûr, il y avait eu un malentendu. Sinar avait déclenché les hostilités, et Enkrid s’était mêlé à l’affaire pour y mettre un terme en un rien de temps.
Pourtant, plus ils creusaient, plus ils entendaient la même chose : l’Armée permanente de la Garde-frontière était impliquée.
Mais qui avait donné l’ordre ? Qui tirait les ficelles ?
Un nom revenait sans cesse et leur restait en travers de la gorge.
Marcus.
Un noble bâtard lié au palais royal, dont tout le monde disait qu’il convoitait le titre de grand-duc du Nord.
« Ce salaud mérite qu’on le mâche jusqu’à ce qu’il en crève ! »
Il le maudit dans sa tête, le hurla à voix haute, mais sa colère ne retombait toujours pas.
C’était rageant, humiliant, exaspérant.
Il voulait se jeter par terre, hurler et se débattre. Voilà à quel point il était furieux.
Ce ne fut qu’après s’être calmé — à peine, mais vraiment à peine — qu’il s’arrêta.
Le cadre grinça des dents. Même alors, il ne pouvait pas simplement aller le tuer sur-le-champ.
La Garde-frontière était un endroit maudit. Tous les assassins qu’ils y envoyaient disparaissaient sans laisser de trace.
N’avaient-ils pas échoué à chaque tentative d’assassinat contre cet homme, Enkrid ?
Non. Lui avaient-ils seulement égratigné la peau ?
Ils avaient envoyé des hommes armés de poison. Alors pourquoi avaient-ils tous été éliminés ?
Parce que leur cible était très douée ? Les Lames Noires y avaient pensé aussi.
Le cadre était du même avis.
À ses yeux, Enkrid avait au minimum le niveau d’un écuyer.
Certains de ses exploits avaient été exagérés, d’autres minimisés.
Malgré tout, personne ne croyait vraiment qu’Enkrid avait atteint un tel niveau.
L’histoire selon laquelle il avait appris l’épée en partant de rien, puis éveillé un jour sa Volonté et s’en était servi, était difficile à avaler.
Bien sûr, des génies de ce genre apparaissaient de temps à autre. Mais s’il avait eu un tel talent, pourquoi ne brillait-il que maintenant ?
À la rigueur, s’il avait vécu caché quelque part. Mais ce n’était pas le cas.
On retrouvait sa trace partout.
Il avait été mercenaire. À Krona, il avait payé des instructeurs médiocres pour apprendre l’épée.
Il avait travaillé comme chasseur pour quelques pièces de cuivre et accepté toutes sortes de petits boulots.
Quand il n’avait pas de travail à l’épée, il se déplaçait pour réparer des murs.
Voilà quel genre d’homme il était. Qui aurait cru qu’il était devenu un écuyer ?
Les Lames Noires étaient pragmatiques. Elles ne pouvaient pas en arriver à une autre conclusion.
Surtout que le comte Molsen avait, dans une certaine mesure, modifié les renseignements en coulisses.
Ils ne pouvaient donc pas évaluer avec précision le niveau d’Enkrid.
Ça ne voulait pas dire qu’ils ne prenaient pas son cas au sérieux.
Il était évident qu’il avait changé récemment.
Malgré tout, ils ne croyaient pas qu’il avait réellement atteint le niveau d’un écuyer.
Il devait avoir un soutien.
Et parmi les noms possibles, lequel était le plus important ?
Marcus, ce comploteur de salaud, ne pouvait être que le responsable.
« C’est la guerre, maintenant ! »
Le cadre hurla seul dans un bureau vide.
Bien sûr, il ne s’agissait pas seulement de son avis personnel.
Ses supérieurs, dont le chef des Bandits des Lames Noires, avaient donné des ordres similaires.
Rassemblez toutes les forces.
Faites aussi appel au Culte.
Rasez la Garde-frontière.
Ce groupe de bandits dissident n’avait ni seigneur ni territoire, mais disposait d’un pouvoir militaire et politique. Ils décidèrent de tout mettre à profit.
Ils éventrèrent leurs réserves d’or noir et activèrent tous les contacts dont ils disposaient.
Ceux qui avaient fait partie de la bande se rassemblèrent.
Parmi eux se trouvaient bon nombre de mercenaires capables de poignarder leurs propres parents pour assez de Krona.
Une force qui ressemblait à une armée se rassembla ainsi sur une petite colline à l’ouest de la Garde-frontière.
Ils étaient plus de cinq cents. Cette force pouvait-elle franchir les remparts de la Garde-frontière ?
Ce ne serait pas facile, mais les Lames Noires n’étaient pas spécialisées dans la guerre. Leur domaine, c’était l’intrigue.
Elles agirent en conséquence.
En apparence, l’ascension de la bande n’était qu’une guerre territoriale provoquée par Marcus, qui s’emparait des terres voisines et les annexait. Mais ses conséquences dépassaient largement une ou deux affaires.
Ce fut le début d’une guerre civile, et le prétexte qui mit d’innombrables personnes en mouvement.
Marcus, qui se trouvait à l’intérieur de la Garde-frontière, ne s’y était pas attendu.
Juste avant que le conflit territorial n’éclate, il avait déclaré :
« Combien y a-t-il de villages ? Envoyez des soldats dans chacun d’eux et prenez-les. À partir de maintenant, nous ne sommes plus l’Armée permanente de la Garde-frontière, mais la Garde-frontière territoriale. »
« Et qui sera le seigneur ? »
« Le premier seigneur, c’est moi. »
À la question du commandant de sa compagnie, Marcus se désigna fièrement des deux pouces.
Peu après, le cochon de baronnet Tarnin, gestionnaire du territoire voisin et, de fait, propriétaire originel des villages, déclara la guerre territoriale.
« Comment oses-tu agir sans l’autorisation royale ! Vous êtes tous avides et sans honte ! Marcus, implore aussitôt mon pardon ! Si tu ne te repens pas, je te couperai la tête et l’offrirai à Dieu ! »
Après avoir rassemblé ses troupes, il prononça ce grand discours.
Il ne chercha même pas à cacher ses intentions, aussi la nouvelle parvint-elle rapidement aux oreilles de Marcus.
« On dirait que ce porc de salaud a encore pris les mauvais médicaments. »
Marcus répondit en marmonnant, le menton posé sur son bureau, mais le sens de ses paroles était clair.
C’était le début d’une guerre civile. Cela ne signifiait pas qu’ils allaient immédiatement s’entretuer.
Comme dans la plupart des guerres territoriales, le baronnet Tarnin envoya d’abord un émissaire.
En général, les choses commençaient par des échanges d’insultes, avant de dégénérer à contrecœur en combats.
« Mais qu’est-ce que ce salaud cherche à faire ? »
Cette fois, pourtant, c’était un peu différent.
Tarnin avait d’abord rassemblé des mercenaires et toutes sortes de combattants, puis il avait cherché la querelle et provoqué son adversaire.
Autrement dit, il avait agi comme s’il allait attaquer sur-le-champ.
Mais au lieu de charger, il s’était contenté de se retrancher et de tenir ses positions.
Pourquoi ? Qui gagnait à faire traîner les choses ? Qui y perdait ?
Marcus n’était pas un imbécile. Mieux valait laisser Tarnin et ses soutiens gaspiller leurs ressources plutôt que de charger tout de suite.
Il chercha à comprendre ce qu’ils voulaient et se creusa la tête.
La spécialité du cochon Tarnin ?
— Manger.
Le point fort de l’idiot Tarnin ?
— Sa peau était si épaisse que les lames la transperçaient à peine.
La puissance du territoire du baronnet Tarnin ?
— Nulle à chier.
Sur quoi ce salaud comptait-il ?
— Les Bandits des Lames Noires.
Marcus remit les événements dans l’ordre et examina la situation.
Alors, pourquoi agissaient-ils ainsi ?
Une fois les troupes rassemblées, l’or partait forcément en fumée. Il fallait nourrir et loger les hommes.
Il y avait aussi les mercenaires. Il fallait leur verser leur solde.
Même sans combattre, si on ne leur mettait pas d’argent dans la main, certains changeraient prestement de camp et ouvriraient une brèche en forme d’étoile dans le ventre de Tarnin.
« Alors, pourquoi ? »
Ils avaient rassemblé des troupes, mais n’avaient pas l’air d’avoir l’intention d’attaquer.
Ils se contentaient de débiter des absurdités sur des exercices militaires.
Marcus attendit. Sur le moment, il ne pouvait rien faire d’autre.
Après tout, il avait bel et bien pénétré sur le territoire d’autrui.
Il avait prévu d’étouffer l’affaire, de s’emparer de quelques villages, de bâtir quelque chose qui ressemblerait à un territoire, puis de demander l’approbation royale plus tard.
« J’ai l’impression que quelqu’un tire les ficelles derrière ce cochon de Tarnin. »
Mais qui ?
Puis le tour joué par ce cerveau de l’ombre le frappa de plein fouet.
Assez fort pour lui fendre l’arrière du crâne.
« … Hein ? »
[Le conflit territorial ayant semé le chaos dans le Nord, nous ordonnons à Marcus, fidèle ami du palais royal et pilier central de sa maison, de…]
C’est ainsi que commençait la lettre.
Marcus était un joueur. Il savait reconnaître le moment où il fallait prendre une décision.
Pourtant, avant même que quoi que ce soit ne commence, le contenu de cette lettre lui liait les mains et les pieds. C’était un stratagème qui l’écartait complètement du moment décisif, et il ne voyait aucun moyen d’y échapper.
« Ha. »
Seul un rire creux lui échappa. On l’avait parfaitement mené par le bout du nez.
* * *
« Alors, tu t’es bien amusé sans moi, hein ? Hein ? »
Rem l’accueillit dès son retour. Enkrid se dit que ce salaud ne changerait jamais.
« J’étais en mission. »
« Ouais, et tu t’es bien amusé. Et moi ? Je suis resté coincé ici, hein ? Enterré sous les leçons à donner à une Beastfolk qu’on nous a refourguée, hein ? »
Une bien longue façon de dire : « Allez, on s’affronte. »
Un peu plus loin, Dunbakel se tenait là, les deux yeux gonflés et bleuis.
On aurait dit qu’elle n’avait pas été ménagée.
Enkrid eut pitié d’elle. S’il laissait faire, Rem allait encore la rouer de coups pour s’amuser aujourd’hui.
Surtout, Enkrid était juste un peu fatigué. Il n’était pas blessé.
« Approche, barbare qui ne sait que remuer la langue. »
Enkrid le lança sur le ton de la plaisanterie, et Rem lui adressa un sourire carnassier.
« Réglons cette vieille rancune ! »
Et ils se mirent à s’affronter, juste après ces absurdités.
« Rien n’a changé, hein ! »
Rem lança ces mots en croisant ses haches dans de grands moulinets. Puis, tout à coup, il déploya une pression. Il prétendait l’avoir apprise en observant l’Épéiste à la rapière, et cette idée était absurde.
Pouvait-on vraiment copier une telle chose en regardant simplement de côté ?
Bien sûr, sa méthode était complètement différente. Enkrid n’avait aucun moyen de le savoir.
Il repoussa la pression, puis ils se parlèrent à coups d’épée.
Clang, clang, clang, clang !
Entre eux, le métal s’entrechoqua et projeta des étincelles dorées.
Pour une fois, Teresa était assise tranquillement, les jambes serrées, en attendant son tour.
C’était le quotidien.
Le prochain affrontement serait celui de Teresa. Elle avait élaboré et affiné plusieurs techniques en s’entraînant avec Audin.
Elle voulait savoir si elles fonctionneraient contre Enkrid.
Son cœur battait à tout rompre.
Depuis son départ, plus rien n’avait été aussi amusant.
Elle avait perfectionné ses techniques, forgé son corps, et pourtant le vide persistait. Elle se sentait comme une propriétaire dont le grenier était vide.
« Pourquoi as-tu l’air si abattue ? »
demanda Audin en voyant son humeur incertaine et changeante.
Teresa observa un moment son propre cœur, puis demanda :
« La vagabonde Teresa demande : que se passera-t-il si le capitaine ne revient jamais ? »
Audin éclata de rire.
« Il reviendra. »
Audin parlait toujours au nom de Dieu et faisait généralement preuve d’une grande réflexion plutôt que d’assurance. Mais lorsqu’il s’agissait d’Enkrid, il était étrangement catégorique.
Il n’avait aucun doute.
À l’instant où elle vit Enkrid revenir, le cœur de Teresa s’emballa plus que jamais.
Elle rougit aussi.
Comment aurait-elle pu faire autrement ?
« Mes techniques. »
C’était contre lui qu’elle voulait les mettre à l’épreuve. C’était lui qui pouvait accueillir son esprit combatif. C’était lui qui l’avait arrachée au Culte. C’était le seul qui pouvait rivaliser avec son épée et son bouclier.
Bien sûr, d’autres s’entraîneraient aussi avec elle. Mais ce n’était pas pareil.
Enkrid était différent, d’une certaine façon. Teresa ne prit pas la peine de chercher comment le nommer.
Ce qui comptait pour elle, c’était le combat contre lui. L’affrontement. La femme qui se tenait devant lui, épée et bouclier levés.
Pour cela, elle pouvait consumer sa propre vie. Et, tandis qu’elle brûlerait ainsi, elle abattrait et tuerait tous les ennemis qui feraient obstacle à Enkrid.
Elle ne laisserait pas ses ennemis se dresser devant lui et le laisseraient poursuivre sa route sans se retourner.
Elle le forcerait à se retourner et à lui faire face.
Comme frappée par une révélation soudaine, Teresa posa un genou à terre et pria.
Elle affermit sa volonté et la grava en elle.
Ce n’était pas la manière des Cultistes, et elle n’invoqua le nom d’aucun dieu, mais c’était bien une prière.
« Tu dors ? La suivante ne vient pas ? »
Rem la tira de ses pensées. À cet instant, le capitaine, qui venait de bondir sur ses pieds, prit la parole. Teresa planta son genou au sol et se releva.
Le bouclier levé devant elle, elle sourit.
« La vagabonde Teresa entre en scène. »
Pouvait-on appeler cela un joyeux entraînement ?
Pour Enkrid, en tout cas, oui.
Rem était amusant. Teresa qui fonçait sur lui l’était aussi.
Même Dunbakel, qui insistait pour se battre avec deux épées, était une adversaire plutôt amusante.
« C’est encore maladroit. »
« Je sais ! »
Dunbakel le savait, mais persistait à affirmer qu’elle se servirait absolument de deux lames.
Il se demanda ce qui lui prenait et l’observa.
« Cette folle, vraiment folle. Si tu croises un grand prêtre quelque part, kidnappe-le et ramène-le ici. Tout le monde a besoin de soins. »
C’était Rem qui parlait. Apparemment, elle voulait se battre avec deux armes parce qu’Enkrid lui avait laissé une impression si profonde.
Il la laissa faire. Ce n’était pas à lui de dire quoi que ce soit.
Ainsi, Enkrid reprit le cours de sa routine.
« Mais pourquoi n’as-tu pas progressé du tout pendant ton absence ? »
demanda Rem. Son mécontentement était évident.
Le niveau d’Enkrid n’avait-il pas évolué ?
C’était possible. Mais cela voulait-il dire que rien n’avait changé ?
Non.
Enkrid avait passé deux mois à se déplacer, et il avait eu tout le temps de réfléchir.
Il avait gravi des falaises, monté à cheval, marché, couru, traversé des villages.
Les combats étaient courts ; les marches, longues.
Entre deux, Sinar lançait des plaisanteries à la manière des elfes, Finn bavardait de choses sans intérêt, et Jaxon disait parfois :
« Fais ce que tu as envie de faire. Tout garder pour soi finit par rendre malade. »
Des choses étranges de ce genre.
« Je n’ai jamais rien gardé pour moi. »
Enkrid était sérieux. Les autres ne l’auraient peut-être pas vu ainsi.
Par rapport à ses capacités, Enkrid ne s’accrochait pas beaucoup aux récompenses matérielles.
Alors, que désirait-il ?
La question de Jaxon touchait juste.
Enkrid savait ce qu’il voulait, et il avançait comme il se devait sur le chemin qui y menait.
Et cette fois, après tant de marche, son esprit était resté vif et affûté.
Il passa en revue sa méthode d’entraînement.
Ce qu’il possédait, ce qu’il devait améliorer, ce qu’il pouvait acquérir en affinant ses techniques.
Jusque-là, il avait été trop occupé à absorber et digérer ce qu’il apprenait des autres. Ce n’était plus le cas.
Pendant deux mois, Enkrid avait marché et mis au point un programme d’entraînement.
Il était temps de le mettre à exécution.
« Il va me falloir un coup de main. »
Tout commencerait avec Jaxon, le chat de gouttière.
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