Chapitre 272
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 272 : Tout ne se passe pas comme prévu (3)
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Enkrid marmonna et passa à l’action.
« Esther. »
Tap. Il prit appui sur son gros orteil gauche et abaissa les hanches. Depuis cette posture ramassée, il se pencha en avant.
En un mouvement bref, deux dagues le frôlèrent et se plantèrent dans le mur de l’auberge, derrière lui.
Enkrid dégaina dans le même mouvement.
La chambre de l’auberge n’était pas assez vaste pour manier une épée longue.
Le mur près de l’entrée rendait la tâche encore plus difficile.
C’était précisément ce sur quoi ils comptaient.
Et alors, s’il dégainait ici ? Comment était-il censé trancher quoi que ce soit ?
Il entendait presque le serviteur le lui demander.
Enkrid appuya sur le fourreau de la main gauche et ajusta l’angle.
Au lieu de dégainer en tranchant horizontalement, il opta pour un mouvement vertical.
Il imprima sa force à la lame et remonta depuis le bas, fendant le serviteur de l’entrejambe jusqu’au milieu de la poitrine.
Fsch !
Le bruit du tissu, du cuir en dessous, de la chair et d’une partie de l’os qui se faisaient trancher ressemblait à un murmure sourd.
C’était dire la vitesse de l’épée.
Enkrid avait évalué la distance et frappé à la profondeur exacte d’une phalange.
C’était suffisant pour tuer.
Ajuster sa ceinture d’épée et modifier son pas n’avait servi qu’à préparer ce coup unique.
Il était satisfait.
« Gah, urk ! »
Le serviteur, dont les poumons et les cordes vocales étaient encore assez intacts pour laisser échapper un bref cri d’agonie, s’effondra dans une mare de sang et d’entrailles.
« Espèce d’enfoiré ! »
Le tavernier, qui était aussi un bandit, cria depuis le fond de la pièce en dégainant une Épée courte.
Même alors, il ne s’avança pas.
Il venait de voir le serviteur mourir d’un seul coup.
À cet instant, une ombre noire jaillit d’en haut et s’écrasa sur la tête du tavernier.
Boum, crac !
Le coup lui brisa presque la nuque, lui traça trois marques de griffes sur le visage et lui écrasa l’arête du nez ainsi que les yeux.
Une patte avant de bête avait fait ça.
C’était la force d’une Panthère du Lac, d’ordinaire calme, mais terrifiante au combat.
Après avoir tué le bandit d’un seul coup, Esther atterrit aux côtés d’Enkrid.
Elle se posa sans bruit. À la voir bouger, elle semblait bien plus rapide que d’habitude.
Ce seul dégainé suffit à Enkrid pour sentir dans quel état il se trouvait.
Je suis incroyablement léger.
Il se sentait bien. Très bien.
« Hm. »
Il laissa échapper un petit son d’admiration et leva les yeux. Au fond de la pièce, il aperçut les yeux écarquillés de l’homme à la barbe hirsute.
L’homme cria alors.
Son cri mêlait tension, peur, terreur et exaltation.
« Tuez-le ! »
Au même moment, quelque chose claqua violemment.
Ses instincts aiguisés en trouvèrent aussitôt la source. En haut, derrière lui.
« Putain, c’est quoi, ça ?! »
Un autre cri suivit.
Il venait du lit. Il y en avait deux, et le bruit provenait de celui qu’avait choisi Jaxon.
Puis un tissu se déchira.
Jaxon avait tenté de faire quelque chose, mais une toile clouée au plafond l’en avait empêché.
Dès qu’elle se déchira, quelque chose tomba avec un bruit sourd.
« Kya ! »
Esther poussa un cri. Ce qui était tombé ressemblait à une bille de cuir, puis éclata dans un petit claquement.
Difficile de parler d’explosion.
Pas d’onde de choc, pas d’éclair.
Seulement une fumée verte qui s’échappait à toute vitesse.
Il ne l’avait même pas encore sentie, mais le vertige le gagnait déjà. Une fumée empoisonnée.
En plus, une flèche fusa par la fenêtre.
Enkrid balaya l’air d’un geste bref et la dévia.
Tac. La hampe se brisa en son milieu et rebondit sur le sol.
Les flèches tirées à l’aveugle étaient toujours dangereuses, mais il était capable d’esquiver des dagues lancées en plein visage.
Celle-ci ne représentait aucune menace.
La fumée empoisonnée, c’était une autre histoire.
Alors qu’il reportait son attention sur elle, l’homme à la barbe hirsute claqua la porte derrière le cadavre du serviteur et celui du tavernier.
Ils bloquent la porte pour nous tuer au poison ?
Enkrid retint son souffle. Puis il s’écarta sans hésiter. Des archers visaient depuis l’extérieur, par la fenêtre, tandis que l’homme barbu se tenait prêt derrière la porte.
Devait-il enfoncer la porte et sortir de force ?
Non. Si les choses avaient déjà dérapé, ils avaient probablement aussi prévu quelque chose de l’autre côté.
Son instinct le lui soufflait. Son Sixième Sens aussi.
Il avait vu juste.
Le bandit à la barbe hirsute avait fait éclater la bille empoisonnée dès qu’il avait vu le talent d’Enkrid à l’épée.
Deux ou trois respirations suffisaient pour vous tordre les entrailles, vous faire vomir, puis vous tuer.
La fumée ne se répandait pourtant pas très loin, et elle était inoffensive si on ne l’inhalait pas.
Si Enkrid forçait le passage, il comptait répandre davantage de cette fumée dans le couloir.
L’homme barbu songea :
Quel abruti. Où crois-tu avoir mis les pieds ?
Il ignorait qui était son adversaire. À ses yeux, ce n’était qu’un imbécile qui avait débarqué sans rien comprendre.
Ce village était l’un des principaux repaires des Bandits des Lames Noires. Il croyait que des vagabonds montaient la garde dans un endroit pareil ?
Un haut gradé avait récemment rassemblé des assassins d’élite et les avait emmenés ailleurs, certes, mais il restait encore nombre de combattants redoutables.
Et surtout, c’était l’une de leurs bases.
Malgré son apparence, l’homme à la barbe hirsute était un stratège qui empilait les plans les uns sur les autres.
Il prévoyait, jaugeait et limitait les actions de son adversaire.
Du moins, c’était ce qu’il croyait avoir fait.
Quoi que fasse l’homme barbu, quoi qu’il se passe à cet instant, Enkrid ne s’y attardait pas.
Cela pouvait attendre.
La réaction d’Esther suffisait à lui faire comprendre que la fumée empoisonnée était dangereuse.
Mais elle ne se répandait pas vite. C’était une fumée lourde.
La fumée n’avait pas littéralement de poids, mais c’était l’impression qu’elle donnait.
Elle ne s’éloignait pas beaucoup. Elle s’étalait en une nappe dense et basse.
Le problème, c’était qu’elle recouvrait l’endroit où Enkrid se tenait jusque-là.
Il n’avait donc qu’à l’empêcher de s’étendre jusque-là.
Enkrid se retourna. Il n’avait même pas besoin de reprendre son souffle.
L’auberge avait été construite à la va-vite. Elle était en bois, avec des murs minces.
Assez minces pour qu’il entende Sinar et Finn discuter.
Les bandits l’avaient fait exprès, pour que les sons portent et qu’ils puissent surveiller les gens. Enkrid n’avait pas besoin de le savoir non plus.
Il se retourna et frappa le mur.
Il n’avait même pas besoin de la Séparation de Ragna.
Sa lame le traversa net.
Il donna deux autres coups, puis repoussa le mur d’un coup de pied.
Les poteaux de soutien et les planches éclatèrent dans un craquement sourd. Bientôt, l’ouverture fut assez large pour laisser passer une personne.
Il traversa le mur pour entrer dans la pièce voisine.
Le commandant de compagnie elfe et Finn auraient dû s’y trouver, mais seuls trois hommes aux yeux brillants étaient là.
« Putain ? »
L’un d’eux marmonna. Ils avaient tous la bouche malpropre.
Enkrid n’hésita pas. La fumée n’avait pas encore atteint cette pièce ; il expira calmement et frappa.
Fsch, fsch, tchac !
Deux coups brefs emportèrent deux têtes, et il transperça le cœur du dernier homme.
Si Grenouille voyait ça, elle en perdrait la tête.
Chassant cette pensée, Enkrid abattit son poing ganté contre le mur près de la fenêtre.
Bam !
Le cadre et une partie du mur volèrent en éclats.
Même dans cette construction de bois, il y avait par endroits des morceaux de brique, mais Enkrid les réduisit tous en miettes à la force du poing.
Quelques autres flèches fusèrent de l’extérieur. Il les esquiva, fracassa l’ouverture et bondit dehors.
Il atterrit sur le toit de la maison voisine et roula sur le côté.
Pendant qu’il roulait, des flèches se plantèrent à l’endroit qu’il venait de quitter. L’une d’elles avait été tirée là où l’on s’attendait à le voir rouler.
Tout en traversant le toit, Enkrid frappa sa surface de la paume.
Boum. Le toit céda et le contrecoup le projeta plus loin sur le côté, encore plus vite.
Des flèches se fichaient toujours dans les endroits qu’il avait déjà dépassés.
Puis il roula sans encombre jusqu’au bord du toit et retomba au sol, le dos appuyé contre le mur.
Comme s’il l’avait attendu, une main jaillit par la fenêtre.
Il s’y attendait. Enkrid saisit le poignet et le tordit sans hésiter. Il n’avait besoin d’aucune technique pour briser un poignet. La force brute suffisait.
Un craquement net et un hurlement retentirent ensemble.
Crac !
« Aaaah ! »
Ces types avaient moins d’endurance que les assassins de tout à l’heure. Ils hurlaient pour si peu.
Enkrid tira de toutes ses forces le poignet brisé vers lui.
Un grand bruit de l’autre côté du mur et un grognement étouffé retentirent en même temps.
Inconscient ou mort.
Enkrid lâcha le poignet brisé, secoua sa main et s’avança dans la vaste clairière devant l’auberge.
Les choses finissaient toujours par s’emmêler.
Tout ne se passait pas comme prévu.
C’était normal.
Il fallait ensuite s’occuper de ce qui venait, au fur et à mesure.
Les Bandits des Lames Noires qui gardaient le village l’ignoraient, mais avec les capacités, l’endurance et le talent d’Enkrid, il n’avait même pas besoin de l’unité que le commandant de compagnie elfe avait préparée.
Les bandits l’ignoraient.
« C’est quoi, ce fils de pute ? Tuez-le ! »
Quelqu’un cria.
Enkrid se dit une nouvelle fois que ces types étaient impressionnants.
Ils n’étaient pas un ou deux à se montrer.
Au moins vingt. Et d’autres continuaient d’apparaître.
Des hommes aux yeux étincelants, armés de lames, surgirent de partout.
« Non, tu te bats vraiment trop bien… »
Il repéra l’un d’eux qui lui barrait la route. C’était le garde qui traînait sur la fin de ses phrases.
C’était celui qui avait le plus marqué Enkrid lorsqu’il était entré dans le village.
Selon Enkrid, ce garde qui traînait sur ses mots était le meilleur manieur d’armes du coin, le plus habile de tous.
« Hélas… Tu aurais dû te laisser tuer tranquillement… »
Sa façon de parler ne semblait pas feinte.
Kyaaa !
Esther, qui avait elle aussi quitté l’auberge, atterrit aux côtés d’Enkrid.
« Le reste de votre groupe est probablement déjà mort… »
Enkrid ne sourit pas et ne réagit pas.
Il se contenta de balayer les environs du regard.
Puis il demanda :
« Tout le village était impliqué ? »
« Tu as l’œil. »
La réponse vint de derrière lui.
Elle s’accompagna d’un cliquetis. Quelqu’un portant une Griffe à chaque main apparut.
Plus précisément, une jeune femme.
Les trois lames pointues de chaque Griffe luisaient.
Enkrid observa son visage et songea :
C’est ça qu’elle avait caché dans sa cuisse, à l’époque ?
Ces lames de Griffe étaient assez longues pour transpercer un torse humain.
C’était la femme dont les mouvements l’avaient frappé lorsqu’il avait traversé le village, plus tôt.
C’était donc la deuxième personne qu’Enkrid avait remarquée.
La troisième personne qui avait attiré son attention était introuvable.
« D’où viens-tu ? À te regarder, on dirait un ancien militaire. Tu n’as pas l’air d’un mercenaire. Sous les ordres de qui es-tu ? Quel idiot t’a envoyé ? »
La femme posa de nouveau ses questions.
Enkrid ouvrit la bouche.
« Vous n’en avez pas laissé un seul de côté ? Vous avez caché une réserve de miel ici, ou quoi ? »
La femme fronça les sourcils à sa réponse. Tous deux répondaient aux questions par d’autres questions.
« Tu ne comprends toujours pas dans quelle situation tu te trouves ? »
« Si ce n’est pas une réserve de miel, vous avez peut-être caché un stock de drogue. »
Enkrid lança ces mots en scrutant les alentours. Il ne répondait pas à sa question, mais il avait déjà largement compris la situation.
Ils étaient plus de trente à l’encercler, et approchaient maintenant la cinquantaine. Tous se déplaçaient avec agilité.
Chacun d’eux maniait au moins un peu les lames.
Et pourtant.
Ils ont tous l’air moins doués que les gamins qui venaient à la Garde-frontière pour s’amuser.
Certains avaient l’air maladroits. Ils venaient à peine d’apprendre à manier une lame.
Parmi eux, certains mouvements lui semblaient familiers.
Ils avaient la même odeur que les assassins venus plus tôt.
Rien d’étonnant. Où le dirigeant des Lames Noires aurait-il trouvé des assassins d’élite ?
Ils venaient tous des bases bâties par les Bandits des Lames Noires.
C’étaient des lieux qu’ils appelaient les repaires.
Bien sûr, quelques combattants d’exception étaient restés sur place pour garder le village.
Deux d’entre eux prirent position devant et derrière Enkrid.
« Entre votre numéro maladroit et votre attitude bizarre, qu’est-ce que vous êtes, au juste ? »
La femme ne se mit pas en colère. Elle avait tenté de le provoquer, en vain. Elle savait bien se reprendre.
« Soit on le tue, soit on le capture pour l’interroger… »
L’ancien garde derrière lui prit la parole. Enkrid trouvait toujours ces gens impressionnants.
Le nombre croissant d’hommes, ce qu’ils faisaient à présent, la tournure que prenait la situation.
Quelle conclusion en tirer ?
Tout le village appartenait à une bande de bandits.
Ils ont transformé un village entier en organisation de bandits.
Cela prouvait à quel point les Bandits des Lames Noires étaient puissants.
D’où sortaient tous ces foutus voleurs ?
Devait-il avoir peur ?
Non.
Enkrid esquissa un sourire amusé sans même s’en rendre compte.
Esther lui jeta un coup d’œil en biais.
Pourquoi est-ce qu’il sourit ?
Au fond de lui, Enkrid prenait plaisir à la situation. La puissance des Lames Noires était loin d’être ordinaire.
Les épreuves, les ennuis, les difficultés, les crises, les obstacles, les murs, la mort, le Passeur, et même ces ténèbres étouffantes où l’on ne voyait pas ce qui nous attendait.
Enkrid savait apprécier les difficultés.
C’était dur, donc c’était amusant. Et comme c’était amusant, il avait envie de continuer.
Alors, si on lui demandait si les hommes qui le tenaient en joue devant et derrière lui lui semblaient menaçants…
Pas vraiment.
Tel était le jugement d’Enkrid.
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