Chapitre 266
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 266 : Un pressentiment presque certain
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L’assassin déguisée en noble d’âge mûr eut la bouche sèche.
Chaque fois que ces yeux bleus sous une chevelure noire la suivaient sans la moindre émotion, un frisson lui remontait le long de l’échine.
Par ici.
Dès qu’elle pénétra dans le champ de roseaux, elle tenta de se cacher.
Elle le sèmerait, puis lui montrerait sa spécialité.
C’est alors que tout arriva.
Boum !
Une explosion assourdissante retentit. Qu’est-ce que c’était ? Par réflexe, elle dégaina sa dague. La lame était enduite de poison ; elle la pointa devant elle.
Soudain, une ombre s’abattit sur elle.
Elle avait surgi juste après un bruit semblable à l’éclatement d’un tambour de cuir ou à la décharge d’un éclair.
Elle avait réagi à merveille dès qu’elle avait entendu l’explosion, mais cela n’avait pas suffi.
« C’est par ici, hein ? »
À cette étrange question, la femme leva les yeux.
Flash !
Un éclair frappa au-dessus d’elle.
Ses pensées s’arrêtèrent là.
On ne peut pas penser quand on a le crâne fendu en deux.
Il activa le Cœur de la Force surhumaine, prit appui sur le sol pour fondre sur elle et abattit son épée à la verticale, lui fendant le crâne.
C’était simple, mais aucun assassin présent ne s’était attendu à une telle vitesse ni à une telle détermination.
N’était-ce pas le moment de reprendre son souffle, de guetter les assassins cachés et de se méfier des pièges préparés à l’avance ?
Au lieu de cela, il s’était rué sur elle pile à ce moment-là pour lui ouvrir le crâne.
Le sang jaillit et éclaboussa de rouge les vêtements d’Enkrid.
Une fois encore, Enkrid se surprit à admirer l’épée qu’il tenait dans la main gauche.
Ce n’était qu’une épée que je trimballais avec moi ?
Il se rendit compte une nouvelle fois de l’extraordinaire savoir-faire de ce nain.
Elle n’avait pas le tranchant d’un véritable chef-d’œuvre, mais elle était robuste et suffisamment affûtée.
Plus encore, il aimait sa lame épaisse.
Le plat pouvait repousser presque n’importe quoi.
Elle était plus que plaisante : elle était d’une efficacité redoutable.
Il n’aurait même pas besoin d’emporter une épée de garde à part. Autrement dit,
c’était une lame qu’il pouvait utiliser dans presque toutes les situations.
Enkrid demeura immobile au milieu des roseaux, admirant son épée, puis laissa retomber son bras.
Au même instant, il dégaina une autre épée de la main droite.
Frrrring !
Une lame aux reflets bleus glissa hors de son fourreau.
Elle avait été une Épée démoniaque, mais Tutor était désormais un chef-d’œuvre dur et tranchant, supérieur à toutes les autres lames.
Les bras ballants, il balaya les environs du regard.
Ils s’étaient si bien dissimulés qu’il ne voyait pas un seul des hommes cachés dans les roseaux.
Était-ce un problème ?
Pas du tout.
Il était simplement curieux.
Qu’est-ce qui leur donnait l’assurance de s’en prendre à lui de cette façon ?
Fouit ! Fouit ! Fouit !
Trois objets ronds passèrent au-dessus de sa tête et explosèrent dans les airs.
Pou-bou-boum !
Une poudre gris terne retomba sur les roseaux secs et cassants, qui s’affaissèrent et s’éparpillèrent.
De la poudre empoisonnée.
Et Enkrid avait déjà bougé.
Voilà pourquoi il avait fait une entrée fracassante et tué en premier l’assassin d’âge mûr.
En matière de tactique de combat individuel, Enkrid avait déjà atteint un haut niveau.
Comment aurait-il pu en être autrement ?
L’Épée de mercenaire du Style de Vallen était une école d’épée illusoire fondée sur la tactique individuelle.
À cela s’ajoutaient ses capacités physiques et sa perception accrues, son expérience du combat et tout ce qu’il avait appris au fil de ces jours répétés.
Et surtout…
Moins bons que Jaxon.
Parmi ses partenaires d’entraînement se trouvait Jaxon, un monstre issu de la lignée des assassins.
L’épée de Jaxon arrivait toujours sans bruit, rapide et dépourvue de la moindre présence.
Tous ces jours qu’Enkrid avait passés à essayer d’intégrer cette technique à ses sens n’avaient pas été perdus.
La perception terrifiante d’Enkrid englobait tout ce qui l’entourait.
Du moins dans son champ de perception, il sentait instinctivement toute présence hostile.
S’il avait l’impression qu’un ennemi se trouvait là, c’est qu’il y en avait un.
S’il sentait que quelque chose venait de quelque part, alors quelque chose venait bel et bien de là.
Il fit un pas léger et bondit en avant.
Toutes sortes de projectiles s’abattirent à l’endroit où il se tenait, mais il était trop tard.
Jack, des Bandits des Lames Noires, venait de séparer deux Dagues sifflantes entre ses mains. Il resta figé, bouche bée.
Quand était-il arrivé là ?
Enkrid planta son épée.
Paf !
Il transperça la gorge de l’assassin, retira sa lame, puis la rengaina brièvement.
Fsching !
Il attrapa l’homme par le col et le projeta sur le côté.
Le corps s’envola, une longue gerbe de sang s’écoulant de son cou.
Il atterrit bien au-delà du nuage de poison.
Enkrid se baissa aussitôt et bondit de côté.
Son corps fila à une vitesse effrayante, dans un silence absolu.
Pchchchchch !
Le bruissement des roseaux qui s’effondraient se propagea dans le champ.
« Putain ! »
Un assassin s’écria. L’homme qui aurait dû garder le silence quoi qu’il arrive avait ouvert la bouche malgré lui.
Bien sûr.
Ce truc était un monstre.
Même s’ils étaient des assassins de premier ordre, l’élite des Lames Noires, c’était impossible.
Pour tuer un monstre pareil, ne leur faudrait-il pas même un maître de la Dague de Georg, la meilleure guilde d’assassins du continent ?
La question fut de courte durée.
Une large lame l’atteignit la première et lui trancha le cou.
Fchik, paf !
La tête coupée s’envola.
Dissimulé dans les roseaux qui leur cachaient le bas du corps, le groupe d’assassins fut saisi par la peur.
Boum !
Pourtant, leurs mains ne s’arrêtèrent pas.
S’ils voulaient vivre, ils devaient le tuer. Rien n’avait changé.
Ils répandirent des nuages de poison et lancèrent des fléchettes, des couteaux et des haches de jet.
Plusieurs sachets qui libéraient des pointes empoisonnées lorsqu’on les pressait éclatèrent également.
Tout avait été préparé pour tuer un seul homme.
Enkrid para ce qu’il fallait parer et esquiva ce qu’il fallait esquiver.
Ses sens, au-delà des limites humaines, lui indiquaient ce qui allait se produire avant même que cela arrive.
Un demi-pas en arrière.
Quelqu’un s’était déjà approché sans bruit. Enkrid pivota des hanches et fracassa la tête de l’homme d’un coup de coude sec.
Bam ! L’impact résonna.
L’assassin spécialisé dans les attaques silencieuses par-derrière eut le crâne explosé.
Un œil, incapable de résister à la pression, jaillit et roula au sol. Du sang et de la cervelle s’écoulèrent de son crâne fendu. Des fragments laissaient entrevoir une chair rose.
Enkrid ne jeta même pas un regard à l’homme qu’il venait de frapper du coude.
Il savait, au seul impact, que l’homme était mort.
Après son coup de coude, Enkrid lança son gladius de toutes ses forces.
À l’instant où sa main gauche traça un demi-cercle dans les airs, l’épée prit de profil l’apparence d’un disque tournoyant et s’écrasa contre la tête d’un autre assassin.
Deux assassins, croyant tenir leur chance, avancèrent de concert de part et d’autre et lancèrent un filet.
Au moment où le filet se déploya et recouvrit le ciel, Enkrid avait déjà dégainé l’épée qu’il venait de lancer.
C’était l’harmonie du Cœur de la Force surhumaine et de la marche en avant.
Le pas qu’on appelait la fente, ce pas d’escrime qui vous propulsait vers l’avant.
Il y mêla un pas en diagonale.
À l’origine, c’était un grand pas oblique vers l’avant qui permettait d’éviter les attaques entrantes.
Il se contentait de les combiner au fil de ses mouvements.
Les pas croisés, les pas rassemblés, aussi.
Il ne prenait pas la peine de séparer quoi que ce soit.
Puis il y ajouta une force brute et des cuisses assez puissantes pour la supporter.
Le pas en avant devint une poussée fulgurante qui le projetait droit devant.
Une frappe latérale se transforma en une longue ligne tranchante qui balayait tout un pan de roseaux.
En somme, Enkrid utilisait son escrime contre tout le groupe d’assassins.
Il avait simplement considérablement élargi sa portée.
Il ne s’en rendait pas compte, mais c’était une méthode qu’un épéiste presque au niveau d’un écuyer employait contre de nombreux ennemis sur une large zone.
Une technique de massacre fondée sur l’escrime.
Et le résultat était inévitable.
Depuis le début, Enkrid était arrivé là où il en était grâce à ce qu’il avait appris et entraîné.
Il bougeait et combattait donc en s’appuyant sur les nombreuses formes d’épée qu’il avait apprises et assimilées auprès de ceux qui l’entouraient.
Il y mêlait son style de l’Épée fluide.
La qualité de ses armes compensait tout manque de puissance.
Bien sûr, la force était relative.
« Ghh ! »
Pour l’assassin pris dans la progression fluide de son épée, ce n’était rien d’autre que le coup de la Faucheuse.
Même sous une armure dotée d’un sort de dispersion des impacts au niveau du torse, un assassin sentit qu’au moins deux de ses côtes s’étaient brisées.
Il avait brisé le sort par la seule force de son bras. « Force brute » semblait presque trop faible pour décrire cela.
La force d’Enkrid augmentait de jour en jour et, désormais, il possédait le Cœur de la Force surhumaine.
Il n’enviait pas du tout Grenouille.
Quelle absurdité…
Quelle puissance était-ce là ?
Enkrid passa à sa deuxième attaque comme si de rien n’était.
Grâce à l’harmonie de son pas et du Cœur de la Force surhumaine, son corps disparut un instant du champ de vision de l’assassin.
Un simple pas de côté pour prendre son adversaire de flanc lui sembla une téléportation fantomatique.
Il s’évanouit de sa vue, et un éclair bleu s’abattit sur le crâne de l’assassin avant de le traverser.
Un autre assassin mourut.
La brume empoisonnée se répandait partout, mais Enkrid n’en avait cure.
Non, il retint son souffle, traversa le nuage de poison d’une seule traite et tua un assassin d’une estocade à la manière de Zimmer.
« Kgh… t’es… t’es fou… »
Il avait forcé le passage à travers le nuage de poison pour faire ça ?
L’assassin qui avait résisté dans la fumée, un antidote dans la bouche, prononça « fou » comme dernier mot avant de rejoindre son dieu.
Enkrid continua d’avancer, les deux épées basses.
Bzzzzzz.
Fchchchchch !
Les lames fauchaient d’innombrables roseaux. Elles indiquaient pratiquement avec précision où il se trouvait.
Il s’en moquait. Il voulait qu’ils le voient et qu’ils lancent quelque chose. S’ils lançaient leurs armes, il lui serait bien plus facile de repérer leur position que s’ils restaient cachés.
L’issue était claire.
Sur les plus de quinze assassins des Lames Noires, il n’en restait que deux.
« Nous avons fait fausse route. »
Le chef, un assassin de premier ordre, prit la parole.
Il s’appelait Barcelo et venait d’entrer dans les Lames Noires après avoir quitté le Continent de l’Est.
On l’avait autrefois dit l’égal des assassins de la Dague de Georg.
Un maître parmi les maîtres.
Sa spécialité consistait à prendre sa cible par-derrière avec ses griffes et à lui déchirer l’arrière du crâne.
Pourtant, même Barcelo ne parvenait pas à trouver la moindre ouverture chez Enkrid.
Chaque fois qu’il tournait autour d’Enkrid et changeait de position, le regard de ce dernier glissait vers lui.
Il me voit ?
Quel genre de perception impossible était-ce là ?
Il pouvait détecter la présence d’un assassin de premier ordre comme lui ? Comment ?
À cause de cela, les pieds de Barcelo s’étaient figés.
L’autre survivant avait déjà pris la fuite.
C’était à lui de mettre de la distance et de rendre compte de ce qui s’était passé.
Alors qu’il courait, quelque chose s’enroula soudain autour de son cou. Il poussa un râle étranglé ; ses vertèbres cervicales cédèrent, et il mourut.
On huilait du cuir tanné, on le chauffait au feu et on le traitait avec des produits chimiques spéciaux. À force de répéter l’opération, on obtenait un outil fin, mais résistant.
Le cou du fuyard s’y coinça. Son corps quitta le sol, ses vertèbres cervicales cédèrent sous son propre poids, puis celui qui tenait le lacet de cuir le tordit et tira dessus, lui brisant complètement la nuque.
Le corps de l’assassin retomba en tas après être resté suspendu un instant.
Un homme apparut comme s’il émergeait de l’ombre de l’assassin en fuite.
C’était Jaxon, aux cheveux brun-roux.
« Un peu tard. »
Sur ces mots, Jaxon se mit en mouvement.
En direction d’Enkrid, qui semait le chaos.
Un elfe était également arrivé ici un instant avant Jaxon.
« Suis-je en retard ? Ou bien mon amour va-t-il trop vite ? L’amour est toujours rapide. Il frappe mon cœur et passe sans bruit. Je ne crois pas être en retard. »
Le commandant de compagnie elfe se tenait sur le côté du champ de roseaux et parlait.
Enkrid sentait sa présence, mais la laissa de côté pour l’instant et fit face au dernier adversaire.
Le chef se tenait immobile.
Enkrid l’avait repéré dès le début. Celui-ci suivait une voie différente de celle des autres.
Ses pas étaient différents. Toutes ses techniques pour dissimuler sa présence l’étaient aussi.
Le trouver n’avait pas été difficile. L’instinct d’Enkrid dépassait déjà les limites de la normale.
Même s’il n’entendait aucune respiration et ne percevait pas de présence distincte, son Sixième Sens lui signalait toujours que quelqu’un se trouvait là.
Et s’il le sentait, c’est que quelqu’un était là. Il le percevait même si l’adversaire ne faisait que laisser filtrer son intention meurtrière.
C’était de l’instinct pur, mais aussi le résultat de la technique appelée Art sensoriel. Du point de vue de l’adversaire, cela devait ressembler à de la triche.
Mais qu’y pouvaient-ils ? À ses côtés, Jaxon était un génie fou dans ce domaine, doué de naissance, mais aussi forgé par des efforts acharnés.
Tout ce qu’Enkrid avait appris de ce génie au fil de jours répétés avait fini par mûrir en lui.
« Celui-là est à moi. »
Enkrid s’adressa à l’elfe. Il avait laissé cet homme pour lui exprès.
C’était comme un dernier cours particulier.
Son adversaire était un assassin chevronné ; il devait donc se distinguer des autres.
Le chef du groupe presque décimé fixa des armes à ses mains.
Dans un cliquetis sec, l’homme s’avança, des griffes aux deux mains.
« Promets-moi ceci. Si je te tue, tu me laisses vivre. »
À la réponse immédiate qui lui parvint, Barcelo comprit qu’il n’avait plus aucune chance de survivre.
Il gardait malgré tout un dernier coup en réserve.
Ce salaud allait-il aussi parer celui-là ?
Tac, tac, tac.
Barcelo se mit à courir à travers les roseaux.
Un épais nuage de poison s’étendait sur sa gauche ; des corps et des pièces de métal jonchaient le sol.
Sa cible rengaina une épée relativement courte, puis avança, agrippant à deux mains une longue lame.
Il n’était pas si rapide.
Il ne faisait pas ces pas fulgurants comme tout à l’heure.
Il se contentait de réduire la distance, son épée prête à frapper.
Tac, tac, tac !
Les pas de la Faucheuse.
Fchchchch !
Et le bruissement des roseaux écrasés sous les pas de la Faucheuse formait un duo.
Barcelo accéléra et s’abaissa à mi-hauteur.
Les roseaux fouettaient son passage.
Dans cette posture basse, les griffes tendues devant lui, il s’engagea dès le premier mouvement.
Le combat se jouerait en un seul coup !
Il se le répéta et dévoila son coup secret.
Pop ! Crac-crac !
Une troisième main jaillit de sa poitrine, déchirant ses vêtements. Son torse avait paru plus épais que la normale ; à présent, la main en surgissait.
Cela se produisit au moment précis où la lame d’Enkrid rencontra sa griffe.
Voilà quel était son véritable coup secret.
Cette troisième main avait été implantée par des moyens mystiques et tenait une longue pièce de métal, qu’elle pointa vers la poitrine d’Enkrid.
Hein ?
Barcelo sentit que sa griffe droite ne lui obéissait plus.
Au moment où il s’était heurté à l’épée d’Enkrid, la force de ce dernier avait poussé sa griffe et l’avait entraînée dans un mouvement précis.
La dague de sa troisième main frappa alors sa propre griffe.
Clang !
Dans le même temps, sa griffe gauche s’abattit sur la tête d’Enkrid, mais celui-ci se baissa pour l’éviter.
Sans qu’il s’en rende compte, Enkrid s’était abaissé plus bas que lui. Puis il releva la tête.
Barcelo vit une lumière bleue. Deux lignes bleues, de longues traînées semblables à des étoiles filantes.
Une masse noire, enroulée autour de ces deux lignes bleues, passa devant lui en venant d’en haut.
Il tenta de retirer le bras d’un mouvement brusque, mais n’y parvint pas.
Fschlak !
L’épée qui avait repoussé sa griffe venait de lui trancher les deux bras, et même sa troisième main.
Ensuite, quelque chose comme un tison ardent lui déchira le torse et remonta vers le haut.
« Kyaaaagh ! »
Barcelo hurla. Mais personne ne pouvait l’entendre.
Sa tête hurlait, mais seulement à l’intérieur de lui.
Enkrid tressaillit à la vue de la troisième main.
Qu’est-ce que c’est ?
Heureusement, son corps et ses sens avaient réagi d’eux-mêmes.
À l’instant où il avait aperçu cette troisième lame, il avait détourné la griffe avec le style de l’Épée fluide, paré la dague et baissé la tête.
Cela avait paru simple, mais, pendant ce mouvement, ses yeux avaient semblé brûler et son crâne s’était échauffé.
Son cerveau avait été submergé par toutes les informations qui lui parvenaient et devait les juger d’un seul coup.
Enkrid releva par en dessous la lame déviée et frappa vers le haut.
C’était le prolongement de la première forme d’épée qu’il avait créée dans le style de l’Épée fluide, après avoir observé le Pas du Serpent et l’escrime enchaînée de Lame Hirondelle.
La lame fluide elle-même ne portait pas une force dévastatrice, mais son tranchant digne d’un chef-d’œuvre la soutenait.
Il trancha les trois bras, avança, frappa le sol de la pointe du pied, fit un pas, pivota et enfonça son épée.
Depuis qu’il avait transpercé l’abdomen de son adversaire jusqu’à ce qu’il remonte sa lame, Enkrid n’hésita pas une seule fois.
La séquence était parfaitement fluide, mais son adversaire avait dû y voir une attaque monstrueuse, des bras tranchés et un corps fendu par des coups fulgurants.
Après avoir tué le dernier adversaire,
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
son soldat Jaxon s’approchait,
tandis que le commandant de compagnie elfe débitait des absurdités.
« Une cérémonie de serment dans le sang ? »
« Hoo… »
Enkrid expira longuement, jeta un regard aux hommes qu’il avait tués, puis dit :
« Des invités. »
« Quel accueil enflammé pour des invités. »
marmonna Jaxon en s’approchant.
Il tenait dans sa main une petite bourse de cuir bien visible. Tout en la gardant, il fouilla grossièrement les vêtements des cadavres.
Il en sortit quelque chose qu’Enkrid avait déjà vu.
Une bourse du même genre dans chaque main. Il en desserra les cordons, les inclina légèrement et laissa s’en écouler une poudre scintillante.
Une drogue en poudre.
« Une drogue qui m’est familière. »
dit Jaxon.
À cet instant, Enkrid se rappela la poudre qu’il avait trouvée sur le messager des Lames Noires, à Martai.
Il se rappela aussi la drogue qu’avait prise ce salaud de Grenouille.
Les deux drogues, telles qu’Enkrid s’en souvenait, étaient presque identiques. Même leur texture et leur odeur étrange se ressemblaient.
C’était un fait qu’il avait remarqué grâce à son habitude de ne jamais laisser passer quoi que ce soit autour de lui.
Et s’il l’avait compris, le membre de sa compagnie devant lui devait l’avoir compris aussi.
C’était un homme perspicace, qui ne laissait jamais rien lui échapper.
« Vous avez interrogé Grenouille ? »
demanda Jaxon.
Tout le monde savait que Grenouille avait été maîtrisé et amené vivant. Jaxon le savait, bien sûr.
Il devait aussi savoir que Grenouille avait déchaîné sa fureur après avoir pris cette drogue.
Kraiss, qui adorait bavarder, aurait-il gardé le silence ?
Tout cela semblait lié. C’était un simple instinct, mais un pressentiment presque certain.
Enkrid secoua la tête, porté par ce pressentiment.
L’interrogatoire, il allait le mener à partir de maintenant.
« Je veux être de la conversation, moi aussi. Si vous me laissez de côté, je vais bouder. »
Le commandant de compagnie elfe intervint. Enkrid acquiesça.
Elle s’y intéressait depuis le début. Son ton était léger et plein de plaisanteries, mais la détermination dans ses yeux verts n’avait rien de léger.
Cela semblait prouver que le problème n’avait rien d’ordinaire.
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