Chapitre 264
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 264 : Que fabriquent les Bandits des Lames Noires ?
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« Alors, qu’en avez-vous pensé ? »
Le père d’Edin Molsen posa la question.
Assis à son bureau, il remuait à peine les lèvres, sans même lever les yeux. L’homme qui avait servi de garde du corps à Edin Molsen lui répondit donc en fixant le sommet de son crâne.
Le garde se tint bien droit et prit la parole.
« Il a éveillé sa Volonté. Il est au moins du niveau d’un chevalier junior. »
S’élever, éveiller, atteindre, s’éveiller, parvenir.
Il existait bien des façons de décrire l’acquisition de la « Volonté », mais une seule chose comptait ici.
Cet homme maîtrisait la « Volonté ».
Des cheveux noirs, des yeux bleus, quelqu’un qu’on aurait voulu s’attacher, mais qu’il n’était pas nécessaire de rallier sur-le-champ.
« La Volonté ? »
La plume qui grattait le papier s’immobilisa. Le comte releva la tête. Le changement dans son regard était évident.
Le garde trouva cela rare, et le comte répéta la question avant de se plonger dans ses pensées.
Je savais qu’il était à l’origine de rumeurs considérables, mais la Volonté ?
Cela signifiait qu’il avait véritablement atteint le rang de chevalier junior.
Un véritable chevalier junior n’avait rien à voir avec quelqu’un qu’on disait seulement du niveau d’un chevalier junior.
Comparer un épéiste à moitié formé à quelqu’un qui maîtrisait la Volonté n’avait aucun sens.
Et pourtant, les gens continuaient d’employer l’expression « du niveau d’un chevalier junior ».
Ainsi, en l’absence de Volonté, cela voulait seulement dire qu’une personne pouvait à peu près rivaliser avec un chevalier junior.
Le comte savait mieux que quiconque à quel point cette expression ne voulait rien dire.
Il posa définitivement sa plume et se redressa sur sa chaise.
La Volonté ?
Il répéta ces mots dans sa tête. Pas intentionnellement. Cela lui venait tout seul.
Impossible de balayer cela d’un revers de main.
L’homme avait déjà semblé dépasser de loin le rang d’écuyer.
Sur le continent, les gens qu’on disait du niveau d’un chevalier junior n’étaient généralement que de simples écuyers.
Autrement dit, des gens qui entraînaient leur corps et leur esprit sans maîtriser la Volonté.
Certains menaient une vie de débauche et parvenaient malgré tout à éveiller leur Volonté.
D’autres vivaient comme des moines, dans la rigueur et l’austérité, ne connaissant que l’entraînement, et devenaient chevaliers juniors.
Ils avaient un point commun tout simple : ils étaient au moins assez forts pour commander leur propre territoire, et tous étaient réputés pour leurs prouesses martiales.
Même devenir écuyer revenait donc presque à être un épéiste redoutable.
À cette aune, à quel point l’expression « du niveau d’un chevalier junior » était-elle creuse ?
Et maintenant, il ne s’agissait même plus de cela. Il était devenu l’égal d’un véritable chevalier junior ?
Le garde étudia le visage du comte. À part le changement dans ses yeux, son expression restait la même. Il ne faisait qu’ajuster les muscles de son visage, avec son détachement affecté habituel.
Le comte esquissa un léger sourire.
« Voilà qui devient intéressant. »
Il abandonna la plupart des plans qu’il avait élaborés en secret.
« Qu’avez-vous pensé de lui ? »
Il demandait de nouveau l’avis du garde. Celui-ci hésita.
Que devait-il lui dire ?
Il ne pouvait pas lire dans les pensées de cet homme. Il ne pouvait pas non plus lui faire confiance.
Quel taré.
Un noble de Naurillia qui avait conclu une alliance — pas tout à fait une alliance — avec la Famille Hurrier d’Azpen.
Sa présence ici en était la preuve.
Officiellement, il était un garde attaché à la maison du comte, un vassal invité ; en vérité, il appartenait à la Famille Hurrier.
Sa véritable identité était donc celle d’un chevalier junior d’Azpen.
Cet arrangement tordu était le résultat de manigances politiques fomentées tout en haut. Chevalier junior dépourvu de sens politique, il n’avait pas à se soucier de cet aspect-là.
Il n’en reconnaissait pas moins une vérité très simple.
Cet homme préparait quelque chose, et Azpen avait accepté.
Est-ce que cet homme éprouve seulement l’affection d’un père ?
Il n’en voyait aucun signe.
Sans qu’il s’en aperçoive, la lumière du soir avait traversé la fenêtre et envahi le bureau. Une lueur orangée enveloppait la pièce.
Le garde choisit ses mots, puis répondit :
« Il était extrêmement difficile à gérer et exerçait une étrange influence sur son entourage. »
« C’est donc le genre d’homme qui rassemble des gens autour de lui ? »
Ce n’était pas tout à fait ça. C’était légèrement différent.
« Non, pas vraiment. Mais… »
Le garde s’interrompit un instant. Comment l’exprimer ?
« Même sans le vouloir, il semble que tous ceux qui l’entourent gardent les yeux sur lui et apprécient sa compagnie. »
Le garde pensa au Demi-Géant.
Elle se faisait appeler Teresa la Vagabonde, mais il fallait être aveugle pour ne pas la reconnaître.
Au départ, elle avait été une ennemie. Elle appartenait clairement à un autre camp et causait des problèmes, et pourtant, où se trouvait-elle à présent ? Aux côtés de qui restait-elle ? Comment était-ce seulement possible ?
Il n’y comprenait rien.
Et les autres, autour de lui ?
Enfin, le garde avait également senti un changement chez Edin Molsen.
Il allait parler du fils, mais le comte prit la parole avant lui.
« Vous avez dit que les Bandits des Lames Noires s’en prenaient à lui ? »
La lumière du soir effleurait le côté gauche du visage du comte. L’espace d’un instant, le garde vit sur lui deux visages différents, séparés par la ligne du couchant. Aucun ne trahissait d’inquiétude, de souci, ni même d’intérêt pour son fils.
Il trouva la formulation étrange, l’espace d’un bref instant, mais garda le silence.
« C’est ce que j’ai entendu. »
« Oui, voilà qui devient très intéressant. »
« Je vais prendre congé, alors. »
Le garde eut soudain la nausée.
Chaque fois qu’il avait affaire à cet homme, les mêmes pensées lui revenaient.
Jusqu’où la malveillance humaine pouvait-elle aller ?
Que pouvait-on sacrifier à l’ambition ?
Si quelqu’un lui ouvrait la voie de la chevalerie, jusqu’où irait-il dans les renoncements ?
La famille aussi ? Les enfants aussi ?
Devait-il tout offrir en sacrifice et poursuivre son ambition ? Ou s’arrêter au nom de son humanité ?
Le comte qui se tenait devant lui avait l’air de ne jamais s’arrêter. On aurait dit que les enfants, la famille, l’affection… rien de tout cela n’existait dans son esprit.
Le garde ouvrit la porte du bureau et sortit. Il aperçut l’homme qui montait la garde.
Un homme coiffé d’un casque noir qu’il avait rabattu bas, de longs cheveux argentés tombant dans son dos.
L’homme inclina légèrement son casque. Le garde répondit d’un petit mouvement du menton, puis s’engagea dans le couloir sombre, où le soleil couchant ne pénétrait pas.
Le garde au casque noir du comte referma la porte.
Boum.
Le comte fixa la porte close et posa le menton sur sa main.
Il avait envie de fumer. Il sortit une pipe, la coinça entre ses dents et fit claquer ses doigts.
Une flamme jaillit et repoussa la lueur du couchant.
Il porta le feu de ses doigts jusqu’au bout de la pipe, l’alluma et sourit.
Il aspira vivement la fumée de tabac. Elle emplit ses poumons, puis ressortit en volutes autour de sa bouche.
Le soleil couchant se mêlait à la fumée, qui prenait une teinte orangée.
« Ces Bandits des Lames Noires… »
La tâche ne serait pas facile pour eux.
Si Enkrid n’était pas seulement du niveau d’un chevalier junior, mais un véritable chevalier junior.
Si, comme l’avait rapporté le garde, tous ceux qui l’entouraient étaient redoutables à leur manière.
Alors ils n’obtiendraient jamais ce qu’ils voulaient sans peine.
Après tout, leur réussite ne serait pas une mauvaise chose non plus.
Si les Bandits des Lames Noires parvenaient à mettre à mal le groupe d’Enkrid, il pourrait ensuite peser le pour et le contre.
Mais cela ne semblait pas probable. Ce n’était qu’une vague intuition, mais ses intuitions se trompaient rarement.
« Ça promet d’être intéressant. »
Le comte s’enfonça dans ses pensées, et Edin Molsen n’y occupait aucune place.
* * *
À l’instant où Enkrid saisit son poignet, son adversaire tira de toutes ses forces vers l’arrière.
Naturellement, le poignet ne bougea pas d’un pouce.
Il se figea comme un objet inerte. Les veines saillirent sur le dos de la main. Enkrid serrait trop fort.
Tout le monde autour d’Enkrid avait l’air d’un monstre, et pourtant, sa force brute n’avait rien à leur envier.
Crac.
Il ramena le poignet et le tordit. Celui-ci se plia à un angle impossible et se brisa. L’autre homme n’émit pas même un grognement.
La foule était compacte.
Le marché était à moitié composé de gens, à moitié de marchandises.
Peu de passants prêtaient attention à cet endroit.
« Merde, qu’est-ce que je suis censé faire si tu marches là-dessus ? »
Un colporteur qui avait installé son étal lança d’un ton acerbe :
« Il n’y a pas de place pour circuler ! »
Il fallait aussi élargir la route.
C’était peut-être une autre raison pour laquelle ils avaient investi autant de kronas. On en voyait les signes.
Les travaux d’élargissement de la route principale avaient déjà commencé.
Le territoire allait s’agrandir dans son ensemble.
Le bossu au poignet brisé tendit l’autre main.
Avant qu’il ait eu le temps de la déployer complètement, Enkrid décocha un court coup de poing du droit.
Pour une personne ordinaire comme Kraiss, qui se tenait à proximité, le mouvement était trop rapide pour être vu.
Un sifflement sec retentit, suivi d’un craquement.
Esther se trouvait dans les bras d’Enkrid, mais sentit à peine le choc du coup, ce qui la surprit un peu.
Il est plus précis.
En tant que sorcière, elle ne pouvait pas discerner exactement ce qui avait changé chez Enkrid, mais son instinct le lui soufflait.
Après avoir fracassé la mâchoire du bossu,
Enkrid saisit la capuche de son épaisse robe et la lui arracha, révélant un homme au dos voûté et aux cheveux hirsutes.
Toute la séquence — briser le poignet, décocher le coup de poing, arracher la robe — ne prit que quelques respirations.
Et sitôt cette brève succession de gestes terminée, un autre projectile siffla dans les airs.
Son Sixième Sens était éveillé. Enkrid ouvrit la main et frappa le projectile qui arrivait.
Il fut rabattu au sol à angle droit.
Une fléchette.
« Vous êtes coriaces. »
Enkrid poussa la fléchette du bout du pied en parlant.
« … Vous dites ça après l’avoir mis à terre en un seul coup ? »
Kraiss demanda, abasourdi. Qu’est-ce qui pouvait bien être coriace, là-dedans ?
Esther bondit hors des bras d’Enkrid. Quelques personnes alentour poussèrent un cri en voyant la panthère atterrir au sol.
Certains avaient vu le bossu à terre. D’autres, le couteau dans sa main. Ils avaient aussi vu Enkrid et Kraiss.
Les colporteurs de passage pouvaient ne pas connaître leurs visages, mais les habitants des Gardes-frontières, eux, ne pouvaient pas les ignorer.
« Une lame ! »
« Une embuscade ! »
« Un assassin ! »
Ils avaient aperçu une lame et conclu aussitôt qu’il s’agissait d’un assassin ?
Ces cris ne firent qu’aggraver le chaos.
Tout partait dans tous les sens : des cris, des marchands qui hurlaient, des étalagistes qui tentaient de protéger leurs biens. Un véritable carnage.
Tout en réfléchissant, Enkrid élargit le champ de ses sens autour de lui.
Rien ne se détacha.
C’était pour cela qu’il les avait trouvés coriaces.
Je n’ai rien senti avant le tout dernier instant, juste avant le coup de poignard.
Celui qui avait lancé la fléchette s’était sans doute fondu dans la foule aussitôt après. Impossible de le retrouver.
Cela signifiait que la furtivité était ancrée dans son corps.
S’il y avait eu moins de monde, il aurait peut-être pu le repérer. Enkrid se concentra donc.
Où es-tu ?
Il se posa la question en lui-même et fit appel à sa vue, son ouïe, son odorat et son toucher.
La vue, l’ouïe, les sensations, puis son Sixième Sens : tous lui indiquèrent une direction approximative.
Une faible intention meurtrière.
Au moment où il concentra son attention dans cette direction,
quelque chose arriva dans son dos avec un lourd sifflement. Plus lent qu’une fléchette, mais plus pesant.
Une pierre de fronde ?
Cette pensée lui traversa l’esprit tandis qu’Enkrid se retournait.
Il distingua l’objet en plein vol. Grâce à son Acuité visuelle dynamique, aiguisée par un entraînement acharné, il vit exactement ce qu’on avait lancé.
Une bourse en cuir.
Enkrid suivit une intuition étrange, un pur instinct.
Il dégaina son glaive, tourna le poignet pour présenter le plat de la lame vers le haut, puis frappa violemment la bourse en plein vol.
Toc ! Pa-pa-pa-pa-bang !
La bourse éclata dans les airs et dispersa des pointes de fer dans toutes les directions.
Hein ?
C’était la première fois qu’il voyait ça.
« Aaaah ! »
Quelques pointes retombèrent.
Comme on était en hiver et que tout le monde portait des vêtements épais, peu de gens furent blessés.
Mais rien ne put empêcher le chaos d’empirer.
« Bon sang ! Rentrez dans les bâtiments, vous tous ! Ceux qui resteront dehors seront considérés comme hostiles ! »
Un soldat en patrouille cria ces ordres.
C’était la bonne décision. Dans une situation pareille, mieux valait imposer sa force et réprimer tout le monde sans hésiter.
Enkrid ne bougea pas. Il se contenta d’observer calmement les alentours.
Kraiss jeta un coup d’œil autour de lui, jugea que l’endroit était finalement plus sûr et s’immobilisa.
Ping !
Deux autres fléchettes fusèrent. L’une d’elles visait Kraiss.
La fléchette qui arrivait devint une ligne. Cette ligne se prolongea, et, dans les sens d’Enkrid, son point d’arrivée et sa trajectoire se fixèrent.
Sa concentration explosa en un point de focalisation.
Ses sens aiguisés, sa concentration et son courage s’accordèrent parfaitement.
Enkrid se déplaça comme s’il exécutait une figure apprise par cœur.
Il inclina simplement la tête pour éviter la fléchette qui le visait, puis tendit la main et attrapa l’autre en plein vol.
Tout se déroula en un seul mouvement, le temps d’une respiration.
Si l’assassin qui l’avait lancée avait vu ça, ses cheveux se seraient dressés sur sa tête.
De quoi lui faire trembler la vessie et lui donner envie de fuir.
Bien sûr, il avait vu la scène.
Enkrid attrapa la fléchette, en pinça la pointe et la suspendit entre deux doigts.
Regardez-moi ces salauds.
Ils s’en prenaient à Kraiss ?
Sur ces entrefaites, une autre fléchette arriva avec un léger retard.
Elle visait Esther, mais la panthère avait déjà esquivé.
Combien d’humains pouvaient rivaliser avec une bête en matière de vitesse pure ?
La fléchette, plantée à l’endroit où elle se tenait juste avant, confirmait qu’elle avait été prise pour cible.
Grrrr.
Esther montra les crocs, hostile, tandis qu’Enkrid gardait ses sens en éveil.
Les assassins — non, le groupe d’assassins — étaient très doués.
Ils ont laissé filtrer leur intention meurtrière exprès, puis ont lancé cette bourse remplie de pointes de fer.
Il devait aussi y avoir du poison dessus, non ? Probablement.
L’intention meurtrière apparut puis disparut en divers endroits.
« Ne poussez pas ! Arrêtez de pousser ! »
« Ne me marchez pas dessus ! »
« Vous savez seulement à qui vous vous en prenez, à me bousculer comme ça ?! »
« À l’aide ! »
« Aaaah ! »
« Ahhh, bougez, bougez ! »
Et le marché sombra dans un chaos encore plus grand.
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